68)Hongkong : le jour où « oncle Xi » perdit la face

67)Iran : un « désespoir total, généralisé et sans issue »

66)pourquoi l'avenir de l'Europe se joue en Allemagne

65)Donald Trump : Monsieur Sans-Gêne

64)Poutine aux commandes

63)Entre la Syrie et la Turquie, un face-à-face arbitré par la Russie

62)Les grands brûlés du Brexit

61)L’Italie entre les mains de Giuseppe Conte

60)L’Europe freine le sauvetage en Méditerranée

59)L’Italie se ressaisit

58)G7 : le coup de Macron

57)La fin du traité FNI débride la course aux armements

56)Le G20, forum global mais pas universel

55)XI JINPING en visite enFrance

54)Le renseignement américain désavoue Donald Trump

53)Traité d’Aix-la-Chapelle : entre Paris et Berlin, une « convergence » au nom de l’Europe

53)Le délire américain

52)La dérive des continents

51)Le pacte de Marrakech, qu'est-ce que c'est ?

50)L’affaire GHOSN ou comment tuer son boss? 

49)Bataille navale entre la Russie et l’Ukraine au large de la Crimée 

48)Un conte d’Arabie

47)Une Francophonie très politique

46)Poutine au banc des accusés

45)Trump, Poutine, Erdogan, Xi JinpingNouveau monde : pire que l'ancien ?

44)Trump : le parti de Poutine

43)Au sommet de l’Otan, Donald Trump bouscule ses alliés

42)L’enfer du Brexit

41)Brexit : Theresa May reprend les rênes

40)Partout, la force prime le droitLa démocratie n'est plus ce qu'elle était

39)Trump-Kim : un succès

38)Trumpissime…

37)Quels pays d’Europe accueillent le plus de migrants ?

36)Les bouleversements du monde occidental Un changement de paradigme

35)L’accord sur le nucléaire iranien en péril

34)Italie: Le nouveau gouvernement en cinq questions

33)La guerre de l’acier

32)Iran : les Etats-Unis quittent l'accord nucléaireLa politique du fait accompli

31)Immigration : comment l'Europe veut prévenir une nouvelle crise

 30)Après le Brexit et Trump Europe : le coup de grâce italien

29) Les Palestiniens ont perdu leurs soutiens dans le monde arabe »

28)La guerre à nos portes

27)De Trump à Poutine en passant par Erdogan Les bizarreries d'une époque compliquée

26)La logique nucléaire l'emporteL'Inde, l'atome et nous

25)Le modèle italien fait peurUn vertige anti-européen

24)Trump, Poutine, Erdogan et les autres...Un monde plus obscur

23)Syrie : une honte planétaire

22)Syrie : l’embrasement 

21)Macron à la recherche d'une alternative à l'AmériqueLa Chine, notre nouvel allié ?

20)Le coup de Jérusalem

19)La possibilité d’une guerre 

18)Syrie : la paix selon Poutine

17)Une crise sans précédent en Allemagne Merkel victime de l'immigration

 
 

16)Macron défie Trump

15) Corée du Nord la menace est - elle crédible?

14)Derrière le nucléaire et ses missiles, que veut vraiment la Corée du Nord ?

13)Le pape prend le contre-pied de Trump sur l’écologie et les migrants

12)Corée du Nord, Kim Jong-un teste les intentions de Donald Trump

11)Trump un pas en avant  un pas en arriére....

10)Muslim ban...Trump moi ou le chaos......

9)Donald Trump et Theresa May, accords et désaccords

 

 

 8)Ses attaques provoqueront un sursaut de l'Union,Trump cimentera l'Europe

7)Anis Amri ;Berlin ;Tunisie ;Daesh...l'escalade infernale

6)Les quatre leçons de la fin du siège d’Alep

5)Alep, Poutine et nous

4)Achat d’hélicoptères : « La Pologne fait passer l’UE au second rang en matière de sécurité »

3)À Alep, des hôpitaux bombardés, le droit humanitaire bafoué

2) des avions russes en Bretagne   Que vient faire Poutine

1)Ce que Poutine apporte au monde

 

 

 

68)Hongkong : le jour où « oncle Xi » perdit la face

La victoire des prodémocratie aux élections locales, le 24 novembre, met à mal l'idée d'une Chine unique. Un tournant historique ?

par
Modifié le 30/11/2019 à 11:46 - Publié le 28/11/2019 à 16:13 | Le Point
Barricade. Le 18 novembre, les manifestants pro-démocratie retranchés sur le campus de l’Université polytechnique de Hongkong lancent cocktails Molotov, briques et flèches contre les forces anti-émeutes. Le 24, près de 3 millions de Hongkongais se rendent aux urnes. Du jamais-vu dans l’île.

 

67)Iran : un « désespoir total, généralisé et sans issue »

La République islamique dit avoir ramené le calme après dix jours de troubles – violemment réprimés – liés à l’annonce d’une hausse du prix des carburants. Le désespoir des Iraniens, lui, perdure.

  • Anne-Bénédicte Hoffner,
  • le 27/11/2019 à 15:03
  • Modifié le 27/11/2019 à 16:27

La police iranienne, les Gardiens de la révolution, mais aussi des agents en civil suspectés d’être liés aux forces paramilitaires des Bassidji, ont parfois tiré à balles réelles…

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En Iran, la population entre pressions et répression

Le soulèvement des Iraniens contre la hausse surprise du prix à la pompe annoncée par le gouvernement le 15 novembre, n’aura duré que dix jours. Cri de révolte de la population la plus pauvre du pays, celle qui vit dans les quartiers périphériques de Téhéran comme dans les petites villes où la richesse ne ruisselle plus depuis bien longtemps, la fronde laisse un lourd bilan humain : « au moins » 143 morts selon Amnesty International. Et des centaines, voire des milliers, d’arrestations, le tout dans un black-out total lié à la coupure d’Internet par les autorités.

« Les caisses sont vides »

« Au-delà des morts, le plus grave c’est le désespoir total, généralisé et sans issue de 80 millions d’habitants, estime le géographe spécialiste de l’Iran, Bernard Hourcade, directeur de recherches émérite au CNRS. Les caisses sont vides et aucune personnalité n’est capable de proposer une sortie de crise ».

Depuis que le pays - confronté à de lourdes sanctions américaines destinées à l’empêcher de s’équiper de l’arme nucléaire - vit au rythme d’une inflation à deux chiffres, les manifestations sont récurrentes. Une explosion du même type a déjà eu lieu à la toute fin de décembre 2017 avec les mêmes slogans contre la corruption, le chômage et le président Hassan Rohani. « La paupérisation des classes moyennes qui cumulent plusieurs emplois et ne parviennent plus à s’en sortir devient un vrai drame, constate l’anthropologue Chowra Makaremi. Les Iraniens touchent le fond. »

En baissant les subventions sur l’essence, les autorités espéraient renflouer les caisses et – officiellement – pouvoir redistribuer les sommes ainsi économisées aux familles les plus défavorisées : une nécessité vitale, alors que le salaire moyen est tombé autour de 350 € et que beaucoup ne vivent qu’avec 100 à 150 € par mois.

L’essence : une corde sensible

Avec l’essence, elles ont toutefois touché une corde sensible. « Les Iraniens sont très attachés à l’utilisation de leur voiture : pour les jeunes, notamment, elle représente la seule bulle de liberté, le lieu où ils peuvent écouter de la musique à l’écart de toute surveillance, rappelle Vincent Eiffling, chercheur au Centre d’étude des crises et des conflits internationaux de l’université de Louvain (Belgique). Parce que leur pays se classe au quatrième rang mondial pour ses réserves pétrolières, les Iraniens considèrent aussi avoir droit à une essence bon marché. »

Pour joindre les deux bouts, de plus en plus de jeunes au chômage, comme des professeurs d’université, se font « chauffeurs Uber ». « Ils ne peuvent répercuter la hausse sur leurs clients », explique la sociologue franco-iranienne Azadeh Kian, frappée par la présence des femmes parmi les manifestants. « Même éduquées, elles sont largement écartées du marché de l’emploi. Les plus chanceuses trouvent du travail au marché noir, sans aucuns droits sociaux. »

En un instant, l’explosion de colère s’est propagée à l’ensemble du pays, et notamment aux provinces périphériques où vivent les minorités kurdes et arabes. Amnesty International y recense le plus de morts : 40 dans le Khuzestan, 12 au Kurdistan et 34 dans le Kermanshah. Mais la participation n’a pas été massive, observent les chercheurs, qui notent que des groupes organisés et masqués ont attaqué ou incendié des bâtiments publics.

Le régime dénonce un complot américain, sioniste ou saoudien

« Ceux qui s’opposent au régime sont de plus en plus radicaux dans les moyens utilisés et les slogans, note Vincent Eiffling. Beaucoup d’autres Iraniens, las de la corruption et des restrictions à leurs libertés, veulent la sécurité et la stabilité. » Les vitupérations du régime contre ce qu’il considère comme un complot américain, sioniste ou saoudien continuent sans doute à convaincre une partie d’entre eux.

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L’Iran face à la contestation de son influence hors frontière

Outre l’extrême violence de la répression, c’est peut-être le sentiment d’impasse totale dans laquelle se trouve leur pays qui explique leur découragement. « Il n’y a pas eu de convergence des luttes, observe Bernard Hourcade, à propos des classes moyennes ou des fidèles du régime. Pour qu’ils descendent dans la rue, il faudrait une alternative, l’espoir d’une solution à la crise économique ou d’une levée des sanctions américaines. Tout est bloqué, et sur tous les plans. À part payer ses fidèles pour faire une contre-manifestation, le pouvoir n’a aucune initiative. Et ne maîtrise rien. »

______________________________________

Plus de 140 morts et des milliers d’arrestations

Lundi 25 novembre, Amnesty International a révisé à la hausse le bilan des dix jours de manifestations en Iran. Selon l’organisation, « au moins » 143 personnes auraient été tuées, la plupart par armes à feu. « Des vidéos vérifiées montrent que les forces de sécurité tirent délibérément sur des manifestants non armés à une courte distance », écrit-elle dans un communiqué. « Dans certains cas, les manifestants ont été abattus alors qu’ils fuyaient ». Mardi 19 novembre, alors qu’Internet était encore coupé, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits humains recensait déjà de « plus de 1 000 » arrestations.

De leur côté, les autorités iraniennes n’ont annoncé que cinq décès. Et l’agence Fars, proche des ultraconservateurs, a affirmé, dimanche 24 novembre, que « 180 meneurs des récentes émeutes ont été identifiés et arrêtés ».

 

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66)pourquoi l'avenir de l'Europe se joue en Allemagne

Les élections internes en cours au SPD dicteront l'avenir de la grande coalition et celui de Merkel. Macron attend, de manière incertaine, la clarification allemande.

Par
Modifié le 02/11/2019 à 13:27 - Publié le 02/11/2019 à 10:14 | Le Point.fr

Emmanuel Macron surveille avec attention la situation à Berlin et retient son souffle. Quant à la Commission von der Leyen, elle ne sera peut-être pas encore entrée en fonction au 1er décembre…

© PASCAL PAVANI / AFP

65)Donald Trump : Monsieur Sans-Gêne

Au lieu de faire profil bas ou de s'excuser, le président, empêtré dans l'impeachment, adopte une stratégie offensive. Pour l'instant, avec succès.

De notre correspondante à Washington,
Modifié le 22/10/2019 à 10:27 - Publié le 20/10/2019 à 10:00 | Le Point.fr

Donald Trump le 18 octobre 2019.

© CHRIS KLEPONIS / Consolidated News Photos / Picture-Alliance/AFP

 

64)Poutine aux commandes

Le monde est à lui
(Photo AFP)

Vladimir Poutine vient de réunir un sommet Afrique-Russie à Sotchi. Il s’est engagé à défendre le Sahel contre le terrorisme.

LOIN d’en vouloir à son homologue russe, Donald Trump accueille avec le plus grand calme cette ingérence russe dans une partie du monde qui, par tradition, s’adressait naguère à la France, à l’Europe et aux États-Unis. Il dira bientôt qu’il ne voit aucun inconvénient à l’arrivée des militaires russes au Sahel et qu’il sera content de rapatrier les faibles effectifs américains dans la région. Les Américains sont encore très utiles dans la lutte contre le terrorisme car ils disposent des derniers cris de la technologie de la surveillance et du renseignement. Trump ne sera jamais regretté par personne, mais ses soldats, oui. À noter que, si Poutine n’éprouve aucun embarras à annoncer une intervention militaire en Afrique, la Russie n’est pas la seule à tirer parti de la perte d’influence britannique et française. La Chine n’est pas loin de mettre l’Afrique en coupe réglée. Elle y achète des terrains agricoles qu’elle cultive pour exporter fruits et légumes en Chine, elle augmente ses transactions commerciales avec les pays africains, et les Chinois qui travaillent en Afrique ne se sont pas signalés par une intégration dans les sociétés locales.

Passé colonial.

Poutine peut facilement dire que ses relations bilatérales avec l’Afrique sont inspirées par les meilleurs sentiments, alors que le passé colonial de la France et du Royaume-Uni a laissé des traces encore visibles et des rancœurs que le temps n’a pas diminuées. Mais les anciens colonisateurs, la France notamment, aident maintenant les pays africains de plusieurs manières : d’abord en maintenant ici et là un corps expéditionnaire qui combat les terroristes avec acharnement. On peut mourir au Sahel, comme le savent nos soldats et nos journalistes. Ensuite, nous encourageons la démocratie, l’application du suffrage universel, le développement économique. On n’est pas sûr que Poutine veuille tant de bien aux Africains, mais on est certain qu’il ne rase pas gratis. En même temps, comme les Chinois,  il va exporter en Afrique une mentalité de parti unique et d’homme fort. Culture politique avec laquelle certains régimes africains sont parfaitement en phase. Ce sont ces affinités qui ont permis le sommet de Sotchi et ses conséquences qui confirment le déclin occidental.

La vengeance de Poutine.

Il ne faut pas faire de Trump l’objet de tout notre ressentiment. Sa politique étrangère est de nature isolationniste et elle a été amorcée par Barack Obama. Le prédécesseur de Trump a en effet inauguré un cycle de retrait des théâtres de guerre avec, pour corollaire, un bénéfice aléatoire pour les programmes intérieurs. Certes, on ne voit pas Trump se préoccuper du sort des pauvres et des minorités. Sa politique fiscale fait tout le contraire. Mais l’isolationnisme dérive d’un courant profond dans le public américain, lassé par des mésaventures terribles au Vietnam, en Irak, en Afghanistan. Il n’y a pas une guerre que les États-Unis aient gagnée depuis la Seconde Guerre mondiale. En outre si George Bush (le père) a su accompagner la chute des Soviets et la réunification de l’Allemagne, ses successeurs, persuadés que le communisme avait été vaincu pour des siècles, ont été incapables de nouer des relations de coopération et de respect avec Moscou. Poutine ne fait rien d’autre que se venger d’une attitude occidentale par laquelle les Russes se sont sentis méprisés.

On a beau dire et faire, l’avenir du redressement, pour les Américains, réside dans la disparition politique de Donald Trump. Son élection en 2016 fut une calamité. Sa réélection en 2020 ruinerait durablement la cohésion de la société américaine. La procédure d’impeachment n’a rien à voir avec le processus politique qui conduirait à la défaite de Trump. Elle sert à l’affaiblir politiquement et à ajouter une casserole de plus à celles, nombreuses, qu’il traîne. S’il devait démissionner avant la fin de son mandat, la colère de ses partisans risque de déboucher sur de graves troubles sociaux. Il est préférable qu’il soit écarté à la faveur de l’élection massive de son adversaire démocrate, quel qu’il soit.

RICHARD LISCIA

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63)Entre la Syrie et la Turquie, un face-à-face arbitré par la Russie

Au sixième jour de l’intervention turque dans le nord de la Syrie, les milices kurdes et le régime syrien ont annoncé, dimanche 13 octobre au soir, avoir signé un accord.

Alors que les armées syrienne et turque n’étaient plus qu’à quelques kilomètres l’une de l’autre, lundi 14, tous les regards convergent vers la Russie, seul vrai arbitre du conflit.

  • Anne-Bénédicte Hoffner et Olivier Tallès,
  • le 15/10/2019 à 06:00
  • Modifié le 15/10/2019 à 08:00

Que dit l’accord entre la Syrie et les Kurdes ?

Le régime syrien, resté étonnamment silencieux lors de l’annonce du retrait américain puis de l’intervention turque, mercredi 9 octobre, est entré en scène. Lundi 14 octobre, les images des camions emmenant vers le nord du pays des soldats syriens enthousiastes, drapeaux flottant au vent, ont montré que Bachar Al Assad, le président syrien, n’entendait pas laisser les mains libres à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

La veille au soir, au cinquième jour de l’opération turque destinée à réduire leur influence dans la région, les milices kurdes ont appelé à l’aide le régime de Damas. Un accord a été annoncé, qui prévoit le déploiement de l’armée syrienne près de la frontière turque « dans le but de soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS) », selon le communiqué de l’administration kurde. L’armée syrienne est aussi « appelée à libérer toutes les localités occupées par l’armée turque et ses supplétifs syriens » depuis le début de cette offensive.

Par cet accord, qu’elles « n’ont pas dû signer de gaieté de cœur », les milices kurdes prennent acte de leur infériorité militaire face à l’armée turque, analyse Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble. « Plus habituées à la guérilla, elles affrontent cette fois une armée conventionnelle avec chars et avions. » En à peine six jours, le conflit aurait fait plus de 250 morts du côté syrien, une vingtaine du côté turc, et plus de 160 000 personnes déplacées. « Pour le régime syrien, mieux vaut les Kurdes que l’armée turque, qui risque d’être plus difficile à déloger », appuie le chercheur Sébastien Boussois.

Y a-t-il un risque d’escalade entre la Syrie et la Turquie ?

Dès lundi 14, en milieu de journée, les deux armées se rapprochaient dangereusement : les Turcs avançaient autour de Ras Al-Aïn et Tel Abyad, double épicentre de leur offensive initiale. De leur côté, les Syriens occupaient Aïn Issa, Tel Tamer et ­Tabqa, quelques kilomètres plus au sud. La confrontation armée aura-t-elle lieu ? Et quelle serait son ampleur ? Au-delà des habitants de la région, kurdes et arabes, durement éprouvés par sept ans de conflits, la perspective inquiète.

Mais la réponse est compliquée par la multiplicité des acteurs en jeu, et par le flou qu’entretiennent certains – le président américain Donald Trump en tête – sur leurs intentions réelles. Pour les spécialistes, ni Ankara, ni Damas n’ont intérêt à une escalade. Bachar Al Assad a deux objectifs principaux : préserverl’« intégrité territoriale » de son pays et « éviter que les djihadistes ne retournent à Idlib », rappelle Sébastien Boussois. Et n’a donc aucun intérêt à déclencher un « massacre ».

« Le régime syrien a déjà gagné le contrôle de la plupart de son territoire, et une confrontation armée avec la Turquie risquerait plutôt de lui faire perdre du terrain », confirme la chercheuse Jana Jabbour, professeure à l’IEP. Quant à la Turquie, elle n’a pas les moyens économiques d’une confrontation militaire et d’une occupation prolongée du terrain syrien, selon Jana Jabbour. Ankara pourrait donc tenter de réaliser son objectif – « anéantir la force de frappe des combattants kurdes – le plus vite possible, pour se retirer ensuite et ne pas compromettre ainsi ses bonnes relations avec Téhéran et Moscou. »

Quel rôle joue Moscou ?

La Russie semble, de fait, avoir toutes les cartes en main. Dès le mois d’août, Vladimir Poutine avait déclaré « comprendre l’inquiétude de la Turquie au sujet de sa frontière méridionale », avant d’avaliser le principe d’une zone de sécurité. « Si le Kremlin n’a pas directement donné le feu vert à l’opération turque, il y a probablement eu un accord entre Moscou et Ankara », précise Kirill Semenov, directeur du Centre de recherche islamique à Moscou. « La Russie a notamment mis un terme à l’offensive à Idlib, donnant à la Turquie l’occasion de concentrer tous ses efforts sur l’est de la Syrie. »

Au centre du jeu syrien, capable de parler avec tous les acteurs, la Russie poursuit en Syrie un subtil jeu d’équilibre entre le soutien politique et militaire au régime de Damas, la poursuite de sa coopération avec son voisin turc, qui lui a récemment acheté le système antimissile S-400, et la lutte contre les djihadistes qui comptent de nombreux Russes dans leurs rangs.

Défenseur de l’intégrité territoriale de la Syrie, Vladimir Poutine a vu d’un bon œil les Kurdes en appeler au soutien de Damas face aux chars turcs, une demande qui avait très certainement été anticipée. « Moscou ne s’oppose pas au principe de l’autonomie réclamée par les Kurdes. Mais le Kremlin ne veut pas entrer en conflit avec le régime syrien au nom de ce principe », poursuit Kirill Semenov. Les Russes espèrent même consolider leurs liens avec les Turcs, fortement critiqués en Occident, au terme de cette nouvelle séquence de la guerre en Syrie. « Pour la Russie, le principal risque réside dans le fait que les opérations turques et syriennes aillent au-delà des lignes rouges discutées en amont », conclut le chercheur.

Que peuvent faire les Occidentaux ?

La réponse est simple : rien, ou presque. Car, contrairement aux Russes, ils sont privés de moyens. Après un premier retrait partiel, annoncé le 6 octobre, les États-Unis ont annoncé, ­dimanche 13 au soir, qu’ils retiraient cette fois jusqu’à 1 000 soldats du nord de la Syrie, montrant leur volonté de tourner le dos au conflit en cours.

Quant aux pays de l’UE, ils se sont dits très préoccupés lors de la réunion des ministres des affaires étrangères, à Luxembourg, mais ont reconnu leur incapacité à trouver des actions communes pour faire pression sur Ankara, au-delà d’un moratoire sur les ventes d’armes à la Turquie. « Ce conflit pose la question de la politique étrangère de l’Europe, qui ne pèse plus grand-chose depuis plusieurs années et qui n’est guère sollicitée que pour la reconstruction et parfois, dans le cas de l’Iran, pour organiser les négociations », déplore Jean Marcou.

Cette fois encore, des négociations seront indispensables entre Ankara et Damas, mais Moscou apparaît comme le mieux placé pour les conduire, note le directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Didier Billion.

