16)Le Parti socialiste n'est plus et Les Républicains semblent prêts à le suivre dans la tombe. La recomposition arrive, et avec elle, espérons, les réformes 

15)À la veille d'élections législatives à haut risque pour le parti, "revanchistes" et "constructifs" s'affrontent chez Les Républicains.

14)LR contre REM : leurs programmes au banc d'essai

13)Dominique Schnapper : « La France doit choisir résolument le réformisme » 

12)Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, 53 ans

11)Le Pr Agnès Buzyn, une hématologue reconnue à la tête du ministère de la Santé 

10)La droite et Macron ne se font pas de cadeauxL'importance des législatives

9)Muriel Pénicaud, ministre du travail, 62 ans bien placée pour faire face au casse tete " droit du travail, relance de l'emploi, compétitivité"

8)Les mesures que vous réclamez pour réparer la France

7)Un gouvernement resserré et paritaire 

6)Ces candidats déjà investis par En Marche ! pour les législatives

5)Grandes manœuvres en vue des législatives

4)A o  lu sur les réseaux sociaux...la défense de M Fillon

3) Présidentielle : la farce (pas) tranquille

2)Le mur anti-réforme

1)veille d'un renouvellement sans précédent de la classe politique?

Mael de Calan communiqué

 

16)Le Parti socialiste n'est plus et Les Républicains semblent prêts à le suivre dans la tombe. La recomposition arrive, et avec elle, espérons, les réformes.Par

Publié le 03/06/2017 à 11:35 | Le Point

"Les civilisations sont mortelles, les religions et les partis aussi. Hamonisme, aubrysme et montebourgisme sont devenus trois synonymes de suicide politique." © JEFF PACHOUD/AFP

 

 

14)LR contre REM : leurs programmes au banc d'essai

La fondation iFRAP a passé en revue les propositions majeures de La République en marche et des Républicains pour les législatives.

Par Agnès Verdier-Molinié
Modifié le 22/05/2017 à 00:26 - Publié le 18/05/2017 à 16:48 | Le Point

Agnès Verdier-Molinié, présidente de l'iFRAP, auteur de « Ce que doit faire le (prochain) président » (Albin Michel).

  • L'ampleur des réformes pendant le quinquennat d'Emmanuel Macron dépendra des équilibres politiques qui vont se dessiner à l'Assemblée nationale. À un mois des élections législatives, l'iFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques)* a comparé et évalué les mesures proposées par La République en marche et par Les Républicains. Sont-elles suffisamment ambitieuses ? Convergent-elles ou s'opposent-elles ? Permettront-elles à ces deux partis, ensemble ou non, en coalition ou en cohabitation, de mener les réformes nécessaires pour combattre le chômage, redresser la croissance et les comptes publics, et pour opérer une nécessaire baisse des impôts pour les entreprises, les ménages et le capital ?

Dans ce match des programmes législatifs, la fondation note le degré d'ambition et d'efficacité des propositions et vérifie leur évaluation

IMPÔTS DES MÉNAGES (hors fiscalité du capital)

  • La République en marche : 6,2 milliards d'euros de baisse d'impôts pour les ménages

Emmanuel Macron met en avant 23,2 milliards d'euros de baisse d'impôts ainsi que 17 milliards de hausse de la CSG, soit au final 6,2 milliards d'euros pour les ménages. Le nouveau président propose surtout la baisse de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages (10 milliards), la suppression des cotisations salariales pour la maladie et le chômage. Les heures supplémentaires seront également exonérées de cotisations sociales (intégralement sur les cotisations salariales, partiellement sur les cotisations patronales pour les entreprises de plus de 20 salariés), mais pas de l'impôt sur le revenu. Il préconise aussi l'augmentation de la CSG de 1,7 point (12 milliards d'euros), qui pèsera à la fois sur les revenus salariaux et sur les retraites de plus de 3 000 euros. Il ne baisse pas l'impôt sur le revenu et ne remonte pas le quotient familial. Pour le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source, un audit décidera de l'avenir de la dernière mesure phare du quinquennat Hollande. Enfin, REM compte tirer 1,5 milliard d'économies par l'introduction d'une individualisation sur option de l'IR.

  • Les Républicains : 15 milliards d'euros de réduction d'impôts pour les ménages

Le projet législatif propose la défiscalisation des heures supplémentaires en cotisations et en impôt mais en incluant les cotisations employeurs, ce qui porte le coût de la mesure à 4 milliards d'euros. Les Républicains proposent surtout de baisser l'impôt sur le revenu de tous les ménages de 10 % en partant du constat que la recette de l'IR a augmenté de 20 milliards d'euros depuis 2011. Le projet prévoit de faire remonter le quotient familial à 2 330 euros, pour revenir au montant de 2012. Les particuliers employeurs seraient aussi exonérés de charges jusqu'à 1,6 smic. Le projet confirme également la suppression du prélèvement de l'impôt à la source par les employeurs pour le remplacer vraisemblablement par une imposition contemporaine des revenus sans tiers payeur.

IMPÔTS DES ENTREPRISES

  • REM : - 10 milliards d'euros pour les entreprises

Le programme REM se contente de remplacer le CICE par une baisse de charges mais ne modère pas davantage les charges des entreprises ni les taxes sur la production des entreprises, qui, pourtant, grèvent notre compétitivité. L'impôt sur les sociétés passerait de 33,30 à 25 % d'ici à 2022, mais on ne sait pas à quel rythme. Certaines entreprises pourraient être assujetties à plus de prélèvements obligatoires en fonction des modalités de mise en place de ces mesures.

  • LR : - 23 milliards d'euros pour les entreprises

Les Républicains transforment aussi le CICE en baisse de charges, mais prévoient de continuer d'alléger les charges employeurs (ce qui est nécessaire étant donné l'écart qui subsiste avec l'Allemagne) et pas seulement pour les bas salaires. Plus important, il compte baisser les taxes sur la production. Cette refonte fiscale représenterait 13 milliards d'euros, mais le projet ne donne malheureusement pas de décompte précis entre les baisses des charges et les baisses des taxes sur la production. Le zéro charges pour le smic est confirmé. La baisse de l'impôt sur les sociétés serait aussi programmée pour arriver à 25 % en 2022 avec un palier à 30 % en 2018 pour éviter que les entreprises ne paient plus qu'avec le CICE.

FISCALITÉ DU CAPITAL

  • REM : 4,3 milliards d'euros d'allégements

Emmanuel Macron propose de couper l'ISF en deux en ne gardant que la taxation de l'immobilier et en supprimant la taxation des avoirs entrepreneuriaux, ce qui réduit de 2 milliards une recette annuelle de 5 milliards d'euros. Par ailleurs, Emmanuel Macron souhaite revenir au prélèvement forfaitaire libératoire de 30 % sur les revenus du capital (rappelons que l'erreur de l'imposition au barème de l'IR des revenus du capital avait été décidée au début du quinquennat de Hollande en étant présentée à tort comme une mesure d'équité ; elle a creusé l'écart d'imposition des revenus du capital avec l'Allemagne, qui est de 40 milliards d'euros aujourd'hui) tout en maintenant la fiscalité actuelle sur l'assurance-vie. Ces deux mesures ne suffiront pas à elles seules à faire revenir les ménages et leurs capitaux qui ont quitté la France ces dernières années pour cause de ras-le-bol fiscal...

  • LR : 8 milliards d'euros d'allégements

Les Républicains proposent la suppression totale de l'ISF, soit 5 milliards d'euros de taxation du capital en moins, ainsi qu'une taxation forfaitaire à 30 % des revenus du capital (sans remise en question de la taxation de l'assurance-vie). Sur les successions, la proposition est de réduire le délai entre deux donations de quinze à dix ans. Les plus-values immobilières seraient exonérées d'impôts et de cotisations sociales au bout de quinze ans (contre vingt-deux ans aujourd'hui pour l'IR et trente ans pour les cotisations). Enfin, le programme porté par François Baroin prévoit une défiscalisation à hauteur de 50 % des sommes investies dans les start-up (sans plus de précisions sur les montants).

FONCTIONNAIRES

  • REM : 120 000 suppressions de poste

Grâce au non-renouvellement des départs à la retraite, le nombre de fonctionnaires diminuerait sur cinq ans de 50 000 dans la fonction publique d'État et de 70 000 pour les collectivités locales. La République en marche propose de mettre fin au principe d'unicité de la fonction publique – qui implique que le point d'indice soit augmenté au niveau central pour les trois fonctions publiques (État, collectivités et hôpitaux) -, ce qui est une très bonne mesure. Enfin, le jour de carence, supprimé en 2013, serait rétabli.

  • LR : 300 000 suppressions de poste

Le programme LR est plus ambitieux sur la réduction des effectifs. L'idée serait de ne pas remplacer 300 000 départs en cinq ans et 500 000 à l'horizon 2025. La droite veut aussi inciter les embauches sous contrat privé dans les services publics, même si ce point n'est pas très explicite dans le programme. Elle rétablirait aussi 2 jours de carence (rappelons que, dans le régime général du privé, ils sont au nombre de 3, tandis que les travailleurs indépendants peuvent en compter 8, voire 90 pour les médecins...). Le programme LR vise à imposer le respect des 1 607 heures par an (35 heures annualisées) et à augmenter le temps de travail des agents en payant les heures supplémentaires.

RÉFORME DES RETRAITES

  • REM : La République en marche veut expérimenter un système unique de retraite par points, sur le modèle suédois. Mais la convergence ne se ferait qu'après le quinquennat et le projet reste très flou sur les modalités de celle-ci. Le report de l'âge et des économies sur le système de retraites ne serait pas au programme, ce qui est incompatible avec l'objectif de baisse de 60 milliards d'euros des dépenses sur le quinquennat.
  • LR : le projet retravaillé par Éric Woerth veut concilier le recul de l'âge de départ à la retraite à 65 ans avec un report de cinq mois par an, soit vraisemblablement des départs à 65 ans autour de 2028 (date non communiquée), ce qui permettra à l'horizon 2022 une vingtaine de milliards d'euros d'économies. Le second pilier de cette réforme est la convergence des modes de calcul des retraites publiques sur les retraites du régime général avec la suppression des régimes spéciaux.

