114)Le commerce des bonnes idées

113)Sahel : l’hécatombe

112)Macron donne des gages

111)Immigration, comment s’est forgée la doctrine Macron 

110)Entreprises : quel impact pour la loi Pacte ?

109)Plan pauvreté : ce qui a été fait, ce qu’il reste à faire 

108)Jean-Paul Delevoye, un gaulliste social au gouvernement

107)GJ et Hongkongais

106)Patrick Strzoda blanchi par la justiceL'affaire Benalla se dégonfle

105)La droite explose

104)Constitution, écologie, assurance-chômageL'acte II du quinquennat

103)Le blitzkrieg macroniste

102)RN, parti populaire

101)Européennes : pour ou contre le RNMacron doit s'engager

100)Tout change sans changer

99)Macron combattu, pourchassé, encercléLe désordre est aussi dans les têtes

98)La mêlée change de nature 

97)Conseil constitutionnel : les dégâts collatéraux de la nomination de Juppé

96)Les gilets jaunes changent le programme C'est la réforme qu'on assassine

95)La tentation de la répression

94)L’ombre de la guillotine 

93)Macron entre en résistance

92)2019 entre réalisme et pessimismeL'année des dures réalités

91)L’insurrection

90)le désaroi des partis

89)La Nouvelle-Calédonie entre espoirs et tensions

88)Une Francophonie très politique

87)Les embardées de l’exécutif

86)Le duel droite-droite 

 

 Un probléme informatique inexpliqué a effacé toutes les pages sous jacentes???..... 

 

86)Hulot s’en va

85)Après l’été, l’orage

84)Le choc droite-Macron

83)« Le responsable, c’est moi »

82)Vers une privatisation de la Française des jeux, d'ADP et d'Engie

81)Social : le pavé de Macron

80)La politique du caniveau

79)Deux textes contre la désinformation« Fake news » : la loi de trop ?

78)Révision constitutionnelle : les principales mesures présentées ce mercredi

77)Quand Macron et Philippe font conseillers communs

76)La loi qui divise

75)Le syndicalisme, arme du combat politiqueLe tunnel le plus long

 

74)Réformes sociales, les promesses ont-elles été tenues ?

73)Un pays bousculé par les réformes Le duo entre dans le dur

72)L’Etat formateur

71)Le gouvernement bouscule les partenaires sociaux

70)De la déradicalisation à la SNCFLa réforme au pas de course

69)Des ministres dans le collimateurLa « dream team » à l'épreuve

68)Réformes, élections partielles, CorseUn moment de désenchantement

67)Fonction publique : la discorde

66)Macron veut une réforme, le Sénat résiste La bataille constitutionnelle

65)De la relance économique à celle de l'UEEurope : l'effet Macron

64)La Cour des Comptes a-t-elle la dent dure ?

63)Juppé prend le large

62)Le PS a la fièvre

 61)Un début d'année agitéLa réforme en terrain miné

 60)2018, année d'incertitudesLa tâche qui attend Macron

 59)Privatisations. L'État va passer à l'action au printemps 

 58)L’erreur d’Edouard

57)L'année des « transformations »Macron versus Trump

56)La ZAD de tous les dangers

55)Les Républicains. Le nouveau défi de Wauquiez

54)Une opposition divisée, un gouvernement au travailLes deux atouts de Macron

 53)Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron au Burkina Faso

52)résidence LR : Alain Juppé a fait son choix

51)Politique : l’argent domine

50) Une présidence explorée au scannerL'art d'ignorer la critique

49)Six mois de réformes Mobilité constante du macronisme

48)Maël de Calan: «Chercher à peser sur la ligne politique des Républicains»

47)La droite engagée dans une voie incertaine

46)Terreur : complexité de la lutte

45)PLFSS pour 2018

44)La course de vitesse

43)Le match Macron-Hollande

42)Le Sénat résiste à la recomposition politique 

41)Le culte de la transgression

40)Fisc à la mode Macron

39)L’homme aux deux prénoms

38)Budget 2018, ce qui attend les contribuables

37)Drôle de budget

36)Logement : les annonces du gouvernement en cinq points

 

103)Le blitzkrieg macroniste

Michel Barnier
(Photo AFP)

Une des particularités de la politique d’Emmanuel Macron s’appelle « battre le fer quand il est chaud ». On ne peut pas dire que la température soit très élevée depuis le scrutin des européennes, mais le chef de l’État fait comme s’il n’avait pas une seconde à perdre.

SUR LE PLAN intérieur, le clan « Agir », anciens républicains ralliés à la République en marche, annonce, par la voix de Frank Riester, qu’ils vont demander à tous les élus centristes de rallier le camp de la majorité. C’est une sorte de lancement de campagne par effraction, mais c’est aussi la leçon que M. Riester tire des élections de dimanche dernier : le vote d’une partie de la droite en faveur de la REM indiquerait que les Républicains n’auraient pas dans l’immédiat l’espoir de reconquérir leurs territoires. Si, contrairement à ceux de LR qui ont rejoint le Rassemblement national, ils veulent conserver une chance de voir leurs idées traduites dans la réalité, ils doivent prendre leur courage à deux mains. Ce n’est pas fair play, mais c’est la réponse du berger à la bergère : la droite classique n’ayant cessé de harceler le pouvoir en créant des scandales, en dénonçant avec une virulence grotesque ses initiatives, en dressant de la situation politique en France un tableau sinistre, la REM répond : que le meilleur gagne.

Barnier seul contre tous.

Sur le plan européen, Macron exige que le prochain président de la Commission européenne soit un Français. Angela Merkel veut un Allemand. Le froid franco-allemand se transforme en affrontement. La chancelière pense à Manfred Weber, rompu au travail européen, mais qui n’a jamais été membre de la commission. En lice, le Belge Frans Timmermans et la Danoise Margrethe Vestager, également d’excellents candidats, mais il se trouve que Michel Barnier a acquis une envergure exceptionnelle depuis qu’il a conduit la négociation sur le Brexit. Macron est un Don Quichotte qui s’engage dans beaucoup de batailles. Il en perd quelques-unes, mais pas toutes. Par un nationalisme un peu rétrograde, tous les Français sont en faveur de M. Barnier, mais avec de bonnes raisons : c’est un formidable négociateur, qui, d’ailleurs n’est pas un macroniste mais un gaulliste. Si, par extraordinaire, il était désigné à la tête de la Commission, le président de la République aurait un allié dans la place pour la réforme tant attendue des institutions européennes.

Risque de conflit entre PPE et centristes.

Réforme dont Mme Merkel ne veut pas entendre parler parce qu’elle est très contestée dans son pays et qu’elle cherche surtout à ne pas faire de vagues, alors qu’il faut évidemment un système en béton pour protéger les pays membres contre une nouvelle crise financière toujours possible et se lancer dans une politique sociale beaucoup plus généreuse. On voit ainsi que le danger ne vient pas de l’extrême droite européenne qui, en dépit de ses succès aux élections de dimanche dernier, n’aura pas un poids suffisant pour orienter la refondation de l’Union, mais d’un possible conflit entre la droite conservatrice, logée au PPE, parti populaire européen où siègent également les Républicains français, et ce nouveau centre réformiste dont M. Macron a favorisé l’avènement.

Le président peut échouer dans toutes ses tentatives. Il a gagné du temps grâce au délai d’un mois que les Européens se sont donné pour choisir un président de la Commission. Il ne lui sera pas facile de convaincre les États-membres qu’un Français mérite le poste ; il ne lui sera pas facile de damer le pion à la droite classique lors des municipales. Ses adversaires ne sont pas des bras cassés et ils disposent de ressources humaines et de talents que la REM n’a pas forcément. Mais les élections européennes, au delà de la confirmation de la suprématie de l’extrême droite française, ont montré très clairement l’ascension de l’écologisme comme mode d’action politique et un soutien à ce réformisme qu’incarne Macron.

J’ajoute que l’éparpillement des suffrages français en une foule de micro-partis pose la nécessité des rassemblements, par exemple celui pour lequel M. Riester a lancé un appel, mais aussi l’hypothèse d’un rapprochement entre écologistes et réformistes européens.

RICHARD LISCIA

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102)RN, parti populaire

Marine superstar
(Photo AFP)

Une enquête d’opinion réalisée par Odoxa Dentsu Consulting pour France Info et « le Figaro » indique que 36 % des Français ont une bonne opinion du Rassemblement national. Un sondage Ifop Fiducial pour Paris Match accorde un point d’avance au RN sur la République en marche (24 % contre 23 %).

L’INFORMATION fournie par Odoxa ne surprendra personne. Il ne fait aucun doute, depuis plusieurs années, que le RN, naguère Front national, a acquis en France une bonne réputation, ce qui explique ses divers succès électoraux et plus particulièrement celui de 2014 aux élections européennes. Notons toutefois que nombre de personnes interrogées jugent que le RN a « des idées racistes » et qu’il est « dangereux pour l’économie ». Le sondage est comparable à l’étiage de Marine Le Pen à l’élection présidentielle : 34%. Tout ce que cela montre, c’est que la majorité a encore une chance de l’emporter le 26 mai contre le Rassemblement national. En effet, si le scrutin à la proportionnelle intégrale favorise les partis dont le score prévu par les sondages est faible, il amoindrit automatiquement les « gros » partis. Aux européennes, la République en marche n’obtiendra pas les 66 % de voix recueillies par Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle de 2017, et Marine Le Pen ne dépassera sans doute pas les 24 %. Dans le cas du président, l’écart est de près de 40 %, dans celui de Mme Le Pen, il est de 10 %.

Des sondages crédibles.

Cependant le temps presse. Les enquêtes conduites à quelques jours seulement du scrutin sont plus crédibles que celles d’il y a un mois. En même temps, l’avance du RN sur la REM se limite à un point ou un point et demi, et elle est démentie par d’autres sondages qui accordent plutôt une avance à la REM. « Il est vital que Macron s’engage », dit ce matin François Bayrou (MoDem) au « Figaro ». On entend bien son message et le président de la République a déclaré qu’il s’engagerait. La REM a confectionné une affiche, tirée à 60 000 exemplaires où il figure seul, sans Nathalie Loiseau, tête de liste de la REM, et on assistera dans quelques jours à un grand meeting pendant lequel M. Macron fera un discours décisif. Les diverses oppositions ont vivement critiqué l’attitude du président, en oubliant des précédents, par exemple l’engagement de Nicolas Sarkozy dans la campagne présidentielle de 2012. Celui du chef de l’État nous semble relativement discret, mais peu importe. La question est : a-t-il encore le temps de renverser la courbe des sondages ? Tout le monde se souvient du pari de  François Hollande qui avait annoncé à tort l’inversion de la courbe du chômage et a littéralement passé son temps à l’attendre ; mais en vain.

Jours cruciaux.

M. Macron pense, à tort ou à raison, qu’il dispose d’un socle immuable, celui qui l’a placé en tête du premier tour à la présidentielle de 2017, avec 24 % des suffrages. La moyenne des sondages montre qu’il lui manque un point à un point et demi. Il ne peut l’emporter que s’il multiplie ce week end et la semaine prochaine les annonces et les discours. Son succès dépendra surtout de sa capacité à disqualifier le RN. Il n’y parviendra que s’il décrit la nature réelle des enjeux et s’il convainc une partie des abstentionnistes (on s’attend à une participation de 40 %) de se rendre aux urnes le 26 mai et de voter pour la majorité actuelle. Il ne s’agit pas d’une tâche facile, justement parce que l’opinion française a depuis longtemps accordé ses lettres de créance à Marine Le Pen. Il y a fort longtemps que le FN, aujourd’hui RN, est considéré comme un parti comme les autres. C’est cette fiction qu’il faut démonter pour autant que l’électorat recouvre la lucidité qu’il a perdue.