À l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, les pays européens n’ont pas même les forces nécessaires pour empêcher la fuite de nombreux djihadistes, ou de leurs proches, des prisons ou des camps jusqu’ici tenus par les Kurdes. « Les pays occidentaux n’ont aucune emprise réelle sur le mouvement des djihadistes sur le terrain. Face au chaos, il leur est très difficile de les repérer, de les capturer ou de les empêcher d’aller sur d’autres fronts », reconnaît Jana Jabbour, pour qui « le danger d’une résurgence de Daech » est réel.

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61)Les grands brûlés du Brexit

Cameron, May, Johnson... Au Royaume-Uni, le Brexit est une machine à détruire du politique. Ils sont beaucoup à y avoir laissé des plumes. À qui le tour ?

Par
Modifié le 08/09/2019 à 14:17 - Publié le 05/09/2019 à 15:29 | Le Point.fr

Avant le référendum, les jours heureux... En mai 2014, David Cameron, alors Premier ministre, plaisante avec Boris Johnson, maire de Londres.

© STEFAN ROUSSEAU / POOL / AFP

 

61)L’Italie entre les mains de Giuseppe Conte

Analyse

Le président de la République, Sergio Mattarella, a chargé, jeudi 29 août, Giuseppe Conte de former l’attelage de la nouvelle équipe gouvernementale, réunissant le Mouvement 5 étoiles et le Parti démocrate. Un vrai défi alors que ces deux partis étaient jusqu’alors ennemis.

  • Anne Le Nir à Rome,
  • le 29/08/2019 à 16:38
  • Modifié le 29/08/2019 à 18:23

L’avocat « du peuple » comme il se définissait en juin 2018, quand il a pris les rênes de l’exécutif formé par le Mouvement 5 étoiles (MS5) et la Ligue, va jouer un rôle bien plus déterminant que celui qu’il a eu avant la crise déclenchée par Matteo Salvini. Jeudi 29 août, Giuseppe Conte a été choisi comme nouveau premier ministre par Luigi Di Maio, chef politique du MS5 qui détient la majorité relative au parlement. Le leader du Parti démocrate (PD), Nicolas Zingaretti, a accepté, après de houleuses tractations entre deux formations ennemies.

 

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Un mandat clair

Le président Sergio Mattarella a confié à l’avocat un mandat clair. Il doit garantir un programme politique solide et former un gouvernement en mesure d’obtenir la confiance des deux Chambres. « Giuseppe Conte a réussi, malgré l’encombrant Salvini, à préserver les relations avec Paris, Berlin, Bruxelles, le Vatican et la Maison-Blanche. Il a la carrure pour exercer pleinement ses fonctions de président du Conseil », assure le politologue Roberto D’Alimonte.

Un point de vue que ne partage pas le professeur d’histoire contemporaine, Giovanni Orsina : « L’alliance entre populistes et sociaux démocrates ne repose que sur la nécessité, pour ces partis en perte de vitesse, de barrer la route à l’extrême droite de Salvini. » Pour cet expert, l’Italie n’est pas à l’abri d’un retour aux urnes anticipé. « Je ne vois pas comment Guiseppe Conte parviendra à mener un gouvernement europhile orienté à gauche, après avoir soutenu un exécutif eurosceptique orienté à droite. »

Une alliance ubuesque

Il est vrai que l’alliance entre un Mouvement qualifié par Luigi Di Maio de post-idéologique et le Parti démocrate, profondément proeuropéen, semble assez ubuesque. Les tentatives d’accord à l’issue des législatives de 2013 et de 2018 ont lamentablement échoué, rappelle l’éditorialiste de La Repubblica, Ezio Mauro, qui souligne la précarité d’« une entente sans traditions et références culturelles partagées ».

Pour Roberto D’Alimonte, ce jugement ne tient pas compte de la détermination de Giuseppe Conte à trouver un compromis durable : « Dans son discours, à l’issue de son entretien avec le chef de l’État, on l’a senti sûr de lui, très engagé pour diriger un exécutif réformateur. Il a parfaitement synthétisé les points de convergence entre le M5S et le PD. »

De fait, Guiseppe Conte a mis en exergue ce qui peut rassembler, aujourd’hui, ces deux partis « dans une conjoncture européenne et mondiale très difficile ». Un gouvernement « remettant au centre les jeunes, les politiques sociales, la défense de l’environnement et le travail. Un gouvernement humaniste, respectueux des institutions et de la défense des intérêts nationaux mais dans un cadre de multilatéralisme ».

 

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Quel rôle pour Luigi Di Maio ?

Le premier ministre in pectore a cependant esquivé les questions cruciales, notamment celle de l’immigration. Le PD veut abolir les décrets sécurité de Matteo Salvini, le M5S n’y est pas favorable. Les sociaux-démocrates sont prêts à élaborer une loi de budget permettant de geler l’augmentation de la TVA et réduire les impôts pour les foyers modestes. Le M5S souhaite des mesures plus ambitieuses.

Par ailleurs, la délicate répartition des portefeuilles, et le futur rôle de Luigi Di Maio, constituent un des principaux nœuds que Giuseppe Conte devra démêler rapidement pour écarter le risque d’élections et un possible retour de Matteo Salvini.

 

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60)L’Europe freine le sauvetage en Méditerranée

Près de 50 000 migrants interceptés en Méditerranée ont été renvoyés en Libye depuis 2016 en violation du droit européen.

Après la crise migratoire de 2015, l’Union européenne et ses États membres ont conclu des partenariats avec des pays tiers qui échappent aux sanctions judiciaires.

  • Marie Verdier,
  • le 30/08/2019 à 06:00
  • Modifié le 30/08/2019 à 08:00
 

Chronique de tragédies devenues ordinaires. Le 27 août, une quarantaine de personnes sont mortes ou portées disparues au cours d’un naufrage au large de la Libye. Les 65 passagers secourus ont été renvoyés en Libye et y vivront à nouveau l’enfer largement documenté des centres de rétention.

Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, s’indigne alors sur son compte Twitter du cap des 900 morts franchi cette année en Méditerranée. Lesquels s’ajoutent aux plus de 15 000 décès comptabilisés depuis 2014, sans compter les âmes disparues au fond des eaux, le long de la route maritime la plus meurtrière au monde, entre la Libye et l’Italie. « Les capacités de sauvetage en mer ont beaucoup diminué. C’est ce qui arrive quand l’activité humanitaire de sauvetage est politisée, dénonce Filippo Grandi. C’est inhumain, immoral et illégal. »

De l’autre côté de la Méditerranée, les autorités italiennes mènent une guerre sans merci contre les ONG, pour entraver leur action de sauvetage. Même si « l’Europe n’est plus en état de crise, le nombre d’arrivées est à son plus bas niveau depuis cinq ans », affirmait la Commission européenne dans un document intitulé « Rétablir les faits » en mars dernier.

Ainsi les deux avions des ONG allemande Sea-Watch et française Pilotes volontaires sont cloués au sol sur l’île de Lampedusa, interdits de partir en reconnaissance de bateaux en détresse, au motif qu’ils ont une vocation récréative et non pas professionnelle.

Le bateau Eleonore de l’ONG allemande Mission Lifeline, avec cent naufragés à bord, a interdiction d’entrer dans les eaux territoriales maltaises et italiennes. Le Mare Jonio du collectif italien Mediterranea, qui a secouru une centaine de migrants le 28 août, pourra débarquer les 26 femmes et 22 enfants, même si les eaux italiennes lui restent interdites, jusqu’à ce que quelques États européens finissent par se porter volontaires pour accueillir leurs passagers.

Le Mare Jonio venait juste de reprendre la mer après avoir été mis sous séquestre pendant plus de deux mois. C’est maintenant au tour de l’Open Arms, de l’ONG espagnole Proactiva d’être immobilisé depuis le 20 août tout comme le Sea-Watch 3 allemand l’est depuis fin juin. « Les ONG finissent par être acquittées, mais, en attendant, leurs bateaux sont interdits de prendre la mer pendant des mois. Il y a maintenant régulièrement de longues périodes sans bateau de sauvetage opérationnel en Méditerranée », s’émeut Sara Prestianni de l’ONG italienne Arci. La chancelière allemande Angela Merkel s’est prononcée le 16 août en faveur de la reprise des activités – suspendues depuis le printemps dernier – de surveillance et de sauvetage en mer par l’UE dans le cadre de l’opération Sophia, sans trouver d’écho pour l’instant.

« La fermeture des ports en Italie est le résultat du déficit de solidarité au sein de l’UE », estime-t-on au ministère français de l’intérieur. La France qui s’apprête à rapatrier 190 des demandeurs d’asile des derniers bateaux, milite pour la création d’un « mécanisme de solidarité ». Une réunion est envisagée en septembre à Malte pour mettre sur pied ce dispositif temporaire de répartition automatique des rescapés des bateaux des ONG, en attendant que les États européens s’accordent sur une réforme – conflictuelle – de la politique de l’asile. Sept d’entre eux sont pour l’heure volontaires. Toutefois, « il ne s’agit pas de brusquer la nouvelle coalition italienne », souligne-t-on place Beauvau.

Et le mécanisme ne concernera que les sauvetages des ONG. « Mais nos opérations ne sont que de pauvres cache-misère pour le nombre de noyés et de personnes renvoyées vers la Libye », constate amèrement Hassiba Hadj Sahraoui, de MSF aux Pays-Bas. De fait les migrants gagnent de plus en plus rarement les côtes européennes. D’après l’institut de recherche italien Ispi, 50 000 d’entre eux ont été renvoyés en Libye depuis 2016 avec une pratique allant crescendo : c’était le cas de moins de 7 % de ceux qui prenaient la mer en 2016, et de plus de 60 % en 2019.

« Personne ne nie que, de par sa politique de collaboration et de sous-traitance, l’UE fournit à la Libye des personnes qui risquent d’y être victimes de viol, de persécution ou d’esclavage », estime le juriste Omer Shatz qui rappelle que le conseil de sécurité de l’ONU a demandé à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter sur les crimes commis en Libye depuis 2011. « Le président Macron avait lui-même dénoncé les crimes contre l’humanité perpétrés en Libye », ajoute-t-il.

C’était en novembre 2017. Il était alors question d’évacuer en urgence les 50 000 demandeurs d’asile enregistrés en Libye par le HCR après la diffusion d’images de marchés aux esclaves… Omer Shatz est l’un des avocats à avoir déposé en juin dernier une plainte auprès de la procureure de la CPI pour crime contre l’humanité visant l’UE, comme entité politique et nombre de dirigeants européens. « Un accusé de réception de la CPI peut prendre des années », reconnaît-il.

La condamnation de l’Italie par la Cour européenne des droits de l’homme en février 2012 pour avoir secouru, puis refoulé vers la Libye onze Somaliens et treize Érythréens en 2009 fut, aux yeux des experts, un vrai tournant dans l’élaboration des politiques européennes pour développer des stratégies de contournement du droit européen visant à confier à des pays tiers la gestion migratoire, sans être condamné.

Pour ce faire, les États ont eurecours à la « soft law ». « Du droit ”mou”, qui ressemble plus à du droit tordu et qui a permis d’externaliser, d’extra-territorialiser et de complexifier les procédures, visant à surveiller et bannir (selon l’expression du sociologue Didier Bigo) tout en échappant à la sanction des juges », commente Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit public à l’université de Lyon 3.

Ainsi en allait-il de l’accord conclu entre l’UE et la Turquie le 18 mars 2016. Le tribunal de l’UE s’est déclaré incompétent pour juger de sa légalité au motif que l’accord était une « déclaration » et non pas un accord international engageant le Conseil européen, comme le développe le juriste Antoine Guérin dans La Revue des droits de l’homme. S’il l’avait analysé au fond, le tribunal aurait été amené « à constater de graves violations du droit de l’Union », estime le juriste.

La Cour de justice de l’UE (CJUE) botta, elle aussi, en touche. Le « Memorandum of Understanding » conclu par l’Italie – par le ministre du parti démocrate Marco Minniti – et le gouvernement de Tripoli de février 2017 est également resté hors des radars de la justice. Et a permis de confier aux garde-côtes libyens, moyennant finance, le rapatriement des rescapés sur leur sol. C’est ainsi que pour Marie-Laure Basilien-Gainche, « la Méditerranée est non seulement un immense cimetière, elle est aussi devenue la nécropole des principes et des valeurs qui fondent l’Europe ».

 

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59)L’Italie se ressaisit

Conte, l’homme qui monte
(Photo AFP)

Chef de la Ligue, Matteo Salvini, fort des 34 % de suffrages que son parti a remportés aux élections européennes, a demandé des élections anticipées. Le mouvement Cinq étoiles et le parti du centre-gauche, Parti démocrate (PD), ont mis fin à sa démarche en se coalisant.

IL N’Y A RIEN, dans le mariage 5 Stelle-PD, qui relève de la raison. Mais, à y voir de plus près, il n’y avait rien non plus qui favorisât il y a onze mois un rapprochement entre le parti de Beppe Grillo et celui de Matteo Salvini., Le seul fait nouveau, c’est la volonté du président de la République, Sergio Mattarella de ne pas céder aux manigances de Salvini et, surtout, de ne pas précipiter l’Italie dans l’une de ces crises politiques à répétition dans lesquelles elles s’est spécialisée. Salvini, l’homme qui ne se sépare plus de son chapelet, domine la scène politique italienne car il n’est pas loin, dans une consultation électorale, d’obtenir assez de suffrages pour obtenir la majorité absolue à la Chambre des députés. C’est Giuseppe Conte, ex-président du Conseil, qui l’a envoyé aux pelotes, d’abord en le critiquant sévèrement et en dénonçant ses manœuvres pour conquérir le pouvoir, ensuite en montant une coalition avec Cinq étoiles.

Une Italie instable.

La combinaison qui a été trouvée n’est pas plus rassurante, au sujet de la la stabilité politique de l’Italie, que la précédente. Par nature, Cinq étoiles est un mouvement populiste, très hostile aux institutions actuelles qui n’a fait un bout de chemin avec la Ligue qu’à contrecœur. Mais la coalition de rechange ne brille pas davantage par sa cohérence. Là où Cinq étoiles n’a qu’un désir, celui de bousculer les institutions, le PD ne songe qu’aux réformes. Pour avoir une idée approximative de la situation, la nouvelle coalition ressemble à une alliance entre La République en marche et la France insoumise. Elle est donc très vulnérable, notamment aux assauts d’une extrême droite complètement décomplexée et triomphaliste. Matteo Salvini a d’ailleurs dit qu’il  avait le temps et que celui-ci jouait en sa faveur.

Salvini perd une manche.

Mais au moins le président Mattarella a-t-il été en mesure de rappeler aux Italiens qu’ils vivent en République et qu’avant de retourner aux urnes, il existe des solutions moins calamiteuses. On ne voit pas très bien sur quoi les deux partis du nouveau binôme peuvent s’entendre, mais ils ont fait savoir qu’il y a en Italie une urgence économiques et qu’ils entendent s’attaquer en priorité à l’arrêt de la croissance. Le chef de l’État, dernier garant du juste fonctionnement des institutions, a démontré que l’appétit d’ogre de Salvini ne suffisait pas à envoyer tout un peuple aux urnes et, même s’il affiche une totale sérénité, il vient de perdre une manche.

La métamorphose de Conte.

Cependant,  il n’a pas dit son dernier mot, non seulement parce qu’il est soutenu par 35 à 40 % de l’électorat, mais parce que, sur le fond, de gros dossiers opposent Cinq étoiles au parti démocrate, à commencer par la ligne de TGV Lyon-Milan que Cinq étoiles rejette énergiquement pour des raisons liées à l’écologie. Dans leur parcours, les deux partis ne manqueront pas de rencontrer des sujets susceptibles de les opposer et leur fragile coalition risque d’exploser. En tout cas, Giuseppe Conte a été reconduit dans ses fonctions de président du Conseil. Il a démontré, par sa capacité à ne pas perdre son sang-froid, par les vives critiques qu’il a adressées à Salvini et par son refus de céder aux pressions de la Ligue, qu’il devient un homme d’État avec lequel il faut compter. L’Italie a besoin de nouveaux talents politiques et elle vient d’en découvrir un. Ce qui ne veut pas dire que, dans quelques mois, elle ne sera pas plongée dans une nouvelle crise. Endettée au-delà du raisonnable, incapable de résorber son chômage (12 %), envahie par un espoir morbide, celui de s’en sortir grâce à un saltimbanque néo-mussolinien, l’Italie est encore en danger.

RICHARD LISCIA

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58)G7 : le coup de Macron

Zarif, l’homme qui a l’oreille de la France
(Photo AFP)

Après avoir consulté ses homologues du G7, Emmanuel Macron a fait venir le ministre iranien des Affaires étrangères à Biarritz. Mohammad Javad Zarif n’a pas été reçu par Donald Trump, mais un échange d’idées a bel et bien eu lieu entre l’Iran et les États-Unis par l’intermédiaire du président français.

COMME on pouvait s’y attendre, l’initiative du chef de l’État a eu sa part de critiques. M. Zarif avait déjà eu un contact avec les dirigeants français vendredi. Il est curieux qu’il soit revenu en France deux jours plus tard. De même qu’il est regrettable qu’il n’ait pas été convié à une discussion avec M. Trump. Mais de toute évidence, la France a joué un rôle de médiation. Elle a informé le président des États-Unis des idées iraniennes et elle a rapporté la réaction de M. Trump à ces idées. Comme l’a fait remarquer M. Macron dans l’une de ses nombreuses interventions publiques pendant les deux premiers jours du sommet, le G7 est une réunion informelle. Il a néanmoins pris le soin d’informer ses partenaires avant d’inviter le ministre iranien. Et il n’est pas excessivement optimiste de croire que des pistes ont été explorées pour empêcher l’abandon de l’accord nucléaire conclu entre Téhéran et six autres pays, dont les États-Unis, en 2015.

Début de détente.

La visite à Biarritz du dignitaire iranien a en tout cas contribué à détendre l’atmosphère. Bien qu’il ait approuvé l’idée de M. Macron de rappeler M. Zarif en France, M. Trump dit qu’il n’est pour rien dans le geste français. C’est la moindre des prudences pour un homme qui, l’an dernier, avait retiré sa signature de l’accord qui avait suivi le G7 de 2018.  On peut donc considérer que le président de la République a obtenu un progrès important dans une crise qui menace la paix du monde et il est absurde de minimiser ses efforts au nom de l’incessante dialectique pouvoir-opposition. De toute façon, il faut rendre à Macron ce qui lui appartient. Il a fait d’un rendez-vous habituellement sans surprise un évènement intéressant qu’il a nourri lui-même de ses efforts diplomatiques. Il exerce une politique du sourire qui efface les mauvaises humeurs des participants et il parvient à prendre Trump par les bons sentiments, ce qui est rare. Non seulement il agit, mais il explique pourquoi et dans quelles conditions il agit. Vendredi dernier, il avait déjà saisi l’opinion mondiale de ce qui se passe en Amazonie et apporté, du même coup, une coloration environnementale au sommet.

Plus écolo que moi…

On ne peut pas nier au président son activisme inlassable. D’un exercice vieillissant, très institutionnel et rabâché, il a fait une tribune où les dirigeants de puissances riches sont sommés de réfléchir, d’agir et de se retrouver unis sur un certain nombre de principes. Trump n’aime guère qu’on l’entraîne dans des actions qu’il considère comme relevant de l’angélisme. Mais même lui sait qu’un conflit militaire avec l’Iran serait désastreux pour le Proche-Orient et pour le monde.  À quoi s’ajoute la dimension écologique que M. Macron a donnée au G7 et que Yannick Jadot, tête de liste d’EELV aux élections municipales a reconnue ce matin. Il l’a fait avec beaucoup de réserves, parce qu’il est en pleine campagne électorale. Fort de son résultat de 13,5 % des voix aux élections européennes, il croit qu’il peut rassembler assez de monde pour arriver en tête. Mais si l’on en croit les succès passés des Verts, ils n’ont pas plus tôt remporté une bataille qu’ils se divisent, se chamaillent et font à peu près tout ce qu’il faut pour ne pas gouverner. M. Jadot est convaincu qu’une forte campagne des Verts pourrait mettre fin au match classique entre La République en marche et le Rassemblement national. Rappelons-lui qu’il lui sera très difficile de réunir la gauche autour de son panache et qu’il ne faut pas forcément être vert pour faire de l’écologie. Macron en a fait plus que lui la semaine dernière en lançant son cri d’alarme sur l’Amazonie.

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57)La fin du traité FNI débride la course aux armements

 

Les États-Unis sont sortis vendredi 2 août du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), signé avec l’URSS en 1987, après avoir accusé Moscou, en février, de violer ce traité en développant le missile 9M729.

 

  • François d’Alançon,
  • le 05/08/2019 à 06:00

Que signifie la fin du traité pour Washington et Moscou ?

Les États-Unis et la Russie sont désormais libres de lancer des programmes d’armements jusqu’alors interdits. La fin du FNI permettra à Washington de se moderniser pour contrer la montée en puissance de la Chine qui développe un puissant arsenal de missiles de portée intermédiaire. Le Pentagone va tester, en août, un missile terrestre d’une portée de 1 000 km et, en novembre, un missile balistique d’une portée de 3 000 à 4 000 km. Lorsqu’ils seront opérationnels, les États-Unis pourront les déployer dans les îles du Pacifique et sur les territoires de pays alliés pour contrer la pression chinoise en mer de Chine méridionale. Le Pentagone a également évoqué, dans la posture nucléaire publiée en 2018, la mise au point d’un missile nucléaire de faible puissance.

La Russie, de son côté, va développer et déployer de nouveaux missiles, en particulier un missile terrestre de moyenne portée et une version terrestre du missile naval Kalibr, utilisé par la marine en Syrie. En mars 2018, le Kremlin a dévoilé un programme de modernisation des forces nucléaires russes comprenant notamment un missile intercontinental, des drones sous-marins à tête nucléaire, un missile hypersonique d’une portée de 4000 kilomètres et des petites ogives nucléaires.

Quelles conséquences pour la sécurité de l’Europe ?

En interdisant l’usage de toute une série de missiles balistiques et de croisière à lanceur terrestre d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres, le traité FNI avait permis à la fin des années 1980 l’élimination des missiles balistiques SS20 russes et des Pershing américains déployés en Europe. Une catégorie entière d’armes capables d’emporter une charge nucléaire était éliminée.

