8)Climat, les " petits pas " ne suffiront pas, prévient l’ONU

7)Le Giec alarmiste sur l’état des océans et des glaciers

6)Une prise de conscience tardiveL'inéluctable nécessité climatique

5)L’égérie et le malaise

4)Climat : les principaux points du rapport du Giec

3)Environnement, la France vit à crédit

2)La COP 23 se termine sur une note amère

1)cop 22

 

 
8)Climat, les " petits pas " ne suffiront pas, prévient l’ONU

 

Analyse

Dans un rapport accablant, le programme des Nations unies pour l’environnement souligne qu’entre 2020 et 2030 les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront baisser de 7,6 % par an.

  • Marine Lamoureux,
  • le 26/11/2019 à 17:27

Le monde est au pied du mur. Telle est la conclusion du programme des Nations unies pour l’environnement dans un rapport accablant rendu public le 26 novembre. Il s’agit du 10e rapport sur « l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions ». Établi à partir de travaux scientifiques de haut niveau, il mesure le chemin à parcourir d’ici à 2030, en termes de baisse des gaz à effet de serre, pour limiter le changement climatique.

À la lecture, le défi semble vertigineux… et le délai extrêmement court. « Nous devons réellement transformer les sociétés en dix ans », selon John Christenson, un de ses auteurs. Analyse et décryptage, à quelques jours de la Conférence climat de Madrid.

► Un rapport implacable

Nous savons. Mais nous n’agissons pas, ou si peu au regard des enjeux. Au cours de la dernière décennie, rappelle l’ONU, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1,5 % par an, avec une légère stabilisation entre 2014 et 2016… pour mieux repartir à la hausse et atteindre le record de 55,3 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2018. « Les émissions de CO2 issues des combustibles fossiles et provenant de la consommation énergétique et de l’industrie (…) ont augmenté de 2 % en 2018 », précise le rapport.

Au point que l’effort exigé est devenu colossal, quand il était encore raisonnable il y a quelques années. Pour espérer limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, le monde doit réduire ses rejets carbonés de 7,6 % par an entre 2020 et 2030. Pour 2 °C – le Giec a montré que les conséquences du dérèglement seront bien plus importantes qu’à 1,5 °C –, il faut les réduire de 2,7 % par an, durant la décennie qui vient.

► Le coût exponentiel de l’inaction

Or, « si des mesures sérieuses avaient été adoptées dès 2010 », note l’ONU, les baisses attendues auraient été seulement de 3,3 % et de 0,7 %. Il n’y a donc plus une minute à perdre, poursuivent les experts. Car « plus les mesures seront prises tardivement, plus les réductions nécessaires seront importantes ». Bref, l’inaction a un coût exponentiel.

Coût global… et coût sonnant et trébuchant. L’ONU a calculé que la mutation du secteur mondial de l’énergie – devenue incontournable – exigera des investissements compris « entre 1,6 et 3,8 billions » de dollars par an entre 2020 et 2050. Bref, conclut Inger Andersen, « si nous ne prenons pas de mesures urgentes maintenant (…) nous allons manquer l’objectif de 1,5 °C ». Avec des conséquences en chaîne : une hausse plus importante du niveau des mers, la multiplication des événements climatiques extrêmes - sécheresses, inondations, cyclones, etc. - une baisse de productivité des cultures avec un impact sur la sécurité alimentaire, la santé et la pauvreté.

► Le G20 en première ligne

L’empreinte carbone par habitant varie très largement d’un bout à l’autre de la planète. Quand un habitant des pays pauvres d’Afrique subsaharienne émet moins de 1 tonne de CO2 par an, un Américain dépasse 20 tonnes par an. (un Européen émet environ 9 tonnes par an, un Chinois près de 10). Les pays du G20 représentent 78 % des émissions de gaz à effet de serre. Ils sont donc en ligne de mire, « car ils déterminent en grande partie les tendances mondiales ». Sept d’entre eux (Argentine, Brésil, Chine, États-Unis, Inde, Japon, ainsi que l’Union européenne) représentent plus de la moitié des émissions mondiales (56 % en 2017).

Dans ces pays, « malgré les efforts de quelques chefs de file (…) le tableau général [est] plutôt accablant ». En dépit des engagements du G20, pris dès 2009, à éliminer progressivement les subventions aux énergies fossiles, il n’en est rien. « Aucun pays n’est pour l’heure pleinement engagé à les supprimer dans un délai précis », observe le rapport ; même constat concernant les promesses de lutte contre la déforestation. Conclusion, à l’aube d’une décennie décisive : les « petits pas » ne suffiront pas à atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Autrement dit, à éviter un dérèglement climatique majeur.

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De fait, selon l’ONU, si les émissions devaient se poursuivre au rythme actuel, le réchauffement pourrait atteindre entre 3,4 et 3,9 °C en 2100. « Il ressort clairement que des changements progressifs ne seront pas suffisants » et que « des efforts sans précédents seront nécessaires pour transformer les sociétés, les économies, les infrastructures et les institutions de gouvernance », insistent les experts, convaincus de la nécessité de « modifier profondément les valeurs, les normes, la culture de consommation » et notre « vision du monde ».

Bref, une révolution de nos modèles, qui serait porteuse de bienfaits, note l’ONU : moins de pollution atmosphérique, l’amélioration de la santé humaine, des pratiques agricoles plus résilientes, des villes durables, etc.

► Quelles perspectives ?

Et pourtant… « aucun signe », à ce stade, « n’indique que les émissions de gaz à effet de serre plafonneront dans les années à venir », déplore l’ONU. « Si l’on reste dans notre modèle néolibéral, guidé par la croissance et la mondialisation, on n’y arrivera pas, mais l’histoire a montré que les sociétés ont connu d’autres périodes sombres et peuvent connaître des changements rapides et radicaux », souligne Clément Sénéchal, l’un des porte-parole de Greenpeace.

