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33)Commission européenne : Sylvie Goulard hérite d'un vaste portefeuille économique

 

32)Commission européenne : les rouages de la formation d’un super-gouvernement

31)Brexit : fermeté de l’Europe 

30) Top jobs » : les grands brûlés de l'Europe

29)Pour choisir ses dirigeants, l’Union européenne joue les prolongations 

28)Theresa May lègue un Royaume-Uni en pleine crise sociale

27)Union européenne : la bataille des postes a commencé

26)Les cinq postes clés en jeu pour diriger l’Europe

25)Élections européennes : tout ce que vous devez savoir avant de voter

24)Le Parlement européen est-il vraiment utile ?

23)Brexit : « Les 350 000 Français du Royaume-Uni vivent une situation angoissante »

22)Délire britannique

21)Macron l’Européen

20)Le scrutin aux cent listes

19)Malgré le BrexitL'Europe tient bon

18)Comment peut-on sauver l'Europe ? 

17)Asile et immigration : Tsipras et Orbán font cause commune sur le dos de l'Europe

16)Brexit, les trois points majeurs de l’accord 

15)L’Italie, l’euro et nous

14)La montée des extrêmesDe l'utilité de Macron

13)Le vertige allemand

12)Europe : premières manoeuvres

11)Migrants : ce que les politiques n'osent pas dire

10)« Dire que l'Europe ne peut pas accueillir 1,5 million de migrants n'est pas crédible »

9)L'Aquarius sera-t-il un nouvel Exodus ?

8)L’Europe de Macron ne fait pas l’unanimité

7)Crise espagnole, Brexit, difficultés allemandesMauvaise passe pour l'Europe

6)Le poison européen

5)Emmanuel Macron défend une Europe à plusieurs vitesses

4)Les dix annonces incontournables du discours de Juncker sur l’état de l’Union

3)Travailleur détaché » : qu’est ce que c’est ?

2)L’exemple néerlandais

1)Europe : la déprime

 

 

33)Commission européenne : Sylvie Goulard hérite d'un vaste portefeuille économique

La future commissaire française sera chargée du marché intérieur, de l'industrie et de la défense. Un poste stratégique pour Emmanuel Macron.

Par
Modifié le 10/09/2019 à 12:35 - Publié le 09/09/2019 à 11:38 | Le Point.fr

Emmanuel Macron a proposé la candidature de Sylvie Goulard pour rejoindre la Commission d'Ursula von der Leyen, qui sera présentée mardi.  

© PATRICK KOVARIK / AFP

32)Commission européenne : les rouages de la formation d’un super-gouvernement

La nouvelle équipe que dévoilera la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mardi 10 septembre, doit respecter de multiples équilibres. Le Parlement européen se prononcera fin octobre, après avoir auditionné chacun des candidats.

  • Jean-Baptiste François,
  • le 10/09/2019 à 06:30
  • Modifié le 06/09/2019 à 19:23

L’équation est « complexe et politiquement délicate », de l’aveu d’un proche de la future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (PPE) qui doit composer son équipe. L’une des multiples inconnues a été levée, mercredi 4 septembre, avec la constitution du nouveau gouvernement italien à domination pro-européenne. Rome a proposé l’ancien premier ministre modéré Paolo Gentiloni (PD) pour faire partie de l’exécutif bruxellois.

Incontournables ténors

Ursula von der Leyen, « heureuse d’avoir reçu tous les candidats » issus des 26 pays, peutenfin entrer dans le dur de la composition de l’exécutif. Car c’est ainsi dans le fonctionnement des institutions européennes : chaque État membre propose une personnalité puis la présidente décide des affectations, en tâchant de satisfaire au mieux les desiderata.

Le processus de formation doit tenir compte des « poids lourds » sortants de la Commission Juncker : huit commissaires devraient être reconduits. Parmi eux, le Néerlandais Frans Timmermans, ancien vice-président et chef de file des sociaux-démocrates aux dernières élections européennes est pressenti pour le poste stratégique de l’environnement et de l’énergie. Il devrait conserver sa vice-présidence.

L’ancienne commissaire à la concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, cheffe de file des libéraux aux Européennes, devrait également devenir vice-présidente et pourrait hériter de l’économie numérique.

 

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Président de la Commission européenne, une fonction sous haute tension

 

Le socialiste espagnol Josep Borell, ancien président du Parlement européen et futur chef de la diplomatie européenne, est lui aussi certain d’être nommé vice-président.

Trouver la bonne martingale

Difficile de contenter tout le monde. La France vise l’un des grands portefeuilles économiques (bien plus convoités que l’éducation ou les affaires sociales, qui ne sont pas des compétences européennes à proprement parler). Elle n’est pas la seule : l’Italie entend bien obtenir la Concurrence. La Française Sylvie Goulard hériterait du marché intérieur. Les finances pourraient échoir à la Finlandaise Jutta Urpilainen, qui a été chargée de ce dossier par le passé dans son pays. L’ancienne vice-gouverneure de la Banque du Portugal, Elisa Ferreira est pressentie à la Politique régionale.

De l’importance des grands équilibres

Le duopole gauche-droite se taille la part du lion dans l’attribution des postes : neuf d’entre eux reviennent au PPE (centre-droit), quand le groupe S & D (sociaux-démocrates) en remporte 10.

Le groupe des libéraux-centristes (« Renew Europe ») auquel appartient La République en Marche décroche cinq postes. À noter, l’entrée d’un commissaire Vert, le Lituanien Virginijus Sinkevičius, et d’un souverainiste du PiS polonais, Janusz Wojciechowski.

Ursula von der Leyen arrive avec des promesses de rupture, elle qui a quitté son poste de ministre des armées sur l’air de « Wind of change » de Scorpions (« le vent du changement », en référence à la chute du mur de Berlin). Première femme présidente de la Commission, elle espérait une équipe paritaire. L’objectif est presque atteint : douze femmes (dont elle-même) contre 14 hommes. L’équipe Junker ne comptait que neuf femmes.

Dernière étape, le feu vert des eurodéputés

Avant de prendre leurs fonctions, les candidats devront obtenir l’aval du parlement européen. Le vote se tiendra le 22 octobre, après l’audition de chacun des candidats entre le 30 septembre et le 8 octobre.

La France a pris un risque en désignant Sylvie Goulard. L’ex-eurodéputée n’a pas été mise en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem au Parlement européen, mais le sujet sera sans doute évoquée lors de son audition, de même que sa rémunération – près de 12 000 € mensuels entre octobre 2013 et janvier 2016 – par un laboratoire d’idées américain, l’Institut Berggruen.

 

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Commission Européenne, quel est le rôle de cette institution ?

 

Par le passé, des prétendants ont été écartés : l’Italien Rocco Buttiglione, en 2004, pour ses sorties homophobes ou encore la Bulgare Rumiana Jeleva, en 2009, à cause d’incohérences dans sa déclaration d’intérêts et des relations troubles de son époux avec une organisation mafieuse.

En cas de rejet d’un candidat, des modifications peuvent être apportées à l’équipe, en attendant l’entrée en fonction de la nouvelle Commission, le 1er novembre.

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31)Brexit : fermeté de l’Europe

Boris et la reine
(Photo AFP)

Comme c’était à prévoir, Boris Johnson n’avait pas plus tôt été désigné comme Premier ministre par la reine Elizabeth II qu’il prononçait un discours rejetant le texte de l’accord conclu entre l’Union européenne et Theresa May.

LA DÉCLARATION du nouveau chef du gouvernement britannique n’a ni surpris ni troublé les dirigeants européens. M. Johnson tient seulement à durcir ses positions en espérant modifier le document et tirer d’une nouvelle négociation de nombreux avantages. Mais, sans entrer dans les détails, Emmanuel Macron, qui a téléphoné à M. Johnson, Jean-Claude Juncker, président sortant de la Commission européenne qui s’est également entretenu avec lui, et Michel Barnier, chargé des négociations avec Londres, ont unanimement rejeté les nouvelles propositions du Premier ministre britannique et n’ont pas exclu un Brexit sans accord auquel conduit nécessairement l’intransigeance du Royaume-Uni telle qu’elle est exprimée par son gouvernement actuel. Les Européens savent en outre que, si Boris Johnson a été élu par 66 % des membres de son parti, sa position maximaliste est loin de faire l’unanimité à la Chambre des Communes.

Épouvanter l’Union ?

On se perdra en conjectures sur ses intentions : croit-il être en mesure d’épouvanter les négociateurs de l’UE, alors que l’Union serait moins affectée par un « Brexit hard » que la Grande-Bretagne ? A-t-il voulu simplement marquer son nouveau territoire, quitte à faire des concessions dans le cadre discret des discussions à Bruxelles ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est infiniment plus soucieux de sa popularité nationale que des conséquences de la politique européenne qu’il a mise au point. L’une, pourtant, ne va pas sans l’autre. Si le Royaume-Uni prend le large sans accord, les effets économiques seront délétères pour les Britanniques et sa cote plongera. Il ne peut pas l’ignorer et donc il ne s’agit pour lui que de gagner du temps, de réaffirmer sa ligne politique et il verra ensuite comment éviter une catastrophe. Le pays au service de sa carrière.

Une tâche prioritaire.

Son plan n’a rien à voir avec une stratégie mûrement réfléchie. Il lui importait de conquérir le pouvoir et il n’a pu y parvenir qu’en ridiculisant Theresa May. Maintenant, la seule chose qui compte pour lui, c’est de rester Premier ministre. Mais la conjoncture définit sa fonction : il n’a pas été élu au terme d’élections générales, mais seulement par son parti ; il n’est pas, pour le moment un Premier ministre pour toutes les saisons et pour toutes les tâches, mais prioritairement pour assurer une transition qui n’appauvrisse pas les Britanniques. Lui et ses amis ne peuvent plus construire leur popularité en accablant Mme May. Ce qu’ont compris les Européens, au bout de trois années de négociations extraordinairement compliquées, c’est que le seul moyen d’empêcher un désastre, c’est de tenir bon sur un projet rationnel qui n’insulte pas l’avenir. Il faut être deux pour conclure un accord et si Boris Johnson tient parole (ce qui n’est pas sûr), le royaume larguera les amarres sans accord. Toutefois, M. Johnson ne peut se désavouer en toute occasion : il lui a fallu mentir pour l’emporter au sein des tories, il a mené une campagne plutôt répugnante, il a fait de Theresa May le punching ball de tous les surexcités qui ont alimenté sa démagogie permanente et si, après avoir pulvérisé celle qui a abouti à un document raisonnable, il se contentait de le parapher, c’en serait fini de sa carrière.

Il faut voir Boris Johnson comme un Premier ministre de transition, au cœur d’une crise politique nationale qui n’offre pas d’issue viable : les travaillistes font tout pour que les erreurs de Johnson aboutissent à des élections anticipées, qu’ils sont capables de gagner. Mais, tant que prédominera la position de leur chef, Jeremy Corbyn, socialiste convaincu, jamais choqué par le djihadisme terroriste, et pas exactement europhile, ils ne feront pas du meilleur travail que les tories.

RICHARD LISCIA

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30) Top jobs » : les grands brûlés de l'Europe

VIDÉO. La répartition des « top jobs » européens a provoqué des dégâts considérables parmi ceux qui n'ont pas reçu de gratifications. Passage en revue.

Par
 
 

29)Pour choisir ses dirigeants, l’Union européenne joue les prolongations

Le Conseil européen peine à s’entendre sur l’attribution des « super-postes » de l’UE.

La réunion a dû être suspendue pour permettre aux dirigeants de reprendre ultérieurement leurs concertations, à tête reposée.

  • Céline Schoen,
  • le 02/07/2019 à 06:00
  • Modifié le 02/07/2019 

Bruxelles

De notre correspondante

Les négociations s’annonçaient longues, elles se révèlent interminables. Les chefs d’État et de gouvernement européens sont réunis à Bruxelles depuis le dimanche 30 juin à 18 heures (même si le dîner a commencé par trois heures de retard) pour tenter de s’accorder sur la répartition des plus hautes fonctions de l’Union européenne (UE), à savoir les présidences de la Commission européenne (le poste le plus sensible), du Conseil européen, du Parlement européen, et le poste de haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – le poste de président de la Banque centrale européenne représentant un cas particulier.

Tous seront vacants d’ici à l’automne. Or, pour l’heure, les dirigeants européens sont incapables de savoir comment les pourvoir à l’avenir. Le lundi 1er juillet après-midi, décision a été prise de suspendre les pourparlers jusqu’au lendemain, afin de calmer les esprits.

Car l’équation des nominations donne des maux de tête aux dirigeants : il faut respecter les équilibres politique et géographique (surtout entre l’Est et de l’Ouest) mais aussi le critère du genre – le président Emmanuel Macron réclame par exemple que deux postes au moins reviennent à des femmes. Résultat : l’exercice a carrément viré au casse-tête, tant les intérêts, motivations et priorités des 28 négociateurs sont variés.

Un « paquet » imaginant la tête de liste (ou Spitzenkandidat) du Parti socialiste européen (PSE), le Néerlandais Frans Timmermans, à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne est sur la table. Il a été élaboré en marge du G20 à Osaka au Japon, juste avant le Conseil européen, et recueille le soutien de Paris et de Berlin.

Cet « accord d’Osaka » prévoit aussi que Manfred Weber, Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE, arrivé premier aux élections le 26 mai) obtienne la présidence du Parlement européen (ce qui implique un soutien des Socialistes et libéraux, puisque les 751 eurodéputés devront valider à la majorité absolue la proposition du Conseil). Et que Kristalina Gueorguieva, elle aussi estampillée PPE, devienne présidente du Conseil européen. L’actuel premier ministre libéral belge Charles Michel pourrait pour sa part chapeauter la diplomatie.

Pour entériner ces choix, la majorité qualifiée est nécessaire au Conseil européen (55 % des États représentant 65 % de la population). Selon une source, le président de l’institution, le Polonais Donald Tusk, est « conscient des faiblesses de ce paquet, par exemple sur le critère du genre ». Il y voit malgré tout un compromis acceptable, et a consulté chacun des dirigeants – 28 fois dix minutes – en utilisant ce paquet comme base de discussion, « pour rassurer », comme en témoigne encore la source.

Ainsi, c’est bien cette répartition des postes qui devrait être soumise aux votes le mardi 2 juillet. Les dirigeants membres du PPE risquent de se prononcer contre, mais ils ne sont que neuf autour de la table. Le Hongrois Viktor Orban a déjà expliqué que soutenir la candidature de Frans Timmermans serait « humiliant ». Ses alliés de République tchèque, de Pologne et de Slovaquie – le groupe de Visegrád – se rangeront probablement sur la même ligne. Une autre source l’assure malgré tout : « L’hypothèse Timmermans n’est pas morte pour autant. »

 

 

 

ur choisir ses dirigeants, l’Union européenne joue les prolongations

Le Conseil européen peine à s’entendre sur l’attribution des « super-postes » de l’UE.

La réunion a dû être suspendue pour permettre aux dirigeants de reprendre ultérieurement leurs concertations, à tête reposée.

  • Céline Schoen,
  • le 02/07/2019 à 06:00
  • Modifié le 02/07/2019 à 08:00

De notre correspondante

Les négociations s’annonçaient longues, elles se révèlent interminables. Les chefs d’État et de gouvernement européens sont réunis à Bruxelles depuis le dimanche 30 juin à 18 heures (même si le dîner a commencé par trois heures de retard) pour tenter de s’accorder sur la répartition des plus hautes fonctions de l’Union européenne (UE), à savoir les présidences de la Commission européenne (le poste le plus sensible), du Conseil européen, du Parlement européen, et le poste de haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – le poste de président de la Banque centrale européenne représentant un cas particulier.

Tous seront vacants d’ici à l’automne. Or, pour l’heure, les dirigeants européens sont incapables de savoir comment les pourvoir à l’avenir. Le lundi 1er juillet après-midi, décision a été prise de suspendre les pourparlers jusqu’au lendemain, afin de calmer les esprits.

Car l’équation des nominations donne des maux de tête aux dirigeants : il faut respecter les équilibres politique et géographique (surtout entre l’Est et de l’Ouest) mais aussi le critère du genre – le président Emmanuel Macron réclame par exemple que deux postes au moins reviennent à des femmes. Résultat : l’exercice a carrément viré au casse-tête, tant les intérêts, motivations et priorités des 28 négociateurs sont variés.

Un « paquet » imaginant la tête de liste (ou Spitzenkandidat) du Parti socialiste européen (PSE), le Néerlandais Frans Timmermans, à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne est sur la table. Il a été élaboré en marge du G20 à Osaka au Japon, juste avant le Conseil européen, et recueille le soutien de Paris et de Berlin.

Cet « accord d’Osaka » prévoit aussi que Manfred Weber, Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE, arrivé premier aux élections le 26 mai) obtienne la présidence du Parlement européen (ce qui implique un soutien des Socialistes et libéraux, puisque les 751 eurodéputés devront valider à la majorité absolue la proposition du Conseil). Et que Kristalina Gueorguieva, elle aussi estampillée PPE, devienne présidente du Conseil européen. L’actuel premier ministre libéral belge Charles Michel pourrait pour sa part chapeauter la diplomatie.