Dans le nouveau contexte stratégique, l’Otan devra adapter sa posture de dissuasion et de défense pour garantir la sécurité de l’Europe. En juillet, le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg a reconnu que les « défenses actuelles ne sont pas en mesure d’abattre un missile de croisière tiré depuis la Russie ». Vendredi 2 août, tout en rejetant une proposition de moratoire de Moscou sur le déploiement des armes nucléaires prohibées par l’ancien traité, il a indiqué depuis le siège de l’Alliance à Bruxelles : « Nous ne voulons pas d’une nouvelle course aux armements, mais nous ferons en sorte que notre dissuasion soit crédible. »

En juin, les ministres de la défense de l’Alliance avaient indiqué que l’Otan ne comptait pas déployer de nouveaux missiles nucléaires basés à terre en Europe. « C’est une question stratégique et de sécurité majeure mais aussi une question politique concernant la place et le rôle de la dissuasion nucléaire dans la posture de défense et de dissuasion de l’Alliance atlantique », affirmait Nicolas Roche, alors directeur des affaires stratégiques, de sécurité et de désarmement au ministère des affaires étrangères, dans une audition, mercredi 20 mars, devant la Commission de la défense de l’Assemblée nationale.

L’actuel directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian qualifiait de « développement préoccupant et problématique pour la sécurité et la défense de l’Europe » le déploiement par la Russie du missile 9M729, mettant l’accent sur le risque politique de « double découplage » : « des Européens entre eux, c’est-à-dire d’une division en cas de conflit » et « entre les deux rives de l’Atlantique », un objectif constant de la stratégie russe.

Quel impact sur la maîtrise des armements ?

Après la fin du traité FNI, un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington reste en vigueur : le traité New Start de réduction des armes stratégiques nucléaires, entré en vigueur le 5 février 2011 pour une durée de dix ans. Ses chances de prolongation au-delà de 2021 sont faibles. « Dans ces conditions, plus rien ne limitera la nouvelle course aux armements nucléaires entre les États-Unis et la Russie » affirme le chercheur Alexandre Saveliev dans une tribune pour le Conseil russe des affaires étrangères, un think tank public russe

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56)Le G20, forum global mais pas universel

Les dirigeants des pays du G20 ont rendez-vous à Osaka, au Japon, les 28 et 29 juin, dans un contexte de gouvernance mondiale en crise.

Cette instance créée au lendemain de la crise financière de 2008 souffre d’un déficit de légitimité.

Sur certains sujets nécessitant une approche commune, son format demeure toutefois essentiel.

  • François d’Alançon et Pierre Cochez,
  • le 28/06/2019 à 06:00
  • Modifié le 28/06/2019 à 08:00

À l’heure de l’unilatéralisme, de la dénonciation des accords et de la remise en cause des alliances, le sommet du G20, les 28 et 29 juin à Osaka, au Japon, marque une pause dans le néo-souverainisme généralisé qui semble caractériser le nouveau désordre mondial. Dans son dernier ouvrage (1), l’universitaire israélien Yuval Noah Harari décrit la vision du monde au cœur de la vague nationaliste actuelle comme « un réseau de forteresses » bloquant l’immigration, imposant des taxes sur les produits étrangers et protégeant de la guerre, des ennemis, du multiculturalisme.

Sous l’impulsion de Donald Trump, l’heure est à la remise en cause frontale du multilatéralisme, qu’il s’agisse de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord nucléaire de juillet 2015 avec l’Iran, de l’Unesco ou du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. « Les trois principaux mécanismes de sécurité ne fonctionnent plus : plus de puissance américaine disposée à être le dernier recours pour faire respecter l’ordre international ; pas de système solide de gouvernance internationale ; et pas de véritable concert de nations capable de rétablir un terrain d’entente », soulignait, dans une tribune publiée le 13 juin dans le New York Times, l’ambassadeur François Delattre, avant de quitter ses fonctions de représentant permanent de la France auprès des Nations unies.

David Miliband, ancien ministre britannique des affaires étrangères et président de l’International Rescue Committee, remarquait récemment que « le principe le plus fondamental des relations internationales, à savoir l’interdiction de prendre un territoire par la force, est remis en cause non seulement en Crimée par la Russie ou en mer de Chine méridionale par la Chine, mais également par le soutien américain à l’annexion du plateau du Golan et de certaines parties de la Cisjordanie ».

Depuis la crise financière de 2008, le G20 a élargi son champ d’action en incluant les institutions de Bretton Woods et des organisations internationales. Des États non-membres permanents sont invités à chaque sommet. L’instance s’est révélée utile pour assurer un minimum de coordination sur la scène internationale. « Le G20 est devenu un forum global mais il n’est pas un forum universel comme l’assemblée générale ou le conseil économique et social de l’ONU. À ce titre, il souffre d’un déficit de légitimité, analyse Guillaume Devin, professeur des universités à Sciences-Po. C’est un choix politique. Les grandes puissances se tiennent à l’écart des Nations unies pour éviter d’avoir à traiter avec les autres États. »

Climat

Le G20, indicateur de notre incapacité à agir ensemble

La vague de chaleur actuelle s’invite au sommet d’Osaka. En route pour le Japon, Emmanuel Macron a estimé, jeudi 27 juin, que « le combat qu’on va mener au G20 est décisif ». Il avertit que la France ne signera pas la déclaration du sommet si elle ne défend pas « l’ambition climatique ».

De fait, si lutter contre le changement climatique s’est traduit en 2015 par l’accord de Paris, le sommet du G20 de Hambourg, il y a deux ans, ne pouvait que constater la divergence entre les États-Unis et les 19 autres pays, après la décision de Donald Trump de sortir de cet accord.

« La catastrophe écologique est en route. Parce qu’il est plus qu’une crise passagère, le dérèglement climatique réclame une réforme profonde de notre façon d’habiter notre maison commune », estime le professeur de sciences humaines Jean-Claude Eslin (2).

Inégalités

Les pays émergents ont voix au chapitre

« L’inégalité est l’un des fléaux les plus profondément enracinés de notre époque. Elle se traduit, au niveau des pays pauvres, par des disparités particulièrement choquantes », note l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus (3). Paradoxe, il constate que « les inégalités de richesses entre les pays sont en diminution ».

Le G20 est précisément la preuve de l’accession de certains pays du Sud, dits émergents, aux décisions du monde. Mais, en même temps, Michel Camdessus relève que « à l’intérieur des pays, ces inégalités croissent de façon frappante ». Aux États-Unis, par exemple, la part de revenus du 1 % le plus riche de la population a plus que doublé en quarante ans.

Depuis plusieurs années, les dirigeants du G20 reprennent dans leur communiqué final un discours sur la croissance inclusive et la prospérité partagée. Ils le font notamment sous la pression des populismes dans les pays occidentaux, qui fédèrent des déclassés des pays riches contre les migrants du Sud.

Depuis un pays du Sud, José Ramos-Horta, dirigeant du Timor-Oriental, résume : « Nous sommes des témoins de migrations sans précédent dans l’histoire moderne. Des millions de personnes indésirables – ceux que Frantz Fanon appelait « les damnés de la terre » – survivent aux marges d’une minorité aisée et ostentatoire. Ils parviennent à se faufiler au milieu de ces riches, changeant la démographie de ces pays. »

Numérique

La vigilance mondiale s’affiche

Cinq milliards de téléphones mobiles dans le monde : au plus loin de l’Afrique ou de l’Asie, on rencontre des hommes, femmes et enfants qui consultent Internet pour s’informer, se divertir, communiquer entre eux, régler leurs achats, payer leurs amendes, transférer de l’argent à leurs familles.

Internet rapproche. Il amène des cours d’université en Afrique par le biais de l’enseignement à distance (Mooc). Internet peut aussi augmenter les frustrations en rendant proche le quotidien, souvent idéalisé, des habitants du Nord. Une mère de famille burkinabée comprend comment son enfant pourrait être soigné ou éduqué s’il vivait en France.

Le numérique peut aussi manipuler, par la publicité ou à l’occasion d’élections. La Russie est notamment suspectée de s’être introduite dans les joutes électorales de plusieurs pays du monde, dont les États-Unis.

Les dirigeants du G20 s’engagent régulièrement à travailler sur la taxation du commerce numérique et l’encadrement des cryptomonnaies, afin d’éviter le blanchiment, la fraude et leur prise en main par des organisations terroristes.

Au début du mois, les ministres des finances du G20 ont promis de « redoubler d’efforts » pour mettre en place un système fiscal plus juste sur la taxation du numérique. L’objectif est de parvenir à un accord final « d’ici à 2020 », une avancée rendue possible par le changement d’attitude des États-Unis.

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55)XI JINPING en visite enFrance

Par LEXPRESS

Emmanuel Macron devrait réaffirmer à Xi Jinping l'importance d'un "multilatéralisme fort".

afp.com/JEAN-PAUL PELISSIER

Emmanuel Macron doit s'entretenir ce lundi avec son homologue chinois et sera rejoint mardi par plusieurs leaders européens inquiets de l'offensive chinoise en Europe.

Après le tourisme, les choses sérieuses. Le président chinois Xi Jinping doit arriver ce lundi en début d'après-midi à Paris où il sera formellement accueilli par le président de la République à 15h30 sous l'Arc de triomphe avant d'aller dîner à l'Élysée en début de soirée.  

Arrivé dimanche d'Italie après un crochet par la principauté de Monaco, le dirigeant aura face à lui un Emmanuel Macron inquiet, comme certains de ses partenaires européens, de l'offensive diplomatico-commerciale de Pékin sur le continent. 

 

LIRE AUSSI >> Que sont les nouvelles routes de la soie, ce projet controversé de la Chine ? 

Gouvernance mondiale, règles commerciales, respect de l'environnement, investissements... Le titan chinois est en train de changer la face du monde en investissant massivement un peu partout, notamment dans ses "nouvelles routes de la soie". Emmanuel Macron aimerait cadrer ce bouleversement et trouver une position européenne commune pour y faire face. 

Macron rejoint par les leaders européens

 

L'objectif d'Emmanuel Macron est clair : "renforcer notre partenariat stratégique et affirmer le rôle de la France, de l'Europe et de la Chine en faveur d'un multilatéralisme fort", comme l'a tweeté le président dimanche soir. Car la montée en puissance de la Chine inquiète, alors que le géant asiatique vient de faire adhérer un pays fondateur de l'Union, l'Italie, à son projet d'infrastructures maritimes et terrestres des "nouvelles routes de la soie". 

Le gouvernement italien a signé vendredi des accords qui prévoient par exemple des investissements chinois dans les ports de Gênes et Trieste. Cette ouverture à la Chine préoccupe certains leaders européens, critiques envers le gouvernement populiste italien. Depuis plusieurs années déjà, Pékin travaille au corps les pays d'Europe centrale, dans le cadre du format "16+1" qui regroupe des pays d'Europe et la Chine. La Chine a aussi investi dans plusieurs actifs stratégiques de pays membres, comme le port du Pirée en Grèce, ou le fournisseur historique d'électricité portugais. 

Merkel et Juncker à Paris mardi

Mardi matin, Emmanuel Macron et Xi Jinping seront d'ailleurs rejoints au palais de l'Elysée par la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.  

L'Union européenne, gigantesque et appétissant marché, n'a pas de ligne politique claire face à Pékin. Jeudi, Emmanuel Macron avait appelé à une "une prise de conscience et la défense d'une souveraineté européenne" face à Pékin, qualifié par la Commission européenne de "rival systémique". "Si certains pays croient pouvoir faire de bonnes affaires avec les Chinois, ils seront surpris quand ils s'apercevront qu'ils sont devenus dépendants", a déclaré de son côté à un journal allemand le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas. 

 

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54)Le renseignement américain désavoue Donald Trump

Dans leur rapport annuel, les principales agences contredisent les affirmations du président américain sur la Russie, Daech, l'Iran, ou la Corée du Nord.

Le président américain Donald Trump aux côtés de la directrice de la CIA Gina Haspel lors de la nomination de cette dernière le 21 mai 2018.



© AFP/ SAUL LOEB

53)Traité d’Aix-la-Chapelle : entre Paris et Berlin, une « convergence » au nom de l’Europe

Angela Merkel et Emmanuel Macron doivent signer mardi 22 janvier le traité d’Aix-la-Chapelle pour « compléter » le traité de réconciliation de l’Élysée de 1963.

Ce rôle du franco-allemand alimente polémiques et débats, à quatre mois des élections européennes.

ZOOM

La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron, le 18 novembre. / Omer Messinger/EPA/MaxPPP

De lui, on aura tout dit avant même de le connaître. Qu’il ambitionne de vendre l’Alsace-Lorraine aux Allemands. Qu’il trahit la France en bradant à Berlin le siège au Conseil de sécurité de l’ONU… N’en déplaise aux souverainistes de tous bords, rien dans les dix pages du « Traité de coopération et d’intégration franco-allemandes » ne dit cela. Le texte déclare que « le temps est venu » pour la France et l’Allemagne « d’élever leurs relations bilatérales à un niveau supérieur ».

Une avalanche de fake-news contre le traité franco-allemand

Un traité voulu de longue date

Berlin a choisi le lieu de sa signature, l’hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle, ancien palais de l’empire carolingien, de la main d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron, deux lauréats du prix Charlemagne pour leur engagement pour l’Europe. Une symbolique dûment approuvée par Paris pour « compléter » le traité paraphé à l’Élysée en 1963.

L’idée remonte à loin. Envisagé dès 2003 par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, et Joschka Fischer, son homologue allemand, promis par François Hollande en 2012, le traité est resté en gestation jusqu’au discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron en septembre 2017. Paris a ensuite dû prendre son mal en patience, le temps que Berlin sorte de six mois de tractations gouvernementales. La rédaction a été achevée récemment.

« Ce qui me semble intéressant par rapport au texte de 1963, c’est le passage du terme clé de”coopération” à celui de ’’convergence’’ », explique Hélène Miard-Delacroix. Les deux pays vont ainsi adopter « une clause de défense mutuelle » dans laquelle ils « se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression armée contre leurs territoires ».

De part et d’autre du Rhin, le reflet de l’autre

Elle pourrait servir en cas d’attaque terroriste, précise l’Élysée. Les deux parties engagent leurs forces armées vers des « déploiements conjoints » – la France tenait beaucoup à cet aspect. Elles œuvrent à la « consolidation de la base industrielle et technologique de défense européenne ».

Pas question pour Paris, comme l’a laissé entendre la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, de partager son siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU, même si les deux pays « coordonnent étroitement leurs positions ». La diplomatie française s’engage en revanche à aider l’Allemagne à décrocher elle aussi un siège permanent.

Dans le domaine culturel, le travail de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (8 000 programmes par an) sera renforcé par la création d’un « fonds citoyen » destiné à « soutenir les initiatives de citoyens et les jumelages entre les villes ». Plusieurs médias (France Télévisions, l’audiovisuel public allemand ARD, Arte…) plancheraient déjà sur une « plate-forme numérique » pour des contenus « destinés en particulier aux jeunes ».

Les relations franco-allemandes, un lien concret

Un effacement des nations ?

La partie qui aborde la coopération transfrontalière est sans doute celle qui hérisse le plus le poil des souverainistes. Paris et Berlin prônent en effet « l’élimination des obstacles » (transports, procédures, administration…) dans les territoires afin de « faciliter la vie quotidienne des habitants ».

Pour ce faire, des « dérogations » au droit national pourront être votées, sans nuire à « la préservation de normes strictes ». Les deux pays définiront par ailleurs des « projets prioritaires » comme la reconversion du site français de Fessenheim, proche de la frontière allemande, dont la centrale nucléaire doit être fermée à l’été 2020.

Le texte issu de l’Élysée et de la chancellerie a été vivement critiqué pour son caractère confidentiel, dix jours avant sa signature. Lors de sa discussion, jeudi 17 janvier au Bundestag, le coprésident du parti d’extrême droite allemand AfD Alexander Gauland a dénoncé la volonté de créer une « super Union européenne dans l’UE ». Les Verts, au contraire, l’ont jugé « trop abstrait » et « assoupli », n’allant pas assez loin par rapport aux résolutions des parlements allemand et français de janvier 2018.

Paris et Berlin peaufinent leur vision d’un budget pour la zone euro

Élan européen

« Ce traité partait d’une demande de la France qui voulait s’assurer que l’Allemagne reste attachée à la relation particulière entre les deux pays. La chancellerie a joué le jeu en insistant sur la dimension européenne pour n’exclure personne », explique le directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, Frank Baasner, qui a vu toutes les étapes de construction du texte.

Voilà donc Paris réconforté dans son idée d’une Europe où Paris et Berlin continueraient à battre la cadence. À quelques mois des élections européennes, c’est sa force d’entraînement qui sera mise à l’épreuve, sur un continent travaillé par d’autres alliances, comme l’a montré le récent déplacement à Varsovie du vice-premier ministre italien d’extrême droite, Matteo Salvini.

Jean-Baptiste François
 

 

52)Le délire américain

Nancy Pelosi
(Photo AFP)

Bien que la crise des gilets jaunes soit d’une gravité sans précédent, elle a rendu  cette chronique monothématique. J’en viens aujourd’hui à la politique telle qu’elle est conçue par Donald Trump. Il n’y a pas, là non plus, de quoi se réjouir.

MIS en minorité par la victoire des démocrates à la Chambre des représentants, l’équivalent de notre Assemblée nationale, Donald Trump n’entend pas pour autant s’accommoder d’une opposition déterminée à bloquer un certain nombre de ses initiatives les plus controversées. Son mur, à la frontière du Mexique, il y tient. Et comme il a bel et bien renoncé à le faire financer par son voisin du sud, il s’efforce maintenant d’en imposer la dépense au Congrès et demande une première tranche de 5,7 milliards de dollars pour le début des travaux. La majorité à la Chambre, dirigée par Nancy Pelosi, représentante de la Californie, estime que les États-Unis ont besoin de faire d’autres dépenses plus urgentes. Du coup,  Trump a cédé à l’un de ses nombreux caprices et arrêté de financer un certain nombre d’activités de son administration, en pratiquant le fameux « shutdown » ce qui signifie la fermeture d’un certain nombre de services gouvernementaux et la mise au chômage technique de 800000 fonctionnaires.

Un grillage plutôt que le mur.

Ce n’est pas la première fois que se produit un tel shutdown, expression la plus achevée de l’impuissance gouvernementale. Barack Obama, constamment harcelé par un Congrès à majorité républicaine, en a subi les effets avant Trump et d’autres présidents avant lui. Mais, au fond, l’attitude impériale de Trump indique son déni du changement de majorité à la Chambre, son refus de coopérer avec les élus, son recours au chantage, et sa prise d’otages dans l’administration. Le bras-de-fer risque de durer mais il se poursuivra au détriment de Trump, qui ne fera pas admettre à l’ensemble des Américains que les démocrates sont les seuls  à avoir pris la responsabilité du shutdown. Les électeurs ne pensent pas lourd de la classe politique, et si Trump est assuré de bénéficier du soutien d’une fraction de l’opinion, de toute façon, il finira par subir l’impopularité de ses méthodes. Aujourd’hui encore, il s’est rendu à la frontière mexicaine pour exalter sa politique migratoire, dont la principale caractéristique consiste à traiter les immigrés comme des voleurs et des violeurs (il l’a encore dit cette semaine). Il est prêt, dit-il, à se contenter d’un grillage à la place du mur, mais aucun dialogue avec l’opposition ne permet de croire que l’exécutif et le législatif s’acheminent vers un compromis.

La question syrienne.

La chronique du trumpisme à l’œuvre n’est pas enthousiasmante, en partie parce que le vocabulaire courant ne suffit pas à décrire la folie, l’infantilisme assorti de narcissisme et l’inventivité dans le mensonge qui relatent le comportement et la gestion de Trump. Pratiquement, il n’est plus entouré que par des conseillers dociles ou idéologiquement encore plus populistes que lui. Les derniers personnages un peu sérieux qui collaboraient avec le pouvoir sont partis, y compris le général  Jim Mattis, secrétaire à la Défense, brouillé avec Trump au sujet de l’évacuation, à la fois prématurée et illogique, des troupes américaines qui tenaient, avec les Kurdes, le nord-est de la Syrie. Depuis, le président américain a mis de l’eau dans son vin, rassuré ses alliés et les Kurdes, dont Erdogan, le président turc, ne voulait faire qu’une bouchée. Les 2 000 militaires américains et, surtout, leur matériel, ne quitteront la Syrie que très lentement, autre façon de dire qu’ils resteront sur place quelques mois (ou même quelques années) de plus.

La tentation de se révolter.

Pendant ce temps, les investigations de Robert Mueller, procureur spécial chargé d’enquêter sur une possible collusion entre la campagne de Trump en 2016 et des agents russes, se poursuit. Le président a compris que, s’il limogeait Mueller, il serait contraint à la démission par l’opinion publique ; et donc il s’efforce de minimiser quelques résultats assez probants de l’enquête, de discréditer les témoins qui font des révélations et rappelle à qui veut l’entendre qu’il bénéficie de l’immunité présidentielle. Je n’ai jamais cru qu’il risquait la destitution, mais du train où vont ses affaires, il arrivera très affaibli à sa campagne pour un second mandat, qui l’obsède. En tout cas, il vaut mieux compter sur un basculement de l’opinion que sur la justice si l’on souhaite que l’Amérique se débarrasse de Trump. L’opposition démocrate tend à se radicaliser, avec de jeunes et nouveaux élus très à gauche qui, désormais, osent parler, comme l’ancien candidat à la présidence Bernie Sanders, de socialisme américain. Or il n’y aura jamais, aux États-Unis, une majorité absolue en faveur d’un programme socialiste, même si ceux qui le portent consentent à l’adapter aux structures du marché national. Pour le moment, la seule chance de Trump, c’est qu’à son populisme de droite s’oppose un populisme d’inspiration collectiviste.

Le parti démocrate mérite mieux que cette perversion par l’idéologie. Il est vrai toutefois que les excès et l’insupportable cabotinage de Trump, l’injustice de ses décisions, son mépris pour les principes qui fondent le socle constitutionnel de l’Union ont fait naître et ont développé une aspiration plus forte et plus répandue à une meilleure répartition de la richesse d’une économie en pleine forme, en dépit d’une chute des cours à la bourse. Le « dégagisme » a fait des ravages en Europe et au Proche Orient, il a installé Trump à la Maison Blanche. Les Américains n’ont pas encore leurs gilets jaunes, mais, un clou chassant l’autre, ils pourraient être amenés à croire aux bienfaits de la révolution. Il appartient donc à l’opposition démocrate de contenir le mouvement qui s’annonce et de l’intégrer dans une campagne décente et saine. Les démocrates l’emporteront uniquement s’ils s’engagent à ramener le pays aux fondamentaux démocratiques qui ont fait des États-Unis la première puissance mondiale.