► L’ONU insiste aussi sur les points encourageants

De son côté, Stéphane His, expert climat à l’Agence française de développement, rappelle que le discours sur la décroissance est « inaudible dans les pays du Sud qui ont besoin de se développer », en insistant, là encore, sur l’impact contrasté des modes de vie, aux quatre coins de la planète.

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Bien que son rapport soit très sévère, l’ONU insiste aussi, à l’intérieur, sur les signes encourageants. Les « progrès technologiques » offrant des solutions de décarbonation, la baisse des coûts des énergies renouvelables, la prise de conscience politique des enjeux, dans de nombreux États, mais aussi au sein de la société civile, des grandes villes, ou des institutions financières. La Banque européenne d’investissement vient ainsi d’annoncer qu’elle cesserait de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossiles dès 2022.

Surtout, le rapport propose des pistes pour une réduction des émissions dans sept pays fortement émetteurs, qui consistent largement à suspendre les nouveaux projets fossiles et à encourager l’électrification des transports. « Attention, prévient toutefois Stéphane His. Cela fonctionne si l’on corrèle cet effort à la décarbonation du système électrique. » Ce dernier ajoute qu’il faut aussi repenser nos modes de déplacements et s’engager dans une démarche de sobriété, à tous les niveaux, dans les pays déjà développés.

Dans le détail, les pistes concrètes de l’ONU semblent cependant très ambitieuses. Comme la suggestion « d’interdire toute nouvelle centrale à charbon » en Chine. Précisément, le pays vient d’annoncer la construction de nouvelles infrastructures dont la capacité, d’après l’ONG Global energy monitor, équivaudrait à celle de production de l’UE…

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La Cop 25, prélude à une année 2020 décisive

La 25e conférence climat, dite « Cop 25 », aura lieu du lundi 2 au vendredi 13 décembre 2019 à Madrid, en Espagne, sous présidence chilienne. Elle devait initialement se tenir à Santiago, mais les troubles politiques ont conduit le Chili à décliner l’accueil des participants sur son sol.

Cette Cop doit être une étape clé avant 2020, année décisive. D’après l’accord de Paris, signé par plus de 190 pays en 2015, les engagements de baisse d’émissions doivent en effet être revus à la hausse en 2020, autrement dit à la COP 26 de Glasgow (Grande-Bretagne), en novembre. Madrid doit jouer un rôle de tremplin.

Deux sujets, en particulier, seront à l’ordre du jour : la question des « pertes et préjudices », qui doit permettre de soutenir les pays directement touchés par le dérèglement climatique et leur adaptation, ainsi que le dossier des règles comptables des « marchés carbone ».

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7)Le Giec alarmiste sur l’état des océans et des glaciers

Le rapport des experts scientifiques du Giec, présenté mercredi 25 septembre à Monaco, met cruellement en évidence le caractère déjà irréversible de certaines conséquences du changement climatique sur les océans et les régions glacées de la planète.

  • Marie Verdier et Caroline Vinet,
  • le 25/09/2019 à 18:12
  • Modifié le 25/09/2019 à 18:16

Deux jours après l’échec du sommet pour le climat à l’ONU, à New York, le nouveau rapport du Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec) fait l’effet d’une nouvelle douche froide. La cryosphère (l’ensemble des glaces de la planète) et les océans sont en péril. Et avec eux, c’est tout l’écosystème planétaire qui est menacé.

Fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, réchauffement des eaux, augmentation des événements extrêmes et appauvrissement de la vie marine… Si la hausse des émissions de gaz à effets de serre (GES) n’est pas régulée selon le cadre instauré par l’accord de Paris de 2015, qui prévoit de limiter le réchauffement climatique en dessous des + 2 °C, les conséquences seront dramatiques, alertent les 104 auteurs du rapport en s’appuyant sur une compilation de quelque 7 000 études scientifiques.

La fonte des glaces s’accélère

En dix ans, entre 2006 et 2015, les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique ont perdu chaque année environ 430 milliards de tonnes de glace, et les glaciers terrestres 220 milliards de tonnes. Avec l’apport d’eau douce qu’elles contenaient, ces glaces fondues ont contribué à augmenter d’environ 1,8 mm le niveau de la mer chaque année.

La banquise a rétréci, d’environ 2,5 millions de km2, en cinquante ans. Quant aux terres du permafrost, elles n’échappent pas non plus au dégel. Les scientifiques s’interrogent, à ce stade, pour savoir si elles ont déjà commencé à larguer dans l’atmosphère une partie des quantités colossales de CO2 et de méthane qu’elles enserrent, accélérant ainsi le réchauffement climatique.

 

Grâce à un suivi scientifique depuis 2004, à l’aide de bouées, de satellites et d’engins sous-marins, les scientifiques mesurent précisément cette accélération des fontes des glaces. « Alors que l’on s’interrogeait encore il y a dix ans sur le comportement de l’Antarctique, en raison des apports de chutes neigeuses, l’on sait maintenant que l’Antarctique de l’ouest fond par le dessous, sous l’action des eaux plus chaudes, à la différence de l’Antarctique de l’est qui repose sur un socle rocheux, témoigne Didier Swingedouw, un des coauteurs du rapport. Et la rupture de plateformes de glace accélère l’écoulement des rivières de glace, créant ainsi une sorte de réaction en chaine ». Les scientifiques n’excluent plus un phénomène d’irréversibilité de fonte pour les pôles.

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Quant aux glaciers terrestres, dont beaucoup ont déjà fondu, ils menacent de perdre jusqu’à 80 % de leur masse d’ici à la fin du siècle si les émissions de GES continuent à déraper.

