5)Les inégalités explosent-elles vraiment ?

5)Les cinq principales mesures du plan pauvreté d’Emmanuel Macron

 4)Des familles laissées à la rue par grand froid à Paris

3)Une pauvreté tenace

 2)Monsieur le président, on vous attend sur les inégalités

 1)STATISTIQUES D’ACCUEIL 2015 / SECOURS CATHOLIQUE

5)Les inégalités explosent-elles vraiment ?

Une étude rassemble de nombreuses données sur les inégalités de revenus en France. Elles montrent qu'elles n'augmentent pas, ou très peu.

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Modifié le 05/06/2019 à 15:49 - Publié le 05/06/2019 à 15:01 | Le Point.fr

Les inégalités de revenus ne baissent plus, mais n'augmentent pas non plus ces dernières années.

5)Les cinq principales mesures du plan pauvreté d’Emmanuel Macron

Le 13 septembre, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures qui couvrent cinq grands domaines : la petite enfance, l’enfance, les jeunes, l’accompagnement vers l’emploi et les minima sociaux.

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Depuis plusieurs mois, le photographe Vincent Jarousseau suit le quotidien de plusieurs familles de Denain (Nord), une des villes les plus pauvres de France. Au patronnage des Bleuets du Nord, Mandy débute sa journée au centre aéré . / Vincent Jarousseau/Hans Lucas/Forum Vies Mobiles

PETITE ENFANCE - L’accent mis sur les crèches

Aujourd’hui, les modes de garde des 0-3 ans ne profitent pas de la même façon aux parents selon que ceux-ci habitent dans une commune riche ou pauvre, qu’ils travaillent ou pas. Ainsi, les crèches n’accueillent que 5 % d’enfants défavorisés contre 20 % d’enfants favorisés.

Le plan prévoit qu’elles deviennent réellement accessibles à tous sur tout le territoire. Pour y parvenir, l’État financera jusqu’à 90 % des frais de création des crèches dans les communes déshéritées. Des bonus financiers seront proposés aux collectivités afin que 90 000 places en crèches soient réservées à des enfants en difficulté. Cette mesure s’ajoute à la création de 30 000 places et 1 000 en relais d’assistantes maternelles, en priorité dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

D’autre part, un effort va être fait vers les parents en recherche d’emploi qui jusqu’à présent, se voyaient souvent privés d’une place en crèche. 300 crèches à vocation d’insertion professionnelle verront ainsi le jour. Ces mesures s’ajoutent à d’autres, déjà annoncées, comme le tiers payant pour l’embauche d’une assistante maternelle afin que les familles pauvres n’aient pas à faire l’avance des frais, ou l’augmentation des aides financières pour les familles monoparentales les plus déshéritées.

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Ensuite, la qualité de l’accueil sera développée. La formation des 600 000 professionnels des crèches va être revue afin de « favoriser le développement de l’enfant » et notamment ses compétences langagières, inégales selon les milieux d’origine. Enfin, des mesures de soutien à la parentalité ont été confirmées, comme l’ouverture de 300 centres sociaux et la révision des missions de la protection maternelle et infantile (PMI) afin que celle-ci accompagne les futures mères dès le quatrième mois de grossesse par une aide aux démarches.

ENFANCE - Des repas à 1 € à la cantine

« Comment un enfant qui vit dans un logement surpeuplé, a des problèmes de vue que personne n’a remarqué et qui n’a pas pris de petit déjeuner peut-il apprendre aussi bien que les autres ? » s’est interrogé le chef de l’État avant d’appeler à garantir pour tous les enfants « les droits indivisibles et inaliénables » à l’éducation, à la santé, à l’alimentation et au logement.

Le plan pauvreté entend réduire le nombre d’enfants à la rue et dans les bidonvilles où « ils représentent 30 % des habitants », a souligné le chef de l’État. À la suite de restrictions budgétaires, davantage de familles qui étaient jusqu’alors en hébergement d’urgence se retrouvent sans toit. Afin de remédier à ce drame, 125 millions d’euros seront débloqués pour les accompagner vers le logement pérenne.