Richard Liscia

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52)La dérive des continents

Theresa May
(Photo AFP)

La France ne fait pas exception à un phénomène, appelé populisme ou dégagisme, qui bouleverse durablement les sociétés du monde développé. L’instabilité politique menace parfois des pays dont les institutions sont restées solides pendant des siècles.

SI VOUS aimez les gilets jaunes, vous adorerez le Royaume-Uni, où se déroule un conflit politique sans précédent, opposant les partisans du Brexit entre eux, et les détracteurs du projet entre eux, avec dans chaque camp cinquante nuances de procédure irréconciliables. Dans celui des Brexiters, on décèle plusieurs factions : ceux qui veulent une sortie brutale de l’Union européenne sans accord préalable, sous le prétexte que tout accord souillerait la blanche hermine de leur cause, ceux qui exigent un accord avec l’UE pour épargner à la Grande-Bretagne les sérieuses conséquences économiques et sociales qui commencent déjà à l’accabler, par exemple la chute de la livre, ceux qui approuvent l’accord conclu entre le gouvernement britannique et l’UE, lequel maintient l’union douanière, ceux qui, comme Tony Blair, réclament un nouveau référendum, ceux enfin qui rejettent fermement le Brexit.

Des Tories enragés.

Dans ce maelström, la Première ministre, Theresa May, infatigable, évolue avec une constance et une foi qui démentent le désarroi profond dont on la croit victime. Elle va de Londres à Bruxelles, incessante navette entre les folles prétentions de son parti, les conservateurs, et l’inébranlable attachement aux fondamentaux de la Commission européenne. Elle est encore venue tout récemment dans la capitale belge pour tenter d’arracher quelques concessions supplémentaires propres à faire fléchir ceux des Tories qui militent avec une hargne insondable et suicidaire contre le traité. Lequel, en quelque sorte, devrait sacrifier les acquis de l’Union à la pérennité du modèle britannique. Elle a repoussé à la mi-janvier le vote de la Chambre des Communes sur le texte qu’elle a négocié avec la Commission. Mais tous les Britanniques le disent : elle ne survivra pas à cette consultation parce qu’il n’y a pas de majorité en faveur d’un Brexit « mou ».

Pour chaque option, une faction.

Mme May est un personnage intéressant, dans la mesure où elle a mis son intégrité au service du vœu si ardemment exprimé en 2016 par une faible (moins de 52 %) majorité britannique  : le Brexit. Elle sait exactement à quels déboires ce choix expose son peuple, elle a donc voulu en atténuer les effets en gardant un pied dans l’Union, tout en œuvrant frénétiquement pour traduire dans les faits la décision du peuple. C’est une forme élevée d’honnêteté. Ce qui est affolant, c’est qu’elle ne parvient pas à réunir une majorité autour d’une décision raisonnable. Pour chaque option, il y a une faction. Le « peuple » britannique, comme les gilets jaunes, devait apparaître comme un bloc. Il est fracturé par un conflit de tendances totalement inédit. Le référendum de 2016 a introduit en Grande-Bretagne le poison permanent de la division.

A quelques encablures des côtes normandes, nous avons le spectacle d’un peuple uni depuis des siècles qui s’est fracassé sur une mauvaise idée. Cela ne vous rappelle rien ? D’abord, la tragédie anglaise souligne que le recours au référendum est dangereux ; ensuite elle accompagne des phénomènes comparables, l’élection de Trump et les ravages que son cynisme et sa malhonnêteté provoquent aux Etats-Unis et dans le monde ; ou l’arrivée au pouvoir à Rome d’une coalition des incompatibles, grenouille et scorpion traversant ensemble une rivière, comme le feraient le Rassemblement national et la France insoumise si, un jour, l’appel du pouvoir les séduit assez pour effacer leurs derniers scrupules.

Le virus de la démagogie.

Aussi déstabilisé qu’il semble aujourd’hui, le gouvernement d’Emmanuel Macron demeure un rempart contre ces dérives. Le président nous a démontré à quel point, après son exploit électoral de 2017, il était capable de faillir. Sa réponse aux revendications des gilets jaunes est très désordonnée et le maquis des mesures qu’il offre est à la fois inextricable et rarement compréhensible. Le problème pour ceux d’entre nous qui prônent la stabilité face aux démons peuplant la planète, n’est nullement qu’il faille à tout prix sauver le soldat Macron. Sans être, comme tant de Français, les ennemis de l’autorité, nous ne pratiquons pas le culte de la personnalité. Mais, pour l’instant, nous ne voyons pas d’autres moyens que lui pour empêcher l’avènement d’un régime vulgaire comme Trump, cynique comme Salvini, menteur comme Orban.

Comme l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche et d’autres pays européens, la France est contaminée par le virus de la démagogie, des solutions toutes faites, des expédients. La colère d’un peuple ?  On ne répètera jamais assez qu’elle a été sous-estimée. Mais elle n’est que ça, une colère. Elle n’a aucun projet, aucune existence organisée, elle ne représente pas du tout une majorité, et elle est plus divisée encore que ces milliers d’idéologues anglais incapables d’appliquer le Brexit, d’y renoncer, de trouver une solution médiane, d’organiser un second référendum, bref d’en finir avec le chaos. Soixante millions de Britanniques sont tombés dans la Manche où ils se noient lentement, loin de la terre ferme d’Angleterre et tout aussi loin de l’apaisante Europe.

Nous les observons avec épouvante, mais un sort semblable nous attend.

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par

50)L’affaire GHOSN ou comment tuer son boss?

 

Ce qui est réellement en jeu dans l'arrestation et la chute de Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan

Carlos Ghosn, le PDG déchu de Renault-Nissan.

Film haletant. Scénario parfait écrit avec talent et exécuté avec minutie.
Ouverture.
L’empereur au fait de sa gloire règne sur un groupe sur lequel le soleil ne se couche jamais: premier constructeur automobile mondial autour de Renault, Nissan, Mitsubishi. Lorsque le Gulfstream se pose à l’aéroport de Tokyo, Carlos Ghosn est arrêté et, au lieu de rejoindre le siège de Nissan, transféré dans les locaux de la police. Il est filmé de loin.
Asahi Shinbun, le plus grand quotidien nippon, prévenu pendant le vol, sort les premières informations avant même qu’elles soient présentées à l’intéressé : soupçons de Fraude fiscale de 2011 à 2015 portant sur près de 38.000.000 euros et «utilisation imbue des biens de la société» sans autre précision.
De manière plus insensée, Nissan, émet immédiatement un communiqué qui prouve, si besoin était, que le coup était prévu de longue date et qu’il vient de l’intérieur.
C’est le moment pour Hiroto Saikawa, directeur général de Nissan, d’entrer en scène. Installé dans cette fonction par Carlos Ghosn auquel il succède, ses propos en conférence de presse sont d’une dureté inouïe : pas un mot de compassion pour celui qui est encellulé, ni un mot de reconnaissance pour le travail accompli.
Au pays où l’effusion est proscrite, il ne craint pas d’exprimer «frustration, indignation et colère» et ce, alors même que les faits dont on parle n’ont pas porté principalement préjudice à l’entreprise (dont la santé est florissante) mais au trésor public japonais !
La suite est exécutée au même rythme : les conseils d’administration des deux constructeurs japonais Mitsubishi et Nissan se réunissent pour mettre fin aux fonctions de Carlos Ghosn sans même avoir pris soin d’entendre sa version, ni même de savoir exactement ce qui lui est reproché. On est bien loin d’une culpabilité quand on ignore même l’accusation. Pourtant cette ignorance savamment entretenue suffira à sceller le sort et la carrière de Carlos Ghosn. Quoi qu’il dise ou fasse et quoi qu’il ait fait: il est un patron déchu.
L’exécution est parfaite puisqu’elle s’est produite sans autre forme de procès que des communiqués laconiques qui ne prennent même pas la peine d’adresser les condoléances d’usage.
La presse française et l’opinion n’ont pas tardé à embrayer sur ce patron «glouton», trop payé, adepte de l’opacité, pour qui rien n’était trop beau. Et les anecdotes de fleurir sur ses résidences aux quatre coins du monde payées par l’entreprise et son mariage célébré en grande pompe à Versailles, toujours aux frais de l’actionnaire. Carlos Ghosn a vraisemblablement alimenté par ses excès et sa voracité, le poison qui allait le tuer. Dans son hubris il aura été son premier et pire ennemi. Autrement, des contre-pouvoirs auraient dû rendre impossible cette improbable chute.
Tout cela est vrai. Mais insuffisant.
L’adage est connu: «le sage pointe la lune, l’imbécile regarde le doigt». Dans ce magnifique scénario digne des meilleures séries sur Netflix, on ne nous aura offert que le doigt. Et certainement pas la lune.
Comment ignorer que le Japon est un pays qui pratique un nationalisme économique féroce ? Et si l’arrivée de Renault pour sauver Nissan de la faillite en 1999 a été une aubaine, cela a été vécu comme une humiliation jamais cicatrisée. L’essentiel de l’activité et de la rentabilité de l’Alliance des trois constructeurs vient du Japon alors que son contrôle capitalistique est français.
La brutalité de l’éviction du pdg de Renault Nissan, sa préparation dans un scénario écrit de longue date et minutieusement exécuté ne peut laisser de doute sur sa portée. Bien sûr, la rémunération et la fiscalité de l’intéressé pose question. À l’évidence, le numéro deux était pressé de devenir numéro un et la gloutonnerie de son patron lui a servi l’occasion qu’il guettait. Mais c’est autre chose que «Iznogoud au pays de l’auto» qui vient de se jouer sous nos yeux.
Nous venons d’assister à un tournant dans la mondialisation, qui emprunte plus à la guerre et à la géopolitique qu’à l’économie. On exécute Ghosn sur l’autel de la transparence et de la bonne gouvernance mais c’est surtout une renipponisation violente de Nissan-Mitsubishi au détriment des intérêts français qui est à l’oeuvre.
Un mot encore. Ce n’est pas la première fois que la rémunération du pdg d’un constructeur automobile français défraie la chronique. En 1989, le Canard Enchaîné avait publié la feuille d’imposition de Jacques Calvet, patron de l’époque, qui s’était augmenté de 46% sur deux ans. À l’époque, le journal avait été condamné en justice avec le soutien de Bercy qui s’alarmait de la fuite des données du contribuable. Le scandale n’était pas la rémunération ni sa hausse mais sa divulgation. L’époque a changé à tous points de vue mais la rémunération «scandaleuse» de M. Calvet il y a trente ans était 100 fois moins importante que celle de Carlos Ghosn aujourd’hui…
Bref, même s’il s’agit d’une superproduction particulièrement bien menée, l’affaire Ghosn ne devrait pas nous interdire de de regarder ce qui se trame derrière l’écran du film que l’on nous a complaisamment présenté.
La suite, en tous cas, risque de ne pas nous décevoir.

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 49)Bataille navale entre la Russie et l’Ukraine au large de la Crimée

EXPLICATION – La Russie a capturé dimanche 25 novembre trois navires de la marine ukrainienne au terme d’une journée de tensions qui a vu la fermeture du détroit de Kertch aux navires commerciaux.

Depuis le début de l’année, les incidents se sont multipliés aux abords de ce passage stratégique contrôlé par la Russie.

ZOOM

Petro Poroshenko, le 25 novembre à Kiev. / MYKHAILO MARKIV / POOL/EPA

► Que s’est-il passé dimanche 25 novembre à proximité du détroit de Kertch ?

Les trois navires ukrainiens, deux vedettes et un remorqueur, avaient quitté dans la matinée Odessa, principal port ukrainien de la mer Noire, pour rejoindre Marioupol, dans la mer d’Azov. Un trajet qui les obligeait à passer par le détroit de Kertch : seule voie maritime reliant les deux mers, le passage se trouve depuis l’annexion de la Crimée, en mars 2014, sous le contrôle de la Russie.

C’est en s’approchant du détroit que les navires ont été interceptés par les garde-côtes russes. Une vidéo, apparemment filmée par un marin russe, montre l’un des navires russes percuter violemment le remorqueur ukrainien. Le FSB, principal service de renseignement russe, reconnaîtra quelques heures plus tard avoir ouvert le feu sur les trois navires avant de les arraisonner. D’après le service de sécurité russe, ces derniers se trouvaient dans les eaux territoriales russes et n’ont « pas réagi aux demandes légales du FSB ».

 

Les tensions sont restées vives toute la journée du 25 novembre : l’affrontement a ainsi entraîné la fermeture effective du détroit aux navires commerciaux, tandis que les médias locaux faisaient état de vols à basse altitude effectués par des avions d’attaque au sol Su-25 et des hélicoptères de combat Ka-52 de l’armée russe.

► Ces tensions sont-elles nouvelles ?

Si l’incident est d’une gravité inédite, il reflète une dégradation de la situation sécuritaire aux abords de la Crimée visible depuis le début de l’année. Au printemps 2018, l’arraisonnement d’un navire de pêche russe par l’Ukraine avait été suivi, quelques semaines plus tard, par l’arrestation quasi symétrique d’un navire de pêche ukrainien par la Russie.

L’inauguration, en mai dernier, du pont qui, en traversant le détroit de Kertch, relie la Russie continentale à la Crimée, a aussi redoublé les tensions. Celle-ci s’est en effet accompagnée d’une intensification des inspections de navires effectuées par le FSB dans la région. Des contrôles synonymes de retards et donc de pertes financières pour des navires parfois forcés de patienter près de 48 heures avant de pouvoir passer le détroit.

Pour Kiev, l’action des garde-côtes russes s’apparente à un « blocus » des ports ukrainiens de Marioupol et de Berdyansk, véritables poumons économiques du sud-est de l’Ukraine. Mais ces échauffourées ont aussi mis en lumière la domination militaire de la Russie dans une mer d’Azov fermée et difficilement accessible. Malgré un accord de 2003 définissant la mer comme « partagée » entre les deux pays, analystes ukrainiens comme russes s’accordent aujourd’hui à dire que celle-ci est largement sous le contrôle de Moscou.

En Crimée, le « pont Poutine » se construit en un temps record

L’État-major ukrainien a depuis tenté de réagir en déployant de nouveaux navires dans la mer d’Azov, l’obligeant à chaque fois à faire passer les vaisseaux par le détroit de Kertch. Un tel passage s’est déroulé sans incident en septembre, mais le FSB affirme que la marine ukrainienne n’a, ce dimanche, pas prévenu de l’arrivée de ses navires. Ce que Kiev dément.

► Quelles sont les réactions internationales face au risque d’escalade ?

L’Union Européenne et l’Otan ont réagi dans des communiqués appelant à une désescalade des tensions aux abords de la Crimée. L’UE a aussi réclamé que la Russie « rétablisse la liberté de passage dans le détroit de Kertch ».

Le président ukrainien Petro Porochenko a convoqué dimanche soir une réunion du Conseil de Défense pendant laquelle il a dénoncé « un acte agressif de la Russie visant une escalade préméditée ». Il a dans le même temps demandé au parlement ukrainien de voter l’introduction de la loi martiale dans le pays, dès ce lundi 26 novembre. Une telle mesure n’a jamais été prise depuis le début du conflit avec la Russie en 2014.

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra, lui aussi ce lundi 26, une réunion d’urgence au sujet de cette récente escalade militaire. Sa convocation a été demandée tant par la Russie que l’Ukraine.

Fabrice Deprez, correspondant à Kiev
 

48)Un conte d’Arabie

Mohamed Ben Salman
(Photo AFP)

L’action de la plus élémentaire des justices a été interrompue, dans l’affaire Khashoggi, lorsque la raison d’Etat est intervenue.

QUAND un crime n’offre plus aucun doute, est-il indispensable de le traiter avec précaution ? Faut-il, parce qu’une affaire est compliquée, s’entourer de toutes les réserves inspirées par la décence et le droit ? Pourquoi ne pas dire, sans nuance, qu’au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, un traquenard a été conçu, mis en œuvre, et appliqué avec une cruauté qui a aveuglé ses acteurs, peu soucieux des conséquences politiques de  leur crime ? C’est un assassinat particulièrement atroce qui a été commis en Turquie et il ne serait jamais advenu sans l’assentiment du prince Mohamed Ben Salman. Jamal Khashoggi est mort d’avoir publié son avis sur la nature du régime saoudien, dirigé par un jeune homme de 33 ans qui s’est drapé dans la modernité avant de recourir aux pires méthodes du Moyen-Âge et dont les « avancées » politiques, le « progressisme » apparent, le « réformisme » n’ont jamais été que l’habillage de la répression. L’autoritarisme triomphaliste du prince n’est pas compatible avec l’innocence : si l’infernale équipée de ses sicaires a été possible, c’est forcément parce qu’il l’a ordonnée ou avalisée. S’il n’était pas au courant, comment le croire ? Dans une telle hypothèse, il serait au moins coupable d’ignorance, de négligence, d’amateurisme et, n’importe où ailleurs, il aurait démissionné.

Le prince sera épargné.

Les condamnations de circonstance exprimées partout dans le monde ont permis à Recep Yassip Erdogan, chef atrabilaire de la Turquie, de conduire l’enquête au nom de la violation de son territoire et d’une prédilection pour le droit qui, pourtant, n’a jamais freiné le renforcement de ses pouvoirs. Personne n’a encore souligné le paradoxe qui a fait du président turc l’arbitre suprême d’un crime à la fois machiavélique et irresponsable, alors que ses propres manquements aux droits de l’homme sont aveuglants. Et c’est Donald Trump, cet autre cynique, qui a suggéré à Erdogan de mettre une sourdine à ses accusations. L’affaire est entendue : les assassins seront recherchés, trouvés et punis, mais le prince sera épargné. Pourquoi ? Parce que, dans l’Orient compliqué, l’Amérique ne saurait avoir que des ennemis et que, si la diplomatie américaine est toute engagée contre l’Iran des ayatollahs, elle ne peut pas se mettre à dos l’Arabie aussi. Pour tous ses clients, son pétrole hors de prix est vital. Une faible réduction de sa production renverrait le cours de l’or noir à son sommet historique. Parce que, en outre, les Etats-Unis et tant d’autres pays lui vendent des armes et que le marché saoudien intéresse la Russie et la Chine, lesquelles seraient promptes à l’envahir. Parce que, enfin,  se poursuit au Yémen depuis quatre ans une guerre au moins aussi horrible que celle de Syrie et qui oppose, par factions interposées, l’influence de Riyad et celle de Téhéran.

Intérêts nationaux et droits de l’homme.

A guerroyer ainsi au Yémen, Mohamed Ben Salman, loin de l’emporter contre les Houtis, se contente d’y commettre quelques atrocités, contre les civils, les bus scolaires et les hôpitaux. C’est l’interminable bataille dont personne ne parle mais qui, depuis longtemps, pose une question très sérieuse sur la compétence, le jugement et la lucidité de Mohamed Ben Salman. C’est lui que les Occidentaux ont pourtant décidé de soutenir. Il est vrai que, entre la duplicité des ayatollahs et la violence du régime saoudien, le choix est cornélien Au-delà des belles paroles, Américains et Européens n’ont jamais su concilier leurs intérêts nationaux et les droits de l’homme, qu’ils prétendent soutenir avec vigueur et vigilance. Depuis que Trump a été élu, la diplomatie américaine a cessé de faire référence au droit. Face au tollé mondial déclenché par l’assassinat de Jamal Kashoggi, Donald Trump a été contraint de monter dans le wagon de l’indignation. Pas pour longtemps : il vient de fixer à la Turquie la limite qu’Erdogan ne pouvait pas franchir.

L’Allemagne suspend ses ventes d’armes à l’Arabie, mais la France ne peut pas suivre ce bel exemple parce que son commerce extérieur est lourdement déficitaire. Quant aux Etats-Unis de Trump, ils n’ont plus de ligne géopolitique, ils se contentent de faire des « deals », devenus le nec plus ultra de leur politique extérieure. Mohamed Ben Salman sortira de ce guêpier grâce au pétrole, à l’argent, à la multiplicité des régimes autoritaires au Moyen-Orient. Ce foisonnement de potentats qui ont étouffé leur conscience relativise le crime. De sorte que nous n’avons même pas le privilège de nous retrouver dans le camp du bien. Nous avons tous, Russie, Chine, Union européenne, Etats-Unis, nos clients pervers, nos amis coupables, nos relations toxiques. Nous traitons avec des criminels en essayant de faire croire à nos opinions qu’ils sont blancs comme neige. Ou plutôt pas pires que d’autres.

RICHARD LISCIA

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47)Une Francophonie très politique

Louise Mushikiwabo
(Photo AFP)

Le sommet de la Francophonie à Erevan, Arménie, s’est déroulé dans une ambiance fraternelle et émotionnelle, marquée par un hommage à Charles Aznavour, « cent pour cent français et cent pour cent arménien ». Sous l’impulsion de la France, c’est une Rwandaise, Louise Mushikiwabo, qui a été appelée à prendre la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

LE SOUTIEN d’Emmanuel Macron à Mme Mushikiwabo lui a été vivement reproché car le Rwanda, qui a choisi l’anglais comme langue d’enseignement, est probablement l’un des pays les plus francophobes du monde : le gouvernement rwandais continue à reprocher à la France le rôle qu’elle aurait joué lors du génocide. Le président a vu, au sommet de l’organisation, l’occasion de raccommoder nos relations avec Kigali. Son pari n’est pas absurde : on ne voit pas comment la représentante du Rwanda pourrait faire la promotion du français tout en boudant la France, d’autant qu’elle remplace une Canadienne, Michelle Jean, dont la gestion a été critiquée. Le succès de l’OIF, qui attire de nombreux pays, y compris ceux où on ne parle pas le français, a entraîné sa politisation, chaque membre souhaitant y jouer un rôle important. Même l’Arabie saoudite a voulu adhérer, mais la France et d’autres pays lui ont fait comprendre qu’elle devrait faire preuve de patience. Le gouvernement saoudien se débat dans une affaire très grave, l’assassinat possible d’un journaliste saoudien d’opposition qui aurait été tué dans un consulat de son pays en Turquie, ce qui a conduit à une crise très sérieuse entre les Turcs et les Saoudiens.