Des phénomènes météo de plus en plus extrêmes

La banalisation des événements climatiques extrêmes, tel est le futur annoncé. Les marées et tempêtes exceptionnelles, avec pluies torrentielles et vagues gigantesques, ne se produisaient qu’une fois tous les cent ans dans le passé. Elles risquent d’arriver chaque année dans de nombreuses régions du globe dès le milieu du XXIe siècle, rendant inhabitables petites îles et zones côtières trop exposées.

Si leur nombre ne doit pas forcément augmenter, les cyclones, qui puisent leur énergie dans les eaux chaudes, devraient gagner en intensité dans un monde à + 2°C. La part de ceux classés en catégorie 4 et 5 (le maximum) a, semble-t-il, déjà augmenté ces dernières décennies. Et avec un niveau accru des océans, le même cyclone aura un impact plus destructeur. Un océan plus chaud est aussi annonciateur de pluies diluviennes.

 

L’ensemble du cycle météorologique planétaire se modifie sous l’action du réchauffement, aux conséquences encore incertaines. Le début constaté de ralentissement des grands courants du « tapis roulant océanique » devrait se poursuivre. Ces derniers perdraient un tiers de leur puissance au cours du siècle. « Cela provoquerait un moindre réchauffement sur l’Europe et l’Amérique du nord, mais avec de plus fortes tempêtes hivernales, en raison du différentiel de température entre les pôles et l’Équateur, envisage Didier Swingedouw. Mais c’est la diminution des précipitations au Sahel, là où elles sont déjà faibles, qui serait l’impact le plus important, risquant de rendre invivables ces régions ».

Une hausse du niveau de la mer de 10 cm supérieure aux précédentes prévisions

Le niveau de la mer est déjà monté de 15 cm au XXsiècle. Le phénomène continue de s’accélérer. Chaque année, les eaux gagnent 3,6 mm de terrain sur la terre, selon le rapport. Si ce chiffre semble minime, il est symptomatique de l’emballement climatique : deux fois plus rapide que ce qu’ont pu observer les scientifiques au siècle dernier.

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Si rien n’est fait, le Giec estime que le niveau de la mer pourrait augmenter de 1,10 m en 2100, soit 10 cm de plus que ce qu’indiquaient les précédentes prévisions en 2013. Les estimations s’avancent jusqu’en 2300, établissent alors un niveau de la mer à 5 mètres au-dessus de celui de l’ère préindustrielle. En cas de respect de l’accord de Paris, l’augmentation stagnerait entre 30 et 60 cm.

Pour la paléo-océanographe et coauteur du rapport Hélène Jacot des Combes, il faut distinguer trois causes à ce rehaussement du niveau de la mer. « Tout d’abord un effet d’extension thermique des océans, ce qui signifie que l’eau chaude prend plus de volume. Ensuite un afflux d’eau supplémentaire avec la fonte des glaciers. Enfin, dans une moindre mesure une différence de stockage des eaux sur les continents. »

Les zones littorales, les villes côtières, les îles des Caraïbes et du Pacifique sont menacées. Submergées, lentement ou au travers d’événements violents tels que cyclones ou inondations, elles seraient rendues inhabitables. Les eaux salées venues de la mer affecteraient durablement les sols et les sources d’eau douce vitales pour les populations locales.

Des ressources marines qui se tarissent

C’est une des nouveautés de ce rapport. Loin de nos radars, les canicules marines ont augmenté en fréquence. De plus en plus intenses, elles durent plus longtemps. Cela va s’accentuer,quel que soit le scénario futur d’émissions de CO2. « En mer Méditerranée, par exemple, plusieurs canicules marines ont affecté les coraux, les invertébrés avec notamment une grande mortalité des Gorgones (une espèce de coraux, NDLR), souligne Jean-Pierre Gattuso, océanographe et coauteur du rapport. Les exemples sont nombreux. Ces canicules sont un problème qui se surajoute au réchauffement global. »

Les coraux sont les premiers touchés. Leur blanchissement, observé depuis des années, affecte durablement la vie qui s’y est développée. Or « cela représente une source importance de nourriture pour les populations côtières », rappelle Hélène Jacot des Combes. « Pour ce qui est des espèces marines qui se déplacent, cela signifie qu’il va y avoir une redistribution de l’abondance des ressources poissonnières, qui aura aussi un impact sur la pêche. » Les pays subtropicaux se trouvent en première ligne de cette désertification océanique.

À cela vient s’ajouter une acidification des océans qui affecte la reproduction des poissons. 800 millions de personnes dépendent des ressources océaniques pour manger et vivre. Or, selon les prévisions actuelles, 15 % de la production de la biomasse océanique est menacée. Les prises de poissons pourraient baisser de 20 à 24 % d’ici à la fin du siècle, comparé à la période 1896-2005.

S’adapter au réchauffement plutôt que le subir

Rapport après rapport, à mesure que le diagnostic s’affine, que les émissions de GES dérapent et que leurs effets se font sentir, les scientifiques sortent de leur réserve pour se faire de plus en plus alarmistes et appeler à des « transitions sans précédent » dans tous les domaines de la société (énergie, l’exploitation des terres et des écosystèmes, urbanisme, infrastructures, industrie, etc.) pour cantonner en dessous de +2 °C l’ampleur du réchauffement. Car il est dorénavant clair à leurs yeux que des pans entiers de l’humanité sont menacés. 680 millions de personnes vivent dans des zones côtières particulièrement vulnérables aux inondations et autres événements météo extrêmes. Le dépérissement des glaciers rendra problématique la vie et l’apport en eau pour les 670 millions d’habitants en haute montagne. Et rejaillira aussi en aval. « Les rivières dépendantes des glaciers auront moins de débit. Même un fleuve comme la Garonne pourrait se retrouver quasi à sec l’été », souligne Didier Swingedouw, un des coauteurs du rapport.