L’État entend aussi garantir un petit-déjeuner et un repas complet par jour à tous les enfants. L’école sera là encore mise à contribution. Des collations seront proposées le matin pour les élèves scolarisés en zone d’éducation prioritaire. De plus, la tarification sociale va être développée avec l’objectif de proposer des repas à 1 € dans les communes les plus déshéritées. L’État va en outre développer le programme « Malin » de distribution de produits alimentaires à bas prix aux ménages les plus pauvres.

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Ces mesures s’ajoutent à des réformes déjà annoncées en matière d’éducation : obligation de scolarisation dès 3 ans et le dédoublement des classes de CP et CE1 dans l’éducation prioritaire. L’enjeu est, à terme, est d’en finir avec les inégalités scolaires : « 60 à 70 % des enfants de CM2 scolarisés dans les quartiers où la pauvreté s’est installée » ne maîtrisent pas les fondamentaux a rappelé le chef de l’État.

JEUNES - Une solution pour chaque décrocheur

Chaque année, près de 20 000 jeunes sortent du système scolaire sans solution alternative. Au total, 2 millions d’entre eux seraient ainsi « perdus de vue », selon Emmanuel Macron, qui entend travailler sur l’orientation pour éviter que des jeunes soient dirigés vers des filières qu’ils n’ont pas choisies et qu’ils abandonnent ensuite.

Mais surtout, il veut créer, au-delà de l’école obligatoire à 16 ans, une « obligation de formation jusqu’à 18 ans ». En clair, les établissements scolaires devront mieux repérer ces jeunes et les missions locales devront les convoquer, puis leur proposer une solution qui pourra être une École de la Deuxième chance, une école de production, un apprentissage ou encore une formation…

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Ils pourront aussi bénéficier d’une garantie jeune, saluée pour son efficacité, qui mêle allocation et accompagnement. Créé par le précédent gouvernement, qui avait déjà annoncé sa généralisation, ce dispositif bénéficie aujourd’hui à 100 000 jeunes. Alors que les associations demandaient que tout décrocheur y accède de droit, le gouvernement a décidé de l’étendre pour toucher 500 000 jeunes d’ici à 2022.

Le gouvernement affiche aussi une ambition forte pour les jeunes placés qui à 18 ans, ne sont plus pris en charge par l’Aide à l’enfance (ASE) et se retrouvent souvent sans formation et même sans logement. L’enjeu est important car, selon une étude, un SDF sur quatre serait un ancien enfant placé. S’inspirant d’une proposition de loi d’une députée LREM, l’exécutif veut interdire toute « sortie sèche » avant 21 ans. Mais il lui faut pour cela contractualiser avec les départements qui ont la responsabilité de l’ASE. L’enveloppe sera-t-elle suffisante pour que les départements, qui ont drastiquement réduit leurs « contrats jeunes majeurs », jouent le jeu ?

INSERTION - Vers la création d’un nouveau service public

Alors que l’accompagnement au retour à l’emploi figure parmi les objectifs du RMI et du RSA, cette mission a été délaissée. Six mois après leur demande, seuls 40 % des candidats au RSA sont accompagnés. Résultat, seuls 9 % des allocataires trouvent un emploi dans l’année et quatre sur dix sont au RSA depuis plus de cinq ans.

Pour lutter contre cela, Emmanuel Macron veut créer un « service public de l’insertion ». Il s’agirait de faire en sorte que, dès janvier 2019, « chaque personne » qui s’inscrit au revenu de solidarité active (RSA) « puisse avoir un rendez-vous dans le mois », dans « un lieu unique », pour bénéficier d’un accompagnement. Ce nouveau droit sera assorti « d’un devoir pour l’allocataire d’agir sur son insertion », selon le gouvernement, avec la signature plus systématique d’un Contrat d’engagement réciproque, qui, a précisé Emmanuel Macron durant son discours, empêcherait « de refuser plus de deux offres raisonnables d’activité ».