Mettre la francophonie au service du français.

La politisation de l’OIF rappelle celle de l’UNESCO, devenue l’un des centres où s’exprime une critique virulente contre Israël et les Etats-Unis qui, sous la houlette de Donald Trump, ont cessé de participer à ses travaux et surtout de les financer. Il serait donc souhaitable que la France rappelle que la francophonie n’a pour objectif que de contribuer au renforcement de l’enseignement du français dans le monde et d’installer une langue alternative dans les relations internationales. On devine que M. Macron accepte cette politisation puisqu’il en fait un atout diplomatique. Mais il permettra à ses concitoyens d’exalter principalement le rôle du français, le bonheur pour nous de l’entendre, notamment en Afrique, mais aussi ailleurs, et la dimension que donne à la France la prédilection des peuples étrangers pour son langage.

Notre tâche, loin d’être terminée, passe par un apprentissage du français en France qui soit plus ambitieux. Il est indéniable que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, s’y emploie. Mais nous n’avons pas toujours été très vigilants en la matière, surtout quand nous avons cru que l’enseignement des mathématiques et des sciences devait devenir prioritaire, au détriment des humanités et du français. L’expérience a largement démontré que, non seulement il existe désormais en France une poche d’illettrisme qui doit secouer Jules Ferry dans sa tombe, mais que le bon usage de la langue est un vecteur précieux, peut-être supérieur, pour l’accès à l’emploi. On entend parler de directeurs des ressources humaines qui, quand ils voient des fautes dans un curriculum vitae, éliminent le candidat ; en outre l’expression orale, dont la qualité garantit les premiers contacts entre le demandeur d’emploi et l’entreprise, est devenue avec le temps, un impératif catégorique ; enfin, nous ne pouvons pas à la fois exalter notre langue et ne pas exiger qu’elle soit le véhicule acceptable de la pensée de tous nos concitoyens.

Une langue pour dire tout et encore plus.

Or nous ne sommes pas en train d’assister à une amélioration de l’usage du français en France. Les raisons de ce déclin sont multiples : Internet, réseaux sociaux, langage numérique qui remplace les phrases avec verbe et complément, vélocité accrue de la transmission des messages qui nuit à l’expression. Il suffit de lire ce qui est diffusé sur Internet pour être épouvanté non seulement par la vulgarité des textes, mais par leur incohérence, leur nullité grammaticale et l’exiguïté de leur lexique. Les grands médias ne sont pas à l’abri de quelques dérives orthographiques, des néologismes et des anglicismes, d’ailleurs utilisés pour donner du punch au texte. Ce n’est pas ce français-là que nous devrions transmettre à nos enfants et à nos amis francophones. C’est en leur enseignant Molière et Racine que nous leur ferons découvrir la beauté, mais aussi la complexité et la souplesse d’une langue qui peut tout dire et changer à l’infini les manières de le dire.

RICHARD LISCIA

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46)Poutine au banc des accusés

L’innocence incarnée
(Photo AFP)

Les États-Unis ont inculpé sept sujets russes qu’ils considèrent comme des espions, le gouvernement hollandais dénonce, preuves à l’appui, les attaques cybernétiques conduites par quatre de ces agents contre l’Organisation internationale contre les armes chimiques, la Grande-Bretagne, la France, le Canada et l’Australie se joignent aux Américains et aux Néerlandais : Vladimir Poutine peut bien ironiser sur « l’espionnite aiguë » des Occidentaux, la guerre froide recommence.

SI LA TENSION est forte entre Moscou d’une part, et l’Europe et les États-Unis d’autre part , c’est parce que les tentatives de la Russie pour infiltrer et affaiblir leurs réseaux Internet s’ajoutent à d’autres comportements hostiles et menaçants. Moscou n’a jamais pu fournir une explication satisfaisante sur le rôle de ses services de renseignement dans l’attentat contre l’ancien espion russe Sergeï Skripal, réfugié en Angleterre, et sa fille. Les deux victimes, longtemps hospitalisées, ont été empoisonnées au moyen d’un agent toxique, le Novitchok, dont la Russie a l’exclusivité. Le gouvernement britannique est formel : il dispose de preuves selon lesquelles la tentative d’assassinat a été organisée par Moscou. À quoi Vladimir Poutine a répondu en faisant diffuser une vidéo selon laquelle les deux hommes visés par Londres ne sont que de modestes et honnêtes citoyens. La Première ministre britannique, Theresa May, s’est empressée de balayer cette imposture. Il reste que les services russes n’hésitent pas à aller combattre sur le sol étranger, comme semble l’indiquer le jugement de Poutine : « Skripal n’est qu’un traître », donc forcément voué aux gémonies.

Les choix de Poutine.

La domination de l’Europe et, pourquoi pas ?, des États-Unis passe par tous les moyens bafouant le droit international que Poutine peut trouver ou inventer. D’abord, il s’efforce de déstabiliser les régimes en place, comme l’a démontré son ingérence plus que probable dans l’élection présidentielle aux États-Unis en 2016, qui a permis à Donald Trump de l’emporter avec un nombre de voix populaires inférieur à celui qu’a obtenu Hillary Clinton. Il était convaincu de pouvoir établir des relations de confiance avec  Trump, mais les relations américano-russes sont aujourd’hui exécrables. Ensuite, il n’a jamais caché qu’il préférait des régimes populistes ou néo-fascistes en Europe. Il a soutenu Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Enfin, son aviation se livre à des provocations incessantes contre les armées de l’OTAN stationnées aux confins de la Russie, comme pour les encourager à déguerpir. On ne le dit pas assez : il joue un jeu très dangereux car un incident militaire grave est vite arrivé.

Le bilan syrien de la Russie.

En Syrie, il est fier d’avoir d’avoir aidé Bachar Al-Assad à triompher des forces qui lui étaient hostiles. Si l’armée russe a contribué à la victoire contre l’État islamique, elle a aussi aidé Bachar à vaincre la rébellion syrienne. Russes et loyalistes syriens étaient prêts à écraser la région d’Idlib tout récemment, sous le prétexte qu’y seraient massés des « terroristes », et ils l’auraient fait si la Turquie n’était intervenue pour empêcher un massacre et une nouvelle tragédie humanitaire. En dépit de son triomphalisme affiché au sujet de la Syrie, Poutine peine à instaurer la paix russe en Syrie. Les pourparlers qu’il a eus jusqu’à présent avec les divers protagonistes du conflit ont échoué. Il n’a pas pu, à cause de la Turquie, lancer contre Idlib l’offensive qui aurait fait pencher définitivement la balance en faveur de Bachar. Il se flatte quand même de disposer d’armes supérieures dont la qualité a été testée par le conflit et d’avoir subi des pertes minimes. Les Syriens ayant abattu un avion russe au moment d’une attaque israélienne, Poutine a été prodigieusement embarrassé, laissant ses généraux menacer Israël, mais optant pour sa part pour une forme de compréhension.

Le roi des hypocrites.

Ce qui est sûr, c’est que conformément aux principes hérités de l’URSS, la Russie d’aujourd’hui ne recule jamais. Elle est en Ukraine et ne compte pas en partir. Elle a construit un pont qui relie directement son territoire à la Crimée, qu’elle a annexée. Elle a dépecé la Géorgie. Elle provoque l’OTAN et maintient un climat de crise propre à épouvanter les populations européennes qui, bien entendu, ne souhaitent pas d’une guerre avec une puissance nucléaire. C’est inquiétant, d’autant plus que Poutine est passé maître dans le recours à l’hypocrisie : il ne mérite, dit-il avec un sang-froid glaçant, aucune des accusations dont il fait l’objet. Il n’a pas fait empoisonner Skripal. Il ne menace pas l’OTAN, il est menacé par elle. Il n’a jamais tenté d’influencer un scrutin européen ou américain. Il déclare publiquement que la démocratie n’est pas le meilleur des systèmes et que celui qu’il a inventé fonctionne beaucoup mieux. Il vient de procéder à des manœuvres militaires spectaculaires avec la Chine, façon de laisser croire que, en cas de conflit, il ne serait pas seul. Il joue pourtant avec un allié voué à la protection de ses seuls intérêts.

RICHARD LISCIA

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45)Trump, Poutine, Erdogan, Xi JinpingNouveau monde : pire que l'ancien ?

Richard Liscia

| 24.09.2018
 
Le retour du protectionnisme, la politique de force conduite par Vladimir Poutine en Ukraine et en Syrie, la nature autoritaire du régime turc, le Brexit et l'ascension du populisme en Europe nous font craindre un grave dérèglement des relations internationales. Pourtant, on observe ici et là des signes remarquables d'une diplomatie bien moins agressive que les nouveaux maîtres du monde ne le laissaient entendre.
Poutine, Rohani (Iran), Erdogan :le pire n'est pas sûr
Crédit Photo : AFP Zoom
 

Il est par exemple surprenant que les mesures protectionnistes adoptées par Donald Trump n'aient pas encore réduit le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis, un peu comme si les importateurs américains se moquaient de la hausse des tarifs douaniers ; que le même Trump ne parviennne pas à obtenir la nomination à la Cour suprême d'un juge conservateur parce que la résistance des démocrates est forte ; que le Brexit est devenu l'arsenic qui empoisonne la vie des Britanniques alors qu'ils y voyaient une forme de libération ; que le président turc, Recep Yassip Erdogan, ait plaidé la cause des populations enfermées dans l'enclave syrienne d'Idlib auprès de Poutine et qu'il ait empêché une offensive qui aurait fait des milliers de morts. Le même Erdogan, il y a quelques mois, s'était emparé de la région d'Afrin, dans le nord la Syrie, et en avait expulsé les Kurdes. Le voilà qui, d'un seul coup, se transforme en protecteur des opprimés et que Poutine l'écoute.

Il s'est produit, il y a quelques jours, un incident grave dans le ciel de Syrie qui aurait pu déclencher une nouvelle guerre. Un missile syrien a abattu un avion de renseignements russe, tuant 14 personnes. Moscou a d'abord accusé Israël d'être responsable de la catastrophe parce que, au même moment, quatre avions israéliens bombardaient une position syrienne. Israël s'est confondu en excuses mais a démontré son innocence et Moscou a fini par accepter sa version des faits. Comme, dans tout ce qui concerne la Russie, la Syrie, la Turquie, l'Iran, nous avons affaire à des régimes autoritaires qui ne parlent que le langage de la force, cette évolution des faits est des plus rassurantes. Elle démontre à la fois que les artilleurs syriens sont incompétents et dangereux, que M. Poutine n'est pas hostile aux mesures de dissuasion prises par Israël contre l'Iran, et que M. Erdogan, plongé dans ce monde-là, dont on craignait qu'il n'eût ni foi ni loi, y obtient des résultats positifs.

Une mesure positive de la Chine.

 

De la même manière, s'il est vrai que le Brexit risque de se terminer en désastre pour le Royaume-Uni, l'Union européenne fait tout ce qui est en son pouvoir pour l'éviter, notamment en  adoptant une position intransigeante sur la cohésion de l'UE. En Autriche, le chancelier Sebastian Kurz, allié aux populistes, occupe la présidence de l'Europe, ce qui ne gêne pas ses vingt-sept partenaires. Si l'Europe est affaiblie par le conflit sur l'immigration qui oppose la chancelière Angela Merkel aux éléments les plus conservateurs de son gouvernement, et par l'avènement d'une coalition populistes-extrémistes de droite en Italie, le sommet européen de la semaine dernière s'est déroulé dans de bonnes conditions. Certes, on peut attendre de l'UE des initiatives plus fortes que les soins qu'elle administre à ses plaies, mais elle tient bon, même si le gouvernement hongrois est menacé par une procédure de Bruxelles contre la réduction des libertés essentielles en Hongrie, et si la Pologne est visée par une démarche européenne de la même nature.

Ainsi va la vie dans un monde très imparfait mais moins porteur de catastrophes que l'on aurait pu le craindre en observant les changements géopolitiques qui se sont produits depuis au moins deux ans. Comme dirait l'autre, le pire n'est pas sûr. Il est bon d'apprendre que M. Erdogan n'est pas un monstre et que M. Poutine ne veut pas rayer Israël de la carte. Donald Trump est d'abord apparu comme un éléphant dans un magasin de procelaine, mais en réalité la porcelaine est brisée depuis longtemps. Son protectionnisme joue maintenant dans le sens d'un rééquilibrage du commerce mondial. Xi Jinping a décidé de baisser les droits de douanes pour les produits importés par la Chine de nombre de pays, sauf les Etats-Unis. Tiens, quelle bonne idée ! Une mesure libérale, au pays de l'égoïsme national.

 

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44)Trump : le parti de Poutine

 

La confiance règne
(Photo AFP)

Faut-il s’en étonner ? Donald Trump croit Vladimir Poutine, mais n’accorde aucun crédit à ses propres services. La rencontre entre les deux hommes à Helsinki aura été le plus récent épisode d’une farce qui se poursuit allègrement, devant un congrès américain médusé.

TRUMP l’a dit et répété : il ne croit plus du tout à cette histoire d’ingérence russe dans les élections présidentielle et législatives américaines de 2016. « La dénégation de Vladimir Poutine a été forte et puissante », a-t-il juré devant les journalistes, conformément à une attitude qui l’a conduit à féliciter Kim Jong-un pour son « autorité » naturelle. Avec son aplomb habituel, Poutine, un expert en hypocrisie, a dit de son côté : « La Russie ne s’est jamais ingérée dans un processus électoral et ne le fera jamais ». Sauf que les preuves s’accumulent sur le bureau du procureur spécial Robert Mueller : une ressortissante russe a été arrêtée lundi. L’homme du Kremlin ne pouvait attendre plus de ses entretiens avec le président des États-Unis. Il a trouvé la rencontre utile. Le problème, c’est que la complicité entre les deux hommes ressemble plutôt à une forme de chantage : si Poutine est si beau aux yeux de Trump, c’est que le Russe détient, au sujet de l’élection de son partenaire, des informations qui suffiraient à le détruire politiquement si elles étaient publiées.

La colère des élus.

Les attaques contre Trump ne viennent pas seulement de la presse. Il lui est facile de les dénoncer comme des « fake news », alors qu’il est le premier producteur de ce genre d’ingrédient. Elles viennent aussi des élus, non seulement démocrates, mais républicains. L’ancien directeur de la CIA, John Brennan, a même accusé Trump de « trahison ». « La Maison Blanche est maintenant confrontée à une seule et sinistre question : qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des États-Unis ? » demande le sénateur démocrate de New York Charles Schumer, pendant que le républicain Lindsey Graham ajoute : « Le président a raté une occasion de tenir la Russie clairement responsable pour son ingérence (…) et de lancer un avertissement ferme pour les prochaines élections ». Effectivement, les électeurs américains craignent que les résultats des législatives de mi-mandat, en novembre prochain soient faussés par des attaques cybernétiques russes.

La sécurité sacrifiée.

Le problème est aigu parce que Trump a décidé, pour se protéger contre l’enquête de Robert Mueller, de sacrifier partiellement la sécurité des États-Unis. La Russie ne se contente pas d’interférer dans le processus démocratique américain (elle l’a fait aussi pour le référendum britannique sur le Brexit), elle cherche à diviser les Européens et à briser les liens atlantiques. Trump est devenu un élément négatif dans l’équilibre Est-Ouest. Il est trop tôt pour affirmer que le candidat Trump a coopéré avec les Russes pour s’assurer son élection et tant que M. Mueller n’a pas la preuve de cette collusion, il est préférable de ne pas compter sur une destitution du président. En revanche, sa politique, encore applaudie dans certains cercles conservateurs et par ceux qui ont voté pour lui en 2016, rend perplexe son propre camp. Aussi fascinants que soient le populisme et l’agitation ubuesque du chef de la première puissance mondiale, la vérité, assénée par les élus et par cette majorité de médias américains qui refuse de s’inféoder au pouvoir, finira par l’emporter. M. Trump peut multiplier les provocations, il est quand même le premier président américain à jouer avec la sécurité de son pays. Il l’a montré après son entretien avec Kim Jong-un, il le montre encore après sa rencontre avec Poutine. Or rares sont les Américains qui croient que la Russie est un pays affable, prêt à coopérer avec les États-Unis. La plupart la considèrent comme une adversaire. Jusqu’à quand Trump leur fera-t-il prendre des vessies pour des lanternes ?

RICHARD LISCIA

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43)Au sommet de l’Otan, Donald Trump bouscule ses alliés

Face à aux exigences financières et aux attaques de Donald Trump contre l’Allemagne, les alliés déconcertés hésitent sur la réponse. Le président américain poursuit sa surenchère en proposant un doublement de l’objectif de 2 % du PIB pour les dépenses militaires ou sa mise en œuvre immédiate.

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Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, le président américain Donald Trump et la premier ministre britannique Theresa May au sommet de l’OTAN, à Bruxelles, le 11 juillet 2018. / LUDOVIC MARIN/AFP

Comment les alliés réagissent au grand chambardement du lien transatlantique orchestré par Donald Trump ? Le sommet de l’Otan, mercredi 11 et jeudi 12 juillet à Bruxelles, a donné un aperçu des stratégies de « coping », adoptées par les uns et les autres, pour maîtriser, réduire ou tolérer les imprécations du président américain, comparé par Robin Niblett, directeur du think tank britannique Chatham House, à un parrain mafieux extorquant des concessions commerciales en échange d’une protection.

Mis sous pression sur la question du partage du fardeau financier, les alliés ont évité de s’opposer frontalement à Donald Trump, certains exhibant leurs efforts quand d’autres faisaient profil bas. Toujours pas satisfait, le président a proposé aux alliés de fixer un nouvel objectif de dépenses militaires à 4 % du PIB. « Chacun s’est demandé s’il était sérieux », a affirmé le président bulgare Roumen Radev. « L’Otan n’est pas un marché où l’on peut acheter la sécurité. » Dans un tweet, Donald Trump a ensuite exigé le respect immédiat de l’objectif des 2 % du PIB, et non en 2024, comme les pays de l’Alliance l’avaient décidé lors d’un sommet en 2014.

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Otan : « les Européens ont les moyens mais pas la volonté politique »

 

Trump attaque Merkel

L’explosion a été presque instantanée, au cours d’un petit-déjeuner de travail à l’ambassade des États-Unis. Donald Trump s’y est livré à un exercice de communication très calculé, tirant à boulets rouges sur sa cible favorite, Angela Merkel, en présence du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg et sous l’œil des caméras des chaînes de télévision américaines. « L’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie. Ils tirent 60 % de leur énergie de la Russie, ils lui paient des milliards de dollars et nous devons les défendre contre la Russie. Ce n’est pas normal », a lâché le président américain, comme s’il voulait se dédouaner de toute complicité envers la Russie, à quatre jours de son sommet bilatéral avec Vladimir Poutine à Helsinki.

Cette attaque planifiée lui a également permis d’enfoncer un coin dans l’unité des Européens sur un dossier, – la dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou – qui les divise. La Pologne, notamment, estime que l’Europe n’a pas besoin du gazoduc Nord Stream 2 qui vise à doubler d’ici à 2020 les livraisons directes de gaz en Allemagne à partir de la Russie, via la mer Baltique.

Toujours prudente, Angela Merkel a répondu sur un ton courtois mais ferme, laissant entendre qu’elle n’avait pas besoin de leçon sur la façon de traiter avec les régimes autoritaires, compte tenu de son expérience de l’Allemagne de l’Est. « J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique, a déclaré la chancelière. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté, en tant que République fédérale d’Allemagne. Nous pouvons par conséquent mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes ».

La tension a baissé d’un cran au cours d’une rencontre bilatérale en marge du sommet. Visage fermé, Donald Trump a assuré, sans vraiment convaincre, avoir de « très bonnes relations » avec Angela Merkel qui s’est, elle-même, prudemment déclarée satisfaite de leurs échanges de vues.

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L’Allemagne n’est pas prête à tout miser sur la défense

 

Macron définit quatre priorités

Autre souffre-douleur de Donald Trump, le premier ministre canadien Justin Trudeau a tenté de se prémunir contre des réprimandes en annonçant que les Forces armées canadiennes commanderont dès l’automne prochain une mission d’entraînement militaire de l’Otan en Irak où le Canada déploiera 250 militaires et quatre hélicoptères.

Dans un registre différent, Emmanuel Macron s’est voulu le bon élève de la classe en définissant quatre priorités pour l’Alliance : la « crédibilité des moyens de défense collective », « l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme et dans les opérations », « la modernité dans la gestion des ressources » de l’Otan et « l’unité ». Selon son entourage, le chef de l’État a appelé « à ne pas fragiliser l’Alliance », sachant qu’« un contexte plus incertain serait source de davantage de dépenses militaires ». Le président français a, lui aussi, eu droit à un entretien bilatéral avec Donald Trump. « Nous avons une relation formidable », a assuré son homologue américain.

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L’Otan coincée entre Trump et Poutine

 

Dans le rôle d’homme-orchestre, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est employé à arrondir les angles, en insistant sur la capacité de l’Alliance à prendre des décisions, attribuant à Donald Trump le mérite de l’augmentation des dépenses militaires des alliés, « 6 % en termes réels, en 2017 ». Les différends ont toujours existé au sein de l’Alliance plaide le Norvégien qui s’efforce de maintenir l’unité au sein d’une alliance fracturée entre un pôle autoritaire incarné par Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Viktor Orban, avec l’appui de la Pologne, et un pôle libéral représenté par Theresa May, Angela Merkel, Justin Trudeau et Emmanuel Macron.

Jens Stoltenberg a, par ailleurs, mis l’accent sur la déclaration de vingt-cinq pages adoptée par les 29 pays membres qui dénonce notamment « les actions agressives de la Russie portant atteinte à l’ordre international fondé sur les règles », condamne son action déstabilisatrice dans l’est de l’Ukraine et son annexion de la Crimée et adopte une série de mesures pour renforcer la réactivité militaire de l’Alliance.

« Dans le monde de Trump, les alliés sont un fardeau »

Les alliés, en particulier les Européens, font-ils le bon choix en s’efforçant de répondre aux exigences de Donald Trump, un partenaire en chef qui prend un malin plaisir à les diviser et distribue bons et mauvais points, comme dans un épisode de The Apprentice, son ancienne émission de téléréalité ?