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S’il est possible de se prémunir de certains effets du réchauffement, en construisant par exemple des digues remparts contre les inondations, c’est à la condition d’investir « des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an ». Or ce que peut entreprendre une mégapole comme New York est hors de portée de nombre d’îles et de zones côtières.

Le réchauffement est « une menace existentielle » ont alerté le 17 septembre les premiers ministres de Fidji et de Jamaïque dans une tribune en forme d’appel au secours des pays développés pour qu’ils honorent leurs engagements à mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an sur la période 2015-2020 pour les pays en développement et les petits États insulaires.

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6)Une prise de conscience tardiveL'inéluctable nécessité climatique

Richard Liscia
| 01.07.2019
 
En France, 2019 aura été une année charnière dans le domaine de l'écologie. Opinion, gouvernement, ensemble des élus, tout le monde donne désormais la priorité absolue à la lutte contre le réchauffement climatique, dont la prise de conscience, bien que tardive, pourrait être salutaire.
 
Le 8 juin dernier à Paris, une manifestation en faveur du climat
Crédit Photo : AFP Zoom

Les voix qui s'élevaient naguère contre les décisions relatives à la circulation automobile prises par la maire de Paris, Anne Hidalgo, se sont tues. La démission de Nicolas Hulot, l'an dernier, a été compensée par un ralliement déterminant d'Emmanuel Macron à la lutte contre la pollution. Ceux qui niaient il y a peu la réalité du réchauffement de la planète, n'osent plus donner leur opinion. Le président a déclaré qu'il refuserait de signer l'accord du G20 s'il n'incluait pas l'adhésion de tous les États membres à un programme de protection des équilibres climatiques. Peut-être est-ce un effet de la canicule, mais le mouvement de bascule est soudain et puissant. Il permet de nourrir un peu d'espoir pour la qualité de vie des générations à venir.

 

Le problème n'est pas seulement scientifique, il ne se résume pas à la façon de vivre sur terre, il est politique. Il explique sans doute le score d'Europe Écolologie les Verts aux élections européennes. Mais un seul parti ne saurait avoir l'exclusivité de la bataille contre l'effet de serre, qui nécessite l'adhésion d'une forte majorité. M. Macron l'a si bien compris qu'il prend chaque jour de nouveaux engagements en faveur de la planète. Concurrence des bonnes volontés ? Parlons plutôt de synergie politique. Nous serons d'autant plus efficaces que nous seront unis pour la même cause. 

De sorte que, à la grande recomposition des forces politiques qu'ont successivement annoncée les élections de 2017 et les élections européennes s'ajoute un thème de campagne que vont partager toutes les forces en présence, peut-être pas forcément lors des municipales (encore que,,,) mais sûrement  lors des élections générales de 2022. EELV n'a pas démérité qui a enfin réussi à se faire entendre. Il n'est d'ailleurs pas question de se priver de son concours. En revanche, l'ambitieux Yannick Jadot, fort de son succès relatif aux européennes, pourrait vouloir faire cavalier seul. Mais l'écologie, comme chacun sait, n'est pas l'affaire des seuls écologistes. Elle concerne tous nos concitoyens, parce qu'ils subissent les mêmes contraintes, parce qu'ils veulent protéger leurs enfants contre la pollution et parce que, sans leur aide, la dynamique sera insuffisante.

Commençons par nous-mêmes.

Soyons clairs : la prise de conscience nationale de ce phénomène délétère n'empêche pas la vieille garde conservatrice d'exprimer son scepticisme, n'empêche pas les complications de la vie quotidienne (séparation des déchets, usage modéré ou inexistant de la voiture, et tous les comportements réclamés par l'ambition écologique), n'empêche pas la lassitude qu'inspire le rigorisme, n'empêche pas les réfractaires de rappeler une vérité simple, à savoir que les efforts français doivent compléter les efforts de toutes les nations. Et qu'avant d'en finir avec les résistances qui se manifestent dans divers pays, au niveau des élus parfois et souvent au niveau des exécutifs, il faudra du temps. Mais rien ne se fera si nous ne prenons par les bonnes décisions, pour nous-mêmes, avant de réclamer aux autres la même discipline.  Ce n'est qu'en offrant le meilleur exemple au monde que nous finirons par nous faire entendre, d'autant que beaucoup de peuples et de gouvernements pensent comme nous.

Au fond, ce n'est pas la crise écologique qui est niée, c'est plutôt la paresse qu'elle inspire. Le défi est tellement gigantesque que nombre d'élus dans le monde, au mépris de ce que disent les experts en la matière, préfèrent feindre qu'elle n'existe pas, alors que des millions d'habitants sont menacés par la montée des océans, que l'air est irrespirable dans les grandes villes, que la concentration humaine dans les agglomérations urbaines pose un sérieux problème de santé publique. Si la maladie dont souffre l'humanité est grave, cela signifie pourtant que nous n'avons pas d'autre choix que de nous donner les moyens de la combattre.

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5)L’égérie et le malaise

Paris, le vendredi 22 mars 2019 – Tous ceux qui ont moins de vingt ans aujourd’hui sont bercés par les discours écologistes. Si l’image de Bernard Kouchner portant un sac de riz sur son épaule pour sauver des enfants d’Afrique de la famine a laissé son empreinte dans les souvenir scolaires de ceux qui sont nés au début des années quatre-vingt, le visage de Greta Thunberg pourrait bien être cette madeleine politique pour ceux qui ont vu le jour au début du nouveau millénaire.