TRAVAIL

  • REM : le programme ne remet pas en question la fixation du nombre d'heures légales pour un temps plein à 35 heures par semaine. Il compte permettre des accords de branche ou d'entreprise pour y déroger et payer les heures supplémentaires au-delà des 35 heures au tarif normal. Le plafonnement des indemnités de licenciement est également au programme (il a été précédemment retoqué par le Conseil constitutionnel). Il propose aussi des malus de charges pour les entreprises utilisant les contrats courts. C'est une proposition étonnante, sachant que la taxation des contrats courts a été écartée du dernier accord intersyndical sur le chômage. À noter qu'Emmanuel Macron ne propose pas la suppression du compte pénibilité, mais uniquement l'ouverture de négociations syndicales sur le sujet.
  • LR : la suppression des 35 heures est toujours préconisée, mais après dix-huit mois de concertation avec les syndicats (reprise du programme Juppé). Mais la nouvelle durée légale du temps de travail n'est pas précisée. Autres mesures envisagées : la suppression du compte pénibilité, l'introduction – dès la signature du contrat – des conditions de rupture, ou le plafonnement des indemnités de licenciement. Le projet législatif des Républicains va substantiellement plus loin que la loi El Khomri en proposant que les employeurs puissent consulter directement leurs salariés par référendum, notamment sur le temps de travail, alors que la loi réserve aujourd'hui l'initiative du référendum aux syndicats. Les emplois aidés seraient réservés au secteur marchand, et donc aux entreprises, et les seuils sociaux seraient doublés : l'obligation de créer un comité d'entreprise incomberait aux entreprises comptant 100 salariés, contre 50 aujourd'hui.

CHÔMAGE

  • REM : reprise en main par l'État de l'Unedic et obligation pour les demandeurs d'emploi de prendre les offres raisonnables d'emploi sous peine de sanctions.
  • LR : la mesure essentielle est la dégressivité des indemnités de chômage.

SANTÉ

  • REM : vente des médicaments à l'unité, ouverture de maisons de santé, un numerus clausus plus généreux, plus de dépenses pour la prévention, la République en marche est très imaginative... Et propose aussi de rembourser intégralement les frais d'optique, de soins dentaires et d'audioprothèses, mais l'essentiel serait à la charge des complémentaires santé - on ne sait pas encore avec quelles modalités.
  • LR : la droite propose la suppression du tiers payant généralisé, une consultation de prévention par an, un reste à charge zéro pour l'optique, le dentaire, les audioprothèses, également pris en charge majoritairement par les complémentaires, sauf pour les enfants de moins de 16 ans, pour lesquels ces soins seraient remboursés à 100 %. La carte hospitalière serait également refondue, entraînant une diminution du nombre d'hôpitaux et l'autonomie de gestion pour leurs directeurs.

Les deux programmes sont insatisfaisants sur le volet santé. Aucun des deux ne s'oriente vers une baisse des coûts de gestion de notre système de santé à double étage, qui s'élèvent pourtant à 14 milliards environ chaque année.

RSI

  • REM : le parti vise la suppression du RSI afin de faire basculer les indépendants vers la caisse des salariés, mais le risque est réel que les cotisations soient alors plus chères. Le programme propose aussi le doublement du plafond de revenus des microentreprises (pour la vente des marchandises, le chiffre d'affaires maximal est aujourd'hui de 82 800 euros hors taxes par an et, pour les prestataires de services, de 33 100 euros hors taxes).
  • LR : le RSI serait transformé en une caisse autonome qui proposerait une palette d'offres allant de la seule assurance-maladie à une gamme plus complète d'assurances, qui engloberait (peut-être) l'assurance-chômage.

SYNDICATS

  • REM : le programme est courageux sur ce sujet. Il propose de passer à un syndicalisme moins politique en finançant les organisations par un chèque syndical. La proposition exacte est la suivante : « Instaurer un mécanisme de financement clair par lequel les salariés orienteraient des ressources abondées par l'entreprise vers le syndicat de leur choix. »
  • LR : Les Républicains abordent du bout des lèvres l'idée d'engager des discussions pour aboutir à la fin du monopole syndical.

LE VERDICT DE L'IFRAP

Le programme du quinquennat sera chargé. Les deux projets législatifs vont dans la bonne direction avec moins d'impôts pour les entreprises, pour les ménages et sur les revenus du capital. Sur ce sujet, ce sont Les Républicains qui vont le plus loin.

Sur les baisses de dépenses, La République en marche affiche 60 milliards et la droite 100 milliards, mais la méthode utilisée pour parvenir à ces économies ainsi que l'agenda de leur exécution restent flous de part et d'autre.

Sur la réforme des retraites, le système par points proposé par La République en marche va dans la bonne direction, mais la convergence des régimes de retraite publics vers le régime général devrait mécaniquement générer des économies qui ne sont pas, à ce stade, affichées.

Sur le volet des syndicats, Emmanuel Macron va plus loin avec, sans le dire vraiment, l'idée d'un chèque syndical qui remplacerait les subventions actuelles. En revanche, le parti du président est minimaliste sur la politique publique d'aides sociales, puisqu'il refuse le plafonnement ou la fusion des aides alors que l'organisation actuelle laisse largement à désirer.

 

* La fondation iFRAP est un centre de réflexion réunissant une quinzaine de chercheurs. En collaboration avec le site du Point, la fondation a lancé pour la présidentielle 2017 un comparateur des programmes des candidats

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13)Dominique Schnapper : « La France doit choisir résolument le réformisme »

La sociologue et politologue Dominique Schnapper, fille de Raymond Aron, analyse le bouleversement politique créé par l’élection d’Emmanuel Macron et les défis auxquels il doit répondre à présent.

 

 

La Croix : Quel regard portez-vous sur la recomposition politique en cours ?

Dominique Schnapper : Depuis des années, étant donné le mode de scrutin majoritaire, la droite et la gauche gouvernementales étaient contraintes de se déplacer vers leurs extrêmes pour gagner l’élection. Les thèmes identitaires mis en avant par Nicolas Sarkozy ou la déclaration de guerre à la finance de François Hollande en sont l’illustration. Cela ne débouchait sur rien de raisonnable.

D’autant que droite et gauche, une fois au pouvoir, menaient ensuite une politique proche, à quelques mesures symboliques près. Les Français percevaient donc la vie politique comme un théâtre d’ombres. C’est ce qui explique la victoire d’Emmanuel Macron, en plus de son talent personnel et de circonstances favorables. Il tente aujourd’hui d’établir ce que Valéry Giscard d’Estaing et ce que les partis du centre, à différents moments, avaient tenté sans succès.

Quelles réformes sont-elles nécessaires pour que cette recomposition débouche sur le changement durable du fonctionnement politique ?

D. S. : Le projet de diminuer le nombre des députés me paraît juste : 577, c’est trop dans un pays décentralisé. Je pense aussi qu’il faudrait introduire une dose de proportionnelle. Qu’une formation comme le Front national attire plus de 20 % des suffrages lors de l’élection présidentielle sans avoir d’élus à l’Assemblée nourrit un sentiment d’injustice qui n’est pas sans danger. Une part de scrutin proportionnel, comme en Allemagne, imposerait en outre de pratiquer l’art des négociations, la recherche de compromis, ce que nous ne savons pas faire. La France cultive une mythologie révolutionnaire mais reste très conservatrice. Elle devrait choisir résolument d’être réformiste.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet sur lequel nous pourrions nous inspirer des démocraties d’Europe du Nord. L’importance qu’elles donnent à la conduite vertueuse des élus en est un autre, tant les politiques français de haut niveau semblent avoir du mal à faire la différence entre fonds publics et fonds privés. ­Lionel Jospin avait mis fin aux fonds secrets. Nicolas Sarkozy avait soumis les comptes de l’Élysée à la Cour des comptes. Je pense qu’il faudrait que le Sénat et le Conseil constitutionnel soient eux aussi contrôlés.

 

Faut-il mettre en place une démocratie plus participative ?

D. S. : Il serait sans doute souhaitable de mettre en place de nouvelles modalités de la démocratie représentative pour ménager une place accrue aux citoyens en dehors des élections. Mais à la condition absolue que ces dispositifs restent bien consultatifs et qu’on respecte les décisions prises par les représentants légitimement élus. Seul le vote donne un poids égal à tous les citoyens. Or la tentation grandissante de ne pas respecter la légitimité des résultats des élections m’inquiète. Les expériences de collèges citoyens qui ont eu lieu jusqu’à présent laissent l’observateur sceptique. Ce sont toujours les mêmes et souvent des futurs politiques qui s’y investissent. Les citoyens « ordinaires » ne viennent que rarement et s’y expriment peu.

La professionnalisation de la politique est un défaut de la vie politique en France. En Angleterre, vous sortez de la vie politique après un échec électoral. Ce n’est pas une question de « jeunisme », mais tout simplement d’usure du pouvoir. De ce point de vue, la participation de la société civile à ce gouvernement est à saluer.

Le clivage entre gauche et droite est-il en train de céder la place à l’opposition entre mondialistes et nationalistes ?

D. S. : L’enjeu des sociétés sociales-démocratiques européennes est de trouver leur place dans la mondialisation tout en protégeant leurs populations de ses excès. Penser que l’on puisse refermer les frontières, comme le proposent Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, est un déni de réalité. Il s’agit de simplifier notre État providence et d’élaborer la forme de flexi-sécurité, déjà expérimentée dans les démocraties du Nord, qui serait acceptable par les Français.

Sans doute l’approche d’Emmanuel Macron est-elle plus libérale que celle des sociaux-démocrates de l’après-guerre, mais les conditions sont aujourd’hui différentes. Les démocraties contemporaines doivent être aussi attentives à l’organisation du travail qu’à la protection sociale. Le revenu universel, qui est une remise en cause de la valeur travail dans des sociétés où la participation au travail est la source du lien social, me paraît un non-sens.

La transcendance, la verticalité du pouvoir, qu’Emmanuel Macron a mis en avant vous paraît-elle de bon augure ?