L’État, garant de ce nouveau droit, contractualiserait avec les acteurs locaux pour qu’une solution adaptée soit proposée à chaque allocataire : emploi, formation, travail sur les freins à l’emploi. Le Parcours investissement dans les compétences déjà annoncé doit doper les offres de formations. Et chaque année, 300 000 allocataires du RSA bénéficieraient en particulier d’un accompagnement global (santé, emploi, logement, transports…) appelé « garantie d’activité ».

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Enfin, alors que le gouvernement a réduit drastiquement les contrats aidés, une enveloppe doit permettre de développer les offres d’emploi émanant du secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE), qui pourrait embaucher 100 000 salariés supplémentaires. Des expérimentations comme Territoire zéro chômage de longue durée, Convergence, Tapaj seront développées.

Le projet fera l’objet d’une concertation au premier trimestre 2019 puis d’une loi en 2020. Mais, a ajouté le chef de l’État, dès janvier 2019, l’État développera un système de bonus-malus pour les départements dynamiques ou récalcitrants en matière d’insertion.

MINIMA SOCIAUX - Vers un « revenu universel d’activité »

Le président a annoncé une concertation, en vue d’une loi en 2020, pour créer un « revenu universel d’activité », un chantier de longue haleine qui inclura plusieurs étapes. Il s’agit d’abord de faciliter l’accès aux prestations sociales. Ainsi, la Couverture maladie universelle complémentaire et l’Aide au paiement d’une complémentaire santé, qui fait l’objet d’un non-recours de plus d’un bénéficiaire potentiel sur deux, seront fusionnées, de façon à améliorer la couverture santé des personnes modeste et à étendre le nombre de bénéficiaires.

La prime d’activité sera bien augmentée, comme déjà annoncé, mais pas le RSA, comme le demandaient les associations. Il s’agit ensuite de faciliter la délivrance des minima sociaux grâce à l’échange de données entre caisses, ce qui évitera de multiplier les demandes.

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Mais surtout, le président a lancé le chantier, périlleux, de la fusion des minima sociaux dans un « revenu universel d’activité » à horizon inconnu. « Le socle minimal sur lequel nous travaillons inclut le RSA, l’APL (aide personnalisée au logement) et la prime d’activité », a précisé la ministre des solidarités Agnès Buzyn, qui a assuré qu’elle n’entendait pas baisser les prestations, mais n’a pas dit comment elle comptait faire.

Elle a également indiqué que cette nouvelle aide ne serait pas « inconditionnelle » mais attribuée « sous condition de ressources », à la différence du revenu universel de Benoît Hamon. Comme le RSA, ce revenu universel d’activité serait « soumis à signature d’un contrat ».

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Un plan à plus de 8 milliards d’euros

• 1,24 milliard d’euros pour lutter contre la pauvreté de la petite enfance : formation des professionnels à l’enseignement du langage, création de 300 crèches à vocation d’insertion.

• 271 millions d’euros pour les droits fondamentaux des enfants.

• 439 millions d’euros pour la formation des jeunes en grande précarité : extension de la garantie jeune à 100 000 allocataires de plus par an.

• 3,9 milliards d’euros pour la revalorisation de la prime d’activité, conformément aux engagements qu’Emmanuel Macron avait pris pendant sa campagne.

• 1 milliard d’euros pour d’autres mesures comme l’extension de la couverture maladie universelle complémentaire, la lutte contre le non-recours aux droits et l’augmentation du budget médico-social spécifique.

• 1,04 milliard d’euros pour l’accompagnement vers l’emploi. Création d’une garantie activité pour 300 000 allocataires.

• 100 millions d’euros pour la création d’un fonds d’investissement destiné aux projets de lutte contre la pauvreté.

Nathalie Birchem et Emmanuelle Lucas

4)Des familles laissées à la rue par grand froid à Paris

Le Samu social et la mairie de Paris alertent sur le manque d’hébergements d’urgence disponibles.