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101)Européennes : pour ou contre le RNMacron doit s'engager

Richard Liscia

| 09.05.2019
Dix-sept jours seulement nous séparent des élections européennes et la plus grande confusion règne sur les programmes, sur les enjeux, sur les rapports de force. Les derniers sondages indiquent que le Rassemblement national arrive en tête. Il est possible d'endiguer son ascension.
 
Sommet sur le Kosovo à Berlin
Crédit Photo : AFP
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Les élections européennes de 2019, par certains aspects, n'ont pas de rapport avec les précédentes : les Britanniques vont présenter des candidats alors qu'ils s'apprêtent à quitter l'Union européenne, ce qui n'est pas le moindre paradoxe ; la domination par les conservateurs du Parlement de Strasbourg appartient au passé, car ils seront très affaiblis par les succès probables des populistes et des néo-fascistes, ce qui va modifier en profondeur la répartition des sièges, alors que la République en marche recherche une place adéquate qu'aucune des anciennes coalitions ne peut lui offrir ; enfin, jamais l'Union n'aura été aussi vulnérable aux démons qu'elle nourrit en son sein, Brexit, absence de l'Allemagne, incapacité de la France de prendre des initiatives à cause de sa solitude, Italie rongée par le populisme, endettement, fragilité face à la Chine et aux Etats-Unis de Donald Trump.

Cependant, l'UE, en dépit de ses nombreux déboires, a été galvanisée par le Brexit. Certains des pays qui la composent et veulent prendre ouvertement leurs distances avec le modèle de la démocratie parlementaire, ont fait cause commune face à un Royaume-Uni qui a cru trop vite qu'il pouvait quitter l'Union tout en conservant les avantages commerciaux et financiers qu'elle lui prodiguait. Aucun des Vingt-Sept n'a été tenté de suivre l'exemple catastrophique de la Grande-Bretagne. Et les gouvernements arrivés au pouvoir sous l'effet de la table rase n'ont jamais poussé leur pion au point de menacer la cohésion européenne. On ne cesse de répéter que l'Europe n'est plus que l'ombre d'elle-même, qu'elle a perdu son aura, son souffle et sa prospérité, elle reste, malgré la crise migratoire et l'endettement excessif de certains de ses membres, une force potentielle et encore un continent où la vie est meilleure qu'ailleurs.

Un immense malentendu

Quelque chose n'a pas changé au sujet des élections européennes : elles donnent lieu à un immense malentendu. Elles devraient être le lieu clos du débat européen, elles sont le zénith des querelles nationales. Le 26 mai, c'est sûr, les Français ne voteront pas pour une refondation de l'Union, mais pour dire ce qu'ils pensent de leur gouvernement actuel. Ils considèrent ce scrutin, qui ne les intéresse guère, comme un référendum sur les qualités et défauts d'Emmanuel Macron. Ils diront ce qu'ils pensent de lui. C'est regrettable, mais ce n'est pas nouveau et il vaut mieux s'y faire. Dans ces conditions, le choix offert à l'électeur tout-puissant est le suivant : souhaite-t-il, après avoir évincé la droite et gauche en 2017, tenter une nouvelle expérience avec Marine Le Pen ? Certes, même si le RN obtenait 30 % des suffrages, il ne conquerrait pas pour autant le pouvoir. Mais la ligne vers 2022 serait tracée et les chances du RN seraient augmentées.

On aura sans doute remarqué que les têtes de liste (il y en a 33 dont deux au moins émanent des gilets jaunes) n'attaquent pas l'extrême droite en particulier, mais s'efforcent des prendre des voix à la République en marche. C'est ce que font les Républicains, la gauche, les écologistes et même l'UDI centriste. Sans doute pensent-ils qu'ils trouveront dans ce vivier des voix avec lequelles ils ont des affinités, donc plus faciles à prendre. Mais en agissant de la sorte, ils préparent la victoire du RN dans trois ans. Le président de la République sait qu'il ne convaincra personne qu'il est, quoi qu'on pense, un moindre mal, une option infiniment meilleure que l'extrême droite, un choix plus raisonnable que tous les autres. A la tête de la liste de la REM, il a mis Nathalie Loiseau qui n'a pas vraiment fait ses preuves, et son parti n'a toujours pas publié son programme. C'est lui, bon orateur et Européen convaincu, qui doit maintenir s'investir et faire campagne si on ne veut pas qu'en mai de 2022 il remette les clés de l'Elysée à Mme Le Pen.

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100)Tout change sans changer

Macron hier
(Photo AFP)

Lors de sa conférence de presse d’hier, Emmanuel Macron a annoncé un changement de cap social qui, selon lui, ne modifie en rien son plan de réforme.

LE PRÉSIDENT de la République s’est livré à un exercice rhétorique impressionnant qui a duré presque deux heures et demie. Il a annoncé une série de mesures sociales qui étaient souvent connues, puisque le contenu du discours qu’il devait prononcer le 15 avril dernier a donné lieu à des fuites. L’impôt sur le revenu des foyers les plus pauvres baissera globalement de cinq milliards d’euros ; le minimum vieillesse sera porté à 1 000 euros (ce qui est déjà le cas pour nombre de bas revenus ; l’ISF ne sera rétabli qu’après une évaluation démontrant que sa suppression n’a pas produit le résultat désiré ; l’ENA est appelée à disparaître ; le RIP, référendum d’initiative partagée, sera accepté pour des consultations locales, mais non nationales ; les effectifs de parlementaires seront réduits de 25 %; une dose de proportionnelle, de l’ordre de 25 % (au lieu des 15 % prévus antérieurement), sera introduite dans les élections législatives ; un effort massif sera fourni en faveur de l’environnement avec l’adoption, notamment, de la taxe carbone ; l’âge de départ à la retraite restera fixé à 62 ans mais ceux qui n’auront pas obtenu un nombre suffisant de points devront continuer à travailler au-delà de cet âge s’ils souhaitent obtenir une pension décente ; il n’y aura pas de suppression des niches fiscales pour les particuliers ; le chef de l’État n’est pas convaincu qu’il doive réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires pendant la durée de son mandat.

Le ton de l’humilité.

M. Macron a adopté un ton plus humble à l’égard de ses concitoyens, reconnaissant qu’il n’avait pas compris le sens et la profondeur du mouvement de mécontentement qui a déclenché une crise sociale d’une rare ampleur dans l’histoire de la Ve République. Il a multiplié les formules rhétoriques pour exprimer ses regrets et pour persuader ses concitoyens qu’il essaie seulement de bien faire. Cela dit, il n’a renoncé à aucun de ses projets, de sorte que ses longs propos ont été suivis par des commentaires peu amènes, dans la presse d’abord, puis dans les partis d’opposition, le Rassemblement national et la France insoumise estimant qu’il n’a rien compris dès lors qu’il entend rester au pouvoir. Le défi que lui lance l’opposition a encouragé les représentants des gilets jaunes à récuser toutes les propositions du président. On a donc tout lieu de croire que les manifestations et autres occupations de ronds-points vont se poursuivre.

Ni fatigué ni harassé.

Comment, dans ces conditions, le chef de l’exécutif va poursuivre ses réformes, mettre en vigueur des mesures dont le financement demeure incertain, surtout s’il ne diminue pas les effectifs de la fonction publique, tel est le dilemme auquel le Premier ministre, Édouard Philippe, va être vite confronté. M. Macron a confirmé qu’il irait au bout de la réforme des retraites dont, cependant, il n’équilibrera le budget que s’il passe au-dessus de la volonté des syndicats, hostiles à la réunification de tous les régimes et au système de points qui remplacera le système par répartition. On  pouvait deviner, à entendre M. Macron, qu’il voyait le rééquilibrage des régimes de retraite comme une source de financement des dépenses sociales qu’il a annoncées.

Sa conférence de presse, servie par sa profonde connaissance des dossiers et par une brillante sémantique, lui a permis de répondre, souvent avec sincérité, aux questions des journalistes, qu’il affrontait pour la première fois dans ce genre d’exercice. Il n’était pas fatigué par la longueur de la conversation, pas plus qu’il ne semblait harassé par la gravité de la crise. En accordant à la contestation un certain mérite, il s’est transformé aussitôt en un personnage capable non seulement de prendre en compte les revendications mais de prendre lui-même la tête du mouvement. Il s’agit, certes, d’artifices de langage, d’ailleurs utiles à un président qui aura été le chef d’État le plus attaqué, le plus détesté personnellement, le moins respecté de la Ve République. Hier, néanmoins, on n’aura décelé chez lui aucun affaiblissement physique ou moral, comme si la crise renforçait son dynamisme au lieu de l’abattre.

 

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99)Macron combattu, pourchassé, encercléLe désordre est aussi dans les têtes

Richard Liscia

| 15.04.2019
 
Comme si la politique en France n'était pas devenue un hideux salmigondis, les oppositions ont trouvé un nouveau cheval de bataille : la privatisation partielle d'Aéroports de Paris prévue par le gouvernement. Une campagne pour un référendum sur le sujet est lancée.
Edouard Philippe à l'Assemblée
Crédit Photo : AFP
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Nous sommes nombreux à être étonnés de l'idée de nos gouvernants de privatiser partiellement Aéroports de Paris. Il nous semblait que l'expérience faite avec les autoroutes était concluante : une vache à lait pour de grands groupes, des tarifs en constante augmentation. D'autant que, pour ADP, la perplexité vient de ce qu'il s'agisse d'un joyau de la République. Une affaire qui marche bien et qui a quand même une importance stratégique. Est-il prudent de confier à des sociétés, peut-être étrangères, notre système aérien civil ? 

D'un autre côté, Emmanuel Macron s'apprête à annoncer des décisions fortes, mais coûteuses, pour satisfaire, au moins en partie, les revendications exprimées dans le grand débat national. Il faudra bien les financer et le gouvernement continue sur une ligne de crête bien inconfortable qui consiste à lâcher du lest tout en évitant le dérapage du déficit et de la dette. Si on prend un peu de distance avec l'agitation qui n'honore pas la classe politique, on se dit que, après tout, l'idée d'un référendum (qui ne peut être tenu que si 4,5 millions de suffrages sont réunis) est le seul moyen de faire reculer le gouvernement. Tout cela malgré l'adoption de la privatisation d'ADP dans le cadre de la loi-pacte par l'Assemblée nationale le 11 avril.