Rien n’est moins sûr. « Les Européens se considèrent comme des alliés de l’Amérique, ce qui les rend particulièrement vulnérables face à Trump », commente le politologue bulgare Ivan Krastev, président du Center for Liberal Strategies à Sofia. « Dans le monde de Trump, l’Amérique n’est pas une force de stabilité mais un perturbateur et les alliés sont un fardeau. Le défi pour les dirigeants européens est d’apprendre à vivre dans un monde où l’Amérique n’a pas d’alliés en investissant dans une capacité de défense européenne autonome plutôt que dépendre des États-Unis. Le plus grand risque pour l’Union européenne serait de devenir le gardien d’un statu quo qui a cessé d’exister. »

François d’Alançon, envoyé spécial à Bruxelles

42)L’enfer du Brexit

 

May (à droite) avec les Trump
(Photo AFP)

La position de la Première ministre britannique, Theresa May, devient intenable. Deux de ses ministres, et pas des moindres, Boris Johnson (Affaires étrangères) et David Davis (Brexit) ont démissionné. Ils estiment que le « Livre blanc » qu’elle a publié et qui contient toute sa méthode, fondée sur le principe d’un Brexit « doux », ne correspond pas aux engagements gouvernementaux tels qu’ils ont été prescrits par le référendum de 2016.

MME MAY, lorsqu’elle a pris la la succession de David Cameron, a été placée dans un dilemme qui continue à la torturer jusqu’à présent : elle n’était pas favorable au Brexit mais, nommée à ses nouvelles fonctions, elle ne pouvait faire autrement qu’appliquer la décision du peuple britannique. Dès qu’elle s’est plongée dans le dossier, elle en a vu tous les écueils et s’est donc orientée vers un vaste accord de libre-échange avec l’Union européenne pour préserver les positions commerciales du Royaume-Uni. Cependant, elle refuse la libre circulation des personnes, règle d’or européenne, et souhaite conserver ses services financiers. Tout le monde s’est employé alors à démontrer la faiblesse de ses propositions : les ministres démissionnaires parce qu’ils exigent la rupture complète des amarres avec l’Europe, la commission de Bruxelles parce qu’elle ne veut pas que les Britanniques aient le beurre et l’argent du beurre,  les Irlandais du nord qui craignent la fermeture de la frontière avec la république irlandaise, ce qui serait une catastrophe commerciale, susceptible de relancer la guerre civile qui a ravagé l’Ulster pendant des décennies, les Écossais qui, eux, ne veulent pas du Brexit et qui, s’ils veulent y rester, doivent déclarer leur indépendance et faire exploser l’unité du royaume.

Un gouvernement divisé.

Or Mme May dirige un gouvernement divisé entre brexiters et anti-brexiters. Sa majorité à la chambre des communes ne tient qu’à une coalition avec un petit parti très à droite qui ne demande qu’à jouer les empêcheurs de tourner en rond. Les Tories risquent bel et bien d’être battus si Theresa May annonce des élections anticipées. Dirigés par l’impénétrable Jeremy Corbyn, qui n’est pas à proprement parler favorable au maintien du royaume dans l’Union, les travaillistes, pour leur part, n’ont pas une idée claire de ce qu’ils feraient au pouvoir. Récemment, une énorme manifestation anti-Brexit a eu lieu à Londres. D’aucuns se demandent s’il n’est pas possible de procéder à un nouveau référendum. Mais Mme May, par honnêteté et respect du suffrage universel, refuse cette option.

La voilà donc qui est menacée par le démantèlement de la Grande-Bretagne, par une nouvelle crise irlandaise, par la certitude que son plan, de toute façon, mécontentera la moitié de son peuple, par une chute de la livre, par un ralentissement sérieux de la croissance, alors même que le Brexit n’est pas encore en place, et par les déclarations de Donald Trump, qui est arrivé à Londres aujourd’hui et dont le premier propos a consisté à assassiner le plan de la Première ministre. Or la démission de Davis et de Johnson montre que le plan de Mme May est le maximum que les Britanniques puissent faire pour éviter les conséquences les plus néfastes du Brexit. Tandis que les anti-brexiters ne cessent de crier que le pays va dans la gueule du loup, Boris Johnson continue à dire que la sortie de l’Europe conduira le pays au paradis. Pur mensonge, bien sûr, mais son objectif n’est pas idéologique ou économique : il s’agit pour lui de prendre la place de Mme May.

Le malheur britannique.

Toutes les solutions à la crise invraisemblable que les Britanniques se sont infligée à eux-mêmes sont du type cataclysmique : si Mme May se ravise et décide de ne pas sortir de l’Union, il s’en suivra une crise politique capable de déboucher sur l’effondrement institutionnel du pays ; si elle fait trop de concessions, par exemple sur la circulation des personnes, elle devra démissionner et l’accord conclu avec Bruxelles sera dénoncé par ses successeurs ; si elle durcit ses positions, il n’y aura pas d’accord, incertitude presque mortelle pour l’économie britannique ; si elle peut garder l’espoir de préserver son économie en faisant du Royaume-Uni une zone de liberté commerciale et financière absolue, un peu comme Singapour, c’est l’Europe qui paiera les pots cassés. Car nous n’avons aucune raison de nous réjouir du malheur britannique, et j’emploie ce mot à dessein. La perte de la Grande-Bretagne sera, pour l’Union, une très mauvaise nouvelle. Comment le grand peuple britannique a-t-il pu se lancer dans une telle mésaventure et nous y entraîner restera à mes yeux un mystère.  Qui pose le problème de la compétence de l’électeur. Le dossier anglais est d’une complexité inouïe à laquelle la plupart des gens ne comprennent rien. La question, en effet, portait sur le sort d’un pays associé à l’Europe par une multitude de liens tissés pendant 45 ans. Des liens si touffus et enchevêtrés qu’il est peut-être impossible de les rompre. Les Britanniques pouvaient-ils vraiment voter en connaissance de cause ?

RICHARD LISCIA

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41)Brexit : Theresa May reprend les rênes

Après la démission de deux de ses ministres, dimanche 8 et lundi 9 juillet, Theresa May forme un gouvernement uni derrière son projet de Brexit, qui la renforce face aux députés de sa majorité.

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Theresa May quitte le 10 dawning street , le 10  juillet. / Rob Pinney/LNP/Maxppp

Quel est l’impact du remaniement pour Theresa May ?

En deux jours, deux ministres britanniques ont quitté le navire. David Davis, en charge du Brexit, a été le premier à démissionner, dimanche 8 juillet. Prônant un Brexit « dur », il était en désaccord avec le projet de Theresa May depuis des semaines. Dominic Raab, secrétaire d’État au logement de 44 ans, a été nommé pour le remplacer. Ce libéral a exprimé des positions très favorables à la façon dont la première ministre envisage le Brexit.

Le lendemain, le ministre des affaires étrangères Boris Johnson a, à son tour, quitté le gouvernement. Dans sa lettre de démission, il a estimé que le « rêve (du Brexit) est en train de mourir » et que son pays se dirigeait « vraiment vers le statut de colonie » de l’Union européenne. Il a été remplacé par Jeremy Hunt, ministre de la santé, qui avait soutenu le maintien du Royaume-Uni dans l’UE lors du référendum en 2016.

Loin de plomber le moral de Theresa May, ces démissions sonnent au contraire le renouveau de son gouvernement. Elles vont lui permettre d’assainir les positions au sein d’un exécutif jusque-là divisé entre les partisans d’un Brexit dur et soft. Un gouvernement uni ne sera d’ailleurs pas de trop pour la première ministre, qui doit encore rallier les députés conservateurs à sa vision du Brexit.

Theresa May risque-t-elle son poste ?

« Théoriquement et numériquement, un vote de défiance envers Theresa May est possible », estime Emmanuelle Saulnier-Cassia, professeure de droit public à l’Université de Versailles, qui prépare un livre sur le Brexit. Theresa May a obtenu un large soutien des députés conservateurs après s’être adressée à eux, à huis clos, lundi 9 juillet. Ils devraient donc voter une motion de confiance si, le cas échéant, elle faisait face à la défiance des eurosceptiques. Au sein du parti conservateur, le poste de Theresa May semble aussi assuré car, divisés par les ambitions des uns et des autres, les Brexiters ne constituent pas un front uni.

D’autant plus que présenter une alternative « dure » au Brexit de Theresa May semble impossible. « Theresa May a changé sa vision du Brexit, car elle a fait face aux réalités économiques, politiques et financières d’un tel projet », relève Emmanuelle Saulnier-Cassia. De grandes entreprises comme Jaguar Land Rover et Airbus ont notamment menacé de réduire leurs dépenses au Royaume-Uni, en cas de Brexit dur.

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Theresa May impose à son camp un Brexit sans rupture

 

« C’est moi ou Jeremy Corbyn », a aussi menacé la première ministre à l’attention des députés de son camp pour asseoir son poste. Le leader travailliste est en effet en bonne place pour accéder au pouvoir en cas de chute du gouvernement Tory. Un risque que ne prendront pas les conservateurs tant leur camp est divisé.

Peut-elle faire voter son projet de Brexit ?

En plus des votes des conservateurs au parlement, Theresa May pourrait gagner celui de ses alliés nord-irlandais du parti unioniste démocrate (DUP). Sur la question irlandaise, elle prône en effet un partenariat douanier inédit : faire transiter les biens à destination de l’Union européenne par le Royaume-Uni en collectant les taxes douanières au nom de l’UE. Il éviterait ainsi le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du nord.

L’enjeu n’est pourtant pas seulement de convaincre les députés britanniques, mais aussi l’Union européenne. En faisant circuler les biens mais pas les personnes, le projet de Theresa May déplace les limites du marché unique indivisible, si cher à l’Union européenne.

« L’Union européenne doit faire en sorte que le Brexit ne serve pas d’exemple à d’autres pays. Elle cherche donc un équilibre, encore inconnu, entre des partenariats inédits avec le Royaume-Uni et une sortie de l’Union à la carte, trop proche de ce qu’il y avait avant », explique Emmanuelle Saulnier-Cassia. Les lignes rouges du Brexit restent donc floues, alors que l’échéance du Brexit, prévu le 30 mars 2019, se rapproche.

Justine Benoit

 

40)Partout, la force prime le droitLa démocratie n'est plus ce qu'elle était

Richard Liscia

| 09.07.2018
 
La tableau général de la conjoncture politique et la transformation, lente mais sûre, des relations internationales jettent une ombre, depuis au moins deux ans, sur l'avenir des démocraties. Un recours intense aux stratagèmes démagogiques permet à des régimes autoritaires de naître d'élections où le suffrage universel est, pourtant, parfaitement respecté.
  • By Richard Liscia

 
 

Ce constat peut être dressé aux Etats-Unis où un forme de despotisme inintelligent et capricieux s'est emparé du pouvoir et bouleverse leurs rapports avec leurs principaux alliés, que Donald Trump présente aujourd'hui comme des adversaires, leur préférant paradoxalement les dictatures chinoise et russe. Il l'est également en Italie, où l'extrême droite a réussi pratiquement à dicter ses conditions à tous ses partenaires européens pour la gestion de l'immigration. Il l'est en Allemagne, où la CSU, membre bavarois de la coalition au pouvoir, a exercé avec succès un chantage sur Angela Merkel, là aussi au sujet de l'immigration. Il l'est à à Bruxelles où l'Union européenne a entériné un plan pour les migrants largement inspiré par l'Italie.

Ce qui est soudainement apparu avec une clarté insoutenable, c'est que l'Union européenne, à cause de l'ascension de l'extrême droite et pour l'empêcher de poursuivre sa progression, a adopté partiellement son point de vue. De sorte que là où les partis extrêmes n'ont pas le pouvoir, ils l'influencent à leur gré. Quel sera le résultat de ce rejet des migrants en Europe et, bien entendu, en Amérique, sinon des conditions d'accueil de plus en plus sévères, des reconduites à la frontière, des expulsions vers l'Afrique ? Il se trouve cependant que, au moment où triomphe la démagogie, celle qui n'a cessé d'agiter l'épouvantail du « grand remplacement », le flux migratoire a fortement diminué en 2018. La crise reste terrible pour les clandestins qui périssent en Méditerranée ou errent sur des bateaux à la recherche désespérée d'un port accueillant, elle n'est plus un problème pour les Etats européens. 

Pourquoi ? Parce que, depuis la grande crise de 2015, l'Union européenne a conclu un pacte avec la Turquie, moyennant de grosses sommes, pour qu'elle garde sur son territoire trois millions de réfugiés venus de Syrie. Parce que les candidats à l'exil ont peut être pris conscience du fait qu'ils n'étaient pas les bienvenus ou qu'ils prennent des risques insensés en faisant le voyage. Parce que, enfin, la Russie a permis à Bachar Al-Assad de remporter la guerre civile, laquelle touche à sa fin après plusieurs massacres de civils dans les zones tenues jusqu'à présent par des dissidents. Déjà, en Jordanie, où des camps abritent des centaines de milliers de réfugiés syriens, il n'est question que de rentrer en Syrie. Après 400 000 morts, des destructions indescriptibles et la fuite de plusieurs millions de personnes, la pax putina  fait de Bachar le grand vainqueur de la guerre et c'est tout juste si nos démocraties ne poussent pas un soupir de soulagement. 

Menace sur la sécurité européenne

C'est Erdogan, c'est Poutine, c'est Bachar qui mènent le bal et qui tirent le plus grand profit de l'affaiblissement de l'Europe, de l'indifférence, ou même de la complicité, de Donald Trump. Sans compter que le Brexit, d'inspiration purement populiste, fondé sur une série de mensonges, a porté un coup terrible au projet d'union. L'Europe démocratique, l'Europe qui s'est unie pour prévenir tout conflit militaire, l'Europe qui n'aurait aucun mal à devenir une superpuissance est menacée de l'intérieur et de l'extérieur. Elle ne parvient pas, en effet, à se battre sur plusieurs fronts, la concurrence ou la victoire des extrêmes en Autriche, en Italie et, d'une certaine façon en Allemagne ; la menace d'une Russie qui annexe la Crimée, affaiblit l'Ukraine et se retourne avec fureur contre nos sanctions ; l'imprévisibilité d'un Trump, prêt à céder sur l'Ukraine et hostile à l'Otan, bien qu'il sache que c'en serait fini de la sécurité européenne si les Etats-Unis se retiraient précipitamment de l'Organisation atlantique.

L'espoir serait permis si tous les régimes européens dansaient au même rythme. Mais ce n'est pas le cas. Ce qui nous oppose aux Italiens ou aux Autrichiens d'aujourd'hui est, sur le plan de l'intégration européenne, encore plus grave que les menaces venues de Moscou ou de Washington. Si nos orientations politiques divergent, comment pourrions-nous former une force respectée ?

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39)Trump-Kim : un succès

Ça baigne
(Photo AFP)

Le président des États-Unis, Donald Trump, et celui de la Corée du nord, Kim Jong-un, ont conclu ce matin à Singapour un accord qui les engage tous les deux dans la voie de la dénucléarisation. Présenté par les deux partenaires comme un triomphe « historique », l’accord n’est cependant que le début d’une très longue négociation.

IL SERAIT malsain de faire la fine bouche : le sommet américano-nord-coréen a bel et bien été un succès considérable, dont l’immédiat avantage est la détente non seulement entre les deux pays mais dans le monde.  L’accord est bon pour les États-Unis en ce sens qu’il les débarrasse pour le moment d’une inquiétude justifiée : le risque de guerre nucléaire.  Il est bon pour le peuple nord-coréen qui a payé de ses souffrances la constitution de sa capacité atomique. Il est bon pour les Sud-Coréens, qui ont toujours été très exposés et vulnérables à l’agression éventuelle de leur voisin du nord. Il est moins bon pour le Japon, dont l’anti-militarisme post-guerre mondiale le rend dépendant de l’armée américaine. Mais il est bon pour le monde, qui se passera avec bonheur de cette crise parmi tant d’autres.

Le dealmaker.

M. Trump a reconnu que la mise au point d’un accord substantiel, applicable, capable de lever toutes les craintes, prendrait beaucoup de temps. Conformément à sa phraséologie emphatique, il a fait du sommet un immense exploit personnel, car il est plus soucieux de gagner les élections législatives de novembre que de faire la paix à long terme. Il insiste sur ses talents de négociateur, de dealmaker, mais, il y a quelques jours encore, sur la base d’un malentendu ou d’une mauvaise préparation des négociations, il a failli rompre avec Pyong Yang. Entre diverses hypothèses soulevées par sa versatilité, l’accord a été la bonne, presque par hasard, dirait-on, si un tel raccourci n’était excessif.

Ce succès diplomatique, il le doit en outre aux concessions qu’il a pu faire et sur lesquelles il ne s’est guère étendu. Il s’est déjà engagé à mettre fin aux manoeuvres militaires menées de concert avec la Corée du sud. La dénucléarisation implique que son pays retire ses 28 000 soldats stationnés en Corée du sud et transporte ailleurs les armes atomiques qui y sont stockées. Kim Jong-un a tout le loisir d’exiger que les armes nucléaires repartent vers une destination très lointaine et être, par exemple, rapatriées aux États-Unis. Si la vérification du démantèlement de la capacité nucléaire de la Corée du nord prend dix ou quinze ans, la Corée du sud et le Japon ne devront pas être exposés, pendant la période de transition, au feu nucléaire. C’est un risque que Séoul est prête à prendre, mais pas Tokyo.

Pourquoi pas l’Iran ?

Donald Trump, qui n’en est pas à une contradiction près, vient de conclure un accord avec son pire ennemi, alors que le week end dernier, il a traité ses alliés du G7 par le mépris. Il a répété aujourd’hui que le Canada « paierait » pour les propos peu amènes que le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a prononcés après le départ de Trump pour Singapour : M. Trudeau avait jugé « insultantes » pour son pays les dispositions protectionnistes des États-Unis. De même, on s’interroge sur la facilité relative avec laquelle un accord entre Kim et Trump a été trouvé, alors que le président américain vient de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran, qui n’est pas, que l’on sache, plus dangereux que la Corée du nord : les Iraniens n’ont pas encore la bombe. Cette énorme contradiction dans l’action diplomatique américaine tient au caractère de M. Trump. Son comportement n’est pas dicté par la logique, mais par la hargne que lui inspirent les politiques de ses prédécesseurs : l’accord avec l’Iran est mauvais parce qu’il a été signé par Barack Obama. Et l’OMC (Organisation mondiale pour le commerce) est nuisible parce qu’elle a été inventée par d’autres présidents américains. Il existe entre Trump et Kim une affinité dont l’importance est cardinale : ils sont tous deux des capricieux, tous deux prompts à s’emporter, tous deux férus d’une communication féroce, tous deux capables de se lancer d’immondes injures et tous deux prêts à oublier leurs gros mots de la veille pour se réconcilier.

Cette diplomatie, entièrement livrée à deux individus, qui ne semblent pas trop écouter les voix de la modération, est dangereuse. La mise au point technique et scientifique de la dénucléarisation exige un travail rigoureux, conduit par des experts et une transparence absolue des deux parties. Non seulement on n’est pas sûr que la négociation sera une partie de plaisir, mais on craint que la même imprévisibilité qui a produit l’accord réapparaisse, avec des effets négatifs, pendant ce long et dur labeur.

RICHARD LISCIA

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38)Trumpissime…

Trump : j’ai raison
(Photo AFP

Le président des États-Unis, Donald Trump, a dénoncé le communiqué commun du G7, réuni au Canada, aussitôt après avoir pris l’avion pour Singapour. Le sommet occidental a donc été un fiasco complet. Historiquement, il représente la première grande fracture entre la superpuissance américaine et ses alliés.

M. TRUMP semble avoir cédé partiellement aux pressions qui ont été exercées sur lui par ses alliés. Il est toujours difficile, même pour un homme que la courtoisie n’a jamais étouffé, de résister indéfiniment aux arguments inspirés par la logique et par la raison. Le sommet a donc abouti à un communiqué commun qui, tout en reconnaissant de fortes divergences sur le néo-protectionnisme américain, préservait les apparences. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, ayant remarqué que les nouvelle taxes américaines sur les importations étaient « insultantes » pour le Canada, M. Trump, à qui rien n’échappe, même quand il voyage, a riposté d’un tweet vengeur, qui annule sa signature au bas du communiqué. On n’est jamais si bien soi-même que lorsqu’on est seul.

Poids historique.

Donald Trump , qui n’a pas un  caractère très policé, pèse quand même sur le cours de l’histoire. La vérité, depuis son tweet, sa marque de fabrique et sa façon de gérer les relations internationales, c’est que les États-Unis ne font plus partie du G7.  Ce rendez-vous annule une technostructure mondiale qui, jusqu’à présent, permettait à l’Amérique de retrouver ses marques de superpuissance. Pour Trump, le G7 est devenu une corvée. Il déteste s’expliquer au sujet de ses méchancetés, de ses pulsions, de sa brutalité. Il hait les nuances de style dont l’accablent ses partenaires. Il méprise tout ce qu’il peut y avoir de culturel dans les rapports diplomatiques. Il n’est à l’aise qu’avec lui-même ou entouré par des conseillers triés sur le volet : des clones de lui-même. La contradiction l’agace d’autant plus qu’elle le renvoie à son cynisme. Il ne pense et n’agit qu’à partir de la surface des événements. Tous ses commentaires sont explicites : il exagère, mais à partir de faits parfois indéniables. Ce qui devrait être traité par le dialogue se transforme en bras-de-fer. Il s’en est pris à l’Allemagne qui vend des voitures sur le marché américain, mais ne fait aucun effort pour augmenter sa participation au budget de l’OTAN, ce qui est vrai. Il ne veut pas qu’un jeune homme canadien, dont le pays n’existe que par le commerce avec son voisin du sud, lui donne des leçons de morale. Cette querelle américano-canadienne contient à elle seule toute la nature du différend entre les États-Unis et leurs (anciens) alliés : la finesse, la nuance, l’élégance, la subtilité, quelle horreur !

Les dangers du néo-protectionnisme.