Pour entériner ces choix, la majorité qualifiée est nécessaire au Conseil européen (55 % des États représentant 65 % de la population). Selon une source, le président de l’institution, le Polonais Donald Tusk, est « conscient des faiblesses de ce paquet, par exemple sur le critère du genre ». Il y voit malgré tout un compromis acceptable, et a consulté chacun des dirigeants – 28 fois dix minutes – en utilisant ce paquet comme base de discussion, « pour rassurer », comme en témoigne encore la source.

Ainsi, c’est bien cette répartition des postes qui devrait être soumise aux votes le mardi 2 juillet. Les dirigeants membres du PPE risquent de se prononcer contre, mais ils ne sont que neuf autour de la table. Le Hongrois Viktor Orban a déjà expliqué que soutenir la candidature de Frans Timmermans serait « humiliant ». Ses alliés de République tchèque, de Pologne et de Slovaquie – le groupe de Visegrád – se rangeront probablement sur la même ligne. Une autre source l’assure malgré tout : « L’hypothèse Timmermans n’est pas morte pour autant. »

28)Theresa May lègue un Royaume-Uni en pleine crise sociale

Analyse

Pour son dernier jour à la tête du parti conservateur, la première ministre laissera à son successeur un pays très affaibli par les mesures d’austérité, lancées par son prédécesseur, David Cameron.

  • Tristan de Bourbon, correspondant à Londres,
  • le 07/06/2019 à 06:13

Theresa May lâche ce vendredi 7 juin la direction du parti conservateur. Elle reste première ministre jusqu’à la nomination de son successeur, courant juillet. C’est un bilan peu florissant qu’elle lui laisse.

 

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Le compte n’y est pas

Pourtant, lors de son premier discours de clôture du congrès du parti conservateur, à Birmingham en octobre 2016, après le référendum sur le Brexit, elle avait estimé : « le Brexit reflète le profond sentiment que la société ne fonctionne que pour quelques privilégiés. (...) Le Brexit était une révolution silencieuse ».

 

Forte de ce constat, elle avait indiqué vouloir faire du Royaume-Uni « un pays où qu’importe d’où vous venez, qui vous êtes, quelle est votre couleur de peau, si vous êtes homosexuel ou hétérosexuel, tout ce qui importe est que vous soyez prêts à travailler dur ».

Trois ans plus tard, le compte n’y est pas. « Il est difficile de relire le discours de Birmingham et de ne pas y voir autre chose qu’un exercice de positionnement tant aucun de ces objectifs n’a été rempli », juge Pippa Catterall, professeure de politique à l’université de Westminster. À mille lieues de ses discours initiaux, en juin 2017, Theresa May justifiait la poursuite des mesures d’austérité, lancées en 2011 par son prédécesseur David Cameron.

À l’heure de son départ, les chiffres sont terribles : les ministères ont vu leurs budgets fondre tandis que le gouvernement a laissé les municipalités dépérir. Leurs allocations ont diminué de 49,1 % en termes réels entre les années fiscales 2010-2011 et 2017-2018, selon le Bureau d’audit national (NAO). Ce qui les a obligés à sabrer dans leurs dépenses : en moyenne -10 % pour l’aide sociale, -40 % pour les transports, -48 % pour les logements, -20 % pour l’environnement, selon les statistiques gouvernementales. Le comté du Northamptonshire, pourtant dirigé par les conservateurs, a fait faillite en 2018.

« Des conséquences tragiques »

Loin d’avoir été pansées, les plaies de la société britannique restent béantes. Le rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté, Philip Alston, a indiqué dans un rapport publié en mai 2019, que les coupes budgétaires « idéologiques » dans les services publics avaient eu « des conséquences tragiques ». « Ce qui a maintenu la société britannique unie depuis la deuxième guerre mondiale a été délibérément retiré et remplacé par une éthique dure et indifférente » engendrant « un appauvrissement systématique » d’une partie de la population, a-t-il conclu après un séjour de deux semaines dans le pays, à recueillir plus de trois cents témoignages.

Cet expert indépendant n’hésitait pas à comparer certaines situations rencontrées en Angleterre à des scènes décrites par Charles Dickens au XIXe siècle. En 2017, la Joseph Rowntree Foundation avait révélé que 1,5 million de Britanniques, dont 365 000 enfants, disposaient de moins de 12 € par jour pour vivre.

Et pourtant, le chancelier de l’échiquier (ministre des finances) Philip Hammond a sorti à l’automne 2018 de son chapeau 4,6 milliards d’euros jugés nécessaires pour préparer le pays à une potentielle sortie de l’Union européenne sans accord avec les Vingt-Sept. Preuve, s’il en était, de l’obsession de Theresa May et de son gouvernement pour le Brexit.

Les salaires sont à la baisse

L’emploi demeure le seul domaine dont se réjouit régulièrement la première ministre. Et pour cause : il était à son plus haut niveau historique en mars 2019 (76,1 %) alors que le taux chômage (3,8 %), n’avait jamais été aussi bas depuis décembre 1974. Mais ces chiffres sont trompeurs : le bureau national des statistiques n’inclut pas dans son total de 1,3 million de chômeurs près de deux millions d’inactifs qui souhaitent un travail.

En outre, les salaires sont à la baisse. Celui des fonctionnaires a reculé de plus de 10 % depuis 2010. Selon l’OCDE, le Royaume-Uni est le seul de ses membres, avec la Grèce et le Mexique, où les revenus réels des habitants demeuraient en 2017 inférieurs à leur niveau de 2007. En 2018, les travailleurs britanniques ont enregistré la plus mauvaise progression de leurs revenus de toute l’OCDE : les revenus disponibles par foyer ont reculé de 0,2 % alors qu’ils ont progressé partout, sauf en Russie.

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Le choix d’un nouveau premier ministre

Du 13 au 20 juin : les députés du parti conservateur procéderont à une série de votes pour sélectionner deux candidats, parmi les onze officiels, à la succession de Theresa May à la tête du parti et au poste de premier ministre. Au Royaume-Uni, le chef du parti majoritaire au parlement est aussi le chef du gouvernement. Pour avoir le droit de se présenter, chaque candidat doit obtenir le soutien de 8 députés.

À partir du 20 juin, les militants du parti conservateur auront un mois pour voter par la poste pour choisir entre les deux candidats sélectionnés.

Dans la semaine du 22 juillet, et avant le 25 juillet (vacances), la Chambre des communes votera sur le programme et l’équipe du nouveau premier ministre.

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27)Union européenne : la bataille des postes a commencé

Quels sont les noms qui circulent à Bruxelles ? Quid du dialogue Merkel-Macron ? État des lieux des tractations dans les coulisses de l'UE.

Par
Modifié le 29/05/2019 à 07:08 - Publié le 28/05/2019 à 19:35 | Le Point.fr

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont déjà eu une entrevue ce mardi au siège de la Commission européenne. 

 

26)Les cinq postes clés en jeu pour diriger l’Europe

Explication

Dans la foulée des élections européennes, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont débattu de la distribution des grandes fonctions européennes, à l’occasion d’un dîner le mardi 28 mai à Bruxelles.

Au-delà des équilibres politiques très difficiles à trouver, La Croix revient sur la place de ces postes clés dans le jeu institutionnel européen.

  • Jean-Baptiste François,
  • le 30/05/2019 à 07:30
  • Modifié le 29/05/2019 à 17:01
 

► Président de la Commission européenne

Poste actuellement occupé (jusqu’en octobre) par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker (PPE, droite).

C’est sans doute le poste le plus important dans le jeu institutionnel européen, puisque tout le long de la prochaine mandature, le président de la Commission proposera avec le collège des commissaires, de nouveaux textes de loi, qui seront adoptés ou non par le Parlement européen et les chefs d’État et de gouvernement réunis au sein du Conseil de l’UE.

 

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Commission européenne, trois candidats pour succéder à Jean-Claude Juncker

L’un de ses sujets les plus sensibles, dès l’automne, sera de mettre d’accord les grandes capitales européennes sur le cadre financier de l’UE pour la période 2021-2027, alors que le départ du Royaume-Uni promet d’amoindrir les contributions.

Gardien du bon respect des traités et de l’application de la législation européenne, le président de la Commission doit en outre contrôler l’usage des fonds européens, dans un contexte où de plus en plus d’États membres sont tentés de déroger aux règles. Sur le modèle américain, il prononce chaque année un grand discours sur l’état de l’Union pour dire où en sont les chantiers européens, et quel cap il convient d’adopter.

► Président du Conseil européen

Poste actuellement occupé (jusqu’au 30 novembre) par le Polonais Donald Tusk (PPE, droite)

Élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen, son mandat est de deux ans et demi renouvelables une fois. Donald Tusk a déjà été renouvelé et il ne peut plus se représenter à sa propre succession. À chaque sommet européen, le président du Conseil encadre prépare et anime les travaux à l’ordre du jour.

Son rôle, parmi les 28 chefs d’État et de gouvernement, est de trouver des voies de consensus. Comme le président de la Commission, le président du Conseil a une fonction de représentation de l’UE lors des grands sommets internationaux. Il ne peut exercer de mandat national parallèlement à ses fonctions. Durant les dix-huit mois qui suivent son mandat, il ne peut interférer avec les institutions de l’UE.

► Président de la Banque centrale européenne (BCE)

Poste actuellement occupé (jusqu’à fin octobre) par l’Italien Mario Draghi

Le poste de président de la Banque centrale européenne (BCE) est le seul des cinq super-postes européens qui n’est pas basé à Bruxelles, mais à Francfort (Allemagne). Il est élu pour un mandat plus long, de huit ans non renouvelable, ce qui évite l’écueil de l’instabilité politique. Son rôle : gérer la monnaie unique en lien avec les banques centrales nationales de 19 pays, assurer la stabilité des prix et mener la politique économique et monétaire de l’UE. En difficulté lors de la crise financière de 2008, la BCE a eu un rôle essentiel pour tenir l’euro et la Grèce à flot.

 

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Le président de la BCE, intégré au sein d’un directoire, est présent lors des grandes réunions européennes et internationales. Sa nomination, particulièrement délicate, doit avoir l’accord des États membres de la zone euro, suivre les recommandations de l’ensemble des États membres de l’UE, consulter le Parlement européen et le Conseil des gouverneurs de la BCE. Le profil choisi doit être un expert reconnu du secteur monétaire et bancaire.

► Président du Parlement européen

Poste actuellement occupé (jusqu’au 2 juillet) par l’Italien Antonio Tajani (PPE, droite)

Le président du Parlement européen est choisi par ses 750 pairs pour deux ans et demi renouvelables, soit une demi-législature. Les candidats sont issus des groupes politiques, et le vainqueur doit être élu à la majorité absolue. Si personne ne s’impose, un tour décisif est organisé entre les deux candidats qui ont emporté le plus de suffrages.

Une fois désigné, il préside les débats en séances plénières, dirige des travaux du Parlement, et veille à la bonne application du règlement. Il signe avec le président du Conseil tous les actes législatifs adoptés par les deux organes sous l’impulsion de la Commission, y compris le budget, qui par ce geste devient effectif. Il prend la parole à chaque sommet européen pour exprimer les préoccupations du Parlement.

► Chef de la diplomatie européenne

Poste actuellement occupé (jusqu’à fin octobre) par l’Italienne Federica Mogherini (S & D, sociale-démocrate)

Cette fonction instituée par le traité de Lisbonne (2007) est progressivement devenue clé, dans une Europe qui souhaite équarrir ses positions pour mieux peser dans le monde. Son nom précis : « Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité ». Intégré au sein de la Commission comme vice-président, son titulaire est élu à la majorité qualifiée par les États membres, mais doit aussi avoir l’approbation du Parlement européen.

Federica Mogherini, élue en 2014 à la suite de la Britannique Catherine Ashton, s’est illustrée par l’accord conclu en 2015 sur le nucléaire iranien, que l’Italienne s’est efforcée de sauver après la décision unilatérale de l’administration Trump de s’en retirer. Elle a également joué un rôle clé dans les derniers développements de l’Europe de la défense visant à accroître l’autonomie stratégique du vieux continent.

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25)Élections européennes : tout ce que vous devez savoir avant de voter

VIDÉO. Candidats, mode de scrutin, enjeux, luttes internes... « Le Point » vous propose un mode d'emploi complet d'une élection complexe mais capitale.

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Modifié le 22/05/2019 à 19:58 -
 

Élections européennes, dernière ligne droite. Pas moins de 427 millions d'électeurs européens sont appelés aux urnes en fin de semaine, mais pas le même jour. Afin de respecter les traditions nationales, le scrutin se déploie du 23 au 26 mai. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas votent le 23 mai. Le 24 mai, c'est au tour des Lettons, des Maltais et des Slovaques. Les bureaux de vote des Tchèques sont ouverts durant deux jours (les 24 et 25 mai). Tous les autres États membres participent au scrutin le 26 mai. Le vote est obligatoire en Belgique, en Bulgarie, à Chypre, en Grèce et au Luxembourg.

Il s'agit d'élire 751 députés. Les Britanniques enverront 73 députés, bien que le processus de retrait du Royaume-Uni soit en cours. Ils représentent la troisième délégation la plus importante, derrière l'Allemagne (96 sièges) et la France (74 sièges). Suivent l'Italie (73 sièges), l'Espagne (54 sièges), la Pologne (51 sièges) et la Roumanie (33 sièges). Les trois plus petites délégations sont Chypre, le Luxembourg et Malte, qui disposent de 6 sièges chacune.

 

À quoi sert le Parlement européen ?

Pour mémoire, le Parlement européen est co-décisionnaire avec le Conseil européen dans au moins 80 domaines législatifs. Aucun des deux organes n'ayant le dernier mot, ils doivent trouver des compromis à travers des « trilogues », l'équivalent des commissions mixtes paritaires entre l'Assemblée nationale et le Sénat. La Commission européenne assiste à ces « trilogues », mais n'a pas de pouvoir de décision. Elle se contente de propositions, généralement quand des États membres sollicitent une législation ou une révision. La Commission Juncker (en place jusqu'en novembre prochain) a proposé près de 1 000 textes lors de son mandat (2014-2019). Ils ont été débattus, améliorés et adoptés par l'actuel Parlement européen.

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Parmi ces textes figurent notamment la fin des surcoûts pour les appels téléphoniques dans l'Union, le Passenger Name Record (PNR) pour surveiller la sécurité aérienne, la réduction des fraudes dans les paiements en ligne, la fin du géo-blocage pour les achats en ligne, la protection du droit d'auteur, la limitation des émissions de CO2 pour les voitures, la réduction des plastiques à usage unique...

Les grands pays dessinent les tendances lourdes

Pour une analyse rapide des résultats du scrutin, le 26 mai au soir, il faudra prêter particulièrement attention aux sept plus grands pays, dont le total des sièges (460) dessine globalement l'orientation du futur Parlement. Et si les Britanniques parviennent à quitter l'Union européenne en cours de mandat, leurs députés cesseront alors de siéger au Parlement. Une partie de leurs sièges seront redistribués afin de corriger les évolutions démographiques. La France récupérera cinq sièges (comme l'Espagne), l'Italie trois sièges, la Pologne et la Roumanie un siège.

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Traditionnellement, les partis affiliés aux démocrates-chrétiens du PPE font la différence dans ces grands pays. Mais la donne a changé : en Italie, Forza Italia de Silvio Berlusconi en Italie est dominé par la Lega de Matteo Salvini. Le Parti populaire en Espagne n'est pas au mieux de sa forme. Les Républicains, en France, sont en voie de reconstruction. En Pologne, les ultras conservateurs du PiS – adversaires du PPE – se maintiennent à un haut niveau sans souffrir de l'usure du pouvoir. C'est encore en Allemagne que la CDU-CSU résiste le mieux, bien qu'elle soit moins puissante qu'autrefois.

Quelle coalition pourra former une majorité ?

L'enjeu de cette élection est donc relancé par l'affaiblissement des deux grands partis européens, les démocrates-chrétiens du PPE et les sociaux-démocrates du S&D. Trois concurrences émergent : à l'extrême droite, une montée en puissance des partis eurosceptiques, au centre, l'émergence d'une nouvelle coalition « progressiste » autour d'Emmanuel Macron, et sur la gauche, un mouvement écologiste en bonne dynamique, du moins en Europe de l'Ouest.

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La question de la recomposition des groupes politiques se posera dès le lendemain de l'élection, le 27 mai. Le PPE parviendra-t-il à garder son unité et à éviter le départ des députés hongrois derrière leur leader Viktor Orbán ? Les socialistes seront-ils, en partie, aspirés par « l'alliance progressiste » proposée par Emmanuel Macron, lequel s'appuiera sur une partie des libéraux actuellement regroupés sous l'étiquette « Alde » ? Les Verts seront-ils assez nombreux pour jouer les aiguillons écologiques en se rendant indispensables à une majorité forcément composite ? Le scrutin à la proportionnelle induit qu'aucun groupe politique ne sera majoritaire. Le Parlement européen ne fonctionne que par coalition et par compromis. Selon les problématiques abordées, les eurodéputés se divisent et se regroupent parfois selon leur couleur politique, parfois selon leurs intérêts nationaux.