Mais enfin ce ne sont plus seulement les partis extrémistes qui exigent la démission de Macron, la dissolution de l'Assemblée et des élections anticipées. C'est aussi le parti des Républicains. Sont-ils sérieux ? Ou bien ils croient, un peu vite, qu'ils sont près d'achever la bête, ou bien ils n'ont pas les pieds sur terre. Le pire, c'est que LR ne profiterait guère du maelström annoncé par des élections anticipées. Et puis, il faudrait quand même respecter le calendrier : il y a des élections européennes le 26 mai. Cela terrorise la droite qui, de toutes parts, avec mauvaise foi, mauvaise conscience et démagogie, tire à boulets rouges sur le président, parce que tout le monde voit ce scrutin comme un test de sa popularité. Sur ADP, il y a une chance, très faible, de refouler, et pour longtemps, la privatisation. Très bien, sauf que l'intention n'est pas d'échapper à une décision que, concernant les autoroutes, la droite avait prise allègrement, au détriment des intérêts des Français, mais seulement de mettre en échec le chef de l'État. 

Seul atout, les institutions

M. Macron bénéficie néanmoins d'un atout que ses prédécesseurs, de droite ou de gauche, ont utilisé avec une rare volupté et qu'il n'a aucune raison de négliger : les institutions. Le recours au référendum, pour une affaire sérieuse mais pas vitale, n'est pas autre chose qu'une manière de nier sa légitimité, comme toutes les oppositions le font et depuis longtemps : cela consiste d'abord à nier qu'il ait accompli quoi que ce soit d'utile, alors qu'il a déjà appliqué une partie du programme de François Fillon ; cela consiste ensuite à hurler au Parlement comme si du bétail était égorgé ; cela consiste aussi, pour un Sénat  arrogant et politicien, à envoyer devant la justice les conseillers du président, alors que les sénateurs sont chargés de surveiller la politique du gouvernement, mais pas celle de l'Élysée. 

L'attitude des Républicains est celle de la contradiction érigée en thèse politique : les gilets jaunes ne sont pas leur tasse de thé, mais ils condamnent sévèrement les pouvoirs publics pour l'insécurité liée aux manifestations du samedi. La conduite de nos élus renforce partout l'idée que la France serait, ce qui est archi-faux, sur la voie de l'effondrement. Le fracas de leurs interventions publiques n'a aucune cause : c'est tout juste s'ils n'accusent pas le pouvoir d'avoir organisé la sècheresse dans le nord du pays. Il n'est pas difficle de leur répondre qu'on voudrait les y voir et que leurs criailleries constituent le seul symptôme du désordre qu'ils dénoncent tous les matins. À quoi s'ajoute le rôle délétère joué par quelques médias et par les réseaux sociaux, tous engagés dans la présentation la plus pessimiste de l'état de santé du pays. Heureusement qu'il y a encore des Français au travail.

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98)La mêlée change de nature

Agnès Buzyn
(Photo AFP)

Le phénomène le plus important, depuis la catastrophique journée du samedi 16 mars, est sans doute l’usage qu’en font les Républicains, décidés à disqualifier la majorité par des propos et des actes d’une agressivité exceptionnelle.

UNE FOIS de plus, les événements politiques sont imprévisibles et changent la donne du jour au lendemain. Les élections européennes apparaissaient comme un affrontement singulier entre la République en marche (REM) et le Rassemblement national (RN). Voilà que le parti de Laurent Wauquiez (LR), sans doute encouragé par une faible progression dans les sondages, prend la tête de l’opposition contre la majorité, un peu avec la vigueur des désespérés, mais aussi parce que le fiasco du 16 mars lui offre une occasion exceptionnelle de battre en brèche la position dominante de la REM. Stigmatisation de l’impéritie du pouvoir, appel à la démission du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui a préféré limoger le préfet Delpuech et deux autres hauts fonctionnaires, appel à une nouvelle enquête parlementaire pour faire la lumière sur ce qui s’est passé samedi dernier, toute la panoplie des instruments de torture a été déployée par LR pour obtenir quelques points de plus lors du scrutin européen.

Castaner : il s’en est fallu de peu.

Si M. Castaner est encore en place, c’est parce que sa démission aurait contribué encore un peu plus à l’affaiblissement de l’exécutif. Rien ne dit d’ailleurs qu’elle n’aura pas lieu au prochain cahot d’un parcours semé de crevasses et d’embûches. On assiste à une triangulation des oppositions : la crise sociale donne des armes à LR, qui s’en sert avidement, mais dont les efforts, jusqu’à présent, ont permis à la droite non pas de faire chuter la REM dans les sondages, mais de prendre des suffrages au Rassemblement national. C’est ce qui explique que tous les ténors et divas de LR, comme un seul homme, sont tombés à bras raccourcis sur Emmanuel Macron et ses amis. Ils souhaiteraient en effet réduire le score de la REM, alors qu’ils parviennent en fait à creuser l’écart entre la REM et le RN.

Macron : crédibilité atteinte.

Compte tenu du tour extrêmement violent qu’a pris la campagne des européennes, il n’est pas impossible que la majorité sorte lessivée de l’affrontement. Face aux dégâts physiques et psychologiques provoqués par la folie des black blocs, l’exécutif a semblé impuissant et a offert des explications qui ne risquaient pas de convaincre les oppositions, toutes vouées à la chute du régime, LR compris. Le niveau de haine atteint par les différents acteurs de ce feuilleton grotesque a durci les stratégies des partis, prêts à la pire des démarches, pourvu que le gouvernement en pâtisse, tombe dans une ornière et ne puisse plus en sortir. Dans ce contexte, le président de la République s’efforce d’appliquer son programme, de manière à apparaître comme un chef d’Etat serein qui ne se laisse pas distraire par le grondement des foules déchaînées. Mais sa crédibilité est durement atteinte.

Buzyn : le mot de trop.

Le gouvernement, en outre, est le plus gros producteur de couacs de la Ve République. La lente et pénible réforme des retraites donne lieu à des dissonances au sein du pouvoir. La ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, ayant mentionné la prolongation des carrières comme solution au déficit des  caisses de retraite, les syndicats, mais aussi Jean-Pierre Delevoye, l’homme chargé de la réforme, ont pris la réflexion « personnelle » de Mme Buzyn comme un coup de poignard dans le cœur. Le moindre mot devient sujet de scandale et de polémique, alors que l’équilibre financier des régimes de retraite est la condition sine qua non de la réforme. Mme Buzyn ayant dit la vérité, elle doit être clouée au pilori. Mais peu importe : ce seul incident montre comment  le pouvoir, qui venait d’opérer un redressement remarquable (mais non confirmé) dans les sondages, se retrouve aujourd’hui accablé non seulement par les émeutes du 16 mars, mais aussi freiné dans la poursuite de ses projets initiaux.

Un sondage Viavoice réalisé entre les 6 et 7 mars, soit neuf jours avant le 16 mars, montre que 86 % des Français se prononcent en faveur d’un changement de politique économique et sociale. On se demande à quoi pense cette très grosse majorité sinon à plus de dépense publique et moins de pression fiscale, donc à plus de déficit et plus de dette. 54 % estiment que la démocratie ne fonctionne pas bien. Chacun sait aujourd’hui que l’alternative à la démocratie, c’est Trump, le Brexit ou le néo-fascisme italien. Le vrai problème français, c’est que l’irruption de Macron dans le panorama politique français a été vécue par nos concitoyens comme un succès du « dégagisme ». Mais, comme son nom l’indique, le dégagisme est une drogue qui crée une accoutumance permanente.

RICHARD LISCIA

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97)Conseil constitutionnel : les dégâts collatéraux de la nomination de Juppé

VIDÉO. Didier Migaud déçu, Laurent Fabius froissé, Pierre Moscovici déstabilisé... La nomination de Juppé chez les sages contrarie les plans de Macron.

Par

96)Les gilets jaunes changent le programme C'est la réforme qu'on assassine

Richard Liscia

| 10.01.2019
 
Il y a un tel fossé entre, d'une part, la violence, l'outrance, les revendications excessives des gilets jaunes et, d'autre part, la stratégie générale du gouvernement qu'on peut se demander si le président de la République va pouvoir poursuivre ses réformes. Plusieurs signes montrent que, en dépit de ses dénonciations du comportement des émeutiers, il va aller dans leur sens.
 

On laisse courir de fréquentes rumeurs sur le retour de l'impôt sur la fortune, sur le maintien de la taxe d'habitation pour les 20 % les plus riches (ce qui représenterait une atteinte à l'égalité entre citoyens prévue par la Constitution), sur la hausse des impôts relatifs à la succession, toutes choses qui forment l'essentiel des revendications des gilets jaunes, si l'on excepte la volonté de destituer le chef de l'Etat. Pour Emmanuel Macron, qui n'a pris aucun engagement dans le sens souhaité par les révoltés du samedi, ce serait une forme de conversion : le réformiste se transformerait en socialiste centriste.

Le courage politique, en effet, ne consiste pas à taxer plus pour dépenser plus, à aller chercher de l'argent dans la poche des contribuables aisés ou riches et à le distribuer à ceux qui se plaignent de ne pouvoir joindre les deux bouts. La réforme est dictée par les impératifs créés par la mondialisation : compétitivité industrielle, liberté des échanges, liberté de circulation des capitaux, liberté d'investir. L'ISF était un particularisme français, de ceux qui nous privaient d'un atout pour attirer les fonds étrangers et décourageaient les entrepreneurs. Ce n'est pas en distribuant de l'argent aux plus pauvres qu'on redressera l'économie française, c'est en créant des emplois dans une société qui reste, jusqu'à preuve du contraire, une économie de marché. Je ne cherche pas à caricaturer ici les velléités des experts pour satisfaire les gilets jaunes. Je dis que, l'Europe n'a pas le choix : il faut être dans la compétition ou périr.

On ne peut défier les autres économies que si on a atteint l'équilibre budgétaire et réduit la dette. Tous les efforts fournis par M. Macron jusqu'à présent vont dans le sens de la guérison de nos scléroses, d'un marché de l'emploi plus souple, de la liberté d'entreprendre, d'un coût du travail moins élevé. Tendre aux revendications des gilets jaunes une oreille complaisante, c'est annihiler la dernière chance qu'il nous reste de redresser la société française, dont la révolte n'est fondée sur aucune analyse rationnelle, mais seulement sur des informations partielles ou fausses et par la rage que les manières péremptoires de M. Macron inspirent aux manifestants associés aux casseurs professionnels.

Un manque de patience coupable

Bien entendu, il y a une limite aux risques qu'un pouvoir en place peut prendre au nom du réformisme. Celui du président est tellement secoué depuis plusieurs semaines qu'on ne lui en voudra pas de prendre du recul. Il disait lui-même, naguère : les Français n'aiment pas les réformes. Comme il avait raison ! L'objectif du mouvement des gilets jaunes n'est rien d'autre que l'annihilation du programme de M. Macron, au son des applaudissements de presque toute la classe politique, LR, LFI, RN et PS confondus, ouvertement alliés dans la campagne de dénonciation la plus violente à laquelle on ait eu l'occasion d'assister depuis longtemps. Ce qu'il n'ont pas eu par les urnes, ils veulent l'acquérir à la faveur d'une révolution nourrie par la perversité, la haine et la jalousie que charrient les réseaux sociaux ; ces réformes qu'ils n'ont pas eu le courage ou l'occasion d'entreprendre, ils veulent prouver qu'elles sont irréalisables pour mieux nous préparer aux démarches catastrophiques, anachroniques et suicidaires qu'ils vont engager s'ils en viennent à s'emparer du pouvoir autrement que par le suffrage universel. 