D. S. : Façonnée par des siècles de royauté, la France nourrit une aspiration particulière à la transcendance et rejette la présidence « normale ». Dans une démocratie, le lieu du pouvoir doit rester vide, comme l’a souligné Claude Lefort, il n’est plus incarné dans le corps du monarque. C’est la politique qui devient le lieu de la transcendance des particularismes. Emmanuel Macron l’a compris. Contrairement à Valéry Giscard d’Estaing, qui impressionnait ses interlocuteurs, il sait leur procurer le sentiment d’être ses égaux.

Mais il me semble qu’il lui faudra aussi faire preuve de « tranchant politique ». Durant les années de lutte contre le totalitarisme communiste, la revue Esprit, dont le rôle a été majeur dans la formation intellectuelle du nouveau président, n’a pas toujours été nette. L’islamisme et le populisme ne sont certes pas identiques au fascisme et au soviétisme, mais ils ont tous en commun de vouloir détruire la démocratie. Face à leurs assauts, la fermeté s’impose. Il ne fallait pas être pacifiste dans les années 1930. Il ne faut pas se montrer complaisant envers la progression de l’islamisme comme du populisme aujourd’hui.

 

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12)Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, 53 ans

Experte depuis 2010 pour l’Union européenne dans le cadre de l’université euro-méditerranéenne, cette professeure à la tête de l’université de Nice-Sophia-Antipolis est désormais ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

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Frédérique Vidal devient ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. / UNS

Avec Frédérique Vidal, c’est une professeure des universités en sciences de la vie qui fait son entrée au gouvernement. Native de Monaco, inconnue du grand public, elle devient l’une des ministres issues de la société civile, qu’Emmanuel Macron s’était engagé à mettre en avant.

À la tête de l’université de Nice-Sophia-Antipolis depuis cinq ans, elle mettait son énergie au profit de nombreux projets dont le futur campus de Cannes prévu pour la rentrée 2019. Munie d’un DEA en virologie fondamentale et d’un doctorat en sciences de la vie, Frédérique Vidal a rejoint l’établissement niçois en 1995 avant d’en gravir les différents échelons.

 

À ce parcours universitaire s’ajoute une longue expérience auprès de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur pour laquelle elle était experte depuis 2007. Son engagement européen a sans doute suscité également l’intérêt. Coresponsable du projet européen Tempus, visant à moderniser l’enseignement supérieur en Europe centrale, elle était aussi experte pour l’Union européenne dans le cadre de l’université euro-méditerranéenne depuis 2010.

Enfin, durant ses années à la présidence de l’université niçoise, Frédérique Vidal a su affirmer quelques positions fortes, comme son attachement à un « enseignement supérieur sans frontières » contre la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers. Celle qui rêvait enfant de devenir pasteure n’imaginait sans doute pas se retrouver à la tête du monde universitaire

 

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  • Le Pr Agnès Buzyn, une hématologue reconnue à la tête du ministère de la Santé

    By Henri de Saint Roman

 
 

À 54 ans, le Pr Agnès Buzyn, qui dirigeait jusque-là la Haute autorité de santé (HAS), vient d'être choisie pour le poste de ministre des Solidarités et de la Santé. Depuis plusieurs jours, circulaient plutôt les noms d'Arnaud Robinet, secrétaire national à la Santé des « Républicains », et du socialiste Olivier Véran, ancien rapporteur du projet de loi Touraine. La nomination de cette hématologue, reconnue et respectée, jusqu'à aujourd'hui présidente du collège de la Haute autorité de santé (HAS), devrait être plutôt saluée par la communauté médicale, même si la CSMF émet déjà un bémol. 

Une femme discrète mais passionnée

En juin 2016, peu après sa prise de fonction à la tête de la HAS, « Le Quotidien » lui avait consacré un portrait dans lequel, prémonitoire, Agnès Buzyn indiquait être principalement motivée par l'amélioration de la santé des Français et de la qualité des soins. Elle y avouait aussi ne pas être sûre d'être « très très à gauche », mais plutôt sociale-démocrate. 

« Dès mon plus jeune âge, assurait alors la présidente de la HAS, la science a été pour moi une évidence. J’aimais toutes les matières scientifiques ». Avec un père chirurgien orthopédiste, un oncle chirurgien, et un autre anesthésiste-réanimateur, la médecine était une affaire de famille. Dès l'âge de 14 ans, son père l'emmenait au bloc où elle faisait parfois office d'aide opératoire.

« Ce n'est pas tout d'être guéri »

Les études de médecine ? « J'ai adoré ça », nous confiait-elle. Même adoration pour sa spécialité d'hématologie, parce que, dit-elle, on y accompagne des personnes, souvent pendant des années. « Car ce n’est pas tout d’être guéri physiquement. Si c’est au prix de séquelles psychologiques, sociales ou professionnelles dramatiques, on n’a fait que la moitié du chemin ». Agnès Buzyn a fait son internat à Necker, avant de prendre un poste de chef de clinique et de praticien hospitalier. 

Dans cet univers à l'époque essentiellement masculin, Agnès Buzyn débute avec enthousiasme son activité professionnelle. « Être femme présentait des avantages et des inconvénients », nous expliquait-elle. Au départ, elle ne sent guère le poids de la compétition. Mais quand arrivent les premières responsabilités, « l’univers masculin s'est imposé à moi. Car les hommes ne se rendent même pas compte qu’ils ne se posent jamais la question de coopter une femme ».

Agnès Buzyn a commencé à prendre du galon avec la parité. « Je suis totalement lucide sur le fait que j’ai été nommée à l’IRSN parce que j’étais une femme », confie-t-elle.

Fukushima mon amour

En 2008, elle est nommée présidente de cet Institut. Le 11 mars 2011, le tremblement de terre, puis le tsunami de Fukushima au Japon, la propulsent sur le devant de la scène. Gros coup de stress: « Quand vous savez que l’île principale du Japon risque d'être rayée de la carte par les radiations, et que vous vous retrouvez au 20 heures de TF1 à expliquer ce qui se passe, vous vous dites, pourquoi ai-je accepté ce poste ? »

Rien ne semble lui résister. Deux mois après, Agnès Buzyn est nommé à l'INCa, où elle prend la succession du Pr Dominique Maraninchi, parti pour l'ANSM. Elle y participe à l'élaboration et à la mise en œuvre du 3Plan cancer. « Ça a été un moment clé où j’ai pu mettre en pratique tout ce que j’avais pu porter toute ma vie auprès de mes patients », confie-t-elle. Elle obtiendra aussi de haute lutte quelques acquis, comme le droit à l'oubli.

« Je ne veux aucune idéologie à la HAS »

Timide mais déterminée, Agnès Buzyn reconnaît que lorsqu'elle a appris la démission du Pr Harousseau, au moment où son mandat à l'INCa arrivait à échéance, ça a été plus fort qu'elle : « Je me suis dit que ça pouvait être un beau challenge pour une fin de carrière ». Et elle fonce, et prend la tête de cette institution début mars 2016.

Il faut l'avoir vue auditionnée par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale en janvier dernier pour comprendre comment sa tranquille détermination a eu raison d'un parterre de députés habitué à des candidatures masculines. Le Pr Jean Léonetti, député LR des Alpes Maritimes, s'en souvient : « Je ne la connaissais pas du tout personnellement, mais je savais qu'elle était reconnue par ses pairs. J'ai tout de suite senti qu'elle avait la volonté de moderniser les institutions qu'elle dirige, et que, politiquement, elle avait un regard neuf ». Les membres de la commission voteront à l'unanimité en faveur de sa nomination à la tête de la HAS.

« Si je dois avoir un seul objectif à la tête de la HAS, confiait-elle, c’est de contribuer à améliorer la santé des Français et la qualité des soins qu’on leur prodigue ». Son étiquette de femme de gauche ? « Je ne sais pas si je suis très très à gauche, mais au fond, je suis probablement de sensibilité social-démocrate, glisse-t-elle en riant. Mais j’ai servi des gouvernements de droite comme de gauche, avec la même loyauté ». Un positionnement qui prend aujourd'hui tout son sens avec sa nomination surprise dans le premier gouvernement d'Emmanuel Macron.

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10)La droite et Macron ne se font pas de cadeauxL'importance des législatives

Richard Liscia

| 18.05.2017
 
Les Français ont assisté, depuis les primaires, à une série d'événements l'un plus « historique » que l'autre. Le récit de cette incroyable campagne électorale n'est pas terminé. Les législatives joueront en effet un rôle majeur pour les cinq prochaines années. De leur résultat dépend une configuration politique qui pourrait donner au pouvoir les leviers des changements qu'il veut accomplir ou, au contraire, renvoyer le pays à une forme de régime des partis.
La passation de pouvoirs à Matignon
Crédit Photo : AFP
Zoom
 

La nomination d'Edouard Philippe au poste de Premier ministre et la composition très élaborée de son gouvernement constituent les deux armes que le président Macron s'est données pour gagner les législatives. Il a voulu une équipe large comprenant en son sein des sensibilités politiques très différentes. Il ne s'agit pas, pour ces personnalités, de renier leur appartenance à leur parti d'origine, même si leur choix de servir sans attendre est vivement critiqué par leurs pairs. Il s'agit de contribuer à une sorte de rassemblement des bonnes volontés, d'adhérer à une ligne politique réformiste claire et de contribuer à sortir le pays de l'ornière économique et sociale où il est enlisé.

M. Macron a été offensif : il ne sollicite pas la droite, il tente de lui imposer la  dynamique qui l'a hissé au pouvoir, comme pour la mettre devant le fait accompli. Elle résiste de toutes ses forces. Même Alain Juppé, dont le nouveau Premier ministre est un affidé, s'est contenté de dire que M. Philippe avait le talent requis pour le poste qui lui a été confié, mais il a expliqué qu'il fallait attendre le résultat des législatives pour savoir comment les Républicains trouveraient leurs marques à l'Assemblée. Il a donc pris le soin, lui qui nourrit de la rancœur à l'égard de MM. Sarkoy et Fillon, de ne pas compromettre son appartenance à son parti.