Des règles de vote différentes d'un pays à l'autre

Les scrutins de liste n'obéissent pas aux mêmes règles en Europe. Un certain nombre de pays ont opté pour un scrutin de liste fermée (le citoyen ne peut rayer aucun nom), à l'image de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne, du Portugal. D'autres ont préféré un système de liste avec choix préférentiel (Slovénie, Luxembourg, Suède, Finlande, Danemark, Grèce, les Baltes...).

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Les seuils éliminatoires diffèrent également d'un pays à l'autre. En France, une liste qui ne franchit pas les 5 % de votes ne dispose d'aucun élu. C'est aussi le cas en Belgique, en Roumanie, en Hongrie, en Slovaquie, en Croatie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne et en République tchèque. Le seuil éliminatoire est de 4 % en Italie, en Suède et en Autriche. Il est de 3 % en Grèce et tombe à 1,8 % à Chypre. Dans tous les autres pays (dont l'Allemagne, la Bulgarie, le Royaume-Uni...), il n'y a pas de seuil éliminatoire.

L'âge minimum pour être candidat varie également d'un pays à l'autre : 18 ans dans 15 États (dont la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Danemark, l'Autriche), 21 ans dans 10 autres (dont la Belgique, la Bulgarie, la Pologne, l'Estonie, la Slovaquie...), 23 ans en Roumanie et 25 ans en Italie et en Grèce. En revanche, on peut voter dès 16 ans en Autriche et à Malte, et dès 17 ans en Grèce.

Spitzenkandidat, quésako ?

Les électeurs ont-ils leur mot à dire s'agissant de la nomination du futur président de la Commission ? Impossible aujourd'hui de répondre à cette question. Les principaux partis européens souhaitent désormais que les votes des électeurs désignent le futur président de la Commission. La plupart d'entre eux ont donc désigné un candidat – dit Spitzenkandidat – pour le poste qu'occupe Jean-Claude Juncker. Le PPE a désigné l'Allemand Manfred Weber, les sociaux-démocrates défendent le Néerlandais Frans Timmermans, les écologistes ont choisi un duo (Ska Keller et Bas Eickhout), la gauche unitaire européenne a aussi opté pour un tandem (Nico Cué et Violeta Tomic).

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Mais ce principe est contesté par une partie des leaders européens, dont Emmanuel Macron (et avec lui les leaders libéraux ainsi qu'Alexis Tsipras), qui considèrent qu'il faut, en l'état, s'en tenir à la règle actuelle. Et celle-ci précise que le président de la Commission est le fruit d'un double vote, au Conseil, puis au Parlement. Son nom est proposé par le président du Conseil (actuellement, Donald Tusk), qui doit obtenir une majorité qualifiée parmi les chefs d'État et de gouvernement. Cela fait, le candidat pressenti doit ensuite réunir une majorité absolue au Parlement européen.

C'est la raison pour laquelle, les libéraux, en appui à Emmanuel Macron, n'ont pas désigné de Spitzenkandidat, mais une « équipe » de candidats possibles pour les différents postes qui vont être vacants. Outre la présidence de la Commission, il faut en effet choisir le futur président du Conseil, le haut représentant pour les affaires extérieures (membre de la Commission), le président du Parlement (éventuellement son premier vice-président), le président de la Banque centrale européenne (au terme de son mandat). Comme aucune famille politique n'est majoritaire, la distribution des postes donne lieu à une répartition entre familles politiques où chacun offre son soutien en échange d'une fonction. Généralement, la formation politique la plus importante obtient les postes les plus stratégiques.

Barnier a-t-il une chance ?

L'élection de Jean-Claude Juncker en 2014 a laissé traîner une ambiguïté. En effet, s'il était bien le Spitzenkandidat du PPE, beaucoup considèrent que le Conseil européen l'a choisi en raison de sa longue carrière de dirigeant au Luxembourg, laquelle faisait de lui un « pair » ? Juncker avait un profil entre les deux systèmes...

Cette fois-ci, aucun des Spitzenkandidaten n'a été chef de l'exécutif dans son pays. D'où une deuxième campagne officieuse avec une série de profils aspirants à remplacer Juncker en s'appuyant sur le Conseil européen et la lettre du traité. Parmi ces candidats « non officiels », on retrouve notamment Michel Barnier, le négociateur du Brexit, et Dalia Grybauskaite, la présidente lituanienne en fin de mandat (le 26 mai). D'autres noms circulent entre les diplomaties européennes afin de dénicher l'homme ou la femme qui pourrait convenir aux Nordiques, aux pays du Sud, aux pays d'Europe centrale et de l'Est, et qui ne déplaise pas non plus au futur Parlement européen. L'oiseau rare, en quelque sorte.

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Pour les électeurs français, voter pour François-Xavier Bellamy (LR-PPE) revient à pousser Manfred Weber vers la Commission européenne. Mais aucun parti ne soutient ouvertement Frans Timmermans puisque même le Parti socialiste français – dont il était le candidat – refuse finalement d'avaliser ce choix... Quant à Emmanuel Macron, il n'a pas à ce jour dévoilé son jeu, en attendant d'examiner sa marge de manœuvre selon le résultat des urnes et selon la stratégie déployée par la chancelière Merkel dans les conciliabules du Conseil européen. Bien sûr, il a des sympathies pour Michel Barnier ou la commissaire danoise Margrethe Vestager. Mais, pour l'instant, Macron attend de voir quels jeux d'influences se mettent en place au lendemain des élections. Les votes des électeurs seront un paramètre indirect, mais pas le seul.

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24)Le Parlement européen est-il vraiment utile ?

Les prérogatives limitées de cet organe de l'UE, le seul élu au suffrage universel direct, alimentent régulièrement les réquisitoires europhobes. À tort ?

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Publié le 16/04/2019 à 16:07 | Le Point.fr

L'hémicyle du Parlement européen

 
 

23)Brexit : « Les 350 000 Français du Royaume-Uni vivent une situation angoissante »

ENTRETIEN. Le plus britannique des députés français, Alexandre Holroyd, raconte les préparatifs d'un Brexit sans accord. Et alerte sur ses conséquences.

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Modifié le 17/04/2019 à 15:44 - Publié le 12/04/2019 à 06:00 | Le Point.fr

En 2017, Alexandre Holroyd a gagné contre Axelle Lemaire par 70,11 % des voix contre 29,89 % dans la circonscription des Français de l'Europe du Nord (Royaume-Uni, Irlande, Scandinavie, États baltes). 

© THOMAS SAMSON / AFP

 

22)Délire britannique

Theresa May
(Photo AFP)

Il y a sûrement un livre à écrire sur la psychanalyse d’un peuple, l’un des plus civilisés de la terre,  affligé soudainement par un syndrome si grave qu’il s’acharne contre lui-même et s’auto-mutile sans trop savoir pourquoi.

LA CHAMBRE des Communes a en effet rejeté par 391 voix contre 242 l’accord conclu entre la Première ministre britannique, Theresa May, et la Commission de Bruxelles. Cet accord aurait permis à la Grande-Bretagne de sortir de l’Union européenne en évitant les difficultés majeures, à la fois politiques et commerciales, du Brexit. La majorité hostile à l’accord est composée de deux types d’élus : ceux qui souhaitent le Brexit avec tant d’ardeur qu’ils se méfient des dispositions qui en atténuent les conséquences les plus dommageables, un peu comme s’ils recherchaient un absolu de souveraineté si pur qu’ils seraient prêts à en souffrir pendant des décennies ; et ceux qui haïssent toute la procédure anti-européenne consécutive au référendum prononçant le Brexit et tentent de démontrer qu’elle conduit leur nation à la catastrophe. Cependant, le plus étrange, dans cette crise aiguë de civilisation, c’est peut-être la stupéfaction, le désarroi, la décomposition de Mme May lors de l’énoncé du résultat du scrutin. Comme si elle n’avait pas mesuré le clivage profond qui divise les conservateurs au-delà, peut-être, de tout raccommodage, pas plus qu’elle n’a pris la dimension de la dérive de la gauche anglaise.

Passions partisanes.

Les députés britanniques ne votent donc plus depuis longtemps dans l’intérêt du peuple. Ils votent avec un raisonnement perverti par les passions partisanes. Comme le disent les Européens, l’Union est l’otage de la politique intérieure britannique. Mais on est surpris par la contradiction invraisemblable contenue dans le comportement des élus. Les Brexiters ont voté contre le Brexit, les anti-Brexiters ont voté pour le Brexit le plus dangereux et le plus dommageable. La situation se complique avec l’état des lieux politique : les Tories se sont soulevés en partie contre Mme May, ils ont cent fois, en moins de trois ans, démontré leur impuissance et leur incohérence, multipliant inlassablement les calculs qui les ont littéralement conduits à la folie ; les travaillistes, menés par le sombre et indescriptible Jeremy Corbyn, à qui le hasard offrait une cause magnifique, la réparation du mal infligé au Royaume-Uni par l’impéritie des conservateurs, n’ose même pas dire qu’il est contre le Brexit. Il existe en effet un danger, pour un leader socialiste, à se prononcer en faveur d’une Union européenne capitaliste dont il souhaite la réforme en profondeur. Comme si le respect des dogmes partisans avait plus d’importance que l’avenir du pays.

La crise continuera.

Qu’est-ce qui va se passer ? Les choses vont si vite que le prochain vote des Communes annulera le contenu de cet article. Les députés britanniques devront dire cette semaine s’ils décident un ajournement du Brexit, peut-être complété par un nouveau référendum, et une situation transitoire, donc forcément précaire,  ou un Brexit immédiat sans accord, sûrement suivi du chaos engendré par les contrôles aux frontières d’un pays qui ne peut se nourrir ni se soigner sans les importations. On croit assister à un film de science-fiction : un alien est entré dans le corps de la démocratie britannique et la dévore de l’intérieur. Et qu’on ne me dise pas que j’exagère. Les Anglais ont inventé un monstre, un totem, une sorte de veau d’or qu’ils vénèrent, au détriment des valeurs qui, le siècle dernier, ont fait du royaume le modèle d’une démocratie indestructible. Les Tories sont divisés, les travaillistes sont divisés, la République d’Irlande et l’Ulster vont ériger une frontière, l’Ecosse est tentée par la séparation et, d’une façon générale, dès lors que toute solution mécontentera la moitié des Britanniques, la bataille politique qui a commencé en juin à 2016 n’est pas près de s’éteindre.

La solitude au paradis.

La perspective d’un nouveau référendum n’est pourtant pas utopique. Il ne faut pas oublier que ce qui prive Theresa May de toute autorité et de toute efficacité politique, c’est l’alliance contre nature entre les Brexiters et anti-Brexiters. Mais si on donnait à ces derniers une chance  de retour au statu quo ante, ils voteraient avec enthousiasme pour écarter à tout jamais le cauchemar qu’est pour eux la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Un Brexit sans accord affectera aussi l’UE. C’est pourquoi la commission a négocié pas à pas, a proposé des compromis et fait des concessions. Il est fallacieux d’invoquer une quelconque « arrogance » européenne, un désir de l’Union de faire payer cher aux Anglais leur volonté de rupture. Jamais le message européen n’a reposé sur l’idée que l’Union sortirait indemne de cette épouvantable procédure. Le manichéisme n’est pas européen. En revanche, il faut se souvenir du triomphalisme britannique qui a suivi le référendum. C’était la fin de l’enfer et l’accès au paradis. Dans ce paradis, les Anglais seront bien seuls.

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21)Macron l’Européen

Macron en 2017
(Photo S. Toubon)

Emmanuel Macron a fait publier hier soir dans la presse française de province et dans les 28 États de l’Union européenne une tribune libre qui correspond à son manifeste européen dans la perspective des élections du 26 mai prochain.

LE PRÉSIDENT de la République ne se contente pas d’exalter le projet européen, il s’adresse aux sérieux problèmes conjoncturels que rencontre l’intégration du continent et propose, comme pour la France, d’utiles réformes pour relancer la construction de l’Union. Il souhaite remettre à plat le traité de Schengen, de manière à partager, contrôler et peut-être limiter l’immigration, proposition qui devrait convenir aux nationalistes de tout bord. Il réclame aussi la création d’une police des frontières et un office de l’asile. Il veut interdire le financement des partis politiques par des puissances étrangères. Il entend bannir le discours de haine sur Internet. Il espère créer une banque européenne du climat, instaurer un bouclier social et égaliser les salaires dans toute l’Union, ce qui évitera certaines formes malsaines de concurrence. Il insiste sur la création d’un budget européen d’une taille comparable au budget fédéral américain. Enfin, il veut« nouer un pacte d’avenir » avec l’Afrique.

Des critiques de principe.

On dira que les intentions n’entraînent pas nécessairement des actions, mais M. Macron a pris la direction du projet européen et il le fait en tenant compte des critiques les plus virulentes des nationalistes, notamment au sujet de l’immigration. Dans les oppositions françaises, on trouve surtout des épithètes, Nadine Morano (LR) trouvant « creuse » la tribune de M. Macron (n’importe quel qualificatif aurait fait l’affaire) et Laurent Wauquiez, chef des Républicains, estimant que le président n’a pas eu un seul mot sur l’immigration. Ou bien il n’a pas lu le texte, ou bien il ne sait pas ce qu’est l’espace Schengen. Là-dessus, voilà que Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Chirac, annonce son alignement sur la République en marche, ce à quoi tout le monde s’attendait mais qui a tout de même son effet. Furieux, M. Wauquiez veut que M. Raffarin s’explique, lors d’une réunion des Républicains ce mois-ci et on devine qu’il y a de l’épuration dans l’air.

Plus ou moins d’Europe ?

Mais M. Wauquiez est-il bien équipé pour faire régner l’ordre au sein de son parti ?  Nombre d’élus et d’électeurs  LR pensent à rejoindre Macron. Lequel a eu raison d’opposer les nationalistes aux « progressistes » et de démontrer qu’il y a deux camps : ceux qui veulent en finir avec l’Union et ceux qui, au contraire, souhaitent la réformer pour la renforcer. Le texte de M. Macron a même été publié en Grande-Bretagne. Il est peu probable qu’il influence l’opinion britannique, mais c’est un bel effort pour rappeler aux sujets de Sa Majesté que, en choisissant de larguer les amarres, ils sont entrés dans l’expérience la plus négative de leur histoire. Le président a posé le problème dans les termes qui conviennent: il faudra que chaque parti, chaque candidat disent tout simplement s’ils sont pour ou contre l’Europe. S’ils la croient capable, en unissant ses efforts, de régler les problèmes d’immigration, de concurrence, d’équilibres financiers, et surtout s’il faut plus d’Europe.

Ce n’est pas seulement un marché.

Réagissant sur France Info ce matin, le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense a apporté un large soutien aux positions adoptées par le chef de l’État français. Il estime que son texte rappelle un élément essentiel de la construction européenne : ce n’est pas seulement un marché, c’est un projet né de la Seconde Guerre mondiale qui place quelques principes au cœur même de la politique des 27. Non seulement il s’agit d’empêcher les conflits militaires, mais il s’agit aussi de résoudre les crises par la négociation.  Européens, nous sommes 500 millions à faire face aujourd’hui à une horrible recrudescence de l’antisémitisme et du racisme, à une hystérisation de la politique, à des torrents de boue déversés dans les tuyaux d’Internet et à une haine viscérale qui relève maintenant du réflexe et non du raisonnement. Et nous devrions, même indirectement, flatter ces très fâcheuses inclinations ? Je crois profondément que la situation est grave, principalement parce que trop de mouvements politiques se servent du mécontentement populaire pour proposer des solutions qui tournent le dos à l’éthique la plus élémentaire et finiront par opposer chaque citoyen à tous les autres citoyens. Le mouvement des gilets jaunes, qui n’a ni projet, ni direction, ni vision, n’est pas autre chose que la frustration, le dégoût, l’aversion pour les autres érigés en programme. Une sorte de mauvaise humeur maladive, que l’on retrouve dans d’effarants commentaires de presse, menace notre vivre-ensemble. Pas difficile, dans ces conditions, de choisir son camp.

RICHARD LISCIA

 

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20)Le scrutin aux cent listes

François-Xavier Bellamy
(Photo AFP)

La préparation des élections européennes donne lieu à des démarches idéologiques, politiques, politiciennes, mais  jamais à l’expression d’une vision et d’un leadership. Dans cet univers parcellaire, la victoire reviendra sans doute à l’un des deux partis les plus forts, car la perspective d’une coalition dans l’opposition semble désormais écartée.

POUR les Républicains, Laurent Wauquiez a décidé de ne pas faire campagne lui-même et formé une liste dont la tête est l’inconnu dont on parle le plus en ce moment : François-Xavier Bellamy, adjoint du maire de Versailles, professeur de philosophie aimable, mais déjà marqué par sa connivence avec Sens commun et la Manif’ pour tous, enclaves ultra-conservatrices de LR. À gauche ou ailleurs, on n’a pas manqué de dénoncer le conservatisme affirmé du choix, ce qui correspond à une sorte de procès d’intention, M. Bellamy n’ayant encore rien dit de ce qu’il allait faire et n’ayant donc pas (encore) exposé un plan plus consensuel que ses idées jusqu’à présent affirmées. C’est assez dire que nous sommes déjà en campagne, que les appétits sont puissants et que la bataille électorale ne sera une partie de plaisir pour personne.