Le fait que ce gouvernement soit dans les faits mis en minorité décrit une crise plus grave qu'une défaite politique, il annonce la fin d'une occasion unique de donner davantage à ceux qui portent leur pauvreté en sautoir. Leur triomphe sera aussi leur défaite sociale. La réforme était la chance des plus pauvres et des chômeurs, le moyen de lutter contre les effets pervers de la mondialisation. Mais il fallait du temps et de la patience. Que les Français n'ont pas. 

96)La tentation de la répression

Philippe hier sur TF1
(Photo AFP)

À la télévision, hier soir, le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé une série de mesures destinées à contenir, et même à réprimer, les débordements liés aux manifestations des gilets jaunes.  Il souhaite faire adopter une nouvelle loi pour sanctionner les manifestations non déclarées et les casseurs, la création d’un fichier des manifestants violents et un déploiement renforcé de forces de l’ordre pour samedi prochain.

BIEN ENTENDU, les propos du chef du gouvernement ont été accueillis par les commentaires goguenards des gilets jaunes, dont le trait commun est le mépris pour l’État, l’ordre et les institutions. Et, bien entendu, les défenseurs habituels des libertés se sont hâtés de dénoncer la création d’un fichier susceptible, à leurs yeux, d’affaiblir notre démocratie. Aucun citoyen qui se réclame du pacte républicain ne devrait pourtant trouver à redire au sujet de décisions que l’intensité de la crise et la gravité des faits rendent indispensables. Ce qui ne veut pas dire que l’encadrement plus puissant ou la crainte d’une peine lourde vont automatiquement mettre un terme à ces émeutes du samedi, programmées, accomplies dans le plus grand désordre au mépris de la loi et dont l’opinion semble avoir pris son parti. Les gilets jaunes n’existent que parce qu’un nombre insuffisant de Français dénoncent leur comportement.

Une partie difficile.

Il manque au chef de l’État le souffle qui lui permettrait de rassembler autour de lui tous ceux, nombreux à s’exprimer dans cet espace, qui se reconnaissant dans la République et dans ce « système » honni par ses détracteurs. M. Macron n’a pas la partie facile. Il a annoncé un dialogue avec les mécontents, il a envisagé un référendum à quatre questions, il a tendu la main aux gilets jaunes, il a accordé des subventions aux moins nantis et tous ces efforts ont été salués par un concert de sifflets, d’insultes et de vociférations, et par un redoublement de la violence. Le Premier ministre en a tiré la leçon que les gilets jaunes n’ont pas que des droits, qu’ils ont aussi des devoirs. Et que, s’ils croient que leur ressentiment suffit comme excuse à toutes leurs agressions, ils se trompent. En quelques semaines, nous sommes passés d’un État de droit à un État anarchique, du respect des lois à la défiance criminelle, de l’ordre au désordre programmé, du civisme à la délinquance, portée en apparence par la revendication sociale, mais en réalité appuyée sur un projet subversif.

Mettre l’opinion au pied du mur.

La situation n’incite pas à l’optimisme et les experts qui continuent à s’exprimer avec componction sur les plateaux de télévision ne semblent pas se rendre compte que la menace qui pèse aujourd’hui sur la société française est capable d’en détruire les fondements. Le romantisme révolutionnaire, souvent cultivé à gauche, rend parfois aveugles ceux qui se présentent comme les juges de la crise et observent avec envie cette débauche de hargne, finalement bien plus grave que le sort funeste qui serait réservé aux gilets jaunes. C’est une minorité irrédentiste qui revendique l’avènement d’un nouveau « système », sans se soucier de l’opinion de la majorité des Français. Ce n’est pas par la violence que l’on expose ses revendications, mais par  le vote. Et s’il est vrai que la moitié de nos concitoyens soutient le mouvement, il faut mettre les Français devant leurs responsabilités. Comme l’ambiance est compliquée par des commentaires qui font l’éloge du simplisme au détriment de la formation académique, dénigrent l’élitisme, comme si il valait mieux être bête et ignare pour gouverner, et trouvent chez les gilets jaunes la fraîcheur et la candeur de révoltés innocents et sincères, autant dire que la prise de décisions logiques, propres à sauvegarder nos institutions et la bonne marche de notre économie, n’est pas au goût du jour. Pour en finir avec cette crise excessive et déraisonnable, nourrie au lait frelaté des réseaux sociaux et aux analyses présentées par les extrêmes comme d’inaliénables vérités, il faut que les Français se prononcent en faveur du droit. Il n’est pas sûr qu’ils le souhaitent.

RICHARD LISCIA

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95)La tentation de la répression

 

Philippe hier sur TF1
(Photo AFP)

À la télévision, hier soir, le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé une série de mesures destinées à contenir, et même à réprimer, les débordements liés aux manifestations des gilets jaunes.  Il souhaite faire adopter une nouvelle loi pour sanctionner les manifestations non déclarées et les casseurs, la création d’un fichier des manifestants violents et un déploiement renforcé de forces de l’ordre pour samedi prochain.

BIEN ENTENDU, les propos du chef du gouvernement ont été accueillis par les commentaires goguenards des gilets jaunes, dont le trait commun est le mépris pour l’État, l’ordre et les institutions. Et, bien entendu, les défenseurs habituels des libertés se sont hâtés de dénoncer la création d’un fichier susceptible, à leurs yeux, d’affaiblir notre démocratie. Aucun citoyen qui se réclame du pacte républicain ne devrait pourtant trouver à redire au sujet de décisions que l’intensité de la crise et la gravité des faits rendent indispensables. Ce qui ne veut pas dire que l’encadrement plus puissant ou la crainte d’une peine lourde vont automatiquement mettre un terme à ces émeutes du samedi, programmées, accomplies dans le plus grand désordre au mépris de la loi et dont l’opinion semble avoir pris son parti. Les gilets jaunes n’existent que parce qu’un nombre insuffisant de Français dénoncent leur comportement.

Une partie difficile.

Il manque au chef de l’État le souffle qui lui permettrait de rassembler autour de lui tous ceux, nombreux à s’exprimer dans cet espace, qui se reconnaissant dans la République et dans ce « système » honni par ses détracteurs. M. Macron n’a pas la partie facile. Il a annoncé un dialogue avec les mécontents, il a envisagé un référendum à quatre questions, il a tendu la main aux gilets jaunes, il a accordé des subventions aux moins nantis et tous ces efforts ont été salués par un concert de sifflets, d’insultes et de vociférations, et par un redoublement de la violence. Le Premier ministre en a tiré la leçon que les gilets jaunes n’ont pas que des droits, qu’ils ont aussi des devoirs. Et que, s’ils croient que leur ressentiment suffit comme excuse à toutes leurs agressions, ils se trompent. En quelques semaines, nous sommes passés d’un État de droit à un État anarchique, du respect des lois à la défiance criminelle, de l’ordre au désordre programmé, du civisme à la délinquance, portée en apparence par la revendication sociale, mais en réalité appuyée sur un projet subversif.

Mettre l’opinion au pied du mur.

La situation n’incite pas à l’optimisme et les experts qui continuent à s’exprimer avec componction sur les plateaux de télévision ne semblent pas se rendre compte que la menace qui pèse aujourd’hui sur la société française est capable d’en détruire les fondements. Le romantisme révolutionnaire, souvent cultivé à gauche, rend parfois aveugles ceux qui se présentent comme les juges de la crise et observent avec envie cette débauche de hargne, finalement bien plus grave que le sort funeste qui serait réservé aux gilets jaunes. C’est une minorité irrédentiste qui revendique l’avènement d’un nouveau « système », sans se soucier de l’opinion de la majorité des Français. Ce n’est pas par la violence que l’on expose ses revendications, mais par  le vote. Et s’il est vrai que la moitié de nos concitoyens soutient le mouvement, il faut mettre les Français devant leurs responsabilités. Comme l’ambiance est compliquée par des commentaires qui font l’éloge du simplisme au détriment de la formation académique, dénigrent l’élitisme, comme si il valait mieux être bête et ignare pour gouverner, et trouvent chez les gilets jaunes la fraîcheur et la candeur de révoltés innocents et sincères, autant dire que la prise de décisions logiques, propres à sauvegarder nos institutions et la bonne marche de notre économie, n’est pas au goût du jour. Pour en finir avec cette crise excessive et déraisonnable, nourrie au lait frelaté des réseaux sociaux et aux analyses présentées par les extrêmes comme d’inaliénables vérités, il faut que les Français se prononcent en faveur du droit. Il n’est pas sûr qu’ils le souhaitent.

RICHARD LISCIA

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94)L’ombre de la guillotine

Éric Drouet
(Photo AFP)

C’est à dessein que j’utilise ce titre provocateur, mais de deux choses l’une : ou bien on prend Jean-Luc Mélenchon au sérieux ou bien on ignore ses déclarations. Je me situe dans le premier groupe.

LE CHEF de la France insoumise vient d’exprimer sa « fascination » pour Éric Drouet, lequel est un gilet jaune dont les méthodes, notamment la manipulation de l’information, relèvent de celles de l’extrême droite la plus violente. M. Drouet a déjà eu l’occasion de dire que des manifestants à la porte de l’Élysée doivent y entrer. Pour ces propos, il a eu le privilège d’être auditionné par la police. Le 22 décembre, il se promenait avec un bâton et a donc été interpellé de nouveau. Hier, il tentait de manifester sans gilet jaune avec quelques amis, ils ont été conduits au poste  et M. Drouet se trouvait, ce matin encore, en garde à vue. Quel rapport y -t-il entre la France insoumise et Éric Drouet? Aucun, puisque M. Drouet, de toute évidence, appartient corps et âme à l’extrême droite. De sorte que l’on peut comprendre la « fascination » de M. Mélenchon comme le ratissage le plus large qui ait été mis au point depuis que la politique a été inventée.

Délire amoureux.

Il n’y a pas de quoi être surpris. Habité par l’esprit de revanche, M. Mélenchon cherche une majorité capable de se débarrasser du président Macron et d’instaurer la VIe République. Le délire amoureux que Drouet lui inspire n’est pas autre chose que la traduction dans les mots d’une stratégie susceptible de conduire le pays aux changements qu’il appelle de ses vœux. On accueillait naguère avec scepticisme l’idée d’un rapprochement entre le Rassemblement national et la France insoumise qui, effectivement, pourrait produire, à la manière italienne, un gouvernement à la fois populiste et largement majoritaire.  M. Mélenchon est en train de faire sauter les verrous idéologiques qui s’opposent à toute contamination d’un parti extrémiste par celui qui se situe de l’autre côté du spectre politique. C’est tellement vrai que le RN et LFI  ont réservé à la garde à vue de Drouet les commentaires les plus hargneux, y voyant une atteinte à la liberté d’expression. Comme d’habitude, ce sont les partis les moins soucieux d’altruisme et du droit qui, au nom des institutions dont ils souhaitent la disparition, brandissent le drapeau des libertés. Mais M. Drouet n’est pas un martyr, c’est un élément subversif qui, sans l’action des forces de l’ordre, irait au bout de son aventure et n’hésiterait pas à conquérir le pouvoir par la violence.

On ne sait pas encore qui, de Mélenchon ou de Marine Le Pen, est le chat ou la souris. Mais le chef de LFI n’y va pas par quatre chemins. Sa culture étant insondable, il compare Éric Drouet à l’un de ses homonymes, Jean-Baptiste Drouet, collaborateur de Robespierre qui contribua à l’arrestation de Louis XVI. On sait comment l’histoire s’est terminée. Inutile de s’indigner  : la violence est partie intégrante de l’extrémisme et la haine dont Macron fait l’objet obnubile la conscience de nombre de gilets jaunes dont les revendications « insatisfaites » conduisent forcément au départ du président.