Celui-ci a tout fait pour empêcher les ralliements à M. Macron. Tous les Républicains qui ont été tentés par le macronisme ont été menacés d'expulsion.  Eric Ciotti n'a pas mâché les mots par lesquels il juge la nomination de M. Philippe. Bernard Accoyer a rappelé que le simple recrutement du maire du Havre par la République en marche ne correspondait à aucun accord d'appareil. Ces positions hostiles traduisent, à n'en pas douter, la loyauté de ceux qui s'expriment à l'égard de leur propre parti. Elle ne correspond pas, néanmoins, à une vision politique claire.

Une hostilité stratégique

Le durcissement des attitudes avant les législatives est compréhensible dans le camp des extrêmes. Jean-Luc Mélenchon et les porte-parole de l'extrême droite ne tarissent pas de sarcasmes en utilisant d'ailleurs le même argument, à savoir que le mélange gauche-droite tel que le pratique M. Macron est la continuation d'une gouvernance bicéphale qui n'a jamais cessé d'exister, alors que, en réalité, il s'agit de souder des points de vue que rapproche une crise nationale de grande ampleur.  Il est moins compréhensible en ce qui concerne le PS (« Premier ministre de droite, cela veut dire qu'il faut plus de gauche à l'Assemblée », a dit M. Cambadélis) au moment où Bernard Cazeneuve accueille très chaleureusement Edouard Philippe à Matignon : on aurait cru qu'ils étaient du même bord. A droite, l'hostilité à l'égard du nouveau président est plus stratégique qu'idéologique : les Républicains veulent garder leur influence sur l'évolution du pays, il leur faut des effectifs parlementaires. Mais comment ne pas tenir compte de l'appel de 28 républicains (dont Nathalie Kosciusko-Morizet, Benoît Apparu, Christian Estrosi, Thierry Solère, Gérald Darmanin, Jean-Louis Borloo) qui demandent que LR saisisse la main tendue par le président Macron ? A s'opposer à un mouvement en profondeur qui va bien au-delà des guerres picrocholines, le parti risque de se briser.

Quoi qu'il en soit, au lendemain des législatives, il faudra bien que ceux qui font de la politique raisonnablement accusent réception des messages que le peuple leur a envoyés : il y a un président et un Premier ministre désignés par le suffrage universel. Il y aura une représentation nationale. Le bien du pays, c'est que l'exécutif et le législatif travaillent harmonieusement, ne fût-ce que pour écarter les extrêmes.

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9)Muriel Pénicaud, ministre du travail, 62 ans

Sa capacité de négociation va être rapidement mise à l’épreuve : elle sera en première ligne pour la réforme du Code du travail promise par Emmanuel Macron.

Depuis janvier 2015, Muriel Pénicaud est chargée, à la tête de l’agence publique Business France, de faire la promotion de l’Hexagone auprès des investisseurs étrangers. Mais ce sont ses expériences précédentes qui lui ont valu sa nomination comme ministre du travail. Un ministère qu’elle a fréquenté au début de sa vie professionnelle, jusqu’à devenir de 1991 à 1993 la conseillère de Martine Aubry sur la formation.

L’essentiel de sa carrière s’est néanmoins déroulé dans le secteur privé : en 1993, cette diplômée d’histoire et de sciences de l’éducation entre au groupe Danone. Elle s’y occupe de formation et de ressources humaines avant de rejoindre Dassault systèmes en 2002. Elle revient six ans plus tard chez Danone pour prendre la tête des ressources humaines. Elle va développer à ce poste un système de couverture sociale pour les 100 000 salariés du groupe à travers le monde. C’est aussi sous sa houlette que s’instaure un système de rémunération pour les 1 500 directeurs du groupe intégrant des critères sociaux et environnementaux (nombre d’heures de formation par salarié, sécurité au travail ou la réduction de l’empreinte carbone).

Personnalité consensuelle, Muriel Pénicaud est nommée en 2008 membre du Haut Conseil au dialogue social par le gouvernement de François Fillon, à qui elle rendra en février 2010 un rapport sur le « bien-être au travail ». Sa capacité de négociation va être rapidement mise à l’épreuve : elle sera en première ligne pour la réforme du Code du travail promise par Emmanuel Macron.

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8)Les mesures que vous réclamez pour réparer la France

Quelle mesure préconisez-vous au niveau régional ou national pour restaurer l’unité des Français ? Cette question vous a été posée à l’occasion de la publication d’un numéro spécial « Réparer la France », vendredi 12 mai. Voici une sélection de vos nombreuses réponses et propositions : toujours plus de liberté, d’égalité et de fraternité.

Démocratie et liberté

Grand nombre d’internautes réclament un changement dans le fonctionnement de la démocratie afin de faire participer davantage les citoyens à la reconstruction du pays.

« Au niveau national, créer un gouvernement d’union nationale. Au niveau régional, retour immédiat aux régions historiques. »

« Créer des plates-formes conviant les partisans des différents camps à identifier dans leurs positions ou leurs propositions les points d’accord avec leurs adversaires. Ceci, en utilisant un système de gradation en fonction des divergences pour éviter les postures binaires. »

« Faire en sorte aussi que le fonctionnement de la démocratie évolue et que la plupart de décisions impactant la vie des gens soient prises en ayant interrogé les gens concernés par la décision, y compris au niveau européen. »

 

« Créer des groupes de travail au niveau local, divers et mixte dans sa composition, avec un appel à bénévolat large et relayé dans tous les médias, chargés de produire un socle de valeurs communes et une vision commune. »

« Rétablir la proportionnelle aux législatives, afin que tous les Français se sentent représentés. »

 

« Passer d’une démocratie délégative à une démocratie participative. À voir les nombreuses initiatives individuelles ou associatives pour prendre un problème en main, il semble qu’en France le temps du passage du délégatif au participatif soit venu. La clef se trouve dans le changement du rôle des parlementaires. Les députés seraient chargés essentiellement d’animer le dialogue entre les citoyens autour d’une question donnée. Ils devront donc passer plus de temps dans leur circonscription en rassemblant les différents points de vue contradictoires ou non, sans qu’aucune décision soit prise par eux. Ils devront ensuite être en mesure de rapporter ces différents points de vues à l’assemblée qui en débat en orientant vers une recherche d’une solution en vue du bien commun. »

« Une plus grande pédagogie, sur les orientations et décisions prises de la part de la classe politique éclairée et relayée par des journalistes objectifs. »

« Définir, à l’échelle nationale, un petit nombre de projets utiles au plus grand nombre, susceptibles de recueillir un certain consensus mais aussi de générer de l’enthousiasme. Des projets avec des objectifs précis atteignables en 3 à 12 mois. »

Dialogue et égalité des citoyens

Pour les internautes, réconcilier les Français nécessite de la part du gouvernement de valoriser les actions associatives, culturelles, religieuses. Tous ces actes d’échelon local ou national qui, par le dialogue et le respect des différences, renforcent l’égalité entre tous les citoyens.

« La valorisation constante (par la médiatisation officielle) des initiatives privées où coopèrent généralement des gens de bords différents (associations sportives et musicales, fondations, crèches, festivals..), surtout dans les villes moyennes et les campagnes. Engager les médias nationaux à faire une place beaucoup plus grande à l’information positive et régionale. Déconstuire le parisianisme. »

« Intégrer dans tous les parcours universitaires et grandes écoles un module obligatoire de psychologie, faisant suite au parcours de bienveillance à autrui institué dans toutes les écoles dès la maternelle et se poursuivant jusqu’au lycée. »

« Faire la fête ! Chanter, rire, danser ensemble. »

« Accepter d’écouter l’autre différent. Accepter de travailler avec tous ceux qui veulent faire reculer la haine ! »

« Il faut faire des actions, des événements qui rassemblent toute la population du même style que les rencontres islamo-chrétiennes qui ont eu lieu à Taizé. »

« Arrêtons de nous montrer du doigt si notre opinion diverge de la pensée unique, et de nous dire pour qui il faut voter. Nous sommes assez grands, pour se faire une opinion. »

« La rencontre avec les associations pour échanger, au niveau de notre ville, et participer à des actions de terrain pour améliorer la vie de ceux qui souffrent. »

« Fermer la télévision et sortir ! »

« Pour restaurer l’unité des Français, il faudrait d’abord balayer devant sa porte et faire que les chrétiens s’interrogent sur leurs divisions et dialoguent en profondeur avec des pasteurs qui osent provoquer ces dialogues, ces décryptages. Où donc est l’Évangile dans ces divisions ? Qu’il y ait diversité des approches, heureusement, mais qu’il n’y ait pas dialogue, partage, réflexion approfondie et action commune, ce n’est pas acceptable ! »

« Faire respecter la laïcité, lutter contre le communautarisme, faire aimer la France et remettre ses traditions en valeurs, stopper la repentance tout en gardant le devoir de mémoire. Remettre l’autorité du maître dans les écoles, réformer les livres d’histoire. »

« Se retrouver dans des lieux de rassemblements ludiques, autour d’un repas collectif où sont conviés des inconnus, ne pas rester enfermé dans son réseau de connaissances, se laisser convier à aller ailleurs, "en périphérie" comme dit notre pape bien aimé. »

« Privilégier dans l’éducation, l’argumentation, la controverse, l’esprit critique constructif… Créer des cafés citoyens. »

« Une chose frappante lors des rassemblements post-attentats, où les gens étaient en quête d’unité nationale : nous n’avons pas de chants en commun. Quand des chrétiens se réunissent, ils chantent toujours. Entre Français, nous n’avons que la Marseillaise. C’est léger. Il faudrait tout un répertoire culturel commun. La musique a un pouvoir fédérateur très fort. »

Une plus grande fraternité

Réparer la France, c’est aussi pour beaucoup d’internautes réduire les exclusions et soutenir les moins favorisés.