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Dans un centre de la Croix-Rouge pour les sans-abri à Marseille. / BERTRAND LANGLOIS/AFP

Avec l’arrivée des premières vagues de froids, les projecteurs sont à nouveau braqués sur les sans-abri. La situation est particulièrement critique dans la capitale. Le Samu social a lancé mercredi 29 novembre un cri d’alarme. La veille au soir, alors que la température chutait, 180 personnes seules (dont 80 femmes) et plus de 600 personnes en famille, pour la plupart des mères avec de jeunes enfants, qui avaient appelé le 115 pour obtenir d’urgence un toit, ont dû être laissées à la rue, faute de places.

3 000 places d’hébergement manquantes

Il y a deux ans encore, le Samu social arrivait à trouver une solution pour 80 % de ces familles. Cette année, cette proportion s’est inversée : seules 20 % des familles ont pu être abritées. Des services de maternité des hôpitaux ont même dû garder de jeunes mamans qui venaient d’accoucher, ne pouvant les remettre dehors.

Selon le Samu social, il manquerait au moins 3 000 places d’hébergement d’urgence dans l’agglomération parisienne. « C’est un fait : les capacités d’hébergement d’urgence en Île-de-France sont insuffisantes. Les associations font tout ce qu’elles peuvent mais manquent de place et de moyens », a reconnu la maire de Paris Anne Hidalgo. Elle a annoncé l’ouverture jeudi 30 novembre d’un nouveau centre d’hébergement pour les femmes et les familles dans le 12e arrondissement de Paris (rue de Prague) d’une capacité de 90 places. Elle a également lancé un appel à la « mobilisation générale », invitant les propriétaires de logements vides et « tous les acteurs parisiens susceptibles de mettre gratuitement un site à disposition à se signaler auprès de la Ville de Paris ».

La responsabilité de l’État engagée

« Nous avons un devoir collectif : celui de venir en aide à ces citoyens en grande difficulté qui, sans notre solidarité, ne pourront se loger cet hiver », alerte la maire de Paris. L’hébergement des sans-abri relève normalement de la responsabilité de l’État. Les préfectures se préparent à réactiver le plan grand froid, mais aucune nouvelle mesure n’a pour l’instant été annoncée.

« On est toujours dans l’urgence, jamais dans la prévention », déplore Hugo Lebrun, directeur de l’association Les Enfants du canal. Car cette situation, récurrente à chaque début d’hiver, pose la question de la pénurie de logements en Île-de-France et explique que le système d’hébergement d’urgence soit complètement engorgé.

Le parc des logements sociaux saturé

La plupart des familles sans-abri étaient jusque-là relogées provisoirement dans des hôtels « sociaux », le temps de leur trouver une solution plus pérenne. Mais selon le Samu social, elles y restent en réalité plus de deux ans car le parc des logements sociaux est lui aussi saturé. « Il faudrait que les bailleurs sociaux s’engagent à prendre des personnes à minima sociaux », abonde Hugo Lebrun.

Les Enfants du canal reproche aussi aux pouvoirs publics de ne pas tenir leurs engagements. L’association avait été choisie en 2009 par l’État et la ville de Paris pour gérer un projet innovant destiné à accompagner les sans-abri les plus vulnérables. Un bâtiment (dans le 18e arrondissement) lui avait été proposé, avant que la mairie ne se rétracte en juillet dernier. « Sans explications », souligne Hugo Lebrun, qui entend saisir le tribunal administratif sur ce sujet.

Christine Legrand

3)Une pauvreté tenace

Un travailleur social avec une SDF
(Photo AFP)

Le Secours catholique publie des chiffres sur la pauvreté en France. Neuf millions de personnes sont considérées comme pauvres, soit environ 14 % de la population. Des pauvres qui, loin de se complaire dans l’inactivité, ne réclament pas toujours les prestations auxquelles ils ont droit.