Une alliance des extrêmes ?

Dans ces conditions, il est tout à fait logique que M. Drouet ait maille à partir avec la police. Il a déjà fait assez de mal. Tant qu’il ne s’identifie pas à son illustre et homonyme prédécesseur, il ne court aucun risque. En revanche, M. Mélenchon a réussi à rendre plausible une alliance entre son parti et le RN, et tente de bâtir, grâce au mélange des contraires, une majorité. S’il est vrai qu’Emmanuel Macron a déjà tiré avantage du « dégagisme », en créant ex nihilo un courant majoritaire, l’émergence d’un mouvement deux fois sectaire pourrait bien donner un prolongement à cette colère publique que l’actuel président n’a pas su apaiser. C’est le danger le plus immédiat, étant entendu que le centre, la droite classique et la gauche sont incapables, en l’état, de nous en protéger. Emmanuel Macron, sur qui pleuvent tous les coups, à la grande joie des médias, reste néanmoins l’unique rempart existant en France contre l’excès, la démesure, la déconfiture et l’affaiblissement national.

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93)Macron entre en résistance

 

Macron le 31 décembre
(Photo AFP)

Aux termes de « panique », « catastrophique », Titanic », Emmanuel Macron a répondu, le 31 décembre, à l’occasion de ses vœux à la Nation, par une prétendue convergence entre l’insurrection des gilets jaunes et son programme de réformes.

MAIS OUI, c’était un bon discours, un texte approprié, qui venait de loin et ne risquait pas d’entrer dans le maquis fiscal ou le pourcentage de la dépense publique. On ne va pas dans les détails quand on prononce un discours annuel. Permettez-moi d’y déceler une indispensable condamnation des émeutes, de la casse, des incendies de voitures et de pneus, avec leur cortège de morts et de blessés, une dénonciation de la haine massive et épaisse de certains gilets contre les médias, contre les étrangers, les juifs et les homosexuels. C’est aussi le rôle d’un chef d’Etat de constater une dérive grave, une intolérance qui n’est pas seulement le fait des spécialistes de la révolte, mais des éléments provenant de deux mouvements autoritaires, l’extrême droite et l’extrême gauche, vêtus des respectables habits fournis par la colère, mais applaudissant aux atteintes qu’elles subissent.

Les gilets ne sont pas apolitiques.

Cette hypocrisie des extrêmes, à laquelle s’ajoute celle, plus discrète, de la droite, montre chaque jour que, si le paquebot macronien chavire, personne, parmi ceux qui se chargent de le couler, n’en profite. On publie constamment des sondages relatifs à l’impopularité du président, on ne rappelle pas souvent qu’il n’y a strictement personne pour le remplacer.  Les gilets jaunes devraient créer une liste pour les élections européennes ? Ils assureraient ainsi le triomphe de la République en marche en affaiblissant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Cette issue probable trahirait leur origine. Ils ne sont pas apolitiques, ils ne se prétendent affranchis des partis que pour cacher leurs divisions. Ils ont repris à leur compte les vieux slogans des extrêmes sur l’ISF, sur le changement de République, sur l’irresponsable demande d’accroissement de la dépense publique.  Pour un citoyen qui revient d’un séjour à l’étranger, l’atmosphère nationale semble doublement figée, sous un ciel de plomb immuable et dans la continuité de gilets jaunes et de l’affaire Benalla. Un pays se complaît dans une crise interminable et un procès, fallacieux pour sa meilleure part.

Un mouvement à la fois faible et populaire.

Que le président de la République trouve dans le dynamisme des gilets jaunes la force à canaliser vers les réformes est un formidable paradoxe. Ce que les « révolutionnaires » craignent le plus, c’est le changement instauré par Emmanuel Macron. Ils veulent remplacer l’économie de marché par un système automatique de redistribution des revenus en leur faveur. Le pouvoir leur offre dix milliards, ils s’en moquent. Ils se croient capables de gouverner eux-mêmes et sont encore convaincus qu’il suffit d’aller prendre les sous dans la poche des riches. Conception rétrograde, infantile et suicidaire de l’économie. Le soutien que la moitié des sondés apportent aux gilets n’est pas le moindre paradoxe de cette marche vers le désastre. Plus le mouvement s’affaiblit, plus il est populaire, plus il devient insupportable car il faut peu de personnes pour bloquer un dépôt ou occuper un rond-point.

Non, M. Macron n’a plus les moyens de poursuivre ses réformes, surtout celles de retraites et de la fonction publique. Au point où nous en sommes de cette crise irrationnelle, il faudrait un miracle pour qu’il continue à transformer le pays sur la base de son impopularité actuelle. La question d’un changement de méthode ne se pose même pas : il est indispensable. Il faut que l’exécutif noue avec les syndicats des liens assez solides pour commencer un dialogue et que tous se résignent à faire non pas l’idéal mais le possible. Ce que Macron ne trouvera pas dans des oppositions acharnées à le détruire en montant en épingle l’affaire Benalla et surtout en s’appuyant sur un mouvement incompatible avec le credo de LR et de l’UDI, il peut l’obtenir des syndicats, notamment la CFDT, qui ne demande qu’à coopérer avec le gouvernement pour réformer le pays. Jupiter, c’est fini. Macron ne sera sauvé que s’il choisit l’humilité et la modestie. Et s’il se souvient qu’il reste la dernière chance du pays avant une victoire du dégagisme.

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92)2019 entre réalisme et pessimismeL'année des dures réalités

 

| 20.12.2018
 
Non, la crise sociale induite par les gilets jaunes, n'est pas l'annonce d'un renouveau politique. Non, elle ne produira pas des lendemains qui chantent. La France, en 2018, a été contaminée par le virus de l'excès démagogique, et par une folie des comportements qui résulte, certes, de l'appauvrissement des classes moyennes, mais aussi de l'emballement incontrôlable des réseaux sociaux.
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Deux Frances qui se défient
Crédit Photo : AFP
Zoom

On ne calmera pas la colère du peuple, ou de ceux qui prétendent le représenter, en lui énumérant les causes diverses de ses difficultés. Il n'empêche que notre pays, comme tous ses partenaires industrialisés, a subi d'abord les chocs pétroliers à partir de 1974, puis une série de crises, dont la plus violente aura été celle de 2008, que nous n'avons pas fini de digérer. Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en affirmant qu'il devait réformer le pays en profondeur pour l'adapter à la mondialisation, à la désindustrialisation, à la stagnation de la productivité, donc de la croissance. Les Français l'ont cru, ils l'ont élu. Ils ne savaient sans doute pas, notamment les plus vulnérables d'entre eux, que cette grande transformation exigerait d'eux des sacrifices qu'ils ne peuvent plus faire ; et, indubitablement, le souffle du changement a emporté aussi les multiples précautions à prendre pour leur éviter ce déclassement qui les effraie tant.

France et Allemagne

Mais le président de la République n'est pas responsable des reculs de ses prédécesseurs qui ont empêché la France de procéder à d'indispensables réformes en même temps que l'Allemagne, alors que le différentiel de revenu per capita s'élève à 4 500 euros entre un citoyen allemand et un citoyen français. Nous n'avons pas compris que lorsque l'Allemagne a décidé de s'adapter à la mondialisation et qu'elle s'y employait avec succès dès le début du siècle, le danger pour nous était de rester à la traîne. En 2008, c'était déjà trop tard : face à une crise terrible, Nicolas Sarkozy n'avait pas d'autre choix que d'injecter dans l'économie des sommes massives empruntées sur les marchés. Au moment où M. Macron faisait tomber l'une après l'autre les résistances au changement, les gilets jaunes se sont dressés pour exiger de lui qu'il fasse le contraire et que, à son tour, il distribue de l'argent qu'il n'avait pas. L'urgence, une fois encore, a noyé l'impératif catégorique. Et dans ce coup d'arrêt à la réforme, il y a une menace lourde qui pèse sur notre système institutionnel, sur la cohésion nationale, sur l'équilibre des fondamentaux.

On peut critiquer à l'envi la gestion du chef de l'Etat, encore soutenu aujourd'hui par une écrasante majorité parlementaire, sinon populaire. On ne peut ni ignorer le chaos que déclencheraient sa démission ou sa destitution, ni feindre de croire qu'il y aurait au macronisme une alternative rationnelle et positive. Ce n'est pas le slogan « moi ou le chaos » que j'introduis dans ce propos, c'est la réaliste lecture des chiffres. Ni la droite classique, ni les écologistes, ni la gauche traditionnelle n'ont la moindre chance d'obtenir un mandat pour la succession de M. Macron. Tout ce que nous savons de l'état de l'opinion nous porte à croire au contraire que le Rassemblement national s'emparerait très légitimement du pouvoir, et, dans cette configuration, nous ne pouvons même pas exclure que Marine Le Pen s'associe à Jean-Luc Mélenchon pour gouverner avec une majorité renforcée.

C'est exactement le schéma adopté par l'Italie. On dira avec raison que, même en Italie, le pire n'est jamais sûr, et que le gouvernement néo-fasciste et populiste qui la dirige aujourd'hui a déjà mis un peu d'eau dans son vin. Mais comment cette sinistre solution pourrait-elle convenir aux démocrates, à ceux qui croient profondément aux libertés et ne cesseront d'y croire, même si les Trump, les Poutine, les Erdogan ne cachent pas leur jubilation face aux déboires de la France ?  Qu'est-ce qui pourrait justifier à nos yeux un tel recul historique, un retour au passé sinistre du siècle précédent ? Pourquoi, au nom de la difficulté à nous adapter aux nouvelles donnes, devrions-nous sombrer dans une telle ignominie ?

La réforme à l'envers

Il y a des ménages français qui travaillent mais ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Il faut les respecter. Des inégalités grotesques se creusent : les forts s'enrichissent, les faibles coulent. Et donc, le changement doit concerner ceux qui souffrent le plus des effets de la désindustrialisation, d'un manque de solidarité entre les classes et les générations, de la difficulté à vivre dans le pays où naguère il faisait si bon vivre. Cependant, ni la démagogie, ni le mensonge, ni la présentation au peuple de programmes destructeurs comprenant par exemple l'abandon de la monnaie unique et la sortie de l'Union européenne, ne guériront de leurs maux les plus pauvres d'entre nous ; pis, ces maux en seront aggravés. La différence entre le président et les multiples oppositions qui s'acharnent contre lui, d'ailleurs sans le moindre gain politique, c'est que ses détracteurs, sincères ou cyniques, proposent des solutions inapplicables, lesquelles, en outre, ne convainquent pas grand monde.

On s'en rend parfaitement compte en observant la dialectique bizarre qu'a entraînée le mouvement des gilets jaunes. Ils ont demandé des sous, ils les ont obtenus, même s'ils considèrent les gestes du président comme seulement symboliques. Mais, ce faisant, il est allé à rebours de tout ce qui avait fondé son action. On ne peut pas gagner plus si on ne produit pas plus, si on n'est pas plus qualifié, si on considère que trente-cinq heures par semaine, c'est le maximum que l'on puisse offrir, si on ne contribue pas, en somme, à la fabrication de biens assez sophistiqués pour que le client accepte de les payer plus cher. Bien sûr, ce raisonnement passe au-dessus des têtes des insurgés. C'est pourtant celui qu'ils doivent entendre.