« Tirer les leçons des emplois créés par ATD quart-monde pour qu’il y ait des emplois d’utilité sociale et pas seulement économiques. Donner du sens au travail. »

« Aider les laissés pour compte (chômeurs, paysans, femmes seules, retraités) mais alléger les charges aux PME, artisans et cultivateurs. Que les banques soutiennent activement les créateurs d’emplois. »

« Bannir dans les médias les déclinaisons du mot "exclusion". Cela imposerait une belle bienveillance ! (et exclurait les haineux). »

« Écouter les plus faibles et notamment les employés d’entreprise de sous-traitance qui peuvent être mal traités, mal écoutés, pas considérés, pas représentés. Initier un mouvement pour changer les modèles de management. Miser sur l’intergénérationnel. Intégrer des activités artistiques en milieu professionnel pour mieux appréhender les difficultés de communication et regénérer des liens de solidarité. »

« Il faut que les plus petits et les plus fragiles, se sentent entendus et écoutés, et non bafoués, au nom de la pensée unique médiatique. Il y a de plus en plus de personnes qui ont le sentiment de vivre dans une dictature qui ne dit pas son nom, dans laquelle seules les personnes en accord avec le système politique et médiatique osent s’exprimer ! »

« ​​​​​Supprimer le délit de solidarité, relancer et soutenir tous ceux qui créent la rencontre et le dialogue : les associations de quartier, les associations de dialogue interreligieux (Coexister, Scouts et Guides de France…), instaurer un service civique obligatoire d’un an pour tous pour travailler en associations de terrain, former les gens au sens du politique, valoriser réellement le bénévolat dès la fin du collège (une note sur les bulletins, des points supplémentaires en post-bac, etc.). »

« Oser et proposer un nouveau modèle de développement qui s’affranchisse de la métropolisation (qui contraint à l’exiguïté et coupe les individus de leur rapport au vivant et à la nature) et permette de se reconnecter à la terre, au territoire et aux autres. Si le phénomène des villes fut un mouvement d’émancipation à partir du Moyen Âge, il est aujourd’hui devenu un mouvement d’aliénation sans véritable alternative. »

« Notre devise "liberté, égalité, fraternité" est bien trop souvent oubliée. Il vaudrait d’ailleurs mieux l’inverser " fraternité, égalité, liberté " mais surtout prendre des mesures pour que ce ne soit pas un slogan mais une réalité de tous les jours avec une attention particulière pour ceux qui sont au bas de "l’échelle sociale". »

 

Christophe de Galzain
 

 

7)Un gouvernement resserré et paritaire

Outre la participation inattendue de Nicolas Hulot, numéro deux du gouvernement, le nouvel exécutif fait la part belle à la société civile. Sa composition respecte un équilibre des forces de gauche, de droite et du centre afin d’appuyer la recomposition politique en cours en vue des législatives.

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Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, a annoncé, hier à 15 heures, la composition du gouvernement. / Étienne Laurent/EPA

Des ministres de gauche, du centre et de droite ; des personnalités de la société civile ; une parité hommes-femmes ; le tout, dans un cadre resserré. Ces impératifs politiques ont servi à composer le premier gouvernement de la présidence d’Emmanuel Macron, qui a été dévoilé mercredi 17 mai à 15 heures par le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, sur le perron de l’Élysée.

La participation surprise de Nicolas Hulot, érigé numéro deux du gouvernement, imprime une forte coloration écologiste à cet exécutif. L’ancien animateur d’Ushuaïa y aura la haute responsabilité de la « transition écologique » inscrite au programme du président. Sa venue, inattendue alors qu’il avait jusqu’ici décliné les offres ministérielles, pourra rassurer en particulier à gauche et dans les rangs d’Europe-Écologie Les-Verts. « Cela signifie que ce gouvernement prend la transition écologique et énergétique comme quelque chose de très important », s’est félicité l’ancien dirigeant écologiste aujourd’hui macroniste, Daniel Cohn-Bendit.

Contrepoids politique

Cette nomination donne un contrepoids politique à celle du premier ministre LR, Édouard Philippe. C’est avec celui-ci qu’Emmanuel Macron a procédé ces derniers jours aux arbitrages pour constituer un exécutif qui comprenne plus largement des responsables politiques de bords opposés. À gauche, le président a privilégié en premier ses vaillants soutiens. Outre les députés Richard Ferrand et Christophe Castaner, « marcheurs » de la première heure, il a attribué le ministère de l’intérieur au socialiste Gérard Collomb et les affaires étrangères au « hollandais », Jean-Yves Le Drian – seul grand ministre du gouvernement sortant.

En nommant ces personnalités à deux ministères régaliens, le jeune président fait d’une pierre deux coups : il donne des cautions à la gauche réformiste et s’appuie sur leur longue expérience politique pour tenir ces postes exposés. L’expérience prévaut aussi dans la répartition des grands portefeuilles aux autres forces politiques. Au centre, François Bayrou se voit ainsi confier le ministère de la justice, un choix qui récompense son ralliement en février dernier au candidat d’En Marche !. Le président du MoDem entre au gouvernement en compagnie de Marielle de Sarnez, vice-présidente de son parti. Sylvie Goulard, aux armées, est également issue de cette mouvance.

Le défi de la composition était aussi de puiser des forces à droite, alors que la venue du juppéiste Édouard Philippe à Matignon a déjà jeté le trouble dans cette famille politique. En nommant Bruno Le Maire au poste prestigieux de ministre de l’économie et l’encore plus droitier Gérald Darmanin à Bercy, Emmanuel Macron peut espérer élargir sa majorité à d’autres sensibilités LR. Sans non plus négliger de plus petites formations, comme les radicaux de gauche (PRG), qui héritent de deux ministères.

Savant jeu d’équilibre sur les législatives

Mais la recomposition macroniste passe aussi par le renouvellement promis de la classe politique, grande ouverte dans ce gouvernement à la société civile. Outre Nicolas Hulot, des personnalités nettement moins connues du grand public mais appréciées dans leur domaine de compétence rejoignent l’exécutif. À l’exemple de Jean-Michel Blanquer, nommé à l’éducation nationale, ou de la cancérologue Agnès Buzyn, à la santé. Cette recherche de compétences s’est conjuguée avec le souci de respecter la parité hommes-femmes entre les 22 membres du gouvernement, secrétaires d’État compris.

Reste à voir les conséquences qu’aura ce savant jeu d’équilibre sur les législatives du mois prochain. Les grandes prises à droite sont limitées, alors que circulaient les noms de NKM ou Franck Riester. Aucun ministre ne sort non plus des rangs de l’UDI. Aucun « transfert » de l’aile gauche du PS ne s’est non plus opéré. Emmanuel Macron et Édouard Philippe parient avant tout sur la cohérence social-libérale pro-européenne, qui marque la ligne idéologique de ce gouvernement.

Avec un souci affiché aussi d’exemplarité. L’annonce du gouvernement avait été retardée pour examiner la situation déontologique et fiscale des ministres pressentis. Une prudence d’autant plus nécessaire que le gouvernement, qui se réunira ce matin pour un premier conseil des ministres, se donne pour premier chantier la moralisation de la vie publique.

Sébastien Maillard  La Croix

 

 

6)Ces candidats déjà investis par En Marche ! pour les législatives

Le mouvement créé par Emmanuel Macron avait déjà investi en avril 14 candidats aux législatives, dont certains ont une expérience d’élus locaux

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L’assemblée Nationale Française. / THOMAS SAMSON/AFP

Le mouvement En Marche !, rebaptisé La République en marche, doit dévoiler avant jeudi 11 mai à midi le nom de ses 577 candidats investis pour les élections législatives. Quatorze noms, sept hommes et sept femmes, sont connus depuis avril. Ils sont énarque, policier, chef d’entreprise ou agriculteur.

La moitié des candidats aux législatives soutenus par Emmanuel Macron devront ainsi être issus de «la société civile». Mais le «Monsieur Investitures» d’En Marche!, Jean-Paul Delevoye, a expliqué lundi 8 mai sur franceinfo que certains d’entre eux pourront aussi être des élus, maires, conseillers départementaux ou régionaux. «Société civile» ne signifie pas «qui n'ont aucun engagement», a-t-il précisé.

Tous concourront sous l’étiquette «La République En Marche», nouveau nom de l’ex mouvement En Marche !

 

Alexandre Aïdara, 49 ans, 6e circonscription de Seine-Saint-Denis. Énarque et ex-militant socialiste, il a d’abord été consultant pour de grandes entreprises. Il a ensuite exercé dans la haute fonction publique et dans les cabinets ministériels. De 2014 à 2016, il a été conseiller budgétaire auprès de la ministre de la justice. Il a également fondé le think tank « Régénération Citoyenne ».

Laetitia Avia, 31 ans, 8e circonscription de Paris. Cette avocate au barreau de Paris est spécialisée dans la résolution des litiges des sociétés et dans la responsabilité de leurs dirigeants. Elle enseigne par ailleurs à l’école de droit de Sciences-Po et à l’école de droit pénal financier de l’université de Cergy-Pontoise.

Jean-Michel Fauvergue, 60 ans, 8e circonscription de Seine-et-Marne. Ce policier est surtout connu pour avoir dirigé le Raid de mai 2013 à mars 2017. Il a notamment piloté l’opération de libération des otages de l’Hyper cacher en janvier 2015. Mais il a exercé dans quasiment tous les secteurs de la police nationale, en métropole comme en outre-mer et à l’étranger.

Mounir Mahjoubi, 33 ans, 6e circonscription de Paris. Entrepreneur dans le secteur du numérique, il codirige une agence qui aide à la création de start-ups. Engagé dans la campagne de Ségolène Royal en 2007 et de François Hollande en 2012, il est devenu ensuite le responsable numérique de la campagne d’Emmanuel Macron.

Sandrine Mörch, 55 ans, 9e circonscription de Haute-Garonne. Cette journaliste a travaillé pour plusieurs médias (télé, radio et presse écrite). Elle a notamment réalisé des documentaires pour France 3 et Arte sur des Français aux parcours atypiques, en Haute-Garonne. Elle a été conseillère municipale de la petite commune de Roquettes (Haute-Garonne), de 2008 à 2014.

Jean-Baptiste Moreau, 40 ans. Cet agriculteur installé dans la Creuse préside une coopérative rassemblant 900 éleveurs bovins et ovins, ainsi qu’un abattoir basé dans la Vienne. Il est également impliqué, au niveau national, dans la fédération des coopératives.