Entre dépression et obsession

Tous ceux qui ont moins de vingt ans aujourd’hui ont déjà été amenés à visionner à l’école ou chez eux un documentaire sur la fonte des glaces ou la disparition de certaines espèces. A l’heure où l’on prend conscience de façon plus nette du caractère éphémère de l’existence et de la constance de multiples menaces difficilement contournables, ces images sont souvent marquantes. Les enfants s’émeuvent, s’indignent, pleurent. Et souvent oublient en retournant à leurs jeux et leurs devoirs. Greta Thunberg, fillette suédoise, s’est émue, indignée et a pleuré et est resté prostrée. La réaction de Greta, "diagnostiquée" autiste Asperger avant l’âge de dix ans, oscille entre dépression et obsession. Sa façon d’éteindre systématiquement les lumières dans leur maison proche de Stockholm irrite ses parents et sa petite sœur. Son refus de se nourrir, son silence les inquiètent. « Pendant de nombreuses années, elle n’a parlé qu’à sa maîtresse, au docteur et à sa famille » explique le père de Greta, Svante Thunberg, un acteur reconnu en Suède.

No future s’écrit en vert

Fragile et bouleversée, Greta est également une militante dans l’âme. Elle a probablement hérité cet engagement de ses parents et notamment de sa mère Malena, chanteuse lyrique, qui s’est régulièrement mobilisée en faveur du droit des migrants en Suède. Aussi, sortant peu à peu de sa torpeur, elle va commencer à réfléchir à des façons de sensibiliser les autres. Avec ses proches, la tâche est facile. Soucieux de l’accompagner (et notamment de lui permettre de retrouver une alimentation plus régulière), les parents ont accepté de limiter drastiquement les produits d’origine animale et ont fortement limité leurs déplacements. Renonçant à leur carrière internationale, ils ne prennent plus l’avion. Mais Greta voudrait accroitre la portée de son message. Sa maladie la dissuade d’envisager les voies classiques de l’association ou du groupe.
Elle discute avec un militant écologiste proche de ses parents qui lui raconte comment des adolescents d’une école de Parkland aux Etats-Unis, touchée par une fusillade, ont décidé de se mettre en "grève" pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics contre les armes. L’idée, choc, séduit Greta. Ses parents voudraient l’en dissuader. Mais le 20 août 2018, Greta, munie de son petit panneau, défile seule devant le Parlement suédois, indiquant refuser de continuer à étudier dans un monde sans espoir. Elle dénonce la passivité des dirigeants politiques et des adultes face à cette planète sans avenir. No future s’écrit en vert. L’effet est immédiat.

Jet privé

Bientôt, Greta est rejointe par d’autres adolescents, qui acceptent néanmoins la proposition des adultes : limiter leur grève à un jour par semaine. Mais même ainsi contrôlée, la révolte dépasse bientôt les frontières de la Suède. Partout, Greta devient une égérie pour des milliers de jeunes eux aussi fortement sensibles et alarmés par "l’urgence climatique". Greta devient la coqueluche des réseaux sociaux et des médias et surtout défie les grands de ce monde par vidéo ou en personne. A Davos où elle s’est rendue en train (un long voyage de plus de 30 heures !), elle lance sans sourire et sourciller : « Je ne veux pas de votre espoir, je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur qui m’habite chaque jour et que vous agissiez comme s’il y a avait le feu » lance-t-elle aux grands dirigeants politiques et industriels du monde. Elle poursuit : « Il est insensé que des gens soient rassemblés ici pour parler du climat et qu’ils viennent en jet privé », dénonçant une hypocrisie fréquente dans les discours écologiques.

Une adolescente fragile

Greta fascine mais Greta dérange également. Outre les nombreux messages de haine que toute exposition médiatique suscite (ce qui est en outre grandement facilité par l’anonymat lâche des réseaux sociaux), beaucoup souhaitent prendre leur distance avec l’engagement de la jeune fille de 16 ans, tant sur la forme que sur le fond.

Ainsi, alors que le trouble de Greta voudrait interdire toute tentative de critique, certains font remarquer que cette fragilité de la jeune fille doit alerter et nécessite de la protéger des autres et d’elle-même. Le docteur Laurent Alexandre considère ainsi que les parents de Greta n’auraient jamais dû révéler cette information sur leur enfant mineure et rappelle dans une tribune publiée par Le Figaro : « On sait depuis la description du syndrome par Hans Asperger en 1941, que les enfants Asperger sont parfois géniaux mais toujours fragiles ; les instrumentaliser est une faute morale » estime le médecin.

Mauvaise voie

Outre ces préoccupations concernant les troubles de Greta, beaucoup redoutent une manipulation, de la part de ses parents (qu’ils réfutent totalement rappelant qu’ils ont d’abord tenté de la dissuader), mais plus encore d’entreprises de communication œuvrant pour des "start up" vertes. Si ces accusations n’ont pas été parfaitement démontrées (même si des liens existent certainement) et si Greta les dément régulièrement avec assurance mettant en avant la sincérité de sa peur et de son indignation, au-delà un grand nombre d’observateurs regrettent que l’adolescente fasse le jeu d’un « écolo catastrophisme » non seulement potentiellement inopérant, mais surtout décalé par rapport à la réalité. S’il ne s’agit pas de nier l’existence du réchauffement climatique et de ses conséquences très dommageables, l’accusation d’inaction apparaît plus incantatoire que démontrée, notamment en ce qui concerne un pays comme la France, dont les émissions de gaz à effet de serre sont limitées (grâce au nucléaire !). D’une manière générale, de nombreux travaux ont confirmé que la promotion des énergies renouvelables pouvait être parfois contre-productive : elles sont notamment insuffisantes à satisfaire les besoins et elles conduisent souvent à un retour aux énergies fossiles dès que la source d'énergie se tarie (vent ou soleil par exemple). En vantant systématiquement ces énergies renouvelables, Greta Thunberg pourrait se tromper de voie, ce que sa notoriété et son magnétisme (même s’il est un mélange de fascination et de malaise) conduisent souvent à occulter.