Il porte aussi une vision du monde fondée sur l’égoïsme national, avec l’idée que d’autres puissances ont le droit, si ça leur chante, d’agir de la même manière, dans un monde livré au désordre et où tous les coups sont permis. C’est pourquoi il exalte curieusement les « vertus » de Vladimir Poutine. D’aucuns croient que, si Trump ménage Poutine, c’est parce que le Russe a sur lui un dossier compromettant. Il souhaite donc la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Il n’est pas indigné par l’annexion de la Crimée, parce qu’il voit dans les sanctions une façon indirecte de critiquer sa politique mexicaine ou canadienne. Contre le multilatéralisme honni, il pratique le bilatéralisme. On a assez répété que c’est un hommes d’affaires qui a le sens du deal. Mais sa conception du business appliquée aux relations internationales est en train de démolir les règles qui régissaient le commerce mondial. Rien ne sortira de son néo-protectionnisme, sinon une baisse d’activité industrielle, une hausse du chômage partout, y compris aux États-Unis,  et une corruption généralisée.

Il est vrai que l’Allemagne n’a pas pris la mesure de ses responsabilités européennes, il est vrai que M. Trudeau aurait dû surveiller son langage (mais, après tout, il n’a pas été plus vulgaire que M. Trump); il est vrai que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne règle que trop lentement les litiges commerciaux entre ses membres. Mettre ses alliés devant le fait accompli, c’est pour Trump, le moyen de leur annoncer que la fête est finie. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre ce qui se passe : l’Amérique s’est transformée en taureau irascible qui écorne tout le monde sur son passage, tandis que l’Europe a perdu tout pouvoir de décision et  tandis que se multiplient, chez les membres de l’Union, des majorités populistes ou même néo-fascistes pour qui le chaos diplomatique n’est pas autre chose que les malheurs qu’elles nous ont annoncés avant de prendre le pouvoir. Conformément à l’expression américaine, self-fulfilling thinking, qui signifie que, lorsqu’on fait tout pour aller à la catastrophe, on passe pour un devin quand elle se produit.

RICHARD LISCIA

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37)Quels pays d’Europe accueillent le plus de migrants ?

Dans le contexte de crise autour des réfugiés de l’Aquarius, la France et l’Italie se reprochent mutuellement de ne pas prendre leur part en matière d’accueil de migrants.

Dans les chiffres, les deux pays font partie de ceux qui accueillent le plus de réfugiés, avec une courte avance pour la France.

Paris n’a par contre pas respecté son engagement à « relocaliser » des migrants depuis l’Italie.

► Où arrivent les migrants en Europe ?

Premier constat, l’Italie est passée depuis quelques années devant la Grèce comme premier pays d’arrivée des migrants en Europe. Entre le 1er janvier et le 6 juin 2018, 13 808 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes, estime l’Organisation internationale pour les migrations, contre 11 236 pour les arrivées en Grèce.

Cela s’explique par la situation géographique de l’Italie, dont les côtes sont à peine à 300 kilomètres de la Libye, et par la situation politique instable dans ce pays. L’afflux massif de migrants depuis la Turquie vers les îles grecques a baissé après la signature d’un accord avec la Turquie en mars 2016.

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La signature d’un accord du même type entre l’Union européenne, la Libye et l’Italie a fait baisser le nombre de migrants qui passent par la route centrale, il a été divisé par cinq sur la même période l’année dernière.

Entre août et décembre 2017, les gardes-côtes libyens ont annoncé un total de 80 000 migrants secourus ou interceptés, avec l’assistance logistique et financière de l’Union européenne et de l’Italie.

« Ces chiffres ne représentent que l’immigration illégale, bien moins importante que l’immigration légale », rappelle Catherine Withol de Wenden, auteure de l’Atlas des migrations. La chercheuse estime le nombre d’étrangers qui entrent en Europe à « 2 à 3 millions de personnes », dont la majorité sont accueillies au titre du regroupement familial.

► Quels pays accueillent le plus de demandeurs d’asile ?

Une fois posé le pied en Europe, les migrants ont la possibilité de demander l’asile. C’est l’Allemagne qui est le premier pays à accueillir ces demandes pour 2017. L’an dernier, 524 185 migrants ont demandé la protection de Berlin, indique Eurostat. Le deuxième pays est la France, avec 110 945 demandes d’asile, devant l’Italie (78 235). Suivent la Suède (61 065), l’Autriche (56 285) et le Royaume-Uni (27 770).

« Ces chiffres sont très largement à la baisse depuis le pic de 2015 », note Catherine Withol de Wenden.

Le classement reste le même si l’on considère les demandes validées. L’Allemagne a confirmé la demande de 325 370 étrangers en 2017. C’est plus de 60 % des décisions positives octroyées dans toute l’Union européenne. Suivent la France (40 575) et l’Italie (35 130), devant l’Autriche et la Suède.

Ces différences d’un pays européen à l’autre s’expliquent par leur position géographique, sur la route ou pas des migrations, et par leur politique plus ou moins volontariste d’accueil. « Seuls quelques pays, comme la Suède et l’Allemagne, ont mené une politique d’intégration, indique Catherine Withol de Wenden, en considérant les réfugiés non pas comme des étrangers, mais comme de futurs citoyens ».

À noter que, rapporté au nombre d’habitants, les trois plus gros pays d’accueil sont l’Allemagne (3 945 migrants par million d’habitants), l’Autriche (3 865) et la Suède (3 125). La France et l’Italie sont loin derrière. Elles ont accueilli respectivement 605 et 580 réfugiés par million d’habitants en 2017.

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► Comment fonctionne le mécanisme de relocalisation ?

L’Union européenne s’est mise d’accord en 2016 sur un plan de relocalisation des réfugiés, avec comme objectif de soulager la Grèce et l’Italie, où sont concentrées les arrivées de migrants. Mais ces quotas n’ont été appliqués que très partiellement.

Seul un tiers de l’objectif de 100 000 « relocalisations » a été réalisé au 31 mai 2018, rapporte la Commission européenne. L’Allemagne est, là encore, le meilleur élève, avec plus de 10 000 migrants relocalisés.

La France a atteint un quart de son objectif, en accueillant plus de 5 000 migrants depuis la Grèce, et seulement 600 depuis l’Italie, ce que ne manquera pas de rappeler le chef du nouveau gouvernement transalpin, Giuseppe Conte, qui se rend en France vendredi 15 juin.

Julien Duriez

36)Les bouleversements du monde occidental Un changement de paradigme

Richard Liscia

| 07.06.2018
 
Le sommet du G7, qui se réunit les 8 et 9 juin à Charlevoix, au Québec, affrontera des difficultés nouvelles, plusieurs des Etats membres s'étant engagés dans des politiques protectionnistes ou isolationnistes. La notion même d'un groupe homogène qui donnait le la aux relations internationales devient pratiquement inapplicable.
 
 

Si les dirigeants du G7 s'expriment avec franchise, vendredi et samedi, la somme des reproches l'emportera largement sur celle des constats satisfaits. Ce qui unissait le groupe il y a encore deux ou trois ans a en effet disparu. Il était inimaginable, en 2015, que les Etats-Unis se lancent dans une politique protectionniste, que le Royaume-Uni décide de quitter l'Union européenne, que l'Italie se donne un gouvernement composé de néo-fascistes et de populistes. Les pays dont la philosophie reste conforme aux principes qui ont fondé ce forum international, à l'époque où Valéry Giscard d'Estaing était président de la France, sont encore l'Allemagne, le Japon et la France. A la suite de l'annexion de la Crimée, la Russie a été priée de quitter ce qui était alors le G8 en 2014. La suite a montré que, parmi les Occidentaux, des gouvernements imprévisibles et capricieux pouvaient, à leur tour, adopter des postures aussi agressives que celles de Vladimir Poutine.

Le G7 du Canada ne pourra que consacrer le changement de paradigme. Il ne s'agit plus, désormais, d'encourager sans cesse le libre-échange, les libertés individuelles, l'harmonie des relations diplomatiques, la recherche des solutions négociées, ou la paix. Il s'agit d'imposer sa volonté aux autres, de dominer la salle de réunion, de tirer n'importe quel avantage, à court terme, du rapport de forces. Le G7 de Charlebois sera soit un ring de boxe soit une formalité d'où seront exclus les vrais poblèmes. Certes, l'Amérique de Donald Trump n'a pas encore renoncé à son rôle militaire et diplomatique. Après quelques velléités isolationnistes, le président américain s'est hâté de corriger le tir en renforçant sa présence dans les Etats limitrophes de la Russie. Des manœuvres militaires importantes viennent d'avoir lieu dans les Etats baltes. C'est essentiel pour la survie de l'OTAN et pour dissuader Moscou de toute nouvelle agression, mais ce n'est pas tout.

La Grande-Bretagne, double victime

On voit mal en effet ce que Justin Trudeau, Premier ministre du Canada, peut encore dire à Donald Trump, dès lors que les Etats-Unis, depuis le 1er juin appliquent une hausse sensible des tarifs douaniers sur les importations d'acier et d'aluminium. On voit mal comment les interlocuteurs de Trump, tous frappés par la même mesure, pourront parler de sujets différents, alors qu'ils sont obligés d'envisager des représailles commerciales contre Washington. Le cas le plus déplorable, c'est celui de la Grande-Bretagne qui, ayant choisi le Brexit avec l'espoir de conclure avec les Etats-Unis d'e vastes accords commerciaux, se retrouve doublement victime de son propre protectionnisme et de celui de l'Amérique.

Le nouveau paradigme, c'est le nationalisme. M. Poutine doit penser que, décidément, les Occidentaux, qui passent leur temps à le fustiger, sont en train d'imiter ses méthodes. M. Trump a créé un climat tellement malsain qu'il encourage chacun des gouvernements du G7 à défendre avant tout ses propres intérêts, même si la commission de Bruxelles tente d'apporter une réponse unifiée aux décisions disruptives de Washington. Si l'on en croit le programme du nouveau gouvernement italien, ce sera Italia prima, après America first , avant la France d'abord et Deutschland über alles. Personne ne semble comprendre qu'on ne peut pas être dix ou cinquante à occuper la première place. Le nationalisme, disait Romain Gary, c'est le cancer du patriotisme. Et c'est en même temps la chose la plus facile à exalter, alors que le compromis issu du dialogue prend plus de temps et exige plus d'intelligence qu'il n'alimente les passions.

Comme, en outre, M. Trump envisage d'autres mesures destinées à résorber le déficit de son commerce extérieur, on peut parier qu'il fera au Québec des annonces tout aussi détestables que les précédentes. Un G7 où l'on ne sera pas loin de s'envoyer de la vaisselle à la figure. Et si le communiqué final souligne l'harmonie des discussions, vous pourrez traiter les signataires de fieffés menteurs.

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35)L’accord sur le nucléaire iranien en péril

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou tente de convaincre les Européens de créer un front commun contre l’Iran.

Téhéran a annoncé la construction de nouvelles centrifugeuses.

ZOOM

Benyamin Netanyahou veut convaincre Berlin, Paris et Londres de rejoindre un front anti-iranien. / Axel Schmidt/Reuters

Mises en garde, menaces, surenchère : l’accord sur le nucléaire iranien, fragilisé depuis le 8 mai par le retrait des États-Unis et le rétablissement des sanctions américaines, semble désormais moribond. « L’ayatollah Khamenei, le guide suprême iranien, a déclaré il y a deux jours son intention de détruire l’État d’Israël », dénonce le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. « Il a expliqué hier (lundi 4 juin) comment il comptait s’y prendre : en enrichissant l’uranium sans restriction pour constituer un arsenal nucléaire ».

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En visite, mardi 5 juin à Paris, après Berlin et avant Londres, le chef du gouvernement israélien a immédiatement rebondi sur l’annonce par Téhéran de la production de nouvelles centrifugeuses à Natanz, une mesure notifiée, lundi 4 juin, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui « ne viole pas l’accord » et « ne veut pas dire que nous allons commencer l’assemblage des centrifugeuses », selon le vice-président iranien Ali Akbar Salehi. L’ayatollah Ali Khamenei avait tweeté, dimanche 3 juin, qu’Israël était « une tumeur cancéreuse » au Moyen-Orient qui devait « être éradiquée ».

Netanyahou réclame une renégociation de l’accord sur le nucléaire

Benyamin Netanyahou tente de persuader les trois pays européens signataires de l’accord de juillet 2015 de rejoindre un front commun contre l’Iran avec les États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite. À l’instar du président américain, le premier ministre israélien campe sur une position maximaliste en réclamant une renégociation de l’accord sur le nucléaire en forme de capitulation : Téhéran devrait notamment renoncer à toute activité d’enrichissement de l’uranium et accepter l’inspection de ses sites militaires.

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Par ailleurs, Benyamin Netanyahou appelle à un retrait total des forces pro-iraniennes déployées en Syrie. Pour convaincre ses interlocuteurs européens, le dirigeant israélien mise sur le poids des sanctions extraterritoriales américaines, annoncées le 8 mai contre les entreprises européennes qui maintiendraient leurs activités en Iran. La décision récente de l’Arabie saoudite d’exclure les compagnies allemandes de ses appels d’offres publics va dans le même sens.

Angela Merkel et Emmanuel Macron sur la même ligne

Après Angela Merkel, Emmanuel Macron a réaffirmé la nécessité de préserver l’accord existant sur le nucléaire, en le complétant par la négociation avec Téhéran d’un accord sur ses activités balistiques et son influence régionale. Le gouvernement iranien continue à négocier avec l’Union européenne un ensemble de mesures qui garantiraient à l’Iran le bénéfice de la levée des sanctions, mais le guide suprême Ali Khamenei menace de claquer la porte. Téhéran, a-t-il expliqué, n’acceptera pas à la fois les restrictions à son programme nucléaire prévues par l’accord de 2015 et le rétablissement des sanctions.

Entre le rouleau compresseur de l’axe Washington-Jérusalem-Riyad et la pression iranienne, les efforts européens pour maintenir Téhéran dans l’accord ressemblent de plus en plus à un dernier baroud d’honneur, prélude à une nouvelle période de confrontation avec Téhéran. D’ores et déjà, le ministre israélien du renseignement Yisrael Katz appelle à la formation d’une coalition militaire contre l’Iran par les États-Unis, les pays Arabes et Israël si celui-ci se désengageait de l’accord et se mettait à enrichir l’uranium à des fins militaires.

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Paradoxe, au même moment, le secrétaire général de l’AIEA Yukiya Amano affirmait, lundi 4 juin, que son organisation avait eu accès « à tous les sites et lieux que nous devions visiter », tout en ajoutant qu’une « coopération proactive de l’Iran pour offrir un tel accès faciliterait l’application du protocole additionnel et renforcerait la confiance ». Il a souligné ensuite devant la presse que ses remarques « n’étaient pas l’expression de préoccupations ou de récriminations, mais plutôt un encouragement pour l’Iran ».

Le Protocole additionnel de l’AIEA permet l’accès à court terme aux sites nucléaires et autres installations. En 2017, la deuxième année de mise en œuvre de l’accord, l’AIEA a réalisé 35 inspections instantanées en Iran, plus que pour tout autre pays depuis au moins six ans. Dans son dernier rapport d’inspection, l’AIEA avait attesté fin mai que l’Iran continuait de respecter ses engagements aux termes de l’accord.

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Les centrifugeuses iraniennes

Les centrifugeuses sont les machines qui enrichissent l’uranium transformé en gaz. En le faisant tourner à très grande vitesse, elles permettent l’augmentation de la proportion de matière fissile isotope (U-235) pour différentes utilisations. L’uranium enrichi entre 3,5 et 5 % est utilisé pour les réacteurs nucléaires, à 20 % pour un usage médical et à 90 % pour une bombe. Dans l’accord de Vienne, Téhéran s’engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années. Elle a ainsi réduit à 5 060 le nombre de ses centrifugeuses en activité (contre 10 200 au moment de la signature de l’accord) et s’était engagée à ne pas dépasser ce nombre pendant dix ans.

François d’Alançon
 
34)Italie: Le nouveau gouvernement en cinq questions

L'Italie s'est dotée jeudi soir d'un gouvernement populiste après un compromis trouvé entre les chefs de file du Mouvement Cinq Etoiles (antisystème) et de la Ligue (extrême droite). Le président Sergio Mattarella a validé la liste des membres de l'équipe gouvernementale âprement négociée par les deux alliés pour appliquer le programme anti-austérité et sécuritaire sur lequel ils s'étaient accordés il y a près de deux semaines.

Longévité, euro, direction… On vous détaille, en cinq questions, le tout nouveau gouvernement d'union italien dirigé par Giuseppe Conte et formé par le Mouvement 5 étoiles (M5S), tout jeune ovni politique, et la Ligue, parti sécessionniste converti au nationalisme.

L'Italie va-t-elle sortir de l'euro ?

Les deux partis ont violemment critiqué l'euro, mis noir sur blanc une éventuelle sortie de la zone monétaire dans les ébauches de leur programme commun et défendu bec et ongles la présence dans leur gouvernement de Paolo Savona, un économiste qui considère l'euro comme « une prison allemande ». Mais ni la Ligue ni le M5S ne prônent une sortie unilatérale. Selon plusieurs sondages récents, entre 60 et 70 % des Italiens y sont opposés.

En revanche, la Ligue estime que l'euro est « une expérience économique et sociale erronée ». Elle prône une série de réformes et, à terme, une sortie coordonnée avec d'autres pays. Et le programme commun, résolument anti-austérité, risque de faire des étincelles avec les partenaires de l'eurozone.

Les marchés financiers vont-ils s'affoler ?

Les remous de la campagne électorale puis la perspective d'un retour aux urnes en l'absence de majorité ont provoqué quelques tensions sur les marchés financiers. Le programme commun très peu orthodoxe des deux partis a provoqué une poussée de fièvre, qui s'est fortement accentuée avec la perspective d'élections anticipées lors de l'échec de la première tentative de gouvernement de Giuseppe Conte.

Le spread - l'écart entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans - a dépassé les 300 points en début de semaine, contre 130 il y a trois semaines, avant de commencer à redescendre à la reprise des tractations M5S/Ligue. En 2011, il avait frôlé les 600 points, poussant Silvio Berlusconi vers la sortie.

Cette alliance peut-elle tenir longtemps ?

Les deux chefs de file, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, martèlent qu'ils comptent gouverner pendant cinq ans.

Cependant, la majorité du M5S et de la Ligue est étroite : 32 voix à la Chambre des députés et une petite dizaine au Sénat, alors que les deux chambres ont les mêmes pouvoirs. Il leur faudra bien tenir l'ensemble de leurs élus, même ceux qui ne voient pas l'alliance d'un bon œil.

Qui est réellement aux commandes ?

Luigi Di Maio peut s'appuyer sur les plus de 32 % obtenus par son parti, contre 17 % pour la Ligue. Mais Matteo Salvini, tribun efficace et déterminé encore en pleine ascension dans les sondages, a su s'imposer comme le patron de la politique italienne. Et son autorité au sein de son parti est bien plus affirmée que celle de Luigi Di Maio au M5S, dont Beppe Grillo reste le gourou.

L'influence de Silvio Berlusconi, l'allié de Matteo Salvini avec lequel Luigi Di Maio ne voulait même pas parler, reste aussi une inconnue. Après deux mois de blocage, le vieux milliardaire avait donné son feu vert à l'alliance. Mais redevenu éligible juste après et furieux des mesures judiciaires du programme commun, il a promis « une opposition raisonnable et critique ».

Quel sera le rôle du président ?

En refusant de nommer au ministère de l'Economie et des Finances Paolo Savona, un économiste eurocritique, le président Sergio Mattarella, élu par un Parlement majoritairement de centre gauche, a obligé les deux alliés à laisser une place dans leur équipe gouvernementale à des personnalités capables de rassurer Bruxelles.

Ces dernières semaines, Sergio Mattarella a aussi rappelé qu'il pouvait renvoyer au Parlement toute loi dont le poids sur le budget ne serait pas compensé. Et garant des engagements internationaux de l'Italie, il restera vigilant sur le respect des traités, en particulier européens, ainsi que sur l'ancrage historique de l'Italie au sein de l'Otan.

 

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33)La guerre de l’acier

 

 

Une calamité
(Photo AFP)

Donald Trump a donc confirmé hier la hausse des droits de douane sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’étranger, déclenchant ainsi une bataille commerciale qui n’est pas près de se terminer. Pour les Européens, qui annoncent des représailles, la première tâche est de s’assurer que les exportations des pays étrangers, la Chine par exemple, ne se détournent pas des États-Unis pour envahir l’Europe.

LA CONSTANCE de Trump dans son adhésion obsessionnelle au protectionnisme ne s’est donc pas démentie. S’il a pris du temps pour confirmer son option en faveur de la hausse des droits de douane, c’est pour donner à ses partenaires commerciaux le temps de s’y habituer. Depuis quelques mois, le président américain s’est radicalisé, traitant ses voisins immédiats, le Mexique et le Canada, mais aussi l’Europe et la Chine par plus grande indifférence. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin et le moment n’est pas éloigné où il annoncera de nouvelles mesures contre les importations.  M. Trump riposte de la sorte à ces déséquilibres commerciaux qui font de la balance américaine un poste en constant déficit, de plusieurs centaines de milliards de dollars. Il a éliminé tous les arguments qui militent en faveur du libre-échangisme : la hausse des tarifs douaniers entraînera fatalement une hausse des prix pour tous les consommateurs du monde, la capacité des États-Unis à exporter sera amoindrie et le protectionnisme, comme chacun sait, est créateur de pertes d’emplois.

Le mythe de la loi du plus fort.

Mais l’essentiel, pour Trump, n’a jamais été de fonctionner de manière rationnelle. Conformément au personnage de la campagne électorale, il est prêt à faire n’importe quoi pour signifier au monde que l’Amérique est une superpuissance capable de dicter sa loi. Il cherche à la fois à liquider l’héritage de Barack Obama, à satisfaire un électorat populiste mû uniquement par ses passions nationalistes et xénophobes, et à être réélu en 2020. Il n’empêche que, si le protectionnisme n’est pas la bonne réponse au déficit commercial américain, ce n’est pas parce que les productions américaines ne sont pas protégées, mais parce que les citoyens n’épargnent pas suffisamment. Il n’y a pas assez d’argent privé pour aller dans les restructurations industrielles, pour produire, comme en Allemagne ou en Chine, des objets à forte valeur ajoutée à un prix assez bas, tandis que la compétitivité industrielle des États-Unis diminue et que se réduit de façon alarmante le taux de productivité.