Valérie Oppelt, 43 ans, 2e circonscription de Loire-Atlantique. Cette chef d’entreprise fait partie des créatrices d’une société, Ennoia, spécialisée dans l’éclairage d’intérieur.

Matthieu Orphelin, 44 ans, 1re circonscription du Maine-et-Loire. Cet ancien élu EELV à la région Pays de la Loire a mené l’essentiel de sa carrière au siège national de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), à Angers. Il a été porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot de 2012 à fin 2016.

Hugues Renson, 39 ans, 13e circonscription de Paris. Proche collaborateur de Jacques Chirac, il a été son conseiller technique pour les affaires sociales à la présidence de la République de 2004 à 2007, puis son chef de cabinet dans sa vie post-élyséenne. Depuis 4 ans, il est délégué général de la Fondation EDF.

Caroline Reverso-Meinietti, 31 ans, 1re circonscription des Alpes-Maritimes. Cette avocate pénaliste exerce au barreau de Nice. Elle forme également des étudiants à l’Institut supérieur d’économie et de management de l’université de Nice-Sophia Antipolis et à l’Institut d’administration des entreprises de Nice.

Mireille Robert, 55 ans, 3e circonscription de l’Aude. Directrice d’école à Pieusse (Aude), elle est aussi conseillère municipale de ce village de 1 000 habitants. Elle a été candidate aux élections régionales en 2015 sur une liste investie par Philippe Saurel, le maire de Montpellier.

Claire Tassadit Houd, 49 ans, 2e circonscription d’Eure-et-Loir. Directrice des ressources humaines au sein de groupes internationaux, elle fait partie des fondateurs de l’association Diversité et Convergences, créée après les émeutes de 2005 en banlieue. Après avoir perdu sa sœur lors des attentats du 13 novembre 2015, elle a participé au lancement du think tank « France Positive ».

Élisabeth Toutut-Picard, 62 ans, 7e circonscription de Haute-Garonne. Directrice adjointe au CHU de Toulouse, elle a fait toute sa carrière dans le domaine de la santé. Elle est adjointe au maire Le Républicains de Toulouse (en charge de la coordination de la politique de développement durable) et présidente de la commission environnement, développement durable et énergies de Toulouse Métropole.

Jean Viard, 68 ans, 5e circonscription du Vaucluse. Ce sociologue, auteurs de nombreux ouvrages, a notamment travaillé sur les questions liées à l’aménagement du territoire, au monde rural et au temps libre, mais aussi sur la montée du FN. Soutien de Ségolène Royal en 2007, il a déjà été élu à l’ex-communauté urbaine de Marseille, sans étiquette, mais dans la majorité de gauche.

La Croix
 

 

5)Grandes manœuvres en vue des législatives

 

 

Ce sont des élections législatives inédites et atypiques qui se préparent, avec un mouvement radical – La France insoumise – et un parti extrême – le FN – en position de force et deux partis de gouvernement affaiblis.

Au FN, échec rime avec remise en cause

Marine Le Pen a doublement raté son pari. Elle est certes parvenue à se qualifier au second tour. Mais elle n’a pas seulement été battue : sa piètre prestation lors du débat face à Emmanuel Macron et son faible score (33,9 %) ne lui permettent pas, comme elle l’espérait, de pouvoir jouer aux législatives le rôle de première opposante au nouveau président de la République.

Dès dimanche soir, la candidate malheureuse a néanmoins annoncé dans cette perspective une « transformation profonde» du Front national afin de construire « une nouvelle force politique ». Au second tour, elle est arrivée en tête dans 45 circonscriptions, ce qui permettrait potentiellement à une force politique élargie à ­Nicolas ­Dupont-Aignan d’obtenir un groupe parlementaire. Même si le résultat d’une présidentielle n’est pas si facilement transposable aux législatives.

Comme souvent après une défaite, les critiques, pourtant rares dans une structure fermée comme l’est le FN, ont en outre commencé à se faire entendre. En « off ». Mais également en « on », privilège sans doute de l’appartenance familiale, chez Marion Maréchal-Le Pen. De micro en micro, cette dernière répète qu’il y a « une réflexion à mener sur ce qu’il y a de positif et de négatif dans cette élection » et « manifestement quelques leçons à tirer ».

En coulisses, la députée plaide pour un changement non seulement stratégique mais aussi idéologique. Son ambition serait de former un bloc identitaire, sécuritaire et conservateur, allant de l’aile droite des Républicains au FN. Y parvenir demanderait toutefois au préalable de renoncer à ce qui rend aujourd’hui impossible un tel rapprochement : l’orientation économique antilibérale et la sortie de l’Union européenne, les deux étant d’ailleurs liées. Or, il s’agit du fondement de la ligne portée par Marine Le Pen et Florian Philippot. Les débats internes s’annoncent intenses.

La droite face à un double rendez-vous, avant et après les législatives

Contrairement au PS, la droite n’a pas commencé à se fracturer avant le premier tour de la présidentielle. Mais elle risque elle aussi d’être ébranlée par la formation, derrière Emmanuel Macron, d’une nouvelle majorité. De fait, plusieurs blocs se dessinent qui esquissent des recompositions futures.

Un premier bloc refuse en toutes hypothèses de participer à la majorité présidentielle. L’objectif est de conserver l’unité de la droite, alors que les reports de voix ont confirmé la division de l’électorat de François Fillon. Majoritaire chez Les Républicains, cette ligne soutenue par les sarkozystes (Laurent Wauquiez, François Baroin) et les fillonistes (Bruno Retailleau) mise sur une victoire de l’union LR-UDI aux législatives, puis une cohabitation. François Baroin s’est déjà déclaré en cette hypothèse « disponible » pour Matignon.

Un deuxièmes bloc, minoritaire, est en revanche prêt à participer d’emblée à la nouvelle majorité présidentielle. Dès le soir du premier tour, Alain Juppé (LR) avait discrètement formulé une offre d’alliance à Emmanuel Macron. Pour l’heure, la prudence reste cependant de mise : le déclarer publiquement, c’est perdre aussitôt son investiture aux législatives et être exclu de sa famille politique. L’enjeu est de savoir s’il y aura uniquement des ralliements individuels ou bien la véritable structuration d’une aile droite de la nouvelle majorité autour des juppéistes et de certaines composantes de l’UDI. Contre toute attente, le plus explicite à tendre la main à Emmanuel Macron est Bruno Le Maire (LR).

Enfin, entre les deux, un troisième bloc suggère d’attendre tranquillement le résultat des législatives. En cas de victoire, pour cohabiter. En cas de défaite, pour éventuellement peser sur l’orientation d’un gouvernement de coalition avec En marche !.

Majorité ou opposition, le PS va devoir choisir

C’est aujourd’hui que le Parti socialiste doit rassembler à la Maison de la Mutualité, à Paris, ses candidats aux élections législatives et présenter une nouvelle plateforme programmatique ainsi qu’une nouvelle organisation de campagne, en principe autour du premier ministre Bernard Cazeneuve. Le début de la grande clarification attendue ? La réunion du bureau national prévue avant le cérémonial de la ­Mutualité s’annonce en tout cas agitée car, le deuxième tour présidentiel étant passé et le FN battu, les divergences socialistes éclatent au grand jour sur deux questions : les investitures et la ligne politique.

 

Dès dimanche 7 mai au soir, Benoît ­Hamon a repris la parole pour appeler à une « plateforme commune à toute la gauche pour gouverner » et « un maximum de candidatures d’union à gauche » pour les législatives, les « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon compris. L’ancien candidat du PS à la présidentielle ne semble pas vouloir s’effacer, malgré son faible résultat au premier tour (6,36 %). Lui et ses proches ont l’intention de demander au bureau national de refuser les investitures à ceux dont le soutien a manqué au candidat. Dans leur viseur : Manuel Valls. Ils veulent aussi contester le programme législatif du PS, qui aurait été épuré d’une grande partie des propositions présidentielles de Benoît Hamon.

Face à cette « opposition » en construction contre Emmanuel Macron, le « hollandais » Stéphane Le Foll et Manuel Valls ont montré le désir de travailler avec la « majorité présidentielle ». Crédité de 8 à 9 % des intentions de vote aux législatives, selon certains sondages, le PS se trouve au bord de la rupture. Tout l’enjeu pour lui est de garder son identité politique et son unité, ainsi que de sauver le plus grand nombre possible de députés sortants, alors que beaucoup ne se représentent pas.

Mélenchon et le PCF, une alliance compliquée

« Une nouvelle majorité parlementaire est possible autour de nous », a déclaré Jean-Luc Mélenchon dimanche soir. Le leader de La France insoumise entend prendre la tête de la future opposition de gauche à Emmanuel ­Macron. Ce rôle, celui qui envisage de se présenter à Marseille, Toulouse ou à Lille avait choisi de le jouer dès le soir du premier tour en renvoyant dos à dos le leader d’En marche ! et Marine Le Pen. En refusant de donner une consigne de vote ou d’exprimer son choix personnel, il voulait consolider son socle électoral et éviter l’éparpillement des 7 059 951 voix qu’il avait récoltées. Mais la tâche ne s’avère pas aisée. Les tractations avec les communistes qui l’ont soutenu se sont embourbées. Le PCF refusant de signer la charte de La France insoumise, qui comprend notamment la discipline de vote pour les députés, les « insoumis » ont menacé d’investir des candidats dans toutes les circonscriptions, y compris dans celles de communistes sortants.

Jeudi 4 mai, la tension est montée d’un cran : le mouvement a annoncé qu’il engageait des poursuites judiciaires contre son allié, l’accusant d’avoir utilisé la photo du député européen sur des documents pour les législatives. Dimanche, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a de nouveau appelé à un « accord national large, équitable et représentatif, sous une bannière commune ». « Il y a un phénomène d’identification autour de La France insoumise et ça, c’est nouveau. En changeant la bannière, on se tirerait une balle dans le pied », répond ­Charlotte Girard, co-coordinatrice du projet. La sortie de crise pourrait être un accord de désistement réciproque, proposé par La France insoumise sur 52 circonscriptions. Le mouvement a posé un ultimatum à aujourd’hui. Du côté d’Europe Écologie-Les Verts, c’est déjà plié. Son secrétaire national, ­David Cormand, a annoncé vendredi qu’il avait reçu « une fin de non-recevoir » de la part de La France insoumise.

