Deux jours après l’échec du sommet pour le climat à l’ONU, à New York, le nouveau rapport du Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec) fait l’effet d’une nouvelle douche froide. La cryosphère (l’ensemble des glaces de la planète) et les océans sont en péril. Et avec eux, c’est tout l’écosystème planétaire qui est menacé.

Fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, réchauffement des eaux, augmentation des événements extrêmes et appauvrissement de la vie marine… Si la hausse des émissions de gaz à effets de serre (GES) n’est pas régulée selon le cadre instauré par l’accord de Paris de 2015, qui prévoit de limiter le réchauffement climatique en dessous des + 2 °C, les conséquences seront dramatiques, alertent les 104 auteurs du rapport en s’appuyant sur une compilation de quelque 7 000 études scientifiques.

La fonte des glaces s’accélère

En dix ans, entre 2006 et 2015, les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique ont perdu chaque année environ 430 milliards de tonnes de glace, et les glaciers terrestres 220 milliards de tonnes. Avec l’apport d’eau douce qu’elles contenaient, ces glaces fondues ont contribué à augmenter d’environ 1,8 mm le niveau de la mer chaque année.

La banquise a rétréci, d’environ 2,5 millions de km2, en cinquante ans. Quant aux terres du permafrost, elles n’échappent pas non plus au dégel. Les scientifiques s’interrogent, à ce stade, pour savoir si elles ont déjà commencé à larguer dans l’atmosphère une partie des quantités colossales de CO2 et de méthane qu’elles enserrent, accélérant ainsi le réchauffement climatique.

 

Grâce à un suivi scientifique depuis 2004, à l’aide de bouées, de satellites et d’engins sous-marins, les scientifiques mesurent précisément cette accélération des fontes des glaces. « Alors que l’on s’interrogeait encore il y a dix ans sur le comportement de l’Antarctique, en raison des apports de chutes neigeuses, l’on sait maintenant que l’Antarctique de l’ouest fond par le dessous, sous l’action des eaux plus chaudes, à la différence de l’Antarctique de l’est qui repose sur un socle rocheux, témoigne Didier Swingedouw, un des coauteurs du rapport. Et la rupture de plateformes de glace accélère l’écoulement des rivières de glace, créant ainsi une sorte de réaction en chaine ». Les scientifiques n’excluent plus un phénomène d’irréversibilité de fonte pour les pôles.

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Quant aux glaciers terrestres, dont beaucoup ont déjà fondu, ils menacent de perdre jusqu’à 80 % de leur masse d’ici à la fin du siècle si les émissions de GES continuent à déraper.

Des phénomènes météo de plus en plus extrêmes

La banalisation des événements climatiques extrêmes, tel est le futur annoncé. Les marées et tempêtes exceptionnelles, avec pluies torrentielles et vagues gigantesques, ne se produisaient qu’une fois tous les cent ans dans le passé. Elles risquent d’arriver chaque année dans de nombreuses régions du globe dès le milieu du XXIe siècle, rendant inhabitables petites îles et zones côtières trop exposées.

Si leur nombre ne doit pas forcément augmenter, les cyclones, qui puisent leur énergie dans les eaux chaudes, devraient gagner en intensité dans un monde à + 2°C. La part de ceux classés en catégorie 4 et 5 (le maximum) a, semble-t-il, déjà augmenté ces dernières décennies. Et avec un niveau accru des océans, le même cyclone aura un impact plus destructeur. Un océan plus chaud est aussi annonciateur de pluies diluviennes.

 

L’ensemble du cycle météorologique planétaire se modifie sous l’action du réchauffement, aux conséquences encore incertaines. Le début constaté de ralentissement des grands courants du « tapis roulant océanique » devrait se poursuivre. Ces derniers perdraient un tiers de leur puissance au cours du siècle. « Cela provoquerait un moindre réchauffement sur l’Europe et l’Amérique du nord, mais avec de plus fortes tempêtes hivernales, en raison du différentiel de température entre les pôles et l’Équateur, envisage Didier Swingedouw. Mais c’est la diminution des précipitations au Sahel, là où elles sont déjà faibles, qui serait l’impact le plus important, risquant de rendre invivables ces régions ».

Une hausse du niveau de la mer de 10 cm supérieure aux précédentes prévisions

Le niveau de la mer est déjà monté de 15 cm au XXsiècle. Le phénomène continue de s’accélérer. Chaque année, les eaux gagnent 3,6 mm de terrain sur la terre, selon le rapport. Si ce chiffre semble minime, il est symptomatique de l’emballement climatique : deux fois plus rapide que ce qu’ont pu observer les scientifiques au siècle dernier.