Faure écarte Hollande.

Le Rassemblement national attend son heure calmement, persuadé qu’il arrivera en tête depuis qu’il a confié la tête de liste à Jordan Bardella, un jeune homme de 23 ans, suffisamment imprégné de ses convictions pour s’adresser à la classe politique avec une virulence exceptionnelle. Un politicien à la mode, en quelque sorte, dont la modernité se résume à la haine que lui inspire tout ce qui n’est pas le RN, et plus particulièrement le personnel de la République en marche. Il devrait pourtant se méfier de Nicolas Dupont-Aignan, chef de Debout la France (DLF) ! qui suffit à lui seul à lui prendre quelques 7 points de pourcentage. Sans DLF, le RN remporterait un triomphe historique.  Les socialistes essaient de trouver un thème porteur, un chef charismatique, la possibilité d’une revanche, mais ils sont mal partis, Olivier Faure s’efforçant principalement d’écarter François Hollande : il tente de le chasser de la fenêtre après lui avoir claqué la porte au nez. Ce qui ne grandit ni l’ancien président, naïvement persuadé que le succès de librairie de son livre le plus récent traduit une vive remontée de sa cote de popularité, ni l’actuel Premier secrétaire du PS qui, encombré par les tâches d’intendance, n’offre pas à ses (anciens) électeurs un programme susceptible de les enthousiasmer.

La gauche dispersée.

Ajoutez à cela la présence de la France insoumise, mais dont le score est de moitié inférieur (10 % ou moins) à celui de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. L’orateur hors pair a peut-être abusé de son talent et fini par lasser l’électorat, notamment quand il s’est décrit comme le peuple puis comme la République. Raphaël Glucksmann, non sans courage mais pas non plus avec beaucoup de réalisme, veut mettre sur pied une liste de gauche, Benoît Hamon tient bon sur ses positions infinitésimales, EELV se déclare présent. Bref, on assiste à une guerre picrocholine où tout le monde se bat contre tout le monde dans une un brouillard épais et sans savoir qui est l’ennemi. La gauche avait une chance de se rassembler pour offrir un après-Hollande convenable, elle l’a perdue. Laurent Wauquiez et l’UDI auraient dû admettre que ce qui se joue dans cette affaire, c’est certes la construction européenne, mais aussi la nécessité de contenir, une fois de plus, l’extrême droite ; ils préfèrent se placer, comme d’habitude, dans la querelle politicienne sous le prétexte que la République en marche risque de les phagocyter. Ils n’ont pas tout à fait tort, mais Macron n’est une réelle menace que pour l’extrême droite et pour l’extrême gauche, une menace pour tout ce qu’il y a d’intolérance dans le pays.

J’allais oublier les efforts des gilets jaunes pour constituer un parti, ce qui est rassurant, car c’est la première fois qu’ils entrent dans le moule institutionnel, mais ils ont beaucoup de mal à se mettre d’accord. Je ne saurais trop les encourager car, dans les sondages, ils prennent jusqu’à trois points au RN. Des affinités entre l’extrême droite et les gilets ? Mais bon sang, bien sûr !

 

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19)Malgré le BrexitL'Europe tient bon

Richard Liscia

| 24.01.2019
 
Un des rares événements positifs qui soient survenus dans le monde ces derniers mois, c'est la résistance de l'Union européenne et de la zone euro aux vicissitudes économiques et politiques. Le Brexit a joué un rôle de piqûre de rappel aux pays membres de l'UE.
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Ce qui jette les Britanniques dans les transes, la division et le clanisme, c'est la fermeté des autres peuples européens, et la solidité de l'Union face à la politique conduite par la  Première ministre, Theresa May. Coïncée entre sa volonté d'appliquer les résultats du référendum de 2016, qui lui ordonnent la rupture, et le désir, à la fois cynique et naïf, d'obtenir les avantages commerciaux de l'UE sans subir ses contraintes, elle a tenté d'avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre. Face à des négociations d'une complexité inouïe et d'une technicité extrême, la réponse des 27 au Royaume-Uni, a été purement politique : nous appliquerons les dispositions européennes jusqu'au bout. L'Europe ne doit pas être dévastée par le départ des Britanniques.

Or cette unité semblait impossible. Pour plusieurs raisons : l'affaiblissement du leadership européen avec le déclin de la direction allemande, l'incapacité du président Macron à succéder à Angela Merkel dans ce rôle à cause d'une crise intérieure des plus sérieuses, la montée en puissance de gouvernements populistes en Autriche, en Pologne, en Hongrie, en Italie, le ralentissement de la croissance mondiale qui affecte l'Europe elle aussi, les efforts (sans succès à ce jour) de Donald Trump pour remplacer les relations euro-américaines par des accords bilatéraux et, d'une façon générale, une atmosphère européenne qui n'incite pas à l'optimisme. Le traité d'Aix-le-Chapelle, déjà stigmatisé par les souverainistes, montre que la coopération franco-allemande progresse néanmoins.

Mme May a tenté de tirer parti de ce mauvais contexte pour sauvegarder les intérêts commerciaux et financiers de son pays tout en exauçant les vœux d'une partie de ses compatriotes. La position européenne, qui a été défendue bien plus par les technocrates de Bruxelles que par des gouvernements nationaux qu'entravaient leurs problèmes internes, a consisté à ne jamais trahir l'essentiel de ce qui fait l'Union, les principes hautement égalitaires qui accordent les mêmes droits à tous les pays-membres et à ne consentir aucune concession qui eût permis à Londres d'obtenir de la négociation plus d'avantages que d'inconvénients. De ce point de vue, on peut féliciter Michel Barnier, ancien ministre de Jacques Chirac, et négociateur en chef de la Commission, pour sa fermeté toujours courtoise et son sang-froid impressionnant. Quand Mme May a fait valoir qu'elle avait le devoir de traduire dans les faits l'exigence majoritaire de ses compatriotes, M. Barnier lui a répondu en substance que le peuple du Royaume-Uni devait accepter pleinement les conséquences du Brexit.

Un repoussoir

Lequel a donc revigoré l'unité européenne. Plus les discussions se compliquaient, plus l'écheveau des propositions et contre-propositions grossissait, plus se développait chez les 27 le sentiment qu'ils avaient bien de la chance de n'être pas entrés, comme les Anglais, dans l'antichambre de l'enfer. Le Brexit a joué le rôle de repoussoir, il a mis d'accord des gouvernements populistes tentés par l'autoritarisme et des gouvernements défenseurs des libertés, il a relativisé les conflits qui ont opposé les tenants du droit européen à une Pologne désireuse de s'affranchir d'une justice indépendante ou une Italie qui, pour tenir des promesses électorales excessives, se moquait comme d'une guigne de sa propre dette. Il est vrai que des déclarations faites à Paris et à Rome ont envenimé les relations franco-italiennes au-delà de la réaffirmation indispensable des principes. Emmanuel Macron aurait pu garder pour lui certains de ses jugements lapidaires, ce qui a conduit le gouvernement italien, après la livraison de Cesare Battisti par la Bolivie, à réclamer à la France le retour en italie de quelque 90 réfugiés politiques auxquels notre pays a accordé le droit d'asile.

Il faudra du temps et de la patience pour raccommoder ces relations, qui ont été très étroites depuis 1945. Cependant, une sorte de flexibilité de l'Union, fort bien utilisée par ceux qui, à Bruxelles, ont souvent été les victimes d'injustes critiques, servira tôt ou tard à une réparation des liens entre la France et l'Italie, trop denses et trop solides pour être sectionnés

 

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18)Comment peut-on sauver l'Europe ?

Giles Merritt, un journaliste britannique, propose, pour relancer l'UE, un plan en 10 points. Une bonne lecture avant les élections européennes.

Par
  Le Point.fr

Dans son livre, Giles Merritt éreinte les « dix mythes » dont se berce le Vieux Continent. 

© Jean-Luc Flmal / BELGA MAG / BELGA/AFP

17)Asile et immigration : Tsipras et Orbán font cause commune sur le dos de l'Europe

Lors du dernier conseil européen, malgré l'urgence, le Grec et le Hongrois se sont alliés pour repousser la réforme de l'asile et l'immigration. Explications.

Par
le point

Alexis Tsipras et Viktor Orban alliés de circonstance. Image d'illustration.

© AFP/ THOMAS PETER

 

16)Brexit, les trois points majeurs de l’accord 

La première ministre britannique Theresa May a présenté jeudi 15 novembre au parlement le projet d’accord entre Londres et l’UE. « La Croix » décrypte les principales dispositions du texte.

ZOOM

La première ministre britannique Theresa May arrive au sommet des chefs d’État de l’Union européenne, à Bruxelles, le 14 décembre 2017. / Dabkowski Wiktor/DPA/ABACA

La première ministre britannique Theresa May a présenté jeudi 15 novembre au parlement de Westminster le projet d’accord de Brexit conclu mardi 13 novembre avec Bruxelles. Elle joue gros. Le déclenchement de la période de transition – du 29 mars 2019 au 31 décembre 2020 – est en effet conditionné par la signature d’un accord.

Pendant cette année et demie, le Royaume-Uni ne participera plus aux décisions de l’UE et ne contribuera plus à son budget mais il appliquera toutes les décisions européennes et les règles du marché unique. Ce sera le moment de négocier les relations futures entre l’UE et le Royaume-Uni.

Faute d’accord (le « no deal »), le pays sortirait « brutalement » de l’UE au 29 mars 2019 – soit un Brexit dur –, et serait aussitôt traité comme n’importe quel pays extérieur à l’UE. Avec des conséquences économiques et politiques difficiles à quantifier.

► Les relations commerciales

Ce que contient le projet d’accord. Les négociateurs se sont entendus pour que le Royaume-Uni sorte du marché unique européen, à sa demande, à l’issue de la période de transition, après le 31 décembre 2020. Pendant cette période de transition, le Royaume-Uni resterait dans une union douanière avec l’UE, jusqu’au moment où les deux parties auront mis au point un accord de libre-échange jugé satisfaisant.

Les implications. « Tout pays participant à une union douanière avec l’UE bénéficie d’un accès au marché unique européen pour le commerce des biens, explique Vincent Vicard, économiste au Cepii. En échange, ce pays applique le tarif douanier extérieur européen commun à l’égard des États tiers ».

Ce scénario permet d’éviter la mise en place de contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l’UE – et plus particulièrement entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, l’absence de frontière physique entre les deux parties de l’île étant une garantie de la paix instaurée par les accords du Vendredi saint en 1998.

Pour Vincent Vicard, le problème n’est pas entièrement réglé toutefois. « Il faudra toujours réaliser des contrôles réglementaires aux frontières avec le Royaume-Uni, dans la mesure où la participation à une union douanière ne garantit pas le respect de normes et de standards harmonisés, explique-t-il. Donc la question initiale demeure : où pourra-t-on effectuer ces contrôles ? »

Brexit : « Theresa May est prise en étau »

Conscients de cet écueil, les rédacteurs de l’accord de retrait ont prévu des « dispositions plus approfondies » pour l’Irlande du Nord, qui devra toujours respecter certaines règles et normes du marché unique. Et ce dans l’objectif de réduire les contrôles réglementaires à zéro, ou presque. Par ailleurs, les Européens se sont assurés que Londres respecterait également certaines normes sociales, environnementales et économiques afin d’éviter toute concurrence déloyale dans le cadre de cette union douanière.

Mais cela risque de ne pas suffire à convaincre le parti unioniste d’Irlande du Nord (DUP), qui permet à Theresa May d’avoir aujourd’hui la majorité absolue au parlement britannique. L’Irlande du Nord « sera traitée de manière très différente du reste du Royaume-Uni. Beaucoup de personnes concluent que cela aboutira à une frontière réglementaire en mer d’Irlande », a déjà dénoncé Jeffrey Donaldson, député du DUP.

Autre écueil de l’Union douanière : elle empêche à l’État qui y participe de négocier tout accord de libre-échange sur les biens avec des pays tiers. Une situation inacceptable pour les partisans du Brexit cette fois, puisqu’ils veulent avant tout que Londres retrouve sa pleine souveraineté, sur tous les sujets, et le plus vite possible.

► Les services financiers

Ce que contient le projet d’accord. Ce document ne règle en rien l’avenir des services financiers britanniques. La seule certitude – connue depuis déjà plusieurs mois – est que la célèbre City va perdre son « passeport européen », c’est-à-dire la possibilité offerte aux banques, aux sociétés d’assurance ou aux gestionnaires de fonds basés à Londres de proposer leurs services dans toute l’UE. Mais le projet d’accord annoncé mardi 13 novembre au soir ne précise rien de plus sur les futures relations de part et d’autre de la Manche dans le domaine de la finance.

Les implications. Un tel silence, dans un secteur économique de poids pour le Royaume-Uni, « s’explique par la focalisation des négociations sur la question très politique de la frontière irlandaise, décrypte Christopher Dembik, chef économiste chez Saxo Bank. De ce fait, beaucoup d’autres sujets sont passés totalement à l’arrière-plan, comme celui de la finance. »

Que peut-il se passer à présent ? Si le projet d’accord actuel survit à l’ébullition qu’il suscite outre-Manche, rien ne changera entre le 29 mars 2019 et le 31 décembre 2020 : pendant cette période de transition, valable pour tous les secteurs, la City continuera à bénéficier du passeport européen.

« Les négociateurs vont mettre ce délai à profit afin de négocier un nouveau régime pour la finance britannique dans l’UE, détaille Thierry Philipponnat, de l’institut Friedland à Paris. Londres cherchera à obtenir des équivalences réglementaires pour accéder au marché européen, poursuit-il, mais il s’agit d’un processus laborieux, dont l’issue positive n’est jamais garantie. »

La City a néanmoins intérêt à ce que ce projet d’accord soit adopté, afin de pouvoir enfin rentrer dans le vif du sujet. En cas d’échec des discussions, certains redoutent que Londres se lance dans une dérégulation financière totale pour attirer les capitaux étrangers, créant ainsi une concurrence déloyale aux portes de l’UE.

Brexit : une souveraineté britannique non négociable

► La liberté de mouvement

Ce que contient le projet d’accord. Les négociateurs européens et britanniques ont fait le nécessaire pour rassurer les trois millions de citoyens européens résidant au Royaume-Uni et le million de Britanniques installés dans des pays de l’Union Européenne du maintien de leur liberté de mouvement. Ils ont ainsi reconnu dès le préambule de l’accord la nécessité de leur « fournir une protection réciproque » pour faire appliquer leurs droits.

Les implications. Le premier véritable chapitre de l’accord, intitulé « droits des citoyens », indique que ces derniers auront « le droit de résider de manière permanente dans leur pays hôte » cinq années après leur arrivée. Ils pourront faire appliquer ce droit jusqu’à la fin de la période de transition, prévue pour le 31 décembre 2020.

Ce droit ne sera perdu que dans le cas d’une absence de cinq années consécutives. Il ne sera pas affecté par leur changement de statut « par exemple étudiant, travailleur, auto-entrepreneur ou inactif ». Les membres de leur famille dépendant d’eux disposeront du même droit et ils le garderont une fois devenus indépendants – ce qui concerne donc avant tout les adolescents devenus majeurs.

Qu’il y ait d’ailleurs ou non un accord sur le Brexit, la liberté de mouvement des citoyens en Europe devrait être assurée.

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15)L’Italie, l’euro et nous

Moscovici et Giovanni Tria, ministre italien de l’Economie
(photo AFP)

Dans le conflit qui oppose Rome à la Commission de Bruxelles au sujet du budget italien de l’année prochaine, il y a une part de dramatisation. Il était utile que le commissaire à l’Economie, Pierre Moscovici, ancien ministre, dise son fait à l’Italie. Celle-ci cependant joue en Europe un rôle trop important pour que les parties en présence ne cherchent pas un compromis, plutôt que l’affrontement.

LE GOUVERNEMENT italien jure qu’il ne souhaite quitter ni l’Union européenne ni la zone euro. Il a cependant adopté un projet de budget pour 2019 avec un déficit de 2,4 % qui est trop élevé par rapport aux promesses du gouvernement précédent (de centre gauche), soit 0,8 % et à la dette italienne (132 % du produit intérieur brut). Le déficit budgétaire est donc énorme par rapport aux difficultés actuelles du pays, qui n’est plus très sûr de pouvoir emprunter encore, au-delà du raisonnable. Les pourcentages en question peuvent paraître limités mais la différence entre 0,8 % et 2,4 % représente des dizaines de milliards d’euros que l’Italie va devoir emprunter. L’aspect le plus grave du problème, c’est que de facto, l’Italie prend des décisions qui font d’elle un cas très singulier au sein de la zone euro. Elle emprunte à des taux de trois et demi pour cent plus élevés que ceux dont l’Allemagne, éternel bon élève de la classe, bénéficie. Cette différence, appelée spread dans le jargon financier, indique que l’Italie présente un danger croissant pour l’équilibre de la zone euro.