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4)A o  lu sur les réseaux sociaux

Un petit commentaire sur la défense de M. Fillon, faite par des professionnels qui semblent autant hors du coup que lui :
-soit il est coupable, sans doute comme beaucoup, et de toutes manières, il paiera, maintenant ou plus tard. Donc, amnistie relative.
-soit il n’est pas coupable. Alors, cela veut dire qu’une simple rumeur peut détruire l’avenir d’un pays. Que le créateur de cette rumeur va être responsable, si les élections nous donnent le match Le Pen/Mélenchon, de la totale destruction du rêve européen, et de l’avenir de notre pays. Quid des puissances étrangères qui redoutent l’Europe? Je n’ose imaginer que le coup vienne de chez nous.
Le pire serait qu’il ne soit ni élu au premier tour, ni condamné.

 

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3)Cordelier - Présidentielle : la farce (pas) tranquille

On était habitués aux propos d'estrade, mais cette campagne électorale est polluée par les brèves de comptoir. Un cauchemar démocratique.

Par
Modifié le 11/04/2017 à 14:34 - Publié le 11/04/2017 à 11:39 | Le Point.fr
La campagne présidentielle la plus baroque de l'histoire de la République française tourne à la farce.

Qu'importe le sens, pourvu qu'on ait l'ivresse... La campagne présidentielle la plus baroque de l'histoire de la République française tourne à la farce, la farce (pas) tranquille, pourrait-on dire. Nous étions habitués aux propos d'estrade et aux effets de manche dans les joutes électorales – avec plaisir même, parfois, pour qui aime la politique et l'éloquence –, mais une telle surenchère de brèves de comptoir, ça, non ! Marine Le Pen ranime la polémique sur la tragédie du Vél' d'Hiv – pourquoi ici et maintenant ? On se demande ; Nicolas Dupont-Aignan – a priori à jeun – compare la France dans l'Europe à « une compagne violentée par son conjoint » (sic) ; Jean-Luc Melenchon, sur le Vieux-Port de Marseille, se prend pour un prophète jauressien à la sauce Raimu ; François Fillon, lui, s'imagine en Vercingétorix (avant Alésia) ;et Jean Lassalle qui, entre autres billevesées, propose « son » plan banlieues – où « les politiques ne vont jamais sauf (lui) » – et publie son manifeste-programme de résistance (sic) à la Stéphane Hessel quand Philippe Poutou, avec son visage de triste clown, reformate Les Guignols de l'info version soviétique. Sans parler de Benoît Hamon l'ex-frondeur s'auto-erigeant comme le conservateur d'une mémoire socialiste vertueuse désormais désuète.

La cible, ce sont les réseaux sociaux et écrans de télévision derrière lesquels sommeille un abstentionniste – ils sont 18 millions, et risquent même d'être encore nombreux le jour du premier tour de scrutin vu que celui-ci, aberration de plus, a été fixé pendant que les trois quarts du pays seront en vacances scolaires...

Certes.

Mais pourquoi prend-on autant au sérieux des postures qui visiblement ne le sont pas ?

Notre système démocratique est-il si malade pour s'imposer un tel bombardement sans mot dire, ou maux dire, ou maudire ?

Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon instrumentalisent l'histoire et piétinent les mémoires, faisant fi de connaissances basiques – niveau première année de Sciences Po, pour être gentil.

Et historiens chenus et commentateurs chevronnés propulsent doctement ces polémiques à la une d'augustes médias, les transformant en enjeux majeurs de la campagne. Pour faire parler de lui, Philippe Poutou, candidat infinitésimal, arrive en tee-shirt au « grand » débat des candidats, lance quelques propos de bistrot bien ajustés – on dit punchline en twittosphère – et des philosophes qui ont colonnes ouvertes dans de grands journaux s'écharpent sur le sujet. Jean Lassalle promène ces borborygmes sur toutes les ondes, et des journalistes patentés tombent sous le charme...

 

Nicolas Dupont-Aignan, qui n'a peur de rien, surtout pas de lui-même, singe une indignation gaullienne, oui gaullienne, et on se demande s'il vaut mieux en rire ou en pleurer. Les « expertises » d'un François Asselineau et d'un Jacques Cheminade, les vociférations d'une Nathalie Arthaud...

Quand ce cauchemar de citoyen va-t-il enfin prendre fin ?

Dans moins d'un mois.

Si tout va bien.

 

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2)La chronique de Richard LisciaLa curée anti-Valls signe la fin du PS - Le mur anti-réforme

Richard Liscia

| 03.04.2017

 

De quel crime Manuel Valls est-il accusé par ses anciens « amis » socialistes ? De s'être parjuré en refusant de soutenir Benoît Hamon après avoir promis de se rallier au vainqueur de la primaire. Le chef d'accusation est incontestatble. L'usage qui en est fait par les anciens frondeurs devenus provisoirement maîtres du jeu socialiste est indécent, en ce sens que les insultes adressées à l'ex-Premier ministre transforment la campagne électorale en débat de  caniveau. :

 


 

Après la primaire, l'accord de façade
Crédit Photo : AFP
Zoom

 

 

 

Ce qui rend hystériques les partisans de M. Hamon, c'est sans doute moins la personnalité de M. Valls que son projet. L'ancien chef de gouvernement ne craint pas la victoire, presque impossible du candidat du PS. Il s'oppose à ce que la gauche soit refondée après les élections selon les critères d'un seul groupe, incarné par les Aubry, les Montebourg, les Filipetti, les José Bové, et tant d'idéologues irréductibles. La querelle entre M. Valls et M. Hamon ne porte pas sur les manières, comme veulent le faire croire ceux qui mis en bière la présidence de François Hollande, elle porte sur l'aggiornamento du PS auquel ils s'opposent de toutes les forces, avec la frénésie du désespoir. Car ils savent où ils vont : l'obstination rigide de Jean-Luc Mélenchon à rejeter tout accord avec le parti socialiste assure le trépas de celui-ci. Il suffit d'assister à la pantomime pour savoir que personne n'est sincère : ni M. Mélenchon, qui préfère l'immense plaisir qu'il a à dispenser ses vérités à la foule à un engagement en faveur du camp auquel il prétend appartenir ; ni M. Hamon qui tient à l'autre un langage censé exprimer la toute-puissance du PS au moment où celui-ci est moribond et qui ne veut pas davantage se fondre dans l'extrémisme incarné par M. Mélenchon.

Une avalanche de pensées sclérotiques

Dans ces conditions, qu'est-ce qui permet à ses détracteurs de fondre sur M. Valls comme des aigles sur lur proie ? Il fait de la politique comme eux, ni plus ni moins. Il est parjure ? Sûrement, mais lui n'est pas un traître, il n'a pas utilisé ses prérogatives ministérielles contre le président qui les lui avait accordées. Ils ont le droit d'avoir des idées différentes ? Et Valls, non ? Leur discours est insupportable. Il montre combien on peut être aveuglé par la foi que l'on porte. Ils sont les vicaires de l'archaïsme et leur confort intellectuel, le refus de se remettre en question, le rejet du monde tel qu'il est et ne changera pas, en dépit de leur loghorrée (Dieu, si tu existes, que ta foudre mette le feu à la mondialisation !) les rend impénétrables au changement. Il n'est nullement exclu que cette avalanche de pensées sclérotiques finisse par sombrer dans le ridicule, au terme d'une défaite inéluctable, et que Manuel Valls, qui n'est pas privé de patience, finisse par ramasser la mise.

Mais ce courant, au sein de la société française, est puissant. Il englobe une partie du PS, la fameuse « France insoumise », le PC, les anciens socialistes qui ont rejoint le FN et une bonne partie de la droite. Ils sont, les uns et les autres, les tenants de la politique de l'autruche. Ils refusent d'affronter le monde tel qu'il est et préfèrent s'enfermer dans les frontières nationales. À terme, ils laisseraient le pays s'enfoncer dans une solitude glacée et mortelle. Ils n'en veulent pas à M. Valls uniquement, Emmanuel Macron est un autre de leurs épouvantails, comme l'est François Fillon, qui porte la réforme la plus profonde.

Toutes ces forces de l'immobilisme ne se livrent aux imprécations que parce que leurs chances de l'emporter sont minimes. Elles n'en contribuent pas mois à faire de cette campagne électorale, moment idéal pour établir un diagnostic national et un traitement approprié, l'une des plus répugnantes auxquelles les électeurs ont assisté. Ces pères La Vertu, qui portent en sautoir leur citoyenneté, leur générosité, leur humanisme, leur proximité avec le peuple, et dont la pensée maîtresse repose sur la dépense publique sans financement, n'ont pas hésité à manier l'injure contre des hommes qui, pourtant, ont seulement la volonté de mettre en application les instruments du changement.

 

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1)veille d'un renouvellement sans précédent de la classe politique?Il y a la crise politique conjoncturelle bien sûr, liée au quinquennat Hollande et à la multiplication des affaires. Pour autant, faut-il y voir un mouvement de fond? Les législatives de juin pourraient en être la confirmation.

© Fournis par Slate Pourquoi l’Assemblée nationale va connaître en juin un renouvellement sans précédent

Une page se tourne à l’hémicycle. Au revoir, Claude Bartolone. Au revoir Noël Mamère, Patrick Balkany, Patrick Devedjian, Carole Delga, Ségolène Royal, Michel Sapin, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve et compagnie. La situation est sans précédent sous la Ve République. Ministres actuels et élus de toute part ont décidé de dire adieu à la chambre basse du Parlement. Figures politiques majeures comme anonymes. Députés aux huit mandats ou au mandat unique. Socialistes, en masse, mais aussi du parti Les Républicains (LR).

FranceInfo a listé de manière exhaustive le choix des 577 députés. Environ 118 d’entre eux ont décidé de ne pas se représenter et 86 indécis pourraient les rejoindre. Le nombre de députés ne se représentant pas pourrait alors mathématiquement dépasser les deux cents, soit environ 35% de l’Assemblée nationale. Un bilan des annonces de candidature et de retrait qui reste à ce jour provisoire.