 

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91)L’insurrection

Macron et Philippe hier
(Photo AFP)

Ce qui s’est passé samedi à Paris et ailleurs en France est d’une gravité extrême, reconnue par le gouvernement, qui doit remettre en cause la politique économique actuelle, refonder le budget de 2019 et annoncer le plus vite possible des mesures tangibles et fortes susceptibles de convaincre les gilets jaunes.

LA VIOLENCE des émeutiers n’était pas que l’expression d’une colère. Elle s’est attaquée aux policiers et aux biens, mais elle s’adressait principalement aux institutions. L’attaque scandaleuse contre l’Arc de Triomphe découlait tout naturellement des graffiti exigeant la démission d’Emmanuel Macron et la dissolution de l’Assemblée nationale. Le président de la République est donc obligé de mesurer son affaiblissement politique non à l’aune des sondages mais en fonction d’un samedi 8 décembre qui risque d’être encore plus dévastateur pour son image personnelle et pour celle de la France à l’étranger. Or c’est son rôle premier d’assurer la sécurité des Français et de leurs biens. Le dispositif sécuritaire pour Paris, le 1er décembre, n’a pas fonctionné. On peut expliquer les raisons de cet échec, on ne peut pas imaginer que de telles émeutes se reproduisent. Il semble bien que, si les casseurs trouvent toujours le moyen d’accéder au quartier des Champs-Elysées pour s’y livrer au vandalisme, c’est parce que, pour combattre leur sauvagerie, il faut accepter qu’il y ait des morts.

Qu’en pense l’opinion ?

Dans cette configuration, l’espoir d’un basculement de l’opinion publique en faveur du maintien de l’ordre reste fragile. Il ne se produira que si les pouvoirs publics adoptent des décisions capables de satisfaire les revendications fiscales des gilets jaunes. Le gouvernement, qui croyait taxer les carburants au nom de l’écologie sans comprendre qu’il allumait ainsi un incendie, doit maintenant redistribuer cet argent et trouver une somme identique dans la dépense publique ; car il ne peut pas déséquilibrer son projet de budget pour 2019 sur le point d’être voté. Il vaudrait mieux, en outre, qu’il aille au-delà et accorde une largesse pour tous les foyers dont le revenu est inférieur à 2 000 euros par mois. C’est le seul moyen de montrer qu’il relève le pouvoir d’achat.

Irresponsabilité.

Il ne serait pas tiré d’affaire pour autant. Encensés par l’opinion publique, les gilets jaunes présentent quand même une tare collective, c’est leur totale irresponsabilité : ceux qui s’expriment ne reconnaissent jamais que, sans les manifestations, il n’y aurait pas de casse. Ils accusent la police et le gouvernement d’avoir comploté la dégradation de la crise sans apporter la moindre preuve de ce qu’ils avancent, répétant comme des perroquets les allusions venimeuses du Rassemblement National  et de la France insoumise auxquels ils prétendent ne pas être inféodés. Ils reprennent à leurs comptes les exigences de ces deux partis, démission de Macron et dissolution de l’Assemblée. Ils se disent indépendants de toute influence politique, mais ils n’ont rien d’autre à proposer qu’une démolition des institutions, seule façon, selon eux, de réparer l’injustice fatale que seraient les hausses des prix des carburants. Cette logique est tout à la fois excessive, disproportionnée et particulièrement dangereuse pour l’avenir immédiat du pays. Elle conduirait à un désordre tel qu’il faudrait des années à la France pour remonter le courant.

Les conséquences des émeutes sur le commerce et l’industrie sont assez négatives pour affecter la croissance à la fin de l’année, à cause d’un Noël fichu, et l’année prochaine. Elles limiteront la marge de manœuvre du gouvernement qui est déjà étroite. Encore une fois, les termes du déficit budgétaire ne pourront être respectés que par une sensible diminution de la dépense publique, d’autant plus difficile à obtenir qu’elle aurait, elle aussi, des effets politiques. L’autre aspect de la contestation jaune, c’est la jeunesse du mouvement, si récent et si frais qu’il est incapable de s’organiser, de présenter une liste de revendications et d’élire des représentants. Il est si bien décentralisé que les gilets jaunes se contentent d’occuper des ronds-points de département et filtrent la circulation, un peu comme s’il s’agissait de leur objectif ultime.

Le gouvernement dans un guêpier.

Edouard Philippe, le Premier ministre, a donc décidé de recevoir la totalité des partis politiques pour les associer aux décisions du gouvernement, ce qu’il n’a pas pu faire vendredi dernier quand il a reçu un gilet venu clandestinement et un autre, tellement terrorisé par les menaces de ses congénères qu’il a quitté Matignon au bout de vingt minutes. Le pacifisme revendiqué matin et soir par les gilets jaunes n’empêche pas les pressions et l’arbitraire au sein du mouvement, lequel demande des sous mais veut protéger à tout prix sa virginité politique, alors que tout est politique. Inutile de préciser que Macron et la REM étant haïs, comme le répète à satiété François Ruffin, de LFI, par tous les partis, sauf le MoDem, les bons conseils de Mme Le Pen, cette pousse-au-crime, et de M. Mélenchon pour qui le temps de la révolution est arrivé, ne vont pas aider M. Philippe à extraire le gouvernement de cet horrible guêpier.

Pour éteindre ce feu ravageur, il faut beaucoup d’eau, donc beaucoup d’argent, et il faut surtout que M. Macron, qui a refusé de s’exprimer dans l’urgence, comprenne que son projet est malmené sinon détruit. Il doit changer de braquet et donner carrément du pouvoir d’achat aux plus faibles revenus. De son côté, la justice doit faire son travail et prononcer des peines exemplaires pour ceux qui ont défiguré Paris et ses symboles historiques. Nous n’avons pas besoin des casseurs et les juges doivent les punir sévèrement.

RICHARD LISCIA

 

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90)le désaroi des partis

François Ruffin
(Photo AFP)

La République en marche est sans nul doute le parti politique qui souffre le plus de la crise des gilets jaunes. Le saccage éhonté de la permanence de la députée LREM de l’Eure, Claire O’Petit, en témoigne. Il n’est pas certain pour autant que LR, LFI ou le RN bénéficient de l’apparition d’une cause soutenue par 80 % des Français.

EMMANUEL Macron et ses ministres répètent tous la même chose : qu’ils ne cèderont jamais sur la hausse des prix des carburants, qui n’est pas une mesure fiscalement punitive, selon eux, mais un élément fondateur de la transition écologique. Ils se dressent contre la presque totalité des Français, contre les partis d’opposition mais aussi contre nombre d’élus de la République en marche gagnés par la mélancolie. Les députés marcheurs sont nombreux, en effet , à vouloir voter l’amendement du sénat au projet de budget qui supprime la hausse des prix de l’essence prévue pour le 1er janvier 2019. Ils en parlent publiquement. Ils souhaitent échapper à l’emprise du pouvoir, qui les considérerait comme des « godillots ».  Ils veulent s’affirmer comme des élus qui pèsent sur la politique gouvernementale. Cependant, ils ne donnent pas l’impression qu’ils pousseront leur projet jusqu’à la rupture avec le pouvoir, lequel s’est déjà montré, avec succès, impérieux et persuasif, et ignore à la fois les critiques venimeuses de l’opposition et les états d’âme de ses propres députés.

Bayrou dans… l’opposition.

A quoi il faut ajouter l’agacement du MoDem, dont la loyauté à l’égard de Macron s’effrite un peu plus chaque jour, car François Bayrou, inquiet de la tournure que prennent les événements, multiplie les déclarations favorables aux gilets jaunes, avec l’espoir que sa prise de position épargnera son parti. « À un moment, on ne peut pas gagner contre le peuple », a-t-il déclaré ce matin. Il aurait pu même dire  qu’on ne gagne jamais contre le peuple puisque celui-ci donne au pouvoir la légitimité des urnes. Mais, bien sûr, M. Bayrou n’a pas l’intention de remplacer Edouard Philippe au poste de Premier ministre. Il a pris bien soin de dire que, dans une période aussi grave, il ne risquait pas de faire de la politique politicienne.

La France insoumise, de son côté, est le parti qui tente ouvertement, et sans la moindre vergogne, de récupérer le mouvement des gilets jaunes. François Ruffin, qui s’est illustré à l’Assemblée par ses pitreries, essaie de ressusciter le mouvement « Nuit debout », lequel n’a jamais été qu’un forum place de la République à Paris et n’a guère influencé la vie politique. Les dissensions entre les membres de la France insoumise sont sur la place publique. Le reproche principal adressé à Jean-Luc Mélenchon par les dissidents est son autoritarisme, qu’ils jugent insupportable. La séquence de la perquisition dans les locaux du parti, avec les hurlements de Mélenchon qui se voyait en incarnation de la République, criait qu’il était « sacré » et donc au-dessus de la justice, n’a pas grandi le personnage . Victime de son caractère décidément incorrigible, il souffre de cet épisode autant que Marine Le Pen  de sa prestation télévisée lors du débat entre les deux tours avec le candidat Emmanuel Macron. À propos duquel l’accusation d’arrogance est dans toutes les bouches. Ne pourrait-on pas l’appliquer à d’autres élus ?

Le Pen pour un nouveau saccage des Champs.

Les Républicains sont pour le moment beaucoup plus discrets que l’extrême gauche et l’extrême droite. Laurent Wauquiez a été interrogé non pas au sujet des gilets jaunes mais de la procréation médicalement assistée qu’il considère comme le début de l’eugénisme et du nazisme. Ce qui lui  a valu une volée de bois vert dans les milieux favorables à la PMA, et qui a quelque peu embarrassé ses partisans. La question ne porte pas sur les excès de langage de M. Wauquiez, elle porte sur sa capacité à maîtriser son discours le jour où il sera aux affaires. Enfin, Marine Le Pen n’en démord pas : c’est aux Champs-Elysées que les gilets jaunes doivent manifester demain et peu importent les actes de violence qu’ils commettent ou qui sont commis en leur nom. Si vous cherchez un panel d’élus raisonnables capables de diriger le pays bien mieux que M. Macron, regardez du côté des oppositions fracturées, assommées par le rythme des réformes, poussées vers tous les excès par un mouvement qui les dépasse tout autant qu’il dépasse le président et ses amis. Entre les gilets jaunes qui se déclarent non-violents mais tiennent des propos subversifs tous les jours,  et des partis d’opposition incapables d’accompagner le mouvement, le choix de la stabilité est celui qui devrait convenir aux gens raisonnables.