L’Italie n’est pas la Grèce.

Il ne faut pas comparer le sort de la péninsule à celui de la Grèce. Celle-ci était en faillite et ne pouvait plus du tout financer sa dette sur les marchés. Pour redresser son économie, au prix d’une austérité proche de l’atrocité, elle a accepté des prêts de l’Europe et du Fonds monétaire international. En ce moment précis, et bien qu’elle retrouve la croissance, sa dette reste écrasante. Il faut éviter à tout prix d’entrer dans ce scénario avec l’Italie. Le problème est politique. Il résulte d’une élection qui a placé populistes et néo-fascistes italiens au pouvoir. Ils tiennent à prouver qu’un autre projet que celui préconisé par Bruxelles est possible. En même temps, l’exemple du Brexit ne les encourage guère à larguer leurs amarres européennes : l’Italie est dans la zone euro, c’est-à-dire là où le Royaume-Uni ne s’est jamais trouvé, et si elle tentait d’imiter la Grande-Bretagne, elle sombrerait dans une crise économique, financière et monétaire cataclysmique. Mais il ne faut pas s’y tromper : un Italexit entraînerait une crise systémique de la zone euro et nous serions tous affectés par un bouleversement d’ampleur historique, alors que le Brexit n’affecte pas directement le fonctionnement de la zone euro, à laquelle le royaume n’a jamais appartenu.

Le scénario le plus tragique.

Cela veut dire que les conditions sont réunies pour un compromis entre les autorités de Bruxelles et le gouvernement de Rome. M. Moscovici a adressé ses conclusions au gouvernement italien et un élu de la péninsule a cru bon de les piétiner au cours d’un débat à l’Assemblée. Le commissaire européen en a conçu une grosse colère : on venait en effet d’assister à ces effets tangibles du populisme que sont l’outrance, l’agitation stérile et l’insulte. Il est évident que les représentants de la coalition italienne au pouvoir, Matteo Salvini et Luigi di Maio, n’allaient pas proposer un budget classique, prudent et strict. Ce n’est pas pour ça qu’ils ont été élus. Ils étaient bel et bien liés par leurs promesses électorales et ont donc adopté des mesures qui augmentent les dépenses publiques, mais pas dans des proportions scandaleuses.

La seule vraie question porte sur le financement du déficit italien. Rome peut encore se financer sur le marché et n’a besoin d’aucune aide de la zone euro. Néanmoins, si le nouveau gouvernement italien est populaire, s’il  est soutenu par les chefs des petites entreprises, il devra prouver aux marchés financiers qu’il reste fiable. Personne ne le croira sur parole et le danger, c’est que les marchés constatent  un dérapage des dépenses italiennes, que le spread augmente encore, que l’Italie, un jour qui n’est pas si lointain, crie au secours. Personne ne devra dire aux Italiens : « On vous l’avait bien dit ». Il faut, d’ores et déjà, dialoguer avec Rome et prévoir des garde-fous dans l’aventure dans laquelle elle se lance.

RICHARD LISCIA

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14)La montée des extrêmesDe l'utilité de Macron

Richard Liscia

| 05.11.2018
 
Emmanuel Macron a beaucoup déçu l'opinion, comme le montrent de sévères sondages. Sa cote de popularité se situe désormais à un si bas niveau qu'on a de la peine à croire qu'il réussira à l'inverser. Il n'empêche que sa responsabilité est immense : la faiblesse de la droite et de la gauche classiques laisse penser qu'une victoire en 2022 du Rassemblement national ou de la France insoumise, ou des deux, n'est pas à exclure.
 

Pour opposer à cette ascension des partis que l'on appelle populistes, mais qui reflètent deux courants extrémistes de la gauche et de la droite, le barrage des « progressistes », comme les appelle le président, il faudrait déjà que son leadership s'affirme dans tous les courants de droite, du centre et de gauche qui combattent la dérive nationaliste (mot également utilisé par le président, et à juste titre). On lit dans les bons journaux des pages entières sur les élections européennes. Il en ressort qu'il existe un éparpillement des groupes ou groupuscules et que les formations classiques vont divisées au scrutin. Les sondages accordent une toute petite avance à la République en marche par rapport au RN. Mais là où le parti de Marine Le Pen fait bloc, la REM, sans être désunie, reste mal organisée. Péché de jeunesse.

Le chef de l'Etat ne peut espérer gouverner convenablement le pays au delà des élections européennes que s'il les gagne. Déjà, Jean-Luc Mélenchon, avec sa démagogie coutumière, veut en faire un référendum pour ou contre Macron, alors que l'enjeu de cette consultation n'a rien à voir avec la personne du président. L'enjeu, c'est précisément le choc des progressistes contre les extrêmes, et le résultat de la confrontation. Ou bien la France, à son tour, s'abandonne à la dérive qui a emporté l'Italie, bouscule l'Allemagne et a jeté le Royaume-Uni hors de l'Union européenne avec des effets désastreux (pour tous), ou bien sa majorité actuelle l'emporte et elle aura alors un rôle essentiel à jouer sur le continent. Pour y parvenir, il faut d'abord, et en un laps de temps très court, que la REM améliore son implantation dans les territoires et qu'elle soit soutenue non seulement par le MoDem, mais par tous les électeurs qui rejettent le RN et LFI avec assez de force pour accepter la victoire de Macron.

Une aventure populiste

Ce ne sera pas facile, non seulement parce que la REM a du mal à se discipliner et n'a rien pour séduire les collectivités locales, mais parce qu'il y a des gens de droite et de gauche qui ne trouvent pas leur confort intellectuel avec la République en marche. Malgré les scores élevés de LFI et du Front national lors de l'élection présidentielle de 2017, il est peu probable que les Français soient mûrs pour une aventure populiste. Il n'est pas certain non plus que M. Macron soit en mesure, d'ici au mois de mai, de transformer son impopularité d'aujourd'hui en mouvement national en faveur de l'Europe. Il n'est pas certain qu'il puisse, en somme, détacher sa propre personne du scrutin. Et il est possible que la France mécontente et quelque peu hargneuse veuille lui infliger une déculottée, quelles qu'en soient les conséquences sur le plan européen.

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, deux figures de la droite classique, viennent de s'exprimer au sujet de Macron et ils l'ont plutôt épargné dans leurs propos, pour une raison aveuglante : son échec aux européennes serait une défaite, non pas celle d'un parti, mais celle du pays. Elle ouvrirait la voie à une bataille de titans entre l'extrême droite et l'extrême gauche. On assisterait à une mêlée violente, qui fragiliserait un peu plus le pouvoir et disqualifierait le leadership français en Europe, pour autant que l'on continue à croire qu'une politique sans éthique est inadmissible. A l'inverse, d'autres penseront que les élections européennes seront l'occasion unique pour la France de tenter l'expérience italienne ou américaine. On verra bien. Mais d'ici là, pour ceux qui croient dur comme fer à l'impératif démocratique, Macron demeure indispensable. Les retraités, les indignés du prix de l'essence, les salariés hostiles à l'impôt à la source, devront se souvenir, au moment du vote, qu'au mauvais succède souvent le pire.

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13)Le vertige allemand

 

Merkel sanctionnée
(Photo AFP)

Les manifestations et violences de Chemnitz, la création d’un nouveau parti de gauche, Aufstehen, dont Sahra Wagenknecht, ex-Die Linke, prend la tête, l’ascension de Alternative für Deutschland (AfD) qui, selon les sondages, recueille 16 % des suffrages et talonne le SPD (sociaux-démocrates) : l’Allemagne, prospère et puissante, vacille, se cherche et tente des expériences inquiétantes.

LA CRISE politique allemande n’a aucun rapport avec sa situation économique et sociale, qui est brillante. Protégés par une économie dont les exploits se répètent d’année en année, les Allemands, ou plutôt une partie d’entre eux, semblent ne pas avoir pardonné à la chancelière Angela Merkel sa décision, prise en 2015, d’accueillir près d’un million d’immigrés sur le territoire allemand. La chancelière a réussi à obtenir un nouveau mandat de quatre ans l’année dernière, mais les élections législatives de septembre dernier ont montré l’affaiblissement de son parti ainsi que celui des sociaux-démocrates (SPD). Au terme de longues tergiversations, une coalition entre la CDU (conservateurs) et le SPD a été élaborée, mais les reproches adressés à Mme Merkel n’ont jamais cessé et, au sujet de l’accueil des migrants, elle a même été mise au défi par son propre ministre de l’Intérieur, membre de la CSU, un parti très à droite représentant la Bavière et associé à la CDU.

Les incidents de Chemnitz.

L’équilibre de la coalition est empoisonné par les assauts de l’extrême droite, qui rassemble beaucoup d’Allemands de l’Est, apparemment frustrés parce qu’ils ne parviennent pas tout à fait à rejoindre le niveau de vie de leurs compatriotes de l’ouest, et de l’extrême gauche. A Chemnitz, ville de l’Est, un Allemand de 35 ans a été tué par un immigré irakien, ce qui a mis le feu aux poudres et conduit l’extrême droite (essentiellement des membres de l’AfD) à manifester. Des scènes de violence se sont produites parce que les contre-manifestants étaient au moins aussi nombreux que les membres de l’AfD. Depuis 1945, on n’a jamais vu l’Allemagne aussi déstabilisée, son gouvernement aussi choqué et perplexe, des divisions aussi profondes. La crise est d’autant plus paradoxale que la croissance de l’Allemagne n’a pas ralenti, que le quasi-plein emploi y est assuré et que ses usines tournent rondement. Nul doute que les inégalités dues une insuffisante répartition de la richesse, un autre effet de la mondialisation, jouent contre tous les consensus possibles : nombre d’Allemands de l’Est pensent que l’afflux d’immigrés fait d’eux des citoyens de seconde zone, d’autant que les efforts du gouvernement allemand pour insérer les réfugiés dans la société grâce à une assistance coûteuse et une formation très poussée, ont été couronnés de succès, au moins pour la majeure partie des étrangers concernés.

La cause de tous nos maux.

L’intolérance et la xénophobie ne sont pas limités, cependant, aux anciens citoyens de la RDA. Au sentiment national de culpabilité lié au passé hitlérien a succédé le bon vieux nationalisme, celui qui, jadis, conduisit  l’Allemagne à une catastrophe historique. Depuis 1945, ce pays a toujours été gouverné par des démocrates convaincus, dans une stabilité remarquable. Et puis, au tournant du siècle, les vieux démons, favorisés par une mémoire chancelante, ont surgi de nouveau. La nouvelle excroissance de l’extrême gauche, Aufstehen, semble vouloir faire la synthèse entre la satisfaction des aspirations populaires par l’abandon du libéralisme, et une plus grande fermeté face à l’immigration, fondée sur l’idée que les étrangers prennent les emplois des gens nés en Allemagne. Ce qui pose un problème aigu pour toute l’Europe. La lutte contre l’immigration débouche sur des actes contre nature, comme le démontre l’attitude du ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui refuse l’accès des ports de son pays aux bateaux chargés de migrants, ce qui crée un conflit pour chaque navire. Et une politique plus généreuse finit par se retourner contre le gouvernement qui l’a décidée : Mme Merkel paie d’un prix accablant son geste de 2015 et elle est maintenant obligée de gouverner dans un climat d’hostilité et de défiance créé de toutes pièces par l’extrême droite.

Dans toute l’Europe, l’évolution vers « l’illibéralisme » et l’autoritarisme met en garde les partis ancrés dans la démocratie contre le risque d’une politique migratoire appuyée sur un élémentaire humanisme. C’est l’immigration qui a conduit le Royaume-Uni à cette catastrophe historique qu’est le Brexit, au sujet duquel il est bien peu probable qu’un accord soit conclu entre Londres et les Vingt-Sept ; c’est l’immigration qui a porté les populistes et les néo-fascistes au pouvoir en Italie ; c’est elle qui permet à Viktor Orban, en Hongrie, de gouverner au mépris du droit ; c’est elle qui, en affaiblissant l’Europe, renforce le pouvoir de nuisance de Vladimir Poutine. De sorte que le discours humaniste devient dangereux pour les partis politiques qui le prononcent. Leur dilemme est affreux. S’ils devancent les voeux de la population en durcissant leur programme d’accueil des réfugiés, ils perdent le sens même de leur vocation ; s’ils tiennent bon, ils seront électoralement battus.

RICHARD LISCIA

 

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12)Europe : premières manoeuvres

Guy Verhofstadt
(Photo AFP)

Les yeux de l’Union européenne étaient fixés sur les résultats des élections législatives en Suède, mais les Suédois n’ont pas voté clairement. D’où des incertitudes sur l’avenir du royaume.

LES SUEDOIS ont placé les sociaux démocrates et les conservateurs au même niveau, et n’ont assuré à l’extrême droite qu’une progression de trois points plutôt qu’un triomphe. Il demeure que les « Démocrates de Suède » (ainsi s’appelle l’extrême droite) ont une position d’arbitre. Les électeurs ont si mal voté qu’ils ont déclenché une instabilité politique qui risque de durer. Ce qui n’a pas empêché la France insoumise et le Rassemblement national de trouver excellents les résultats de la consultation suédoise. On verra dans les jours qui viennent comment la Suède va sortir du guêpier où elle s’est fourrée.

La rencontre de Marseille.

La menace d’un triomphe de l’extrême droite en Suède est en tout cas écartée, ce qui n’est pas négligeable en ces temps de montée des extrémismes en Europe. Emmanuel Macron en est parfaitement conscient qui s’est rendu jeudi dernier au Luxembourg pour renforcer ses affinités avec les démocrates du Bénélux et vendredi à Marseille, où il a envisagé, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, les prémices d’une alliance des « progressistes » européens par rapport aux « nationalistes ». En se promenant dans la cité phocéenne le soir, le président a eu une rencontre « impromptue » avec Jean-Luc Mélenchon qui, pour une fois, s’est montré aimable, ce qui lui a été évidemment reproché par les plus sectaires de ses amis. On ne s’en surprendra pas, même si on beaucoup de mal à s’y faire : pourquoi un chef de l’opposition ne pourrait-il pas bavarder avec  le président ?

Bien que ses proches aient réagi prudemment, le président de la République a reçu une bonne nouvelle : Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et actuel chef de file des libéraux et des centristes (ADLE) au Parlement de Strasbourg, propose une alliance entre son mouvement et celui de M. Macron. Christophe Castaner  est « ravi » de la  proposition de M. Verhofstadt, mais il n’a pas voulu s’engager tout de suite. Parmi les élus progressistes au Parlement européen, il y aura pas qu’une coalition à deux, mais à plusieurs.

Une affaire prise au sérieux.

Ces premières rencontres à l’étranger, la détermination des nationalistes à « gagner » le scrutin de mai 2019, ce qui serait une première historique, la parade recherchée par les progressistes montre que, l’an prochain, tous les partis d’Europe prendront très au sérieux les élections européennes. Si  les extrêmes croient dur comme fer à leur victoire parce qu’ils s’estiment portés par un vent nouveau qui leur est favorable, tous les autres partis sont bel et bien décidés à les arrêter net dans leur élan. Malheureusement, pour le moment, on n’a pas le sentiment que les partis d’inspiration démocratique aient compris que l’enjeu de ce scrutin européen est particulièrement important. A droite, mais au au centre, personne ne songe publiquement à rejoindre la République en marche pour gonfler son électorat. Ni Alain Juppé, ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse n’ont laissé entendre pendant le week end qu’ils étaient acquis au principe d’une large contre-offensive destinée à contenir les extrêmes. Et, bien entendu,  pour Laurent Wauquiez, la droite ira au combat avec l’UDI, elle ne risque pas de s’inféoder à la REM.

Que va faire Wauquiez ?

Il y a de bonnes raisons, pour les partis, de rester à l’écart  d’un parti présidentiel que l’opinion publique commence à rejeter sévèrement. En quelque sorte, Emmanuel Macron ne « mériterait » pas le soutien de la droite et du centre. Dans le cas de M. Wauquiez, on peut dire qu’il est plus hostile à la REM qu’au Rassemblement national, même s’il répète à l’envi qu’il ne s’associera jamais avec l’extrême droite. Mais LR et UDI ont le temps de mûrir : que vaut leur stratégie si elle divise le camp des progressistes pour mieux faciliter la tâche des nationalistes ? Même si M. Wauquiez a des reproches idéologiques à faire à M. Macron, il se situe naturellement plus près de la REM que de Marine Le Pen. En réalité, le chef de LR est dans une situation que décrit parfaitement l’expression anglaise : « You’re damned if you do, you’re damned if you don’t ».  (Dans tous les cas, tu perds). Pour pouvoir snober le parti de Macron qui, dans les sondages, est en pôle position aux européennes, il faudrait qu’il ait plus de troupes. Le rapprochement avec Macron n’est peut-être pas possible, mais le rapprochement avec le RN est pire encore.