Aurélie Haroche

 

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4)Climat : les principaux points du rapport du Giec

Lundi 8 octobre, les experts du groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ont rendu leurs conclusions sur les conséquences possibles d’un réchauffement de 1,5°C et les moyens à mettre en œuvre pour limiter l’impact du changement climatique.

ZOOM

Retrouvez les principaux points du rapport du Giec sur un réchauffement climatique à 1,5°C. / Forrest Cavale / Unsplash /CC

« Nous voyons déjà les conséquences d’un réchauffement des températures, avec un climat extrême, une hausse du niveau de la mer et un recul des glaces ». Le nouveau rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat) est sans surprise mais rappelle la nécessité d’agir, vite et collectivement, pour limiter les effets du changement climatique.

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« Chaque petit dixième de degrés compte, car au-delà d’un réchauffement de plus de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, les changements seront irréversibles, prévient Hans-Otto Pörtner, qui a dirigé l’un de groupe de travail du Giec. Limiter le réchauffement permet aussi de donner plus de temps aux habitants et aux écosystèmes pour s’adapter aux changements. »

Les émissions humaines de CO2 doivent diminuer de 45 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2010 pour atteindre les objectifs, soit bien au-delà des engagements actuels pris à la COP21 à Paris. « La bonne nouvelle, c’est que certaines actions sont déjà en cours, a réagi la climatologue française Valérie Masson-Delmotte, membre du Giec. Mais elles ont besoin d’être accélérées ».

Les engagements de chaque pays doivent être révisés lors de la prochaine conférence sur le climat qui se tiendra en Pologne en décembre. Car si chaque pays maintient sa copie, le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 3°C d’ici 2100.

 

Les principaux points du rapport du Giec :

► Sur les énergies

Les experts du Giec sont sans appel : limiter le réchauffement à 1,5°C demande « des transitions rapides et globales ». Les émissions de gaz à effet de serre doivent être drastiquement réduites. Le charbon par exemple devrait représenter moins de 2 % de la production d’électricité en 2050, tandis que les énergies renouvelables devraient atteindre 70 % à 85 % de la production.

De tels changements nécessitent des investissements annuels quatre à cinq fois plus élevés que ceux de 2015. Et il faut agir vite : « le dépassement ne pourra être évité que si les émissions de CO2 commencent à diminuer bien avant 2030 », rappelle le rapport. « Si des actions sont prises trop tardivement, les coûts augmenteront », mettent en garde les experts.

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Attention, certaines stratégies peuvent avoir des effets négatifs sur d’autres secteurs. Affecter des cultures à la production de biocarburants, par exemple, peut entrer en compétition avec la production de nourriture pour l’alimentation. De la même façon, mettre un terme aux énergies fossiles peut entraîner chômage et pauvreté dans certaines régions, reconnaît le rapport, qui appelle à des politiques de redistribution et à une diversification économique.

► Sur le niveau de la mer

En limitant la hausse des températures à 1,5°C, le niveau des océans et des mers augmenterait tout de même jusqu’à 0,77 mètre d’ici 2100. Mais cette hausse serait moindre que si le réchauffement atteignait 2°C, où il faudrait alors plutôt envisager près d’un mètre en moyenne. Dans tous les cas, la hausse du niveau de la mer continuera après 2100, en raison de l’instabilité des glaces dans l’Antarctique et au Groenland.

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« À 1,5°C de réchauffement, le rythme plus lent d’élévation du niveau de la mer permettra de meilleures opportunités d’adaptation, de restauration des écosystèmes côtiers et de construction de structures de renforcement », indique le rapport. De la même manière, limiter le réchauffement à 1,5°C aboutira à ce que l’Arctique ne soit libre des glaces qu’une fois par siècle. À 2°C, au contraire, ce phénomène se produirait une fois par décennie.

► Sur la biodiversité

Le rapport a pris en compte 105 00 espèces. Avec un réchauffement limité à 1,5°C, 6 % des insectes, 8 % des plants et 4 % des vertébrés vont perdre la moitié de leur habitat. Des chiffres importants, mais bien loin de la perte de biodiversité si le réchauffement atteint 2°C. Le corail, par exemple, devrait décliner d’au moins 70 % avec une trajectoire à 1,5°C, mais il disparaîtrait complètement si le réchauffement augmente.

Dans le monde, 4 % des terres vont connaître une transformation de leur écosystème, contre 13 % si le réchauffement est de 2°C. « La toundra et les forêts boréales seront particulièrement touchées », précise le document.

► Sur les populations

Le rapport confirme que ce sont les populations les plus défavorisées qui seront les plus touchées par les changements climatiques, et notamment « les peuples indigènes et les petites communautés dépendant de l’agriculture et de la pêche ». Les maladies transmises par les moustiques, comme la malaria et la dengue, vont également se déplacer et affecter de nouvelles régions au fur et à mesure que le climat deviendra plus doux.

« La pauvreté et les inégalités vont augmenter en même temps que les températures, mettent en garde les experts. Mais limiter le réchauffement à 1,5°C au lieu de 2°C réduirait de plusieurs centaines de millions le nombre de personnes concernées par la pauvreté d’ici à 2050 ».

« Des gouvernances renforcées, la coopération internationale, l’innovation technologique, les transferts financiers et les changements d’attitudes et de mode de vie sont les conditions nécessaires pour réussir l’adaptation aux changements climatiques », conclut le rapport qui rappelle que « la mobilisation du grand public sera déterminante pour atteindre l’objectif ».