Mais on ne soigne une crise ni par la surenchère, ni par l’immobilisme, ni par la répression, ni par le renoncement. Il est vrai que le dialogue semble impossible dès lors que les gilets sont incapables de se mettre d’accord sur leurs représentants et qu’ils n’ont pas résolu leurs contradictions : pourquoi discuteraient-ils avec les représentants du gouvernement qu’ils récusent et dont ils demandent la démission ? La solution ne peut résider que dans des mesures unilatérales du pouvoir, par exemple l’abandon des taxes du 1er janvier. Ce serait donner un gage aux gilets jaunes, un autre à François Bayrou, un début de retour au calme. Mais ce serait aussi reculer devant l’obstacle de la transition écologique. Car il ne s’agit pas d’une crise conjoncturelle qui va se résorber aussi vite qu’elle s’est développée. Il s’agit d’un conflit entre gouvernants quels qu’ils soient et pratiquement tous les gouvernés. C’est une guerre entre administrateurs et administrés, entre les institutions et ceux qu’elles encadrent. Il ne s’agit ni de lutte des classes ni de riches et pauvres. Il s’agit de la remise en question d’un système électoral parfaitement démocratique qui ne convient plus aux électeurs.

RICHARD LISCIA

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89)La Nouvelle-Calédonie entre espoirs et tensions

REPORTAGE Au lendemain du référendum où 56 % des Calédoniens ont voté non à l’indépendance, les tensions issues des divisions politiques, ethniques et territoriales ont resurgi.

« La Croix » est allée prendre le pouls du pays en partant de Nouméa pour remonter vers le nord par la côte ouest, puis traverser la Grande Terre pour rejoindre la côte est.

ZOOM

Manifestation des indépendantistes, le 4 novembre à Nouméa. / Théo Rouby/AFP

 

Route provinciale numéro 1, en direction de la partie sud du Mont-Dore. Impossible de dépasser le quartier de La Coulée. Les violences localisées de la nuit dans l’agglomération de Nouméa (une ancienne animalerie et des voitures incendiées) ont entraîné l’interruption de la circulation sur ce tronçon qui traverse les tribus de Saint-Louis et où des jeunes caillassent régulièrement les voitures ou installent, comme lundi 5 novembre au soir, des obstacles enflammés sur la route. Des barrières de la gendarmerie derrières lesquelles attendent cinq véhicules blindés obligent à rebrousser chemin.

Violences et frustration

« Ce coin, c’est le cancer de la Nouvelle-Calédonie », juge durement une Nouméenne rencontrée à la sortie de la commune. « Ils nous interdisent de voter et maintenant de circuler », s’énerve une autre, en référence à l’exclusion de la liste électorale pour le référendum des résidents arrivés après 1994 (et ayant vécu vingt années consécutives sur le territoire). « On n’imaginerait pas pareille injustice en Australie ou en Nouvelle-Zélande. On aurait dû faire comme la colonisation anglaise, tous les décimer ! » s’exclame cette Caldoche, résidente des riches quartiers sud de Nouméa. Si ces dérapages restent aussi limités que les violences urbaines de la nuit du dimanche 4 au lundi 5 novembre, la frustration est grande, côté loyaliste, après la victoire plus modeste que prévu du non à l’indépendance.

À lire aussi

Référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie

 

Des clivages territoriaux très marqués

Sur la route territoriale numéro 1, au niveau de Païta, les ondes diffusent une émission de témoignages d’auditeurs, un format radiophonique très prisé en Nouvelle-Calédonie. Les échanges sont édifiants. « Maintenant que le non a gagné, il faut retirer les manous des branches », dit ce loyaliste. Il parle des drapeaux indépendantistes présents en très grand nombre sur le bord des routes, auxquels il donne le nom des tissus utilisés par les Kanaks lors des gestes coutumiers. « Qu’il aille les décrocher lui-même, on l’attend », répond un autre auditeur. « Ils flottent sur nos terres coutumières, celles de nos ancêtres, c’est chez nous. Faut pas y toucher », s’énerve un troisième.

En Nouvelle-Calédonie, les oppositions politiques recoupent d’autres clivages, notamment territoriaux et ethniques. La province sud, siège de la capitale, Nouméa, où se sont longtemps concentrés les Européens, a voté à 73,71 % contre l’indépendance. La province nord et les îles, à très grande majorité kanake, ont respectivement voté à 75,82 % et 82,18 % pour l’autodétermination.

« Quoi qu’il arrive, il nous faudra vivre ensemble »

À La Tontouta, au nord de l’aéroport international, en s’enfonçant un peu plus en brousse, on rejoint Gérard, 60 ans. Lui veut relativiser les tensions. « Durant la campagne, j’ai trouvé indépendantistes et loyalistes un peu trop virulents », estime l’éleveur. Pour ce loyaliste, « tous doivent mesurer que, quoi qu’il arrive, il nous faudra vivre ensemble sur cette terre. »

Gérard s’inquiète toutefois de la petite délinquance à laquelle se livrent de plus en plus de jeunes kanaks, parfois mineurs. « Même les indépendantistes ne les maîtrisent pas », assure-t-il. Et de raconter : « Mon père, alcoolique, a abandonné ma mère et ses cinq enfants. J’avais 13 ans. On aurait pu sombrer dans la délinquance nous aussi et on aurait eu des raisons, parce qu’on avait faim. »

Du haut d’un petit col, il montre les 390 hectares de son exploitation. « Quand tu as créé tout ça, tu ne veux pas le perdre. » Au loin, ses « 300 têtes », la plupart de race brahman (importée en Nouvelle-Calédonie pour sa résistance à la tique qui pullule sur la Grande Terre depuis la venue des Américains en 1942), paissent dans un grand pré. « Il ne faut pas croire que ça pousse tout seul, c’est de la terre labourée et plantée. Si vous ne faites rien et que vous revenez dans cinq ans, ce sera de la friche partout ici. » C’est l’état dans lequel se trouve son ancienne propriété de Pouembout (nord-ouest), rétrocédée aux kanaks après une violente expulsion (leur maison a été incendié) le 4 juin 1988, trois semaines à peine avant la signature de l’accord de Matignon. Un épisode qu’il n’a pas oublié.

« Prendre conscience que la lutte passe par le vote »

À mesure que l’on parcourt la route provinciale numéro 4, qui traverse la Chaîne centrale, ce massif montagneux qui s’étire le long de la Grande Terre, le paysage change. La densité de drapeaux aux couleurs de la Kanaky (1) augmente. Arrivé à Thio, ces derniers ornent presque chaque poteau, tronc ou armature métallique de pont. Cette ville de la côte est, entourée de différentes tribus, a voté à 83 % pour l’indépendance. Surtout, 85,38 % des inscrits se sont exprimés.

Beaucoup redoutaient des troubles post-référendum dans cette région où l’on retrouve près de 80 % des voitures volées à Nouméa brûlées sur le bord des routes. Mais le village, écrasé par le soleil de l’après-midi, est absolument calme. « Vous seriez venus hier, le 5 novembre, les rues étaient pleines de voitures, les gens étaient joyeux, les jeunes sont mêmes entrés dans la mairie avec les drapeaux ! Certains nous ont demandé : “On a le droit d’être là ?” On leur a répondu : “Bien sûr, c’est un lieu public !” », raconte Stéphanie, 41 ans, adjointe au maire de la commune.

C’est surtout le vote des jeunes qui a permis aux indépendantistes de réduire l’écart. « Pour certains jeunes kanaks, c’était la première fois qu’ils allaient voter. Ils commencent à prendre conscience que la lutte, ça passe par là », espère Joacquim, 76 ans, rencontré dans le village voisin de Canala, qu’une petite quarantaine de kilomètres sépare de Thio. « J’espère que, voyant qu’ils ont pu s’exprimer et sachant qu’ils le pourront encore, ça leur enlèvera l’idée de faire des bêtises. »

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Édouard Philippe annonce une réunion en décembre à Paris

Edouard Philippe et Marie-Claude Tjibaou, veuve du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, le 5 novembre à Nouméa.  / Théo Rouby/AFP

Le premier ministre réunira en décembre à Paris les forces politiques de Nouvelle-Calédonie pour « tirer collectivement les premières conclusions » du référendum d’autodétermination, a-t-il annoncé lundi 5 novembre à Nouméa. Selon les résultats définitifs, le non à l’indépendance l’a emporté avec 56,7 % des voix (78 734 votes) contre 43,3 % (60 199 votes) pour le oui. Édouard Philippe souhaite remettre au premier plan « les enjeux économiques et sociaux » et a précisé qu’avec la ministre des outre-mer, « ils feront des propositions en ce sens ». Interrogé ensuite sur la tenue d’un deuxième référendum lors d’un entretien sur France O, il n’a pas voulu se prononcer.

Mikael Corre (à Mont-Dore, La Tontouta, Thio et Canala, en Nouvelle-Calédonie)

88)Une Francophonie très politique

Louise Mushikiwabo
(Photo AFP)

Le sommet de la Francophonie à Erevan, Arménie, s’est déroulé dans une ambiance fraternelle et émotionnelle, marquée par un hommage à Charles Aznavour, « cent pour cent français et cent pour cent arménien ». Sous l’impulsion de la France, c’est une Rwandaise, Louise Mushikiwabo, qui a été appelée à prendre la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

LE SOUTIEN d’Emmanuel Macron à Mme Mushikiwabo lui a été vivement reproché car le Rwanda, qui a choisi l’anglais comme langue d’enseignement, est probablement l’un des pays les plus francophobes du monde : le gouvernement rwandais continue à reprocher à la France le rôle qu’elle aurait joué lors du génocide. Le président a vu, au sommet de l’organisation, l’occasion de raccommoder nos relations avec Kigali. Son pari n’est pas absurde : on ne voit pas comment la représentante du Rwanda pourrait faire la promotion du français tout en boudant la France, d’autant qu’elle remplace une Canadienne, Michelle Jean, dont la gestion a été critiquée. Le succès de l’OIF, qui attire de nombreux pays, y compris ceux où on ne parle pas le français, a entraîné sa politisation, chaque membre souhaitant y jouer un rôle important. Même l’Arabie saoudite a voulu adhérer, mais la France et d’autres pays lui ont fait comprendre qu’elle devrait faire preuve de patience. Le gouvernement saoudien se débat dans une affaire très grave, l’assassinat possible d’un journaliste saoudien d’opposition qui aurait été tué dans un consulat de son pays en Turquie, ce qui a conduit à une crise très sérieuse entre les Turcs et les Saoudiens.

Mettre la francophonie au service du français.

La politisation de l’OIF rappelle celle de l’UNESCO, devenue l’un des centres où s’exprime une critique virulente contre Israël et les Etats-Unis qui, sous la houlette de Donald Trump, ont cessé de participer à ses travaux et surtout de les financer. Il serait donc souhaitable que la France rappelle que la francophonie n’a pour objectif que de contribuer au renforcement de l’enseignement du français dans le monde et d’installer une langue alternative dans les relations internationales. On devine que M. Macron accepte cette politisation puisqu’il en fait un atout diplomatique. Mais il permettra à ses concitoyens d’exalter principalement le rôle du français, le bonheur pour nous de l’entendre, notamment en Afrique, mais aussi ailleurs, et la dimension que donne à la France la prédilection des peuples étrangers pour son langage.

Notre tâche, loin d’être terminée, passe par un apprentissage du français en France qui soit plus ambitieux. Il est indéniable que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, s’y emploie. Mais nous n’avons pas toujours été très vigilants en la matière, surtout quand nous avons cru que l’enseignement des mathématiques et des sciences devait devenir prioritaire, au détriment des humanités et du français. L’expérience a largement démontré que, non seulement il existe désormais en France une poche d’illettrisme qui doit secouer Jules Ferry dans sa tombe, mais que le bon usage de la langue est un vecteur précieux, peut-être supérieur, pour l’accès à l’emploi. On entend parler de directeurs des ressources humaines qui, quand ils voient des fautes dans un curriculum vitae, éliminent le candidat ; en outre l’expression orale, dont la qualité garantit les premiers contacts entre le demandeur d’emploi et l’entreprise, est devenue avec le temps, un impératif catégorique ; enfin, nous ne pouvons pas à la fois exalter notre langue et ne pas exiger qu’elle soit le véhicule acceptable de la pensée de tous nos concitoyens.