RICHARD LISCIA

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11)Migrants : ce que les politiques n'osent pas dire

Face à la montée de l'extrémisme, des vérités sont devenues taboues : l'Europe a besoin de migrants et une politique d'accueil, ça s'organise. Sans angélisme.

Par
Publié le 03/07/2018 à 10:46 | Le Point.fr

Un cours de français au Centre d'accueil et d'orientation (CAO) de Saint-Brevin-les-Pins, en Loire-Atlantique en 2017. 

 

 
 

10)« Dire que l'Europe ne peut pas accueillir 1,5 million de migrants n'est pas crédible »

ENTRETIEN. Pour l'eurodéputée Cecilia Wikström, il est crucial pour l'avenir de l'Union européenne de mettre en place une politique de l'asile.

Propos recueillis par
Modifié le 27/06/2018 à 19:04 - Publié le 27/06/2018 à 16:18 | Le Point.fr

Sur le navire de sauvetage Lifeline, affrété par une OG allemande, au large de Malte. 

© FELIX WEISS / Mission Lifeline e. V. / AFP

 
 

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9)L'Aquarius sera-t-il un nouvel Exodus ?

Paris, le mardi 12 juin 2018 – Au petit matin, l’offre généreuse de l’Espagne de permettre le débarquement à Valence des 629 migrants à bord de l’Aquarius a suscité un certain soulagement. Mais il ne pouvait être que superficiel et amer. D’abord, parce que cette solution de recours ne peut être une réponse de fond à l’immobilisme de l’Union européenne et à la détresse des pays qui, comme la Grèce et l'Italie, depuis des années sont confrontés seuls à l’arrivée des migrants sur leurs côtes. Ensuite, concernant spécifiquement les 629 rescapés à bord de l’Aquarius, parce que cet accueil de l’Espagne signifie une nouvelle traversée de quatre jours, « dans des conditions météorologiques se détériorant » déplore Médecins sans frontières (MSF).

Extrême vulnérabilité

Or, l’organisation humanitaire considère que plusieurs passagers pourraient supporter difficilement ces journées supplémentaires. Pour l’heure, « la situation médicale à bord reste calme » rassure le docteur David Beversluis à bord de l’Aquarius. Néanmoins, plusieurs éléments inquiètent. MSF rappelle ainsi que d’une manière générale, les capacités du bateau de sauvetage sont largement dépassées. Par ailleurs, la plupart des personnes secourues connaissent un niveau d’anxiété majeur et sont très vulnérables, notamment les femmes enceintes. Il existe en outre plusieurs cas particuliers incitant à la vigilance. Ainsi, MSF évoque « plusieurs cas critiques de noyade et d'hypothermie dont certains ont été réanimés. Ces patients sont surveillés de près. De nombreuses personnes secourues ont inhalé de l'eau de mer et risquent de développer une maladie pulmonaire dans les prochains jours. 21 patients ont par ailleurs subi de graves brûlures après avoir été exposés à un mélange toxique d'eau de mer et de carburant pendant une période prolongée. Leur état est stable mais ils auront besoin de soins en continu et de renouvellement de leurs pansements au cours des jours et des semaines à venir. Enfin, plusieurs cas graves de traumatisme sont à signaler, dont certains  nécessitent une évaluation et une prise en charge chirurgicale immédiate que MSF n'est pas en mesure de réaliser sur le navire ».
 
Face à ces différents cas, MSF dessine une solution différente de celle proposée par l’Espagne. L’association espère l’accord d’un pays proche pour un débarquement immédiat (dans la journée) avant l’acheminement des rescapés par la route en Espagne. Pour l’heure cette proposition qui répondrait mieux au souci humanitaire qui anime les responsables de l’Aquarius n’a pas trouvé de réponse. (JIM)
 
 

8)L’Europe de Macron ne fait pas l’unanimité

Le président français a passé son grand oral mardi 17 avril face aux eurodéputés à Strasbourg. Son projet européen, couronné de rares victoires, se heurte à des résistances au sein de l’UE.

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Emmanuel Macron lance les "consultations citoyennes" sur l'avenir de l'Europe ce mardi 17 avril à Strasbourg depuis le Parlement européen. / Frederick Florin / AFP

Surtout, ne pas s’endormir. Emmanuel Macron a défendu mardi 17 avril avec la même énergie sa vision de l’Europe déjà affirmée à Athènes, à la Sorbonne, ou à Francfort. «Je ne veux pas faire partie d’une génération de somnambules», a-t-il clamé dans l’hémicycle en réaction à la montée des populismes dans l’Union européenne.

Les initiatives du président de la République ont déjà passé quelques feux verts, comme la relance de l’Europe de la défense, la création d’une vingtaine d’universités européennes d’ici à 2024, et l’organisation, partout dans l’UE, de «consultations citoyennes». Lancées mardi 17 avril à Épinal (Vosges), elles doivent «libérer la parole sur l’Europe, redonner confiance et éclairer le débat».

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«Des consultations citoyennes improvisées et risquées»

 

Il y a eu aussi les espoirs douchés, comme celui d’instaurer des listes transnationales aux élections européennes de 2019 en utilisant les 73 sièges laissés par les Britanniques après le Brexit. Ce sont les eurodéputés eux-mêmes qui ont torpillé cette idée en février dernier, à 368 voix contre 274. «De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et l’Europe sera sauvée!», a encouragé mardi 17 avril le Belge Guy Verhofstadt, chef de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), groupe le plus proche de la philosophie d’Emmanuel Macron. Pas sûr que la référence à Danton suffise à surmonter tous les obstacles auxquels se heurte le dirigeant français dans sa «révolution» européenne.

Le défi de la « souveraineté européenne »

Mardi 17 avril, Emmanuel Macron a de nouveau brandi cette notion en bouclier contre le repli des nations sur elles-mêmes. «Quand il a employé la formule pour la première fois, je l’ai trouvée magnifique, gênante, provocante. Hier, il l’a bien déclinée», expose Alain Lamassoure, membre du Parti populaire européen (PPE).

Sous les applaudissements de bon nombre de députés, Emmanuel Macron a affirmé que cette «souveraineté européenne» était nécessaire «pour montrer aux citoyens que nous pouvons les protéger». Mais l’effet des mots s’estompe y compris dans les rangs des eurodéputés les plus europhiles. L’élu Vert Yannick Jadot lui a expressément demandé de ne pas ratifier le traité de libre-échange avec le Canada (Ceta), et de stopper la négociation avec le Mercosur qui, selon lui, est la porte ouverte au gaz de schiste et aux OGM.

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Sur l’Europe, ce qu’a (déjà) dit Emmanuel Macron dans ses discours

 

«Comment pouvez-vous prétendre défendre une Europe qui protège et œuvrer à imposer ces accords de libre-échange qui vont la détruire ? Comment revendiquer une souveraineté européenne quand ces accords la désintègrent pour mieux la livrer à des lobbys surpuissants?», a-t-il demandé. Les eurosceptiques, de leur côté, en ont profité pour faire entendre leur petite musique. L’eurodéputé FN Florian Philippot, au sein du groupe des Patriotes, a érigé en modèle le Brexit contre «ceux qui ont confisqué le pouvoir au peuple».

Le budget, ce nerf de la guerre

La France est prête à augmenter sa contribution au budget européen, a déclaré mardi 17 avril Emmanuel Macron. À ses yeux, il faut aussi et surtout augmenter les ressources propres, et conditionner la solidarité budgétaire au respect de l’État de droit, pour dissuader les dérives autoritaires.

Le président, défenseur d’une capacité budgétaire propre à la zone euro, ne s’est en revanche pas attardé sur le sujet. Il doit encore trouver des compromis avec Berlin et les pays du nord. Son idée d’une gouvernance propre de la zone euro, avec un ministre dédié a peu de chances d’aboutir. Emmanuel Macron, qui promet une feuille de route franco-allemande sur le sujet «dans les prochains mois», s’est contenté de rappeler qu’il fallait «trouver un cheminement pour aller vers une forme institutionnelle et démocratique beaucoup plus intégrée».

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«Défiler sur des tapis rouges en chantant l’Ode à la joie ne suffit pas, il faut des actions concrètes», a martelé mardi 17 avril le président du groupe des sociaux-démocrates, Udo Bullmann, rappelant notamment au président l’opposition française à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières dans l’UE. Le chef de l’État, lui, a insisté sur la nécessité de parachever l’union bancaire d’ici à mai 2019.

L’Europe avec qui ?

Ne pas attendre l’unanimité pour décider. Telle est l’ambition défendue par Emmanuel Macron, qui honnit l’idée qu’en Europe, «celui qui ne veut pas avancer puisse bloquer les autres». Il promeut le vote à la majorité qualifiée des États membres, au sein du Conseil européen (le colégislateur, avec le Parlement européen). «Si l’Europe avait toujours attendu la totalité du club, vous ne seriez pas là», a-t-il même lancé aux eurodéputés.

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«Il faut passer à l’Europe des réalités»

 

Cette logique ne va pas sans inquiétudes en dehors de l’axe Paris-Berlin. «Ne vous méprenez pas, monsieur le président: le progrès en Europe ne peut être déterminé par l’entente aléatoire entre deux chefs d’États», a pour sa part martelé Guy Verhofstadt. Emmanuel Macron a tenté de le rassurer. «Notre devoir moral est de ne pas déclarer ces clubs fermés», a-t-il plaidé.

Le président français, cependant, est resté prudent sur l’idée d’intégrer à l’UE de nouveaux membres. «Je ne soutiendrai l’élargissement que si l’Europe connaît d’abord un approfondissement et une réforme», a-t-il détaillé, expliquant qu’une «Europe qui fonctionne difficilement à 27» ne peut pas «cavaler à 30 ou à 32». D’où l’idée d’avancer avec un noyau dur prédéfini, suivant une logique par projet.

Résoudre la querelle migratoire

Le président a proposé mardi 17 avril de «créer un programme européen» pour financer les collectivités locales accueillant des réfugiés, afin de dépasser «le débat empoisonné» sur les quotas de répartition au sein de l’UE. Par cette suggestion de bonus aux territoires d’accueil, il ne résout pas la question des pays qui refusent les migrants, comme la Pologne ou la Hongrie. Le droit d’asile, en effet, répond aux législations nationales et non locales.

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Les textes européens en cours d’examen censés homogénéiser les législations sont au point mort. Les États membres se sont pourtant donnés jusqu’au sommet européen de juin pour sortir de l’impasse, notamment sur le règlement Dublin, selon lequel il revient au premier pays d’entrée –le plus souvent l’Italie et la Grèce– de traiter une demande d’asile. Il faut «débloquer le débat empoisonné sur le règlement de Dublin et les relocalisations, mais aussi dépasser ce débat, en construisant la solidarité interne et externe dont l’Europe a besoin», s’est contenté d’affirmer mardi 17 avril le président français sur le véritable sujet qui fâche.

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Les temps forts européens d’ici aux élections de mai 2019

Mai 2018. La Commission doit proposer un cadre au budget européen pour la période 2021-2027, qui sera soumis aux États membres et au Parlement européen. La France doit s’attendre à recevoir moins, dans le cadre de la politique agricole commune.

28 et 29 juin 2018. Sommet européen avec une position commune à trouver sur le sujet hypersensible de la gestion migratoire.

1er juillet 2018. Présidence tournante de l’UE assurée par l’Autriche, gouvernée par une alliance des conservateurs avec l’extrême droite (suivie de la Roumanie à partir du 1er janvier 2019).

13 et 14 décembre 2018. Délibération sur le résultat des consultations citoyennes lancées hier 17 avril.

29 mars 2019. Sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE, relayée par une période de transition qui reste à définir.

23-26 mai 2019. Renouvellement des députés européens.

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7)Crise espagnole, Brexit, difficultés allemandesMauvaise passe pour l'Europe

Richard Liscia

| 23.10.2017
 
L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République et la reconduction d'Angela Merkel au poste de chancelière permettaient de croire à une forte relance européenne sous la houlette des deux dirigeants. Mme Merkel rencontre de vives difficultés dans la formation de sa coalition, le séparatisme catalan crée un doute sur l'unité de l'Espagne, et la lenteur des négociations entre la Grande-Bretagne et la commission de Bruxelles témoigne d'un Brexit très compliqué.

 

 

Un sommet européen a eu lieu jeudi et vendredi derniers. Il a été assombri par un différend hispano-belge que le Premier ministre, Charles Michel, a nié avec vigueur. En fait, Madrid se serait offusquée des déclarations de M. Michel condamnant toute violence en Espagne. Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, n'a sûrement pas envie que la Belgique lui fasse la leçon alors qu'elle-même est gagnée par des pulsions séparatistes. Il s'agissait d'un incident mineur dans un contexte infiniment plus lourd, celui créé par la Catalogne. Le ton monte entre Barcelone et Madrid, qui a menacé d'appliquer un article de la constitution permettant au pouvoir central de retirer son autonomie à une région. On en saura plus cette semaine, mais il se joue une partie essentielle pour l'équilibre de l'Union européenne, qui dépend aussi de l'unité des pays qui en sont membres. Le président de la Généralité catalane, Carles Puigdemont, est clairement sur la défensive. M. Rajoy, de son côté, mesure assez bien l'enjeu pour refuser toute concession, et, peut-être, toute négociation.

Le chemin de croix de Mme May

L'autre affaire européenne, c'est le Brexit, qui plonge la Première ministre britannique, Theresa May, dans des affres indescriptibles. Rien, en effet, ne va dans le sens d'une séparation sereine. Le Royaume-Uni commence à ressentir les effets économiques de sa décision, son gouvernement bute sur la facture élevée du Brexit et, si un compromis semble avoir été trouvé au sujet des expatriés européens en Grande-Bretagne, celle-ci tente encore d'obtenir deux ans de répit. Il s'agit, pour Londres, de ne larguer les amarres qu'au terme de ce délai pour mieux se préparer à une coûteuse séparation. Personne, en Europe, n'a pourtant encouragé les Anglais à quitter l'Union. Les Européens, pour leur part, veulent d'abord que le montant de la facture (jusqu'à 80 milliards d'euros) soit d'abord réglé. Affaiblie par des élections qui lui ont fait perdre la majorité absolue, Mme May risque d'être mise en minorité au sein de son propre parti et de devenir ainsi la deuxième grande victime du Brexit, après la démission de l'ancien Premier ministre David Cameron, au lendemain du référendum il y a quinze mois.

L'élection d'Emmanuel Macron et la réélection d'Angela Merkel semblaient autoriser tous les espoirs quant à l'indispensable relance de la construction européenne. Mais le parti conservateur de Mme Merkel a perdu de nombreux  sièges au profit de l'AfD, parti populiste, et payé de cette manière l'accueil qu'elle a accordé à un million d'immigrants. Avant même d'entreprendre une politique européenne rafraîchie, elle doit s'assurer qu'elle va diriger une coalition, non plus avec son ancien allié, le SPD (sociaux-démocrates) mais avec les libéraux (FDP) et les Verts.  Le FDP, qui n'avait plus aucun député, revient en force au Bundestag et a des convictions européennes très différentes de celles du SPD, ce qui va grandement compliquer la tâche de Mme Merkel. Ajoutez à cela le fait que le nouveau chancelier autrichien,  le conservateur Sebastian Kurz, élu il y a huit jours, est certes un prodige puisqu'il n'a que 31 ans, mais qu'il va fatalement s'allier à l'extrême droite pour gouverner, et vous avez un tableau européen très peu favorable au dynamisme et aux réformes.

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6)Le poison européen

Frauke Petry refuse de siéger avec l’AfD
(Photo AFP)

La percée de l’extrême droite aux élections législatives allemandes n’a peut-être pas été évaluée à sa juste mesure : elle menace la démocratie du pays le plus important de notre continent. La lutte contre un populisme auquel cèdent divers régimes européens qui y trouvent un palliatif à leurs frustrations doit rester la priorité, même si l’affaiblissement de la chancelière Angela Merkel complique son action politique.

 

LES MOUVEMENTS populistes, de droite ou de gauche, sont souvent divisés. De même que Florian Philippot a quitté le Front national pour tenter de former une alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, de même Frauke Petri, figure de l’AfD, excédée par la violence des propos d’Alexander Gauland, un autre leader du parti, a annoncé le soir même des résultats des élections au Bundestag qu’elle ne siègerait pas dans les rangs de l’AfD. Mauvais départ pour une formation qui, pour la première fois, envoie un régiment de députés au Bundestag. C’est indubitablement l’immigration qui a donné à l’AfD sa soudaine puissance. Quand Angela Merkel, dans un accès d’humanisme, a décidé d’ouvrir les frontières de l’Allemagne à un million de migrants, elle a déclenché la colère de ses concitoyens. Les électeurs de l’AfD, en tout cas, ne lui ont pas pardonné son geste et le lui ont fait payer très cher. Il est vrai que la chancelière, connue pour son culte du dialogue, prend parfois des décisions brutales, et sans concertation. On se souvient de son abandon de l’énergie nucléaire au lendemain de la catastrophe de Fukushima, qui l’a contrainte à recourir au charbon pour compenser la fermeture de ses centrales.

Ils sont dans les Parlements.