Audrey Dufour

3)Environnement, la France vit à crédit

EXPLICATION Mercredi 1er août est le « jour du dépassement », qui signifie que l’humanité a déjà consommé l’ensemble des ressources que la nature peut renouveler en un an. La France est mauvaise élève : si tous les humains adoptaient notre mode de vie, ce jour serait déjà tombé le 5 mai.

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L’empreinte écologique d’un Français provient de l’alimentation, du logement et des transports. / Anton Balazh/stock.adobe

► Où se situe la France ?

Chaque année, l’association Global Footprint Network calcule la date à laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la nature est capable de renouveler en un an.

Elle prend également en compte les émissions de gaz à effet de serre : le « jour du dépassement » reflète au niveau mondial le moment à partir duquel les habitants de la Terre commencent à émettre davantage de gaz, de CO2 en particulier, que les océans, les forêts et les sols sont capables d’absorber.

Et, le 1er août, nous y sommes. La date est chaque année plus précoce : en 1970, le jour du dépassement était le 29 décembre, la nature pouvait donc répondre aux besoins des êtres humains ; 30 ans plus tard, le 23 septembre. Et en 2017, le 3 août.

Dans ce décompte, la France fait figure de mauvais élève. D’après le WWF, si tous les habitants du monde adoptaient notre mode de vie, l’humanité vivrait à crédit… dès le 5 mai. Et nous aurions besoin de 2,8 planètes pour subvenir à nos besoins !

« Évidemment, c’est mieux que les États-Unis, qui ont besoin de 5 planètes, mais on ne peut se satisfaire de cette dette écologique », fait observer Valérie Gramond, directrice des programmes de l’ONG. La France se situe aussi loin derrière le Canada ou l’Australie, mais devant la Japon ou l’Italie.

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► Quels sont les secteurs les plus « gourmands » ?

« Les deux-tiers de l’empreinte écologique d’un Français proviennent de trois secteurs, poursuit la responsable : l’alimentation, le logement et des transports ». Avec une dégradation notable depuis 2015, les émissions de CO2 étant reparties à la hausse.

Dans le domaine de l’alimentation, les Français consomment trop de protéines animales et de produits industriels, avec des répercussions directes, notamment dans les pays producteurs de bétail ou d’huile palme.

Pour répondre à cette demande, des prairies, des parcelles de forêts et des zones humides sont en effet transformées en monoculture ou en cultures intensives. « Ainsi, non seulement on ponctionne des ressources – les Français consomment 33 kg de poissons par an, au lieu de 11 kg maximum – mais on entrave la capacité intrinsèque de la nature à se régénérer », souligne Valérie Gramond.

Une illustration : plus de pesticides, c’est moins de pollinisateurs, donc moins de fruits et légumes ; mais aussi un sol plus pauvre, qui capte moins bien le carbone. « Bref, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis ».

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Dans le domaine du logement, le point noir est celui des dépenses énergétiques, avec beaucoup trop de « passoires thermiques » dans le pays. Enfin, côté transports, les Français « vivent encore à la mode des années 1980 : un quart des trajets en voiture concernent une distance de moins de 3 kilomètres ! Or ce n’est plus soutenable par la planète », regrette la directrice.

► Comment faire mieux ?

Bonne nouvelle : pour limiter son empreinte écologique, la France dispose d’une véritable marge de manœuvre. Tout d’abord en encourageant la consommation de produits locaux et de saison et en limitant le gaspillage. Avec à la clé des emplois dans le secteur agricole.

Ensuite par la promotion du véhicule électrique et du vélo mais aussi une politique volontariste en faveur de la rénovation du bâti. « Nous sommes loin du compte, constate cependant la responsable du WWF. Même si le gouvernement prend certaines mesures intéressantes – via le plan climat ou le plan biodiversité – on ne peut pas dire qu’une véritable transition écologique est enclenchée ».

Une baisse de 50 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde permettrait, selon elle, un recul de 100 jours de la date du « dépassement ».

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2)La COP 23 se termine sur une note amère

À Bonn, le 17 novembre, la première Convention climat présidée par un petit État insulaire donnait le sentiment d’une occasion manquée. 2018 sera une année clé.

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Un manifestant mange une pomme lors d'une manifestation sous la bannière "Protégez le climat - Arrêtez le charbon" pendant la COP 23 Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques organisée par les Fidji à Bonn en Allemagne en novembre 2017. / Wolfgang Rattay/Reuters

Dans les couloirs de la Convention Climat, la déception dominait, vendredi 17 novembre, à quelques heures de la clôture de cette 23e édition. Certains exprimaient franchement leur frustration, après deux semaines de négociations. « C’est comme si le cœur n’y était pas, confie le Malien Seyni Nafo, chef du groupe des pays africains. Il y a comme un attentisme, chacun s’observe dans les négociations. Quand un des acteurs ne joue pas sa partition, il n’y a plus d’émulation », estime ce dernier, en référence à l’administration américaine, qui a réitéré à la tribune jeudi, son intention de quitter l’Accord de Paris.

D’autres, tel Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique, ont tenté une communication plus positive, évoquant « les acquis » de cette COP, comme l’organisation du dialogue dit de « Talanoa » qui doit permettre aux États de rehausser leurs ambitions pour tenter de contenir le réchauffement climatique sous les 2 °C. « La structuration de ce dialogue, sous l’impulsion des îles Fidji, est une avancée significative », confirme Henri Waisman, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Il n’empêche : lors de son point presse, jeudi 16 novembre au soir, Nicolas Hulot a surtout dû faire le constat des blocages et des dossiers en latence.