Il faudra encore y ajouter le renouvellement par les urnes. Les députés du Parti socialiste vont remettre en jeu leur mandat après un quinquennat difficile, concurrencés à leur gauche par les candidats de la France insoumise et à leur droite par ceux du mouvement en Marche. Sans compter les Républicains et le Front national. Pour l’éditorialiste du Monde, Françoise Fressoz, il s’agit là d’«un grand coup de balai au Palais Bourbon».

«Il s’agira du plus fort renouvellement des membres de l’Assemblée sous la Ve République»

Sans hésitation, Christophe Bellon, enseignant à Science Po Paris et maître de conférence à l’université catholique de Lille, spécialiste des questions politiques de la France au XXe siècle, confirme: «Il s’agira du plus fort renouvellement des membres de l’Assemblée sous la Ve République». Dans l’histoire parlementaire, il y a eu à plusieurs reprises un certain nombre de renouvellements importants qui correspondent souvent à des périodes de crise.

«Si l’on remonte à la IIIe République, cela a été le cas pour la Chambre de 1893 avec le scandale de Panama, de la Chambre de 1910 ou de celle de 1919 après la Première Guerre mondiale. Sous la Ve République, les changements les plus notables dans la composition de l’hémicycle correspondent au retour du général de Gaulle, mais aussi aux événements de mai 1968.»

© Fournis par Slate

Le Président de l'Assemblée nationale Jacques Chaban-Delmas annonce la dissolution de l'Assemblée nationale, le 30 mai 1968 à Paris. | STAFF / AFP

Dans une moindre mesure, l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981 avait entraîné dans son sillage l’arrivée de nouveaux élus à l’Assemblée et une majorité parlementaire rebasculant fortement à droite dès les élections de 1993. Néanmoins, rien de comparable à la situation actuelle, confirme Christophe Bellon. C’est l’addition de trois facteurs qui la rendent inédite.

«Des députés élus en 1978, sous Valéry Giscard d’Estaing sont-ils en mesure, malgré ou en dépit de leur expérience, de voir le pays dans l’avenir?»

Ce n’est pas une surprise, la moyenne d’âge des membres de l’Assemblée nationale est élevée: 54,6 ans lors de l’élection en 2012. Près de la moitié des députés de l’hémicycle ont entre 60 et 70 ans. «On arrive à la fin d’une génération de députés, née dans les années 1943 à 1946. Ce sont des personnes qui ont entre 70 et 75 ans et qui ont décidé de passer la main», analyse Christophe Bellon. Henri Emmanuelli (PS), décédé le 21 mars à 71 ans, François Loncle (PS), 75 ans, ou Patrick Devedjian (LR), 72 ans, pour ne citer qu’eux, font partie de cette génération.

 

D’autres au contraire s’accrochent à leur siège. Malgré ses 80 ans en juin, le député Lucien Degauchy (LR), élu depuis 1993, se représentera aux législatives. Le renouvellement de l’Assemblée est suspendu aussi à la bonne volonté des députés et des partis qui les investissent.

 

«La Chambre représente-t-elle encore le peuple? La réponse est évidemment non, avance Christophe Bellon. Des députés élus en 1978, sous Valéry Giscard d’Estaing, sont-ils en mesure, malgré ou en dépit de leur expérience, de voir le pays dans l’avenir? La démocratie représentative est en crise. Le renouvellement de beaucoup de députés n’est pas une mauvaise chose.»

 

«Un antiparlementarisme très fort dû aux crises politiques»

 

Plus surprenant, une partie des députés élus en 2012 ont décidé de ne pas briguer de mandat législatif supplémentaire. Sur la base de la liste de FranceInfo, sans compter les indécis, on dénombre plus d’une trentaine de ces élus ayant fait le choix de ne pas se représenter. Presque exclusivement des socialistes.

 

Les raisons affichées sont diverses. Emeric Bréhier, député PS de 45 ans de Seine-et-Marne (10e circonscription), a choisi (légitimement) de privilégier sa vie familiale, relève le Parisien. L’ex-rapporteur de la commission d'enquête sur les attentats de 2015, Sébastien Pietrasanta (PS), député socialiste de 39 ans des Hauts-de-Seine (2e circonscription), a lui dénoncé dans un billet de blog (qui n’est plus accessible) «le clientélisme» et les «jeux politiciens», relaie le Figaro.

 

Le contexte actuel est loin d’encourager les parlementaires à rempiler pour un nouveau mandat. Les politiques et plus précisément les parlementaires sont pointés du doigt par les électeurs, dénonçant le «tous pourri». L’affaire d’emploi fictif impliquant la femme du député François Fillon, candidat à l’élection présidentielle, en est la parfaite illustration.

 

«La France connaît par vague un antiparlementarisme très fort dû aux crises politiques», résume Christophe Bellon. C’est une crise de la politique classique. Notre façon de faire de la politique est essentiellement issue, non pas 1958, mais des institutions de la République de 1875 avec un mode de scrutin uninominal à deux tours, un système qui existe depuis presque 150 ans. Cela a donné des habitudes que les citoyens ne souhaitent plus soutenir.»

 

En plus d’être mal aimés, les élus peuvent connaître un certain «désenchantement pour la vie parlementaire» du fait de la réalité de la fonction législative, avance le professeur à Sciences Po. Une réalité qu’il est difficile de retrouver dans le discours des députés contactés. Le fait est que la majorité des lois sont issues de propositions de loi, donc du gouvernement, et très peu de projets de loi. Durant ce quinquennat, contrairement à Nicolas Sarkozy, le gouvernement a eu recours à plusieurs reprises à l’article 49.3 de la Constitution, empêchant un dialogue serein au sein de l’Assemblée.

 

Les débats sur la déchéance de nationalité, finalement abandonnée, ont participé à renforcer un peu plus la division de la majorité socialiste. «Ces querelles politiques les empêchent de voter les lois comme ils se l’imaginaient. Ils réalisent qu’ils ne peuvent pas faire de la politique avec leurs idéaux».

 

Laurent Grandguillaume, lui, assure que son choix de quitter la vie législative n’est en rien motivé par un désenchantement de la vie parlementaire. Le député (PS) de 39 ans de la première circonscription de la Côte d’Or rejette l’idée que la politique est un métier. Il est persuadé que dix ans de mandat (exécutif et législatif) cumulés sont suffisants. Il a donc décidé de retourner à la vie professionnelle et associative. Dès son élection à l’Assemblée en 2012, il avait quitté ces mandats exécutifs avant de rentrer au Palais Bourbon, «avant même l’adoption de la loi sur le non-cumul des mandats».

 

L'embarras du choix du mandat

 

Justement, la loi sur le non-cumul des mandats adoptée en janvier 2014 est la pièce manquante du puzzle qui permet de comprendre cette vague de départ. Son adoption, même si elle ne consacre pas une vision stricte du non-cumul, a permis d’accélérer le renouvellement du parlement. Elle prévoit notamment que les députés (et sénateurs) cumulant un mandat exécutif local en plus de leur mandat législatif doivent choisir lequel ils souhaitent conserver.

 

Une étude du Monde et de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire a montré que 235 députés (et 160 sénateurs) étaient en situation de cumul. Une partie des députés ont affiché leur préférence pour leur mandat exécutif comme le député PS Philippe Martin (Président du Conseil départemental du Gers) ou le député PS Alain Rousset (Président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine). Le fait de privilégier la mairie à la députation est souvent un choix «naturel», fait «sans trop longtemps hésiter».

 

Laurent Marcangeli, maire d’Ajaccio et député de la Corse-du-Sud, dit à Slate «être attaché à son mandat local où beaucoup de projets sont en cours. Je suis jeune maire et jeune député, je préfère me consacrer à ma ville. C’était en engagement auprès des électeurs». Le député de 36 ans est une exception au sein de son parti politique. Il est l’un des cinq membres du groupe LR (UMP à l’époque) sur 199 députés à avoir voté en faveur de la loi sur le non-cumul. Il reconnaît «une demande légitime de plus en plus pressante de la part des citoyens».

 

Vers une normalisation du renouvellement des députés à l'Assemblée?

 

D’autres ont fait le même choix, mais à contrecœur. Édouard Philippe (LR) a renoncé à sa députation (7e circonscription de Seine-et-Marne) pour son mandat de maire du Havre, qu’il trouve plus «passionnant». «J’ai plus de marge de manœuvre pour mener les projets municipaux. Au Havre, agglomération comprise [Édouard Philippe est président de la Communauté de l’agglomération havraise, NDLR], je suis à la tête de 4.000 personnes et je gère un budget de 700.000 euros.» L’élu aurait exercé son mandat de maire et de député si la loi n’avait pas été adoptée. Il a dû se résigner.

 

Selon lui, «on peut exercer plusieurs mandats et bien faire son boulot, l’inverse n’est pas forcément vrai, confie-t-il à Slate. Quand les députés ne seront que députés, ils seront beaucoup plus dans la main de leur parti, je ne pense pas que ce soit une loi utile. En pratique, les maires qui se représentent lorsqu’ils sont députés sont réélus. C’est mon cas, pourtant je ne suis pas issu d’une ville de droite [le Havre, ville communiste de 1965 à 1995, NDLR]. Les électeurs choisissent de manière souveraine, il faut leur faire confiance. C’est le principe de la démocratie.»

 

Lors de la lecture définitive de la loi, Manuel Valls, alors Premier ministre, déclarait qu’elle marquait «une grande étape de [la] modernisation de la vie politique». Le fort renouvellement de l’Assemblée est sans nul doute l’expression de cette modernisation de la vie politique. Mesures dans l’ère du temps, elle est reprise et alimentée par plusieurs candidats à l’élection. Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche!, a lui fait la promesse d’un «renouveau» au sein de l’hémicycle en présentant 50% de candidats issus de la société civile, tandis que Benoît Hamon s’est prononcé en faveur l’adoption du non-cumul des mandats dans le temps. Les autres candidats y vont eux de leurs mesures. Le renouvellement ne deviendrait-il pas la norme?

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