La victoire de l’AfD aux élections de dimanche dernier montre que Mme Merkel, pas plus d’ailleurs que les sociaux-démocrates qui faisaient partie de sa coalition, n’a rien vu venir. Mme Merkel a sans doute pensé que l’accord passé avec la Turquie pour tarir le flux migratoire en provenance du Proche-Orient produisait d’excellents effets et, que la fermeté succédant à la générosité, son peuple ne lui en voudrait pas. Mais, comme en France, l’intolérance pour des immigrés qu’il est difficile d’intégrer provoque en Allemagne une grogne durable. L’immigration est un sujet qui va continuer à peser sur l’Europe. Et, comme il nous est impossible de fermer nos frontières, elle va encore alimenter des postures nationalistes un peu partout dans les pays de l’Union. En France, Emmanuel Macron a beaucoup de mal à se faire aimer de ses concitoyens, mais c’est une star européenne. La plupart des gouvernements des 27, en tout cas ceux qui sont restés très attachés aux principes démocratiques universels voient en lui l’homme qui a empêché Marine Le Pen d’être élue présidente. La victoire de M. Macron en a soulagé plus d’un en France et ailleurs. Mais le boulet est passé très près. Mme Le Pen a obtenu 34 % des suffrages au second tour et l’AfD va occuper plus de 90 sièges au Bundestag. Le poison est une réalité qui envahit déjà nos institutions.

Survivante du stalinisme.

Les déboires de Mme Merkel font de M. Macron le porte-flambeau des démocraties européennes. Tous deux, néanmoins, doivent unir leurs forces. D’une part, Mme Merkel a tout de même gagné les élections. D’autre part, elle doit établir une échelle des priorités. Il est insupportable que le pays qui a enfanté le nazisme oublie si vite son histoire et pense de nouveau à ces solutions qui ont détruit le continent au siècle dernier. La solidité de la chancelière allemande vient aussi de ce qu’elle a survécu à un autre totalitarisme, le stalinisme. Sa première bataille, c’est donc contre l’AfD qu’elle doit la conduire. Le danger populiste n’étant pas moins grand en France, le renforcement des liens franco-allemands que tant de dossiers économiques, fiscaux et sociaux rendent nécessaire, devient un impératif catégorique. Le président et la chancelière doivent à tout prix trouver des solutions communes pour faire reculer l’intolérance, ce qui implique un rapprochement des programmes budgétaires, fiscaux et une politique commune de l’immigration.
La CDU et le SPD jurent, avec une touchante harmonie, qu’il est temps de mettre fin à la coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates. Les deux partis, en effet, ont fait leur plus mauvais score depuis la création de la République fédérale. On voit mal, pourtant, comment une coalition CDU, Verts et libéraux pourrait fonctionner, sauf à imaginer un miracle produit par une de ces négociations dans lesquelles Mme Merkel excelle. Reste à savoir si les deux plus grands partis d’Allemagne ne doivent pas se réunir une fois de plus pour protéger leur démocratie.

RICHARD LISCIAretour à l'accueil

5)Emmanuel Macron défend une Europe à plusieurs vitesses

Dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne, le président de la République a livré mardi 26 septembre sa vision de la « refondation » de l’Europe.

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Emmanuel Macron s’est exprimé sur sa vision de l’Europe dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. / Ludovic Marin/AFP

Après le Louvre à son élection sous l’air de l’Hymne à la joie, ou plus récemment l’Acropole à Athènes sur l’identité européenne, Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer mardi aux côtés de la jeunesse étudiante, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne pour livrer sa vision de l’Union européenne dans les dix années à venir. Un symbole que 200 à 300 jeunes militants de l’Unef et de la France insoumise ont tenté de troubler à l’extérieur du bâtiment.

L’objectif du chef de l’État : convaincre ses homologues européens d’adopter sa feuille de route d’ici à l’été 2018, après une consultation populaire qui passera pas l’organisation de « conventions démocratiques ». Cette ambition affichée s’exprime malgré les freins qui s’annoncent déjà à Berlin, après la victoire électorale en demi-teinte d’Angela Merkel aux législatives. La chancelière, pour obtenir une majorité, est contrainte de s’allier avec des libéraux opposés en de nombreux points au projet du président français.

Une Europe « souveraine », « unie » et « démocratique »

Après une longue introduction historique, Emmanuel Macron a habilement volé le thème de la souveraineté aux populistes nationalistes pour l’appliquer à l’échelle européenne. « Je ne laisserai rien à ceux qui promettent la division », a-t-il déclaré avec force. Cela revient à élever à l’échelon européen les thèmes où les États seuls sont démunis.

Le président a ainsi décliné cinq thématiques clés, avec des traductions concrètes autour de la sécurité, de la gestion migratoire, de l’aide au développement, de l’innovation, de la transition écologique. Il a pour cela défendu la doctrine d’une Europe qui avance à plusieurs vitesses. « Aucun État ne doit être exclu de cette dynamique mais aucun pays ne doit empêcher d’avancer ceux qui veulent aller plus loin et plus vite », a-t-il déclaré.

Le président français a clarifié plusieurs propositions déjà défendues à Athènes sur le plan institutionnel. Il a notamment précisé son idée d’instaurer des listes transnationales pour les prochaines élections européennes en mai 2019. Dans son esprit, ses listes correspondront aux 73 sièges laissés par les eurodéputés britanniques après le Brexit, puis à la moitié des sièges à l’élection suivante.

L’euro, un moyen, pas une fin

Ce n’est que dans la seconde partie de son discours que le chef de l’État a abordé la délicate question de l’avenir de l’euro, comme la variable qui sous-tend tout le reste. « Seule la zone euro peut offrir à l’Europe le cadre d’une puissance économique mondiale », a martelé Emmanuel Macron. Cette zone euro, il la veut dotée d’un budget commun à tous ses membres, sous le contrôle autant d’un ministre des finances européen que de parlementaires.

Pour l’ancien banquier, l’euro a vocation à devenir la monnaie de toute l’UE, d’où son appel à « prendre le problème à l’envers » : en construisant une zone euro forte, efficace et solidaire dès aujourd’hui, celle-ci bénéficiera à tous demain, quel que soit le moment d’adhésion à l’union économique et monétaire. Et pour approvisionner ce budget, Emmanuel Macron n’écarte pas la piste d’un impôt européen sur les sociétés, dont il espère voir l’assiette harmonisée au plus vite. Un objectif atteignable selon lui grâce au concours allemand.

Justice fiscale et sociale

La question de la taxation des entreprises du numérique (l’un des points cruciaux du sommet de Tallinn, à la fin de la semaine) a aussi été explorée et la ligne hexagonale confirmée : il faut les taxer là où la valeur est créée. C’est donc sur le volet de la convergence sociale et fiscale que le président a voulu se démarquer. En matière fiscale, l’unanimité est nécessaire en Europe, complexifiant toute discussion.

Et en matière sociale, l’UE n’est pas directement compétente. Le président français a rappelé l’importance de la révision de la directive sur le travail détaché et proposant que les écarts entre cotisations sociales d’un pays à l’autre viennent alimenter un fonds de solidarité. Il a aussi plaidé en faveur d’un salaire minimum européen – une idée également chère à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission.

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Les autres propositions clés du discours

Numérique. Création de l’Agence européenne de l’innovation pour que l’Europe crée ses propres géants du numérique, sur le modèle de la Darpa (Agence pour les projets de recherche avancée de défense), née dans les années 1960 aux États-Unis.

Enseignement. Élargissement du programme Erasmus à tous les étudiants pour des séjours d’au moins six mois, y compris aux apprentis. Création d’un réseau d’une vingtaine d’universités européennes d’ici à 2024, avec des cours dispensés dans au moins deux langues.

Lutte contre le terrorisme. élargissement du parquet européen (aujourd’hui dédié aux fraudes fiscales) à la criminalité organisée.

Politique agricole commune (PAC). Création d’une « force d’enquête et de contrôle » pour garantir les standards de qualité dans le secteur agroalimentaire.

Environnement. Création d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe qui pèserait sur les importations issues d’industries polluantes.

Développement. Création d’une taxe sur les transactions financières qui serait « affectée intégralement à l’aide » au développement.

Jean-Baptiste François et Céline Schoen (à Bruxelles)
 
 

4)Les dix annonces incontournables du discours de Juncker sur l’état de l’Union

Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker a prononcé mercredi 13 septembre son discours sur l’état de l’Union européenne devant les eurodéputés, à Strasbourg.

Un texte foisonnant qui trace les grandes lignes de la politique européenne pour l’année à venir. Voici les points qu’il ne fallait pas manquer.

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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors de son discours sur l'état de l'Union, au Parlement européen à Strasbourg, le 13 septembre 2017. / Patrick Hertzog/AFP

1) Institutions et citoyenneté

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé : « Au cours des prochains mois, nous devrions associer les parlements nationaux et la société civile au niveau national, régional et local aux travaux sur l’avenir de l’Europe », a plaidé le président de la Commission, soutenant l’initiative du président Emmanuel Macron d’organiser en 2018 des « conventions démocratiques dans toute l’Europe en 2018 ».

Il plaide par ailleurs en faveur de la création de listes transnationales, ce qui rendrait « les élections au Parlement européen plus européennes et plus démocratiques ».

Concernant l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker a également estimé que « le paysage européen serait plus lisible et plus compréhensible si le navire européen était piloté par un seul capitaine ». En clair, il propose de fusionner sa propre fonction avec celle du président du conseil européen, Donald Tusk.

Analyse. Réticent à lâcher de ses prérogatives concernant la gouvernance de la zone euro, Jean-Claude Juncker donne d’autres gages à Emmanuel Macron en soutenant son initiative de consultation citoyenne. Il rejoint également le président français sur la composition de listes transnationales, mais la mesure déjà maintes fois évoquée ces dernières années n’emporte pas le consensus.

En plein déficit démocratique, l’UE cherche à se légitimer auprès des citoyens qui se sentent dépossédés du projet européen, et qui parfois se retranchent sur un vote nationaliste et populiste. Les changements institutionnels proposés par Jean-Claude Juncker sur le pouvoir exécutif de l’Union, rappelant l’échec du projet de Constitution porté par Valéry Giscard d’Estaing, demanderait une modification des traités. Cette fois avec l’adhésion populaire.

2) Zone euro

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé :« Je veux une union économique et monétaire plus forte », a lancé Jean-Claude Juncker mercredi 13 septembre. Pour cela, le président de la Commission européenne propose la mise en place d’un « ministre européen de l’économie et des finances qui encourage et accompagne les réformes structurelles dans nos États membres. » Il plaide aussi pour une « ligne budgétaire conséquente dédiée à la zone euro ».

Analyse : La crise de la dette en Europe a mis au jour plusieurs fragilités dans les fondations de la monnaie unique et dans son pilotage. L’euro n’a pas permis de coordonner les orientations économiques de chaque État membre tandis que, facteur aggravant, l’absence de budget spécifiquement dédié à la zone euro n’a pas permis d’atténuer les divergences économiques croissantes entre les pays partageant cette monnaie.

Face à ce constat, Jean-Claude Juncker esquisse des pistes de réformes, comme d’autres avant lui mais avec de fortes nuances. En effet, le dirigeant propose que ce soit un commissaire européen qui joue le rôle de ministre européen de l’économie et des finances, et non pas un des ministres des finances de la zone euro. De même, Jean-Claude Juncker se prononce contre un budget et un parlement spécifiques à la zone euro (deux propositions d’Emmanuel Macron, notamment). Ces deux éléments doivent selon lui être considérés selon lui comme deux sous-ensembles de l’Union européenne et de ses institutions.

Ses propositions feront partie du débat, aux côtés notamment de celles du couple franco-allemand, attendues après les élections outre-Rhin le 24 septembre.

3) Défense et sécurité

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé : « Les cyberattaques sont parfois plus dangereuses pour la stabilité des démocraties et des économies que les fusils et les chars (…) La Commission propose (…) une Agence européenne de cybersécurité, pour mieux nous défendre contre les attaques ».

« Je plaide pour la création d’une cellule européenne de renseignement chargée de veiller à ce que les données relatives aux terroristes et aux combattants étrangers soient automatiquement échangées entre les services de renseignement et la police », a ajouté Jean-Claude Juncker, plaidant pour que le « nouveau parquet européen de poursuivre les auteurs d’infractions terroristes transfrontalières ».

Analyse : Il est vrai que 4 000 cyberattaques ont été enregistrées l’an dernier, et que les actes terroristes se moquent des frontières européennes, comme l’ont encore montré les récentes tueries en Catalogne. Concernant les cyberattaques, il existe déjà, depuis 2004, une agence basée à Heraklion, en Crète, mais il s’agit plutôt d’un fonds documentaire aux ressources limitées. L’essentiel de la coopération sur les attaques se fait en réalité à Tallinn en Estonie sous l’égide de l’Otan. Plus largement, les États sont peu enclins à lâcher leurs prérogatives en matière de sécurité intérieure. La plupart des échanges d’information ont lieu en bilatéral entre pays aux services de renseignement déjà bien étoffés.

4) Migrations

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé : « Nous allons travailler à l’ouverture de voies de migration légales. La migration irrégulière ne s’arrêtera que lorsque les migrants auront une autre option que d’entreprendre un voyage périlleux ». Jean-Claude Juncker soutient le HCR pour réinstaller 40 000 autres réfugiés originaires de Libye et des pays voisins et faciliter l’accès des migrants à la carte bleue européenne sur les travailleurs qualifiés.

Analyse. À mesure que les frontières européennes se referment, avec la volonté afficher d’expulser plus facilement les étrangers en situation irrégulière, le président de la commission européenne souhaite prendre la main sur le flux migratoire, tant sur le volet asile que sur celui de l’immigration de travail. Cette politique passe nécessairement par un meilleur contact avec les pays de départ. Expulser davantage, en effet, implique d’obtenir les laissez-passer consulaires indispensables au retour. Et endiguer les flux à la source nécessite de solides accords de développement. Or, Jean-Claude Juncker, qui admet les limites des budgets européens, s’en remet à des États membres peu enclins à faire des efforts pour alimenter notamment le fonds fiduciaire pour l’Afrique. Les contributions nationales, sur une enveloppe de 2,7 milliards d’euros, n’atteignent que 150 millions d’euros.

5) Accords commerciaux

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé : « Je voudrais que nous renforcions encore notre programme commercial européen (…). Nous venons de conclure avec le Canada un accord commercial (…), nous avons trouvé un accord politique avec le Japon sur un nouveau partenariat économique. Nous avons de bonnes chances de faire de même avec le Mexique et les pays d’Amérique du Sud. Et aujourd’hui, nous proposons d’ouvrir des négociations commerciales avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Je voudrais que tous ces accords soient finalisés d’ici à la fin de ce mandat. Et je tiens à ce qu’ils soient
négociés dans la plus parfaite transparence. »

L’analyse : Là encore, Jean-Claude Juncker prend à bras-le-corps un thème sensible dans l’opinion publique européenne. L’opposition montante au Tafta, le projet de traité de libre-échange transatlantique (finalement en suspens depuis l’élection de Donald Trump), puis l’adoption chaotique du traité avec le Canada, le Ceta, a révélé une méfiance des citoyens envers une Europe jugée ultralibérale. Ses propos sur la transparence accrue des processus de négociation visent à répondre à ses préoccupations. Dans le même temps, ses annonces de projets en cours de négociation indiquent qu’il ne change pas de cap et que le commerce reste une priorité de la Commission. Parce que, justifie-t-il, « le commerce, ce sont des emplois et de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes ».

6) Compétences de l’Union

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé :« Je voudrais que notre Union se concentre davantage sur ce qui compte réellement (…) Nous allons créer d’ici à la fin du mois une task force (« force d’intervention ») « Subsidiarité et proportionnalité » pour regarder de plus près toutes nos politiques, afin que l’Europe n’agisse que là où elle a une vraie valeur ajoutée », a déclaré Jean-Claude Juncker. Le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, sera personnellement chargé de piloter ce groupe qui réunira des parlementaires nationaux et européens. Il présentera un rapport dans un an.

Analyse : Régulièrement raillée pour s’intéresser davantage au calibrage des concombres qu’aux grands défis collectifs, l’Union européenne doit en effet mieux cerner son champ d’intervention pour gagner en crédibilité. Un travail a déjà été mené dans ce sens, puisque la commission européenne se félicite d’avoir proposé 25 initiatives par an, contre plus de 100 lors des mandatures précédentes.

7) Intérêts stratégiques européens

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé :« L’Europe doit toujours défendre ses intérêts stratégiques (…). Nous proposons aujourd’hui un nouveau cadre de l’UE sur l’examen des investissements. Si une entreprise publique étrangère veut faire l’acquisition d’un port européen stratégique, d’une partie de notre infrastructure énergétique ou d’une de nos sociétés dans le domaine des technologies de défense, cela ne peut se faire que dans la transparence, à travers un examen approfondi et un débat. Il est de notre responsabilité politique de savoir ce qui se passe chez nous afin d’être en mesure, si besoin, de protéger notre sécurité collective ».