CES INFORMATIONS, publiées pendant la diffusion des « Paradise papers », qui montre l’extension de l’évasion fiscale dans le monde en général et en France en particulier, incitent à penser que, décidément, la solidarité sociale est en régression. Pire, les formules économiques auxquelles les gouvernements ont recours pour réduire le chômage entraînent un accroissement des inégalités. Une bonne politique économique ne doit pas se contenter de favoriser la croissance et l’emploi, elle doit intervenir dans un processus, qui est positif pour les travailleurs dotés d’une formation mais négatif pour ceux dont la qualification est insuffisante. En France, le gouvernement envisage, par exemple, de taxer les contrats à durée déterminée qui empêche le salarié d’avoir un avenir, de former une famille, d’acheter un logement. Encore faut-il que le patronat adhère aux thèses gouvernementales et commence à accorder des contrats à durée indéterminée (CDI), ceux qui permettent au travailleur de croître au sein de l’entreprise et de construire sa vie personnelle.

Les piliers de la vie active.

La mondialisation a un effet pervers qui prive le patronat de toute préoccupation sociale. Dans un univers où il est très difficile de survivre, les chefs d’entreprise refusent de prendre des risques, c’est-à-dire de s’engager sur le long terme, alors que leur visibilité de l’avenir est à peu près nulle. Le système tend donc à préférer un licenciement à un niveau insoutenable des frais généraux. Le président Macron, en flexibilisant le travail, n’ignorait rien des inconvénients de la méthode ; et c’est pourquoi, aujourd’hui, il exige du patronat que lui aussi participe à la prise de risque. Il n’empêche que le marché du travail a complètement changé depuis trente ans. Il devient impénétrable pour les personnes dépourvues de toute qualification. Scolarité et formation sont donc les piliers de la vie active.

Cinquante-trois pour cent d’étrangers.

Il n’y a pas si longtemps, la pauvreté n’inspirait que compassion. Sa persistance a amené une partie de la population qui ne souffre pas des désordres économiques et sociaux, à vilipender les pauvres, sous le prétexte qu’ils ne chercheraient pas assidument un emploi. En réalité, selon le Secours catholique, 31 % des ménages ne touchent pas leurs allocations familiales, 48 % des personnes éligibles aux Revenu de solidarité active (RSA) ne les réclament pas. Cinquante trois pour cent des personnes vivant sous le seuil de pauvreté sont des étrangers, ce qui constitue un message négatif sur l’immigration, clandestine ou pas. Pourquoi ne pas le reconnaître ? Les pouvoirs publics ne se hâtent guère d’accorder concrètement aux pauvres les droits sociaux prévus pour eux. Un simple exemple : ils font une économie de plus de cinq milliards sur le RSA. En ignorant leurs droits ou en refusant, pour diverses raisons, parfois psychologiques, de recevoir une aide sociale, les pauvres rendent service à ceux qui se plaignent de payer trop d’impôts. La notion de solidarité nationale semble avoir disparu, d’une part parce que la misère est souvent accompagnée par un effondrement de la personnalité, d’autre part parce que les gouvernements successifs ne soulèvent pas un voile qui recouvre injustices, inégalités, et recul de la générosité publique. La lutte contre l’immigration, le montant des déficits et de la dette, l’insolvabilité de l’État ont rendu problématique le traitement social de la misère.

RICHARD LISCIA

 

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2)François Soulage : « Monsieur le président, on vous attend sur les inégalités »

RÉPARER LA FRANCE. Pour le président du collectif Alerte, la présidentielle 2017 révèle de profondes fractures qu’il faut absolument réparer. Il invite Emmanuel Macron à s’en saisir et à mettre la lutte contre les inégalités au centre de sa politique.

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François Soulages / Corinne Simon/Ciric

Cette présidentielle a débouché sur une marginalisation des partis traditionnels et un très fort vote contestataire, avec un record de voix pour le Front national. Que dit-elle sur la société française ?