Mais n’allez pas demander à Trump d’engager son pays dans des réformes à la Macron. Une telle option exige des analyses plus subtiles que les siennes et un effort intellectuel au-dessus de ses forces. En outre, l’idée même de réforme est politiquement dangereuse. Alors que Macron a pris le risque de l’impopularité pour changer la France, Trump veut satisfaire par la démagogie la majorité qui l’a élu et qu’il veut retrouver lorsqu’il briguera un second mandat. Le président américain a résisté, à ce jour, à tous les périls, aux scandales qui jalonnent son action politique, aux démêlés avec la justice, au langage vulgaire qu’il tient, aux injures qu’il adresse dans ses tweets aux personnalités les plus respectables, à sa criante incompétence. Jamais, jusqu’à présent, l’Amérique ne s’était donné pour président un homme aussi peu préparé à la fonction, aussi capricieux et finalement aussi narcissique.

Pronostic pessimiste.

Les problèmes posés par le trumpisme à la Chine et à l’Europe sont d’une historique gravité. Le maître de la Chine populaire, XI Jinping, voit s’évaporer ses grands projets, comme la nouvelle route de la soie, qui n’est rien d’autre qu’un moyen de confirmer une autre hégémonie, celle de Pékin. L’Europe, elle, arrive à ce point de rupture atlantique alors qu’elle est affaiblie pas ses tourments internes, ascension du populisme, renaissance du néo-fascisme, divisions profondes entre membres de l’Union peu soucieux des règles démocratiques et seulement intéressés par l’aide financière que leur apporte  l’UE, et pays europhiles, anciens fondateurs de la Communauté européenne, politiquement affaiblis par le populisme, encore soucieux des équilibres fondamentaux mais bien incapables d’imposer leur volonté aux autres, comme en témoigne la dérive italienne. Si l’Italie, qui fut l’un des membres les plus europhiles de l’Union, commence à s’en détourner, tout pronostic optimiste est déraisonnable.

 

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 32)Iran : les Etats-Unis quittent l'accord nucléaireLa politique du fait accompli

Richard Liscia

| 14.05.2018
 

 

Après l'abandon par Donald Trump de l'accord nucléaire avec l'Iran, la tension a augmenté en Syrie : les forces iraniennes ont bombardé des positions israéliennes sur le Golan et Israël a riposté en lançant 70 missiles contre des sites iraniens en Syrie.

 

 

 

 

 

S'agit-il du début d'un vaste affrontement Iran-Israël ou seulement d'un épisode de la guerre civile en Syrie ? La France et l'Allemagne, dans la foulée des Etats-Unis, soutiennent Israël dans cette affaire en reconnaissant son droit à se défendre. Mais les Européens sont bien décidés à maintenir en vie l'accord nucléaire avec l'Iran, sans les Américains. Emmanuel Macron, qui a contacté le président iranien, Hassan Rohani, espère continuer à appliquer les dispositions de l'accord et envisage même de l'élargir aux missiles, qui représentent une menace pour tous les pays de la région. M. Rohani exige des garanties que les Européens auront du mal à lui apporter : Donald Trump, en effet, interdit toute violation des sanctions commerciales renforcées que son pays va adopter contre l'Iran. Or tout investissement en Iran ou toute transaction avec ce pays qui seraient libellés en dollars ou impliqueraient des citoyens américains, ou concerneraient la technologie américaine seraient menacés d'amendes colossales, comme celle de neuf milliards de dollars que la BNP a dû payer au gouvernement des Etats-Unis en 2015 pour avoir contourné un embargo américain.

On  constate donc que les garanties demandées par Téhéran ne seront satisfaites qu'au prix d'un risque élevé. En gros, pour prendre un exemple, un pays comme la France devra choisir entre les affaires avec l'Iran et les affaires avec l'Amérique. Les deux marchés ne sont pas comparables. L'obstacle ne peut être levé que si aucun intérêt américain n'est concerné par une transaction et que si l'euro devient la monnaie des échanges. Le problème devient donc européen et oblige enfin l'Union et la zone euro à intégrer davantage leur commerce international. C'est faisable, mais cela implique une réforme qui prendra du temps.

Un certain nombre de gouvernements, conscients des difficultés posées par la décision de Trump, veulent négocier pour qu'il accepte de faire des concessions sur les principes qu'il a établis. Malheureusement, l'Union européenne négocie déjà avec Washington pour obtenir une exception à sa politique protectionniste. Les conséquences de la dénonciation de l'accord nucléaire vont donc épaissir un dossier complexe. Il est plus que probable que la tendance des grands groupes français sera de réduire leur activité en Iran.

Changer le régime iranien

Par ailleurs, on ne peut pas s'attendre, après le geste très hostile de Trump, à ce que les autorités iraniennes se montrent patientes et conciliantes. Il est donc pas possible que, dans un bref délai, elles reprennent l'élaboration d'armes atomiques  par enrichissement de l'uranium, ce qui serait, pour Israël, un signal assez sérieux pour qu'il tente de détruire les installations nucléaires de l'Iran. L'abandon de l'accord contient donc un risque de guerre, avec plusieurs parties prenantes, Israël et l'Iran, bien sûr, mais aussi la Russie et la Turquie, et, si les choses tournaient mal pour l'Etat juif, une intervention militaire américaine. 

Il est possible que la pensée de Trump n'ait pas exploré les conséquences de sa décision, mais ce qu'il veut avant tout, c'est mettre l'Iran à genoux, d'abord en aggravant les sanctions contre un pays déjà affaibli économiquement, ensuite, si c'est nécessaire, en le soumettant par la force. Les dirigeants iraniens, sinon le peuple qu'ils gouvernent, ont fait de la disparition d'Israël leur slogan principal et leur objectif ultime. Ils méritent donc le traitement que Trump leur réserve. Il n'empêche qu'il y a une contradiction énorme entre l'isolationnisme de Trump et la perspective d'une intervention en Iran. Les Israéliens, pour leur part, ne peuvent livrer seuls une guerre à l'Iran qu'au prix de lourdes pertes dans leur propre camp. Or, s'il s'agit de changer le régime iranien, la patience est la meilleure conseillère :  les ayatollahs, qui dépensent leurs maigres ressources dans le conflit syrien et les provocations contre Israël, pourraient bien, un jour, être déposés par la colère populaire.

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31)Immigration : comment l'Europe veut prévenir une nouvelle crise

L'Europe travaille actuellement sur pas moins de 7 textes sur les demandeurs d'asile et l'accueil des migrants. Décryptage d'un casse-tête.

Par
Publié le 22/05/2018 à 10:47 | Le Point.fr

 

 

 

Un migrant à bord de l'« Aquarius » qui accoste à Messine, en Sicile. 

© LOUISA GOULIAMAKI / AFP

 

 

30)Après le Brexit et Trump Europe : le coup de grâce italien

Richard Liscia

| 24.05.2018
 

 

En contaminant l’Allemagne, puis l’Italie, le populisme, déjà actif en Hongrie, en Pologne, en République tchèque, pourrait porter un coup fatal à l’Europe. Car, cette fois, la coalition de deux partis pourtant incompatibles, la Ligue, d’inspiration néo-fasciste et le Mouvement Cinq étoiles, populiste, a mis au point un programme de gouvernement et a pris le pouvoir, dans des conditions par ailleurs tout à fait démocratiques. Or l’Italie est la troisième puissance économique de l’Europe. 

 

 

 

Le programme de Luigi di Maio (Cinq Etoiles) et de Matteo Salvini (Ligue) est foncièrement et délibérément anti-européen. Refusant de respecter les critères de Maastricht, les deux leaders s’apprêtent à accroître les dépenses publiques de quelque 100 milliards d’euros, ou plus,  alors que la dette italienne atteint déjà plus de 132 % du produit intérieur brut (PIB). Le nouveau gouvernement italien renonce à la réforme des retraites, augmentera l’aide aux défavorisés, et entend réduire de plusieurs milliards la pression fiscale, c’est-à-dire les impôts directs ou indirects payés par les contribuables italiens.  A quoi s’ajoutent des dispositions sur l’immigration (la reconduite à la frontière de 500 000 immigrants dans des délais rapides est prévue) dont l’irresponsabilité le dispute à l’ambition.
Ce programme a déjà entraîné une querelle franco-italienne puisque notre ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a rappelé que l’Italie était liée au respect des critères de Maastricht. Bien que sa remarque soit fondée, elle tombe à plat, car la victoire des populistes italiens et surtout leur accord de gouvernement s’accompagnent d’un triomphalisme que di Maio et Salvini ont du mal à maîtriser. « Que les Français s’occupent de leurs affaires, à déclaré M. Salvini. Les Italiens d’abord ». Cinq étoiles et la Ligue ont renoncé à quitter la monnaie unique, mais cela ne veut pas dire que leurs mesures vont la renforcer. De facto, l’Italie n’est plus dans la zone et elle n’est plus dans l’Union. Les deux leaders, que rien n’effraie, en tout cas pas l’outrecuidance, exigent de la Banque centrale européenne (dirigée par un Italien, Mario Draghi) qu’elle annule cent milliards de dette italienne sous le prétexte qu’il s’agit là d’investissements et non de dépenses. 

Le poison du populisme

Le ton des deux nouveaux dirigeants, le simplisme de leurs principes, l’irresponsabilité avec laquelle ils traitent des questions financières, tout montre qu’ils sont les émules de Donald Trump et que le poison du populisme se répand en Europe à une vitesse éclair. Ils nous disent qu’ils représentent un présent tout neuf et donc notre avenir. Il suffirait de leur répondre qu’on ne gouverne pas en truquant les chiffres, en flattant les plus bas instincts de l’électorat et en annonçant sept années de vaches grasses sans avoir le moindre centime pour financer cette prospérité artificielle. Inégalités croissantes et immigration ont nourri le populisme partout dans le monde occidental depuis plusieurs années. Le Brexit en a été la première grande victoire, qui sonna en même temps le glas des intérêts britanniques bien compris, et la première grosse brèche dans l’Union européenne. Trump, avec sa politique protectionniste et son mépris du multilatéralisme, a donné un deuxième coup à l’édifice européen. Les élections allemandes de septembre 2018, en consacrant les populistes, munis d’une centaine de députés AfD au Bundestag, ont littéralement paralysé Angela Merkel, qui n’ose plus bouger le petit doigt tandis qu’Emmanuel Macron essaie de convaincre l’Allemagne de relancer l’Europe par la réforme.
Le président français doit être réaliste : ce qui se passe, c’est un effondrement des idéaux de l’intégration européenne. Il nous aura donc fallu moins d’un siècle pour passer de l’hitlérisme à un retour rampant du néo-fascisme, de l’intolérance, de l’antisémitisme et de la xénophobie. C’est déjà terrifiant en soi, mais une baisse sévère de l’euro, une augmentation des tensions entre partenaires de la zone euro, une absence complète de leadership européen fragiliseraient durablement les pays membres de l’Union et les exposeraient à l’influence négative de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis.

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29) Les Palestiniens ont perdu leurs soutiens dans le monde arabe »

Alors que de nouvelles violences ont fait 52 morts à Gaza, lundi 14 mai, lors de manifestations contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, entretien avec Kobi Michael, chercheur senior à l’Institut national d’études stratégiques (INSS), à Tel Aviv, et spécialiste du conflit israélo-palestinien.

ZOOM

Un homme israélien porte le drapeau national américain à la porte de Damas à Jérusalem le 13 mai 2018 / Ahmad Gharabli / AFP

La Croix : Pourquoi le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem est-il plus que symbolique ?

Kobi Michael : Pour Israël, il permet un retour à la normale. Jérusalem est la capitale de l’État d’Israël, et c’est le fait que des pays n’y installent pas leur ambassade qui est anormal, non l’inverse. Pour autant, ce transfert ne signifie pas que les États-Unis reconnaissent les frontières actuelles de Jérusalem (dont la partie orientale est annexée par Israël, NDLR).

L’ambassade américaine est d’ailleurs située à Jérusalem Ouest, qui, c’est très clair, ne fera pas partie d’éventuelles discussions sur le statut futur de Jérusalem et qui restera en Israël. Aussi, Donald Trump a indiqué que les frontières de Jérusalem seraient négociées. Où donc est le problème ?

S’il n’y a pas de problème, pourquoi ce transfert est-il si explosif côté palestinien ?

K. M.  : C’est explosif pour le leadership palestinien, c’est-à-dire pour l’Autorité palestinienne (qui gouverne en Cisjordanie, NDLR) et pour le Hamas (qui gouverne à Gaza, NDLR), car pour eux, cette décision est le signe d’un biais américain en faveur d’Israël.

Le problème au fond, ce n’est pas l’ambassade en elle-même, mais, de leur point de vue, l’hostilité de l’administration Trump vis-à-vis de leurs positions, alors que l’administration Obama leur était beaucoup plus favorable. Le transfert de l’ambassade est à leurs yeux une étape supplémentaire dans le discrédit des États-Unis, qu’ils jugent désormais incapables de jouer le rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens.

Comprenez-vous cette position palestinienne ?

K. M.  : Il ne fait aucun doute que l’administration Trump est pro-israélienne. Mais il faut rappeler que les médiateurs précédents étaient tous pro-palestiniens, bien sûr John Kerry (ancien secrétaire d’État, NDLR), mais pas seulement, on peut remonter jusqu’au président Carter ! Plus fondamentalement, l’administration Trump place les Palestiniens face à une réalité : les leaders arabes, aujourd’hui, se mettent du côté des États-Unis face aux Palestiniens.

Les dirigeants égyptiens, saoudiens et jordaniens ont compris que la menace, pour eux, n’est plus Israël mais qu’elle se situe ailleurs. Elle est triple : l’islamisme, incarné par Daech, Al-Qaida etc. ; l’Iran ; et l’islam politique, c’est-à-dire les Frères musulmans. Face à ces trois menaces, Israël est leur seul allié fiable dans la région.

Les Palestiniens se retrouvent donc dans un grand isolement…

K. M.  : Oui, ils ont perdu les soutiens qu’ils avaient dans le monde arabe. Ils ne sont plus une priorité numéro un sur leur agenda. Il faut comprendre que l’ordre politique a changé au Moyen-Orient depuis les printemps arabes. Jusqu’alors, il se définissait par des États arabes souverains et autoritaires, qui assuraient la stabilité de la région.

Aujourd’hui, on a affaire à des États faillis, et la région est divisée en quatre grands camps : les chiites, dominés par l’Iran ; le salafisme djihadiste, incarné par Daech, qui n’existe plus comme État mais continue d’être opérationnel et d’exister d’un point de vue idéologique ; l’islam politique, incarné par les Frères musulmans, dont le Hamas est un visage et dont les plus grands soutiens sont les Turcs et les Qataris ; et l’islam pragmatique, mené par l’Arabie saoudite et l’Égypte.

Le problème palestinien s’inscrit dans ce contexte général, et c’est à l’aune des rivalités entre ces camps qu’il faut analyser, par exemple la réconciliation entre le Fatah et le Hamas. L’Égypte veut amoindrir l’influence du Qatar et de la Turquie sur le Hamas, tandis que les Iraniens le voient comme un bras armé et perçoivent l’Autorité palestinienne (dominée par le Fatah, NDLR) comme un rival, car elle se situe dans le camp de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. Pour ces camps, il n’y a pas de place pour le compromis et, dans ces conditions, il est absurde de croire que le Hamas et le Fatah puissent se réconcilier.

Dans ces conditions, comment imaginer des discussions de paix entre Israéliens et Palestiniens ?

K. M. : Il faut définir la paix de façon plus modeste. Avec l’Égypte et la Jordanie, nous avons la paix, mais c’est une paix plutôt fraîche, intervenue entre les dirigeants et non entre les peuples. Si nous parlons de la paix en ces termes, nous pouvons peut-être arriver à quelque chose avec les Palestiniens. À condition, toutefois, d’accepter que l’Autorité palestinienne ne revienne pas dans la bande de Gaza, que le Hamas y restera le seul à gouverner et que la Cisjordanie et la Bande de Gaza sont deux entités différentes. Israël doit négocier simultanément avec le Hamas et le Fatah, mais séparément.

Quelles sont les possibilités de discussion dans ces conditions ?

K. M. : Il y a une possibilité d’arrangements avec le Hamas, avec une facilitation de l’Égypte et de l’Union européenne. Cela a un prix, à savoir renforcer le Hamas et donc, du point de vue israélien mais aussi européen, affaiblir l’Autorité palestinienne. Mais en réalité, celle-ci ne pourrait être affaiblie s’il n’est pas question qu’elle revienne dans la bande de Gaza. Les négociations avec le Hamas devraient porter sur la sécurité : le Hamas devrait prendre des engagements à ne plus construire de tunnels, à ne plus développer ses capacités militaires, à ne plus faire de trafic d’armes… Il devrait se concentrer sur la reconstruction de Gaza. Des signes montrent que le Hamas, qui se trouve aujourd’hui dans une impasse stratégique, serait prêt à discuter d’un cessez-le-feu de long terme.

Quels doivent être les sujets abordés avec l’Autorité palestinienne ?

K. M. : Nous ne sommes pas capables d’atteindre aujourd’hui la solution à deux États-nations, mais il faut en préserver toutes les conditions et procéder par accords intérimaires. L’approche selon laquelle toute paix est impossible en l’absence de solution définitive est fausse. Il y a un large spectre de possibilités.

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28)La guerre à nos portes

 

Trump est content
(Photo AFP)

La décision de Donald Trump de rompre l’accord nucléaire avec l’Iran, n’est pas surprenante. Elle n’en est pas moins désastreuse sur tous les plans : géopolitique, économique, commercial, moral.

NON SEULEMENT Trump sort de l’accord nucléaire avec l’Iran, mais il veut instaurer des sanctions si sévères contre Téhéran que les Européens sont sommés de ne plus faire commerce avec les Iraniens. Nous serions donc contraints d’annuler quelques commandes de l’Iran, par exemple les 130 Airbus qu’il est censé acheter. La France continue de penser que l’accord peut être maintenu en dépit de l’absence des États-Unis. C’est très optimiste, même s’il faut essayer. Les conséquences immédiates de cette catastrophe minutieusement préparée par un chef d’État dont le seul objectif  est de liquider tout ce qu’a fait son prédécesseur, ce qui le conduit à trahir les engagements américains et, donc, dorénavant, rendra sa parole plus que douteuse, sont commerciales et économiques. Le prix du pétrole a déjà beaucoup augmenté ces dernières semaines et la raréfaction des importations en provenance d’Iran ne peut que se traduire par une nouvelle hausse des cours, même si l’Arabie saoudite, ravie de la décision de Trump, annonce qu’elle compensera le manque d’or noir par un accroissement de sa propre production.  Le diktat imposé par Washington au commerce mondial est  illégal et, couplé à ses mesures protectionnistes, finira par affaiblir la croissance.

La tentation militaire.

Mais le danger le plus sérieux vient du Proche-Orient. Livrés à eux-mêmes, les Iraniens sont tentés de réagir par la force. D’abord, rien ne les empêche de reprendre l’enrichissement de l’uranium et de construire des bombes atomiques. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni souhaitent maintenir l’accord nucléaire, mais ils ne peuvent trouver un esprit de conciliation que chez les modérés du régime iranien, dirigés par le président Hassan Rohani. Comment ne pas voir toutefois que les forces iraniennes les plus tentées par le recours à la guerre estiment aujourd’hui qu’elles ont été dupées par les Occidentaux et qu’elles veulent se venger ? Le « Guide suprême », Ali Khamenei, risque bien de se débarrasser de M. Rohani, de s’enfermer dans sa solitude et de poursuivre la mise au point de missiles balistiques chargés de bombes. Il a déjà les missiles. Il joue un rôle en Syrie où se trouvent des troupes iraniennes et les forces du Hezbollah, qui vient de remporter les élections au Liban, ne  cache nullement sa volonté d’attaquer Israël, qui a d’ailleurs mis ses forces en état d’alerte.

Une pluie de missiles ?

Il est indiscutable que l’accord nucléaire avait laissé de côté d’autres nuisances considérables dont l’Iran est capable. Ses forces, protégées par la Russie, combattent en Syrie. Le Hezbollah, lui, est massé à la frontière avec Israël et, si un conflit éclate, il peut lancer des dizaines de milliers de roquettes et engins divers contre l’État juif. Il l’a déjà fait par le passé. Le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahu, qui s’est félicité de la décision de Trump, a déclaré que, si une guerre devait éclater, il valait mieux que ce fût aujourd’hui que plus tard. Mais, même pour Israël, ce ne serait en aucun cas une mince affaire. Ce sont les civils israéliens qui risquent d’être les premières victimes du Hezbollah et Israël sait combien il est difficile d’aller chercher l’ennemi en territoire libanais. Les précédents conflits ont montré que l’État hébreu n’a jamais pu contrôler ce qui se passe au Liban. Pour les Israéliens, un conflit serait coûteux en vies humaines, même s’ils finissent par remporter ce qui ne sera, quoi qu’il arrive, qu’une première manche. Israël, les États-Unis et l’Arabie saoudite, autre allié de Trump, ne peuvent pas conquérir l’Iran et ne peuvent même pas l’affaiblir durablement. Ils ne peuvent qu’espérer un changement de régime, grâce à une révolution contre les ayatollahs.

Le brasier est prêt.

Mais ils font exactement le contraire. En effet, et malgré ce qu’ils croient, leur meilleur soutien, c’est l’Europe, qui tente désespérément de calmer le jeu. La paix et le statu quo favorisent les modérés iraniens et affaiblissent les va-t-en guerre. Or la fin prématurée de l’accord nucléaire constitue aussi un terrible échec pour Rohani dont les résultats diplomatiques sont nuls. Si Ali Khamenei veut revenir à ses fondamentaux extrémistes et violents, une chance aura été durablement perdue pour la paix et une chance aura été donnée à la guerre. Bien entendu, la Russie de Poutine a sa part de responsabilité dans ce périlleux chaos. Elle a laissé les forces turques et iraniennes pénétrer en Syrie en échange de leur contribution au maintien de Bachar Al Assad au pouvoir. Chaque puissance militaire nourrit des objectifs égoïstes qui n’ont rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Les Turcs veulent éliminer les Kurdes, les Iraniens chiites veulent gommer l’influence de l’Arabie sunnite. Tous les ingrédients du brasier sont réunis. Il ne reste plus qu’à allumer la mèche.

RICHARD LISCIA

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27)De Trump à Poutine en passant par Erdogan Les bizarreries d'une époque compliquée

Richard Liscia

| 26.03.2018
 

 

Le Conseil européen du week end écoulé a certes permis aux pays membres de l'Union de trouver quelques positions communes sur des