Analyse : Jean-Claude Juncker met ainsi ses pas dans ceux de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, qui ont proposé en début d’année que les États membres aient la possibilité d’intervenir sur des cas particuliers d’investissements directs étrangers sur des actifs stratégiques, en particulier lorsque ces investissements émanent d’entreprises contrôlées ou financées par des États.

Il reste maintenant à concrétiser cette volonté qui ne fait pas l’unanimité entre les États membres, partagés entre les partisans d’un libre-échange total et ceux qui veulent préserver un droit de regard.

8) Élargissement

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé :« Si nous voulons plus de stabilité dans notre voisinage, nous devons offrir des perspectives d’élargissement crédibles aux Balkans occidentaux (…). Si nous voulons renforcer la protection de nos frontières extérieures, nous devons laisser la Bulgarie et la Roumanie rejoindre immédiatement l’espace Schengen », estime Jean-Claude Juncker, qui souhaite aussi de faire avancer la candidature croate.

Analyse : Ces déclarations sont surprenantes à l’heure où l’opinion publique européenne s’accorde à dire que l’intégration dans l’UE des pays de l’Est notamment a été sans doute trop rapide. Pour faire passer l’idée, il évoque la protection des « frontières extérieures », les premiers pays d’entrée dans l’Union européenne étant encore aujourd’hui responsable de l’examen de la demande d’asile. C’est aussi une manière de marquer la différence entre les pays éligibles à l’adhésion et la Turquie, qui selon lui « s’éloigne à pas de géants de l’Union européenne ».

9) Travailleurs détachés

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé : Pour Jean-Claude Juncker, « il ne peut y avoir de travailleurs de deuxième classe » dans une « Union entre égaux ». « Ceux qui effectuent le même travail au même endroit doivent pouvoir obtenir le même salaire (…).Nous devons veiller à ce que les dispositions de l’Union concernant la mobilité des travailleurs soient justes, efficaces et imposées partout, avec le soutien d’une nouvelle autorité européenne de contrôle et d’exécution de ces mesures ». Une autorité que « nous créerons », a-t-il assuré.

Analyse : Le thème des travailleurs détachés a cristallisé dans la campagne électorale française 2017 le désamour envers une Europe accusée de mettre les salariés européens en concurrence d’un pays à l’autre. Aussitôt élu, le président Macron est intervenu dans le processus de révision de la directive européenne encadrant le travail détaché, qui était en cours, en proposant notamment de muscler les dispositifs de contrôle et de sanctions en cas de fraude. L’initiative française a provoqué la colère des pays d’Europe centrale, grands pourvoyeurs de travailleurs détachés à l’ouest du continent. Le sommet européen de la fin octobre visera à trouver un consensus entre les différents États, mais aussi la Commission et le parlement européens. Ce sera l’occasion pour Jean-Claude Juncker de préciser sa position, qui va dans le sens d’un contrôle accru mais qui reste floue dans ce discours sur les modalités d’action de cette agence.

10) Climat

Ce que Jean-Claude Juncker a annoncé :« Je veux que l’Europe soit à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique ». En appui de son propos, Jean-Claude Juncker annonce que la Commission « présentera sous peu une proposition de réduction des émissions de carbone dans le secteur des transports ».

Analyse : Les objectifs ne manquent pas pour réduire la pollution. L’UE vise déjà une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, par rapport aux niveaux de 1990. Ce qu’il manque à présent, ce sont les moyens pour y parvenir. Car selon Eurostat, deux États membres sur trois continuent de voir leurs émissions augmenter.

Marie Dancer et Jean-Baptiste François
 

3)Travailleur détaché » : qu’est ce que c’est ?

Le président de la République a entamé mercredi 23 août une tournée en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie, afin de promouvoir un durcissement de la circulaire sur les travailleurs détachés en Europe.

Régis par une directive datée de 1996, les travailleurs détachés demeurent un sujet de controverses, dont la pratique est entachée de multiples irrégularités.

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Au total, l’Union Européenne accueille un million de travailleurs détachés, principalement dans le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP). / Pjdespa/stock.adobe.com

Dans le cadre d’une mini-tournée de trois jours en Europe orientale (Autriche, Roumanie, Bulgarie), Emmanuel Macron a rouvert le débat autour de la règle du travail détaché dont l’application est sujette à des tensions récurrentes sur le continent.

En visite à Salzbourg, en Autriche, le président français, partisan d’un durcissement de la directive européenne de 1996 qui encadre cette question, a même évoqué une « trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux ».

► Qu’est-ce qu’un travailleur détaché ?

Il s’agit d’un ressortissant de l’Union européenne, envoyé par son entreprise dans un autre des États membres pour une « mission temporaire », de deux ans maximum. En vertu de la directive de 1996, il est soumis à la réglementation du pays d’accueil en termes de droits sociaux et de conditions de travail (salaire minimum, temps de travail maximum, congés payés, etc.) mais continue de payer les cotisations sociales dans son pays d’origine.

La France est le deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne, avec 286 000 salariés détachés déclarés en 2015 (+ 25 % sur un an) selon le ministère du travail, en provenance de Pologne (46 800) ou de Roumanie (30 000) notamment. Au total, l’Union européenne en compte un million, principalement dans le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP), de l’industrie ou de l’agriculture.

Mais l’Hexagone est aussi le troisième pays d’envoi, derrière la Pologne et l’Allemagne. La France comptabilise « près de 200 000 » travailleurs détachés, essentiellement en Belgique, Allemagne ou Espagne, selon un rapport de la Commission nationale de lutte contre le travail illégal, publié en 2015.

► Quels problèmes ce statut pose-t-il ?

Les principes liés au détachement, contenus dans la directive, font régulièrement l’objet de détournements. Ils ont été soulignés par exemple par la polémique entourant le chantier de l’EPR de Flamanville : non-déclaration, rémunérations très inférieures au smic, dépassement des durées maximales de travail, hébergement indigne, etc.

Selon un rapport sénatorial de 2013, la fraude concernait à l’époque entre 220 000 et 300 000 travailleurs détachés illégalement en France. Ces fraudes engendrent une concurrence déloyale envers les entreprises respectant la loi.

Le travail détaché est aussi régulièrement accusé d’être un terrain favorable à l’augmentation du dumping social et de mettre en concurrence les travailleurs européens avec une main-d’œuvre à très bas coût. En 2016, l’Union note ainsi des écarts importants entre les coûts horaires de main-d’œuvre de ses membres, allant de 4,4 € à 42,0 € selon Eurostat. Les plus faibles sont constatés en Bulgarie (4,4 €) et en Roumanie (5,5 €) alors que la France (35,6 €) est bien au-dessus de la moyenne des États membres (25,4 €).

► Comment lutte-t-on contre ces fraudes en France ?

L’amende maximale pour fraude au détachement a été portée de 10 000 € à 500 000 €, à raison de 2 000 € par salarié détaché et de 4 000 € en cas de récidive. Les contrôles, passés en moyenne de 500 à 1 500 par mois, avaient débouché, à fin mars 2017, sur 33 suspensions de chantiers et 5,4 millions d’euros d’amendes. Les lois ont aussi responsabilisé les donneurs d’ordres, qui sont désormais solidaires de leurs sous-traitants en cas de non-versement des salaires par exemple.

Dans le bâtiment, la précédente majorité a lancé une nouvelle carte d’identification professionnelle, qui doit être déployée d’ici à fin septembre. Obligatoire sur les chantiers, elle doit faciliter les contrôles de l’inspection du travail.

Récemment, la clause molière, qui impose l’utilisation du français sur les chantiers publics, continue toujours de faire réagir, alors que le précédent gouvernement l’avait déclaré illégale mais que certains exécutifs locaux y sont favorables.

► Qu’est-ce qui est envisagé au niveau européen ?

« Salaire minimum de référence », « renforcement des contrôles », « création d’une Agence européenne de contrôle du travail mobile en Europe » ou « d’une carte électronique du travailleur européen », les propositions n’ont pas manqué sur le sujet ces dernières années.

Un récent projet de révision de la directive de 1996 a été débattu en 2016, porté par la France, l’Allemagne et la Belgique. Il visait notamment à instaurer le principe du « travail égal, salaire égal », qui devait comprendre « les taux de salaire minimal, mais aussi d’autres éléments, tels que les primes ou les indemnités ». Il fut finalement rejeté par une dizaine de pays, principalement de l’Est de l’Europe, qui dénoncent des velléités protectionnistes.

Emmanuel Macron avait fait du « durcissement de la directive sur les travailleurs détachés » une promesse de campagne. En juin dernier, le chef d’État français a proposé aux partenaires européens de « réduire la durée maximale du détachement à douze mois », un dispositif de coordination entre les États ou un durcissement des contrôles et des sanctions en cas d’abus mais doit faire face à la réticence des Pays de l’Est.

Antoine Corlay (avec AFP)
 

2)L’exemple néerlandais

Rutte ne cache pas sa joie
(Photo AFP)

Le Premier ministre libéral hollandais, Mark Rutte, a clairement remporté les élections législatives dans son pays. Il obtient 33 sièges à la chambre basse du Parlement, une perte de huit sièges par rapport à 2012, mais le parti populiste de Gert Wilders, qui dispose désormais de 19 sièges et en a gagné quatre, n’est pas en mesure de former le prochain gouvernement.

LA VICTOIRE de M. Rutte, homme de 50 ans aux habitudes simples et bon enfant, réside principalement dans le coup d’arrêt porté au populisme dans son pays. Les Pays-Bas, nation de 17 millions d’habitants, risquaient en effet de basculer cette année dans l’hostilité à l’Europe, ce qui, après le Brexit, aurait été un très mauvais signal envoyé à l’Union européenne. D’où les chaleureuses félicitations adressées par François Hollande et Angela Merkel à l’homme qui semble en mesure de former un gouvernement de coalition. Les Néerlandais restent néanmoins clairvoyants. Ils savent que Gert Wilders pourrait un jour fédérer une série de petits partis. Le mode de scrutin est la proportionnelle intégrale, de sorte que 28 partis sont représentés au Parlement. On ne répètera jamais assez que la proportionnelle, réclamée à gauche et à droite en France, représente le véhicule d’une irruption de l’extrême droite à l’Assemblée nationale. Un journaliste hollandais indiquait ce matin qu’il est possible, sur le papier, de former un gouvernement populiste disposant de la majorité absolue à la chambre basse.

De vrais Européens.

Les Pays-Bas sont l’un des pays fondateurs du marché commun. Leur comportement européen a toujours été exemplaire, jusqu’au moment où une forte immigration a fini par provoquer chez les Néerlandais une vive acrimonie que M. Wilders a su capter à son avantage. De ce point de vue, la Hollande n’est pas différente de plusieurs pays de l’Union, tous confrontés à d’énormes flux migratoires qu’ils ont beaucoup de mal à contenir et qui entraînent la radicalisation d’une forte proportion de citoyens. De ce point de vue, le résultat obtenu par M. Rutte représente un exploit parce qu’il semble marquer la fin, ou tout au moins une pause, dans la dérive populiste de l’Europe. Le succès de M. Rutte montre que l’on peut limiter l’influence des milieux intolérants et xénophobes en introduisant assez de didactisme dans une campagne pour convaincre les électeurs de se détourner des choix dangereux.

La France n’est pas la Hollande.

François Fillon s’est félicité de la victoire « de la droite et du centre » en Hollande, sans cacher qu’il y voyait un signe prémonitoire de sa propre victoire à l’élection présidentielle. Mais les situations des deux pays sont très différentes. Il n’y a pas de scandale judiciaire affectant tel ou tel candidat aux Pays-Bas, monarchie où les élections législatives précèdent la désignation comme Premier ministre de l’homme (ou de la femme) capable de former un gouvernement. En revanche, il est vrai que M. Rutte apparaît comme le meilleur leader de la droite et du centre et que sa politique du statu quo tend à rassurer ses concitoyens alarmés par les vents mauvais qui soufflent sur l’Europe. En France, Marine Le Pen méditera à souhait sur la difficulté, pour un parti comme le sien, à passer de la protestation aux responsabilités gouvernementales. Sa stratégie est fondée sur la respectabilité qu’elle aurait donnée au Front, notamment en éliminant les éléments inspirés par le fascisme, le révisionnisme historique ou le négationnisme. Mais l’existence du Front sert de recours à tous ceux que fascinent encore l’hitlérisme et ses succédanés ; et Mme Le Pen ne peut garantir à personne qu’elle a nettoyé son parti de tous les suspects habituels.
L’exemple hollandais apporte en tout cas une bonne dose d’oxygène aux démocrates européens. Il montre que la dérive populiste n’est pas une fatalité, en dépit des sérieux problèmes d’immigration qui affectent l’Union. Au second tour, en France, il nous appartiendra de suivre cet exemples. Marine Le Pen étant à peu près certaine de franchir le premier tour, les électeurs hostiles au FN doivent faire de sa défaite une priorité.

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1)Europe : la déprime

 

Un Juncker neurasthénique
(Photo AFP)

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré hier à une radio allemande qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2019 car il craint un affaiblissement de l’Europe susceptible de la conduire à la décomposition.

M. JUNCKER, dont les services ont tenté de rectifier le tir, est coutumier des propos pessimistes. Son analyse est d’ailleurs lucide : les attaques de Donald Trump contre l’Europe, le Brexit et les divisions européennes, notamment entre les pays de l’Est et ceux de l’Ouest, ne permettent pas de prévoir un sursaut européen sur les bases des principes qui ont présidé à sa construction. Mais M. Juncker a des responsabilités. S’il ne veut pas se présenter de nouveau en 2019, c’est son affaire. Il n’a pas le droit, pour autant, de sombrer dans une dépression qui, s’ajoutant aux périls qu’il décèle avec clairvoyance, participent plus à la destruction de l’Union européenne qu’à sa résistance.

Oui, ça va mal…

Nous voyons tous ce qui est en train de se produire : la montée des extrêmes droites, France comprise, qui nourrissent, au nom de la souveraineté de chaque État, une haine inextinguible contre l’Europe, accusée de tous nos malheurs alors que, en vérité, elle nous protège, la philosophie cynique d’un Trump dont l’ignorance nourrit le mépris, les manoeuvres de Poutine qui n’a toujours pas digéré des sanctions européennes que ses menées en Ukraine justifient pleinement ; l’attitude de pays comme la Pologne et la Slovaquie qui conçoivent l’Europe comme une mécanique pour transférer de l’argent de l’ouest prospère à l’est à peine sorti de la nuit communiste ; l’étrange politique de Theresa May, Première ministre britannique qui, sous le prétexte de respecter la volonté du peuple, se lance dans une politique agressive, arrogante et autoritaire. Laquelle, en réalité, témoigne davantage de la peur que sa tâche lui inspire que d’une volonté de conquête. Mme May sait que la rupture avec l’Union représente une entreprise sans précédent, comportant des millions de fils à défaire, dont le résultat ne sera en aucun cas favorable à son pays. Mais, bien entendu, elle espère apaiser l’embrasement populiste qui a conduit le Royaume-Uni à cette mésaventure pour que les Tories gardent le pouvoir.

…Mais c’est une bonne raison pour se battre.

L’avenir de l’Europe est incertain ? Qui dira le contraire ? Mais d’une part, le président de la Commission, qui a été Premier ministre du Luxembourg, qui a présidé l’Eurogroupe, qui connaît pratiquement tous les Européens utiles (et aussi leurs travers, ce qui explique qu’il soit démoralisé) a pour devoir principal de défendre âprement l’Union, ses structures, ses ambitions, ses valeurs. S’il baisse les bras, il concourra à l’accélération du délitement européen. Or le pire n’est pas sûr. Pour ma part, j’ai toujours pensé que l’Union européenne, en dépit de ses divisions, est indestructible pour une raison simple : il est plus difficile de s’en séparer que de s’y intégrer. Il se peut qu’elle avance à pas comptés ou qu’elle stagne, mais toute négociation pour la défaire serait un cauchemar, de la même manière que le Brexit, censé prendre deux ans, sera un exercice hallucinant. Ce qui protège l’Europe, c’est sa complexité, c’est qu’elle a créé des habitudes, des réflexes, des osmoses, des affinités avec lesquels les peuples du continent sont désormais si familiarisés qu’ils ne supporteraient plus d’en être privés. Il me semble que, même si le Front national gagne les élections de 2017, même si d’autres pays européens cèdent aux forces centrifuges qui s’exercent sur notre continent, il y aura, après une ère de désolation, un retour à l’Europe comme seul moyen de vivre dans la paix et la prospérité.
Ce qui n’empêche pas, dès aujourd’hui, M. Juncker, qui n’a que 62 ans, de prendre le taureau par les cornes et de dire qu’il défendra jusqu’au bout les valeurs européennes. Oui, c’est vrai, nous sommes politiquement à l’orée de l’hiver, oui, les menaces qui pèsent sur nos libertés et sur notre niveau de vie sont alarmantes, graves, comparables aux facteurs qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale. Mais quoi, sommes-nous si faibles que nous ne puissions, comme les Londoniens accablés par le Brexit, comme les Américains qui manifestent tous les jours contre Trump, comme les Allemands, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Belges, peuples profondément européens, nous dresser contre l’obscurantisme ?

Richar Liscia

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