François Soulage : Elle nous montre une société minée par une vraie crise de confiance. Une crise de confiance en l’avenir, mais aussi entre le peuple et les élites, et même entre les individus eux-mêmes. Les gens ont l’impression que les partis traditionnels ne les écoutent plus et n’agissent plus pour eux. D’où une colère, une envie de renverser la table, qui alimente le vote contestataire.

Il y a dans le bulletin Mélenchon l’envie de tout chambouler, avec l’espoir d’une autre politique. J’ai l’impression que l’électeur Le Pen exprime un ras-le-bol plus définitif, un repli. Et puis il y a le vote Macron, qui est l’expression d’un électorat central plutôt que centriste, qui n’a pas peur de la mondialisation ou qui ne veut pas de Madame Le Pen. Mais qui, tout en ne se reconnaissant plus dans le projet de tel ou tel parti, a envie d’une vision nouvelle.

Le clivage entre perdants et gagnants de la mondialisation est-il pertinent pour analyser les fractures du pays ?

F. S. : Absolument. On a bien d’un côté ceux qui pensent que, dans cette mondialisation, la France va tirer son épingle du jeu et qui appréhendent les changements à venir avec une relative sérénité. Et de l’autre, ceux qui estiment que la France ne remontera jamais la pente et qui se disent : moi, je suis déjà dans une situation difficile, je ne vais jamais m’en sortir. Cela crée une désespérance. Cette fracture existe aussi vis-à-vis de l’Europe, que certains voient encore comme une voie alternative au modèle nord-américain ou asiatique tandis que d’autres ne la considèrent plus que sous ses aspects négatifs.

Par ailleurs, le manque d’emploi est constitutif de nombreuses fractures, comme la fracture territoriale entre les zones qui se sentent abandonnées et les autres. On a vu aussi une différence très nette de vote entre les grandes villes d’un côté et les petites villes et les territoires ruraux de l’autre. Une des raisons, c’est que dans les grandes villes, il y a du lien social, des organisations existent, on n’est pas tout seul. Là où les services publics, les commerces et les emplois sont partis, il n’y a plus de raison de sortir de chez soi. Mais ces fractures existent aussi à l’intérieur des villes, entre les quartiers en difficultés et les autres.

 

Et puis il y a la fracture culturelle entre ceux qui pensent avoir le patrimoine culturel qu’il faut pour s’adapter et ceux qui se sentent largués. Et, à l’intérieur de cette fracture culturelle, la fracture numérique va, j’en suis persuadé, nous sauter à la figure.

Avec la numérisation des démarches administratives, il y a des gens qui vont se retrouver encore plus exclus de l’accès à leurs droits… Or cette question est déjà problématique. Dans les associations, on passe désormais un temps fou à aider des gens qui ont droit au RSA, à la CMU etc., mais qui ne font pas les démarches parce que c’est trop compliqué ou parce qu’ils se sentent stigmatisés.

Pour réparer ces fractures, qu’espérez-vous du nouveau président ?

F. S. : J’ai envie de lui dire : Monsieur le président, on vous attend sur les inégalités. Car, en dépit du plan pauvreté du mandat Hollande, qui a pourtant marqué un effort important, les fractures se sont accrues. Et elles créent des blessures profondes.

La blessure d’être à découvert à la fin du mois quand on pense que l’autre à côté vit sans souci. Celle de se sentir mal logé quand on voit que d’autres obtiennent des HLM. Celle d’entendre parler de rémunérations mirobolantes quand on trime dans un travail mal payé, peu intéressant, et qui vous bouffe la vie de famille… Ce sentiment de recevoir des miettes dans le partage est délétère pour le vivre ensemble.

Le programme d’Emmanuel Macron vous semble-t-il à la hauteur ?

F. S. : Il y a quelques points dont on ne se plaindra pas, comme la hausse du minimum vieillesse, de la prime d’activité ou de l’allocation adulte handicapé, la poursuite de la loi SRU sur le logement social ou l’extension de la garantie jeunes, entre autres.

Mais cela manque de vision inscrite dans un plan global. On a l’impression que Monsieur Macron compte sur la création d’emplois pour résoudre tout. Si tant est que sa politique réussisse et qu’on passe à un taux de chômage à 7 % en cinq ans, ça fait près d’un million de chômeurs en moins. Mais qu’est-ce qu’on fait en attendant cette amélioration ? Et qu’est-ce qu’on fait pour les gens qui restent éloignés de l’emploi ?

Que lui demandez-vous ?

F. S. : La priorité, c’est d’augmenter le RSA. Pourquoi ? Parce que sans revenu suffisant pour sortir la tête de l’eau, rien n’est possible, ni logement, ni emploi, ni santé. Au collectif Alerte (1), on défend un revenu minimum décent à 850 €. Mais ce revenu doit être assorti d’une formation, pour espérer sortir de la situation, et d’une activité, non pas tant pour répondre à la question de l’assistanat que pour rendre à la personne son utilité, sa dignité. Il faut une politique globale, qui mixe revenu et accompagnement. On ne peut plus laisser les gens tout seuls.

L’autre priorité, sur laquelle a beaucoup travaillé l’Uniopss dans son projet de société, c’est de mettre la prévention au centre des politiques publiques. Il faut faire de la prévention sur tout : sur les fermetures d’usines, sur les expulsions de logement, sur la santé… Cela économisera de la souffrance et de l’argent.

En particulier, il faut s’occuper sérieusement de la question scolaire. Il y a un enjeu considérable à traiter les difficultés scolaires plus en amont. Mais suffit-il de mettre douze élèves par classe ? Je crois qu’on n’arrivera à rien si on ne remet pas de la mixité sociale dans tout le système.

Recueilli par Nathalie Birchem

(1) Créé en 1994, il regroupe les 38 associations (Secours catholique, Emmaüs, Cimade, ATD, Armée du salut, Association des Paralysés de France, Familles Rurales, Médecins du monde…) qui réfléchissent aux questions d’exclusion.

 

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1)STATISTIQUES D’ACCUEIL 2015 / SECOURS CATHOLIQUE - CARITAS FRANCE ANALYSES RÉGIONALES        PRÉSENTATION
 
La Bretagne compte 3,3 millions d’habitants au 1er janvier 2015, chiffre en progression de 0,7 % par an depuis 2007. La population bretonne
croît plus vite qu’au niveau national, un dynamisme qui s’explique principalement par des arrivées plus nombreuses que les départs.
Les inégalités de revenu sont plus fortes dans les villes-centres. Les deux principales aires urbaines, Brest et Rennes, concentrent une
part importante de la population, de l’emploi,en particulier de l’emploi qualifié, et de l’enseignement supérieur. Un maillage homogène
de villes moyennes complète la structurationdu territoire.
 
En baisse constante, l’agriculture et la pêche ne concentrent aujourd’hui plus que 4,5 % des actifs. La construction représente 7 % des emplois,
l’industrie 14 % et le secteur tertiaire (commerce et services) 74 %.
Relativement épargnée au début de la crise, en 2008-2009, la Bretagne est aujourd’hui touchée par les suppressions d’emplois, notamment dans la filière agroalimentaire, qui a fait
la force de la région pendant des décennies.Des entreprises du secteur ont dû cesser leur activité, notamment dans le Finistère, ce qui a entraîné beaucoup de licenciements en 2013
et 2014. L’année 2015 a ainsi été marquée parla crise agricole. Les agriculteurs expriment un désarroi profond et une grande détresse en raison de l’absence de perspectives d’avenir,
de l’isolement, de la précarité engendrée par les dettes et de la perte de sens d’un métier pourtant indispensable à la société.
Bretagne France métropolitaine
Population au 01-01-2015 en milliers*                  3 294                                              64 277
Taux de chômage 4e trimestre 2015                      8,8 %                                               9,9 %
Part d’étrangers dans la population (2013)            2,2 %                                             6,2 %
Densité du parc social**                                         50,5                                                71,8
Niveau de vie mensuel médian (2012)                 1 650 €                                             1 649 €
Taux de pauvreté à                                      60 % (2012) 10,5 %                                    14,3 %
 
Chiffres 2015 Secours Catholique Bretagne
Situations rencontrées 28 849
Nombre d’équipes 233
Nombre de bénévoles 3 674
Nombre de situations analysées 5 120
 
* Chiffres provisoires. ** Nombre de logements sociaux pour 1 000 habitants au 01-01-2015.
 
 
Les autres piliers de l’économie bretonne sont l’industrie automobile et le secteur de l’information-communication. Le tourisme joue
également un rôle important dans l’économie régionale, avec un bon niveau de capacités d’accueil touristique.
Au sein de la région, les territoires du Centre-Bretagne sont ceux où le niveau de vie médian est le plus faible, très souvent inférieur à 18 500 € annuels, soit 1 300 € de
moins que la moyenne régionale annuelle. C’est particulièrement vrai pour les communes
isolées des départements des Côtes-d’Armor (18 400 €) et du Morbihan (18 300 €). C’est aussi le cas dans certaines petites aires urbaines comme Rostrenen (17 300 €) ou Gourin
(18 300 €).
Le nombre d’allocataires du RSA, notamment ceux sans revenu d’activité, continue de progresser et les dépôts de dossiers de surendettement des particuliers augmentent.
 
 
 
LES SITUATIONS RENCONTRÉES PAR LE SECOURS CATHOLIQUE EN 2015
 
En 2015 en Bretagne, la proportion de personnes accueillies par le Secours Catholique et résidant dans une commune de plus de 100 000 habitants reste importante : 56,1 %.
77,7 % des personnes accueillies expriment une demande d’écoute, de conseil ou d’accueil, contre 57,6 % au niveau national. La demande d’aide alimentaire est également
très forte : 64,2 % contre 54,8 % au niveau national. Les demandes d’aide liées au logement et aux factures d’énergie continuent d’augmenter, de même que celles concernant
spécifiquement la mobilité qui passent de 4,6 % en 2010 à 9 % en 2015, alors qu’elles sont de 6,7 % au niveau national.La proportion de personnes étrangères dans les accueils
en Bretagne est plus faible qu’au niveau national, mais elle est en augmentation depuis 2010, sauf en Ille-et-Vilaine. On trouve plus souvent des personnes de moins de 25 ans
 dans les accueils du Secours Catholique en Bretagne qu’au niveau national (11 % contre 8,4 %). Les personnes rencontrées sont plus souvent des personnesseules (en majorité
 des hommes seuls et des mères isolées).
 
En Bretagne, près de la moitié des ménages(47,8 %) ont des problèmes d’impayés (loyerset factures d’énergie dans la majorité des cas),mais dans une proportion moindre qu’au
 niveau national. Les situations de découverts bancaires y sont au contraire nettement plusfréquentes : 39,5 % contre 23,8 %.Les ménages accueillis en Bretagne viventplus dans
le parc social qu’au niveau national (44,8 % contre 39,7 %), alors que celui-ci est relativement peu dense. La part des personnes vivant en centre d’hébergement est importante
 (10,9 % contre 7,5 % au niveau national). La prépondérance de ces deux types de logement-hébergement est liée aux caractéristiques familiales mentionnées plus haut : les
 hommes seuls sont plus souvent en centre d’hébergement et les mères isolées sont prioritaires dans le parc social.
 
EXEMPLES D’ACTIONS
MENÉES PAR NOS ÉQUIPES
EN 2015
Accompagnement des personnes. Dansles territoires isolés, les équipes du SecoursCatholique développent de plus en plus les visites à domicile. Des épiceries solidaires
ont été créées en milieu rural. Pour en faciliter l’accès, les bénévoles n’hésitent pas à aller chercher les personnes à leur domicile ou à organiser des transports en covoiturage.
De nombreuses actions proposées permettent aux personnes accueillies de devenir actrices des activités de solidarité de l’association