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Si rien n’est fait, le Giec estime que le niveau de la mer pourrait augmenter de 1,10 m en 2100, soit 10 cm de plus que ce qu’indiquaient les précédentes prévisions en 2013. Les estimations s’avancent jusqu’en 2300, établissent alors un niveau de la mer à 5 mètres au-dessus de celui de l’ère préindustrielle. En cas de respect de l’accord de Paris, l’augmentation stagnerait entre 30 et 60 cm.

Pour la paléo-océanographe et coauteur du rapport Hélène Jacot des Combes, il faut distinguer trois causes à ce rehaussement du niveau de la mer. « Tout d’abord un effet d’extension thermique des océans, ce qui signifie que l’eau chaude prend plus de volume. Ensuite un afflux d’eau supplémentaire avec la fonte des glaciers. Enfin, dans une moindre mesure une différence de stockage des eaux sur les continents. »

Les zones littorales, les villes côtières, les îles des Caraïbes et du Pacifique sont menacées. Submergées, lentement ou au travers d’événements violents tels que cyclones ou inondations, elles seraient rendues inhabitables. Les eaux salées venues de la mer affecteraient durablement les sols et les sources d’eau douce vitales pour les populations locales.

Des ressources marines qui se tarissent

C’est une des nouveautés de ce rapport. Loin de nos radars, les canicules marines ont augmenté en fréquence. De plus en plus intenses, elles durent plus longtemps. Cela va s’accentuer,quel que soit le scénario futur d’émissions de CO2. « En mer Méditerranée, par exemple, plusieurs canicules marines ont affecté les coraux, les invertébrés avec notamment une grande mortalité des Gorgones (une espèce de coraux, NDLR), souligne Jean-Pierre Gattuso, océanographe et coauteur du rapport. Les exemples sont nombreux. Ces canicules sont un problème qui se surajoute au réchauffement global. »

Les coraux sont les premiers touchés. Leur blanchissement, observé depuis des années, affecte durablement la vie qui s’y est développée. Or « cela représente une source importance de nourriture pour les populations côtières », rappelle Hélène Jacot des Combes. « Pour ce qui est des espèces marines qui se déplacent, cela signifie qu’il va y avoir une redistribution de l’abondance des ressources poissonnières, qui aura aussi un impact sur la pêche. » Les pays subtropicaux se trouvent en première ligne de cette désertification océanique.

À cela vient s’ajouter une acidification des océans qui affecte la reproduction des poissons. 800 millions de personnes dépendent des ressources océaniques pour manger et vivre. Or, selon les prévisions actuelles, 15 % de la production de la biomasse océanique est menacée. Les prises de poissons pourraient baisser de 20 à 24 % d’ici à la fin du siècle, comparé à la période 1896-2005.

S’adapter au réchauffement plutôt que le subir

Rapport après rapport, à mesure que le diagnostic s’affine, que les émissions de GES dérapent et que leurs effets se font sentir, les scientifiques sortent de leur réserve pour se faire de plus en plus alarmistes et appeler à des « transitions sans précédent » dans tous les domaines de la société (énergie, l’exploitation des terres et des écosystèmes, urbanisme, infrastructures, industrie, etc.) pour cantonner en dessous de +2 °C l’ampleur du réchauffement. Car il est dorénavant clair à leurs yeux que des pans entiers de l’humanité sont menacés. 680 millions de personnes vivent dans des zones côtières particulièrement vulnérables aux inondations et autres événements météo extrêmes. Le dépérissement des glaciers rendra problématique la vie et l’apport en eau pour les 670 millions d’habitants en haute montagne. Et rejaillira aussi en aval. « Les rivières dépendantes des glaciers auront moins de débit. Même un fleuve comme la Garonne pourrait se retrouver quasi à sec l’été », souligne Didier Swingedouw, un des coauteurs du rapport.

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S’il est possible de se prémunir de certains effets du réchauffement, en construisant par exemple des digues remparts contre les inondations, c’est à la condition d’investir « des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an ». Or ce que peut entreprendre une mégapole comme New York est hors de portée de nombre d’îles et de zones côtières.

Le réchauffement est « une menace existentielle » ont alerté le 17 septembre les premiers ministres de Fidji et de Jamaïque dans une tribune en forme d’appel au secours des pays développés pour qu’ils honorent leurs engagements à mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an sur la période 2015-2020 pour les pays en développement et les petits États insulaires.

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