Une langue pour dire tout et encore plus.

Or nous ne sommes pas en train d’assister à une amélioration de l’usage du français en France. Les raisons de ce déclin sont multiples : Internet, réseaux sociaux, langage numérique qui remplace les phrases avec verbe et complément, vélocité accrue de la transmission des messages qui nuit à l’expression. Il suffit de lire ce qui est diffusé sur Internet pour être épouvanté non seulement par la vulgarité des textes, mais par leur incohérence, leur nullité grammaticale et l’exiguïté de leur lexique. Les grands médias ne sont pas à l’abri de quelques dérives orthographiques, des néologismes et des anglicismes, d’ailleurs utilisés pour donner du punch au texte. Ce n’est pas ce français-là que nous devrions transmettre à nos enfants et à nos amis francophones. C’est en leur enseignant Molière et Racine que nous leur ferons découvrir la beauté, mais aussi la complexité et la souplesse d’une langue qui peut tout dire et changer à l’infini les manières de le dire.

RICHARD LISCIA

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87)Les embardées de l’exécutif

Gérard Collomb
(Photo AFP)

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb,  souhaitait démissionner de ses fonctions pour se consacrer à la mairie de Lyon, et donc aux élections municipales de 2020. Il a d’abord annoncé son départ prochain, dans « l’Express » du 19 septembre, puis a décidé de partir immédiatement, ce qu’Emmanuel Macron a refusé, puis il a maintenu sa démission dans un entretien avec « le Figaro » de ce matin. Une séquence incohérente.

M. COLLOMB n’a respecté aucune règle. Un ministre n’annonce pas sa démission, il attend que l’Elysée ou Matignon en parlent publiquement. Un ministre, surtout un ministre d’Etat occupant un poste régalien, ne part pas à sa convenance. Il a d’abord pensé qu’il pouvait se maintenir place Beauvau pendant quelques mois, puis, face aux critiques, toujours plus nombreuses et virulentes dans la classe politique, il a exprimé le désir d’en finir très vite. Sûr de lui, comme à son habitude, Emmanuel Macron l’a convaincu lundi de rester au gouvernement. M. Collomb n’avait pas plus tôt terminé sa conversation avec le chef de l’Etat qu’il annonçait au « Figaro » qu’il maintenait sa démission.

Coups de boutoir.

Dans cette affaire, encore une, les coups de théâtre ont été multiples, mais c’étaient autant de coups de boutoir portés à la cohésion gouvernementale et au fonctionnement de l’exécutif. De bout en bout de cette surprenante histoire, l’ancien ministre de l’Intérieur s’est conduit avec un mépris absolu de la hiérarchie. Il a bafoué les règles constitutionnelles qui régissent l’action politique en France. Il a traité les fonctions élevées à lui octroyées par le président de la République et par le Premier ministre avec une désinvolture telle qu’on en vient à se demander s’il a compris qu’il était le chef de la police et de la sécurité nationale.

Il existe, à n’en pas douter, une explication à son comportement. Il a très mal vécu  l’affaire Benalla et il en est la victime collatérale. Mais il est le seul responsable de ce qui lui arrive. Devant les commissions parlementaires, il a prétendu qu’il connaissait à peine Alexandre Benalla et qu’il n’a jamais su vraiment le rôle qu’il jouait. Ses explications embarrassées et hésitantes ont donné aux députés et sénateurs l’impression  qu’il leur cachait une partie de la vérité. Une telle impréparation à des auditions annoncées bruyamment rend perplexe : M. Collomb est-il un amateur qui, en dépit d’une longue carrière politique qui l’a conduit au cœur de l’exécutif, n’avait pas les compétences requises pour sa tâche ? Croyait-il, du haut de son âge et de son expérience, pouvoir enfumer ses interlocuteurs à sa guise ? Toujours est-il qu’il n’a pas accepté, et c’est là que le bât blesse, les commentaires qui remettaient en cause son habileté et son jugement.

Lâché par le pouvoir ?

M. Collomb est donc celui, au gouvernement, qui, à ce jour, a le plus souffert de l’affaire Benalla. Il a cru comprendre, dans l’évolution négative de cette crise, qu’il était lâché par le pouvoir au moment précis où il commençait à prononcer de petites phrases qui égratignaient Emmanuel Macron. L’effondrement de sa loyauté à l’égard du président est une sorte de tempête dans un crâne. M. Collomb vient du parti socialiste, il a cru en la candidature de M. Macron et il a été son premier grognard, l’homme, peut-être, qui a le plus fait pour que le jeune ancien ministre de l’Economie fût élu président de la République. Il a pleuré en public le jour de l’investiture de Macron.

Que, brusquement, en tout cas en quelques semaines, il ait conçu une telle aversion pour le métier qu’il exerçait, qu’il ait pris ses distances avec le président, qu’il ait organisé son départ au mépris des convenances et des dispositions constitutionnelles, que sur la forme et le fond de sa démission, il ait changé d’avis trois ou quatre fois, qu’il ait fait de son entêtement une crise politique, que son arrogance personnelle, ses propres désirs, sa volonté farouche de ne faire ce qui lui plaît sans tenir compte de sa relation avec le président et le Premier ministre, aient vaincu les pressions exercées sur lui par le chef de l’Etat, rien de tout cela n’est acceptable ou même compréhensible. Il y avait évidemment une manière infiniment plus discrète de quitter le gouvernement.

Macron et Philippe pas d’accord.

D’autant que les modalités invraisemblables de cette démission cachent, pour la première fois, une querelle au sein de l’exécutif. Edouard Philippe, qui occupe aujourd’hui les fonctions de ministre de l’Intérieur par intérim, estimait que les déclarations à « l’Express » de M. Collomb devaient se traduire par un départ immédiat. M. Macron n’a pas voulu que, après Nicolas Hulot et Laura Flessel, un troisième ministre, et pas des moindres, claque la porte. Une fois de plus ou de trop, il a cru à son pouvoir de persuasion, il s’est trompé, preuve qu’il ne connaissait pas Gérard Collomb aussi bien qu’il le croyait. Alors, bien sûr, après Benalla, après Hulot, le désordre réapparaît. En fait, il est apparu si souvent depuis la rentrée que l’opposition n’a pas besoin d’un porte-voix pour clamer son indignation. Il est vrai que M. Collomb a agi comme s’il se moquait de son travail, donc de la sécurité des Français. Il est vrai que sa maladresse n’a pas de limites. Il est vrai que l’on se demande aujourd’hui s’il était taillé pour le job. Je ne vois qu’un espoir : la reprise en main rapide et efficace de l’exécutif par le Premier ministre.

RICHARD LISCIA

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86)Le duel droite-droite

Fraîche poignée de mains
(Photo AFP)

Le clou de « l’Emission politique », animée hier soir par Léa Salamé et Thomas Sotto, c’était évidemment le débat entre le Premier ministre, Edouard Philippe, et le chef de l’opposition LR, Laurent Wauquiez. C’est peut-être moins le fond des argumentations que ce que disaient leurs propos de leurs caractères qui aura été intéressant.

LES TÉLÉSPECTATEURS n’aiment pas en général les batailles bruyantes sur les plateaux. M. Wauquiez s’est rendu à la télévision pour tenter d’écharper son interlocuteur qui, pour une fois agacé, lui a envoyé à son tour quelques piques. Si M. Wauquiez est incapable de sourire, c’est parce qu’il veut dramatiser les problèmes et les transformer en crise. On a donc assisté à un débat tendu qui ne laissait guère la place aux amabilités et encore moins à la sérénité. Sûr et certain, l’immigration est une affaire des plus sérieuses et nous devons la juguler. Mais ce n’est pas sous l’effet de l’angoisse que M. Wauquiez a refusé d’appeler M. Philippe par sa fonction, c’est pour mieux faire croire au public qu’il parlait avec lui d’égal à égal. Tant pis pour le respect dû à un chef de gouvernement, mais j’appelle ce genre de comportement de l’enfantillage. C’est tellement facile de vilipender un homme sous prétexte qu’il détient une parcelle de pouvoir, comme si ses fonctions lui avaient été octroyées de droit divin et qu’il ne les méritait pas. C’est plus simple de guerroyer avec moult palabres et de tenter de déstabiliser l’adversaire, ce à quoi le chef des LR n’est pas parvenu, que de s’en tenir à la vérité sur l’immigration, épouvantail, cette fois encore, brandi avec une conviction qui renvoyait M. Wauquiez au niveau du Rassemblement national ou de M. Dupont-Aignan.

Un effort de pédagogie.

Je ne reviendrai pas sur le contenu de l’émission que vous avez peut-être vue ou dont vous avez lu les comptes-rendus dans les journaux. J’ai décelé en revanche chez Edouard Philippe un effort estimable de pédagogie et pour mettre en cohérence une foule de mesures prises par son gouvernement. Qu’on l’admette ou non, il avait réponse à tout. Il a résisté avec un stoïcisme remarquable aux attaques d’une élue locale et d’un retraitée qui, pourtant, avaient cent fois raison. Le défaut de ce genre d’émission, c’est qu’elle oppose les cas personnels à la macro-économie. Le Premier ministre ne peut pas rendre à une interlocutrice les quelques dizaines d’euros par mois que lui a fait perdre la hausse de la CSG. Mais il a su montrer que cet effort, fourni par les millions de retraités, peut avoir  des conséquences favorables à la relance de l’activité économique.

Un homme de cette trempe-là.

Boxeur et bon vivant, Edouard Philippe ne se prend pas au sérieux. Et si le sérieux est un impératif catégorique pour un chef de gouvernement qui s’exprime à la télévision, on devinait qu’il aurait préféré discuter d’une manière plus gaie et plus drôle. Il est apparu hier, mais ce n’est pas la première fois, comme une alternative rafraîchissante à Emmanuel Macron. Il n’en a pas l’arrogance, ni les petites formules, « pognon de dingue », ou « traverser la rue pour trouver un emploi ».  En ce sens, son discours peut avoir un effet apaisant, même si, pour la simple raison qu’il ne peut pas se désavouer lui-même, M. Philippe ne peut offrir aucun cadeau, y compris à ceux qui viennent lui en demander sur un plateau de télévision. Est-il permis de croire à la sincérité de cet homme-là ? Non, dit-il, il n’a pas de plan de carrière, non il ne veut pas devenir président. Je le vois si solidement attaché à ses fonctions actuelles, si loyal à son patron, si peu enclin à critiquer quelque membre de son gouvernement, par exemple Gérard Collomb, dont le comportement à l’égard du président devient quelque peu cavalier, que rien, pas même sa chute éventuelle, ne le troublera. Il me semble que, pour conduire des réformes affreusement impopulaires, il faut un homme de cette trempe-là. Il est de ceux qui partent sous les huées, mais après avoir accompli un travail utile, dont tireront avantage ses pires détracteurs.

RICHARD LISCIA

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