Première grande frustration : le peu d’avancées sur la solidarité Nord-Sud, notamment financière. Certes, les financements, qui seront au cœur du sommet climat du 12 décembre à Paris, n’étaient pas officiellement à l’ordre du jour de la COP 23. Mais la rivalité Nord-Sud qui a refait surface dès les premiers jours, n’est évidemment pas propice à relancer une dynamique collective. Sur plusieurs sujets, les attentes ne sont pas comblées à ce stade, comme l’a d’ailleurs reconnu Nicolas Hulot.

Les « pertes et dommages »

Ainsi du dossier des « pertes et dommages », qui doit permettre aux pays déjà touchés par la multiplication des catastrophes naturelles de faire face. « Il faudra y apporter une réponse », s’est contenté de souligner le ministre français.

Celui de « l’adaptation », qui concerne le financement des infrastructures destinées à s’adapter au réchauffement. « Les financements ont été un sujet difficile et bloquant », indique l’Iddri. Les négociations ont pâti, selon l’Institut, de cette concurrence entre pays en développement et pays occidentaux.

Autre inquiétude : la mollesse des réponses des États à la question cruciale de l’« ambition ». De fait, la structuration du dialogue de Talanoa n’est qu’un début, et tout reste à faire. Pour espérer limiter l’emballement du climat, les pays doivent impérativement engager une transition bas-carbone volontariste, dont ils sont aujourd’hui très loin – 40 % de l’électricité mondiale provient encore du charbon, pour n’en donner qu’une illustration.

Le prochain rapport du Giec

Et si à Bonn, le mot « ambition » est sur toutes les lèvres, on reste largement dans le registre de l’analyse ou de l’incantation, alors que tous les signaux climatiques sont au rouge ; et que le prochain rapport du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), fin 2018, promet d’être alarmant (1).

Certes, le sujet climat va rester en haut de l’agenda mondial, avec de nombreux rendez-vous en 2018. Une année qui sera, selon Nicolas Hulot, « le moment de vérité » : après le sommet de Paris, le 12 décembre, viendra en septembre 2018 (quelques jours avant le rapport du Giec) le sommet de Californie, consacré aux acteurs non étatiques, puis la COP 24 à Katowice, en Pologne, en décembre.

Sans compter le G7 et le G20, ainsi que le sommet climat qu’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU entend convoquer en septembre 2019 pour « mobiliser les énergies politiques et économiques aux plus hauts niveaux ».

« Vieilles querelles »

Il n’empêche : la COP 23 a souffert d’un cruel manque de leadership, que la venue le 15 novembre d’Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel n’a pas suffi à combler. « Quand le leadership politique baisse d’un cran, les vieux réflexes, les vieilles querelles, reviennent en force, fait observer Pascal Canfin, le directeur général du WWF-France. On ne peut pas reprocher aux négociateurs de défendre leurs intérêts, ils sont dans leur rôle »

Au final, l’essentiel de cette convention climat ne s’est pas joué dans la « Bula zone » – cœur des négociations – mais dans la « Bonn zone », où se sont nouées les initiatives de la société civile et les coalitions, impliquant souvent les États, mais aussi les régions, les villes, les entreprises, etc. À l’image de l’alliance pour une sortie définitive du charbon, qui compte déjà une vingtaine d’États ou la « plate-forme 2050 » qui soutient les stratégies bas-carbone de long terme et rassemble des pays aussi divers que les îles Marshall, l’Éthiopie, le Mexique ou la Nouvelle-Zélande.

Ce fut là aussi que l’Amérique anti-Trump, et l’« America’s pledge » – qui réunit les acteurs engagés dans la lutte contre le réchauffement aux États-Unis –, ont fait entendre leur voix. Autant d’initiatives majeures, qui ne peuvent toutefois se substituer à la gouvernance et à l’impulsion des États, tant le défi climatique est ardu à relever.

Marine Lamoureux (à Bonn)

 

La Croix, le 09/11/2016

La conférence climat COP22 se tient à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016. Mais dans les allées, la COP a parfois son propre langage. Petit lexique, de « a » comme « Accord de Paris » à « n » comme « neutralité carbone ».

 

Découvrez le lexique du climat, pour comprendre tous les enjeux de la COP22 à Marrakech.

♦ Accord de Paris : Cet accord, entré en vigueur le 4 novembre 2016, avait été décidé à la précédente COP, la COP21 à Paris qui marquait l’échéance pour un accord international sur le climat. Il prévoit notamment une limitation de la hausse de la température moyenne à la surface du globe en dessous de 2 degrés, voire 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle, le désinvestissement des énergies fossiles et la neutralité carbone. Il prévoit également 100 milliards de dollars de transfert financier des pays riches vers les pays en voie de développement pour les aider dans la transition énergétique et face aux effets du changement climatique.

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 CCNUCC : Signée à Rio en 1992, la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques définit le mode d’organisation des Conférences de parties (COP) depuis 1995.

♦ Clause de revoyure : L’accord de Paris comprend une « clause de revoyure », c’est-à-dire un réexamen des engagements tous les cinq ans. Un premier bilan mondial des contributions nationales doit être effectué en 2023.

♦ COP : Le processus de négociation sur le climat organisé par l’ONU est scandé par de grandes conférences annuelles – Copenhague, Durban, Lima, Paris et maintenant Marrakech – appelées « conférences des parties » (COP). Ces sommets réunissent les 195 pays (ainsi que l’Union européenne) signataires de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

♦ CPDN : Les « contributions prévues déterminées au niveau national » (aussi appelées INDC en anglais) sont des objectifs nationaux de limitation des gaz à effet de serre annoncés par chaque État. En date du 6 novembre 2016, 163 parties avaient communiqué <a href="http://www4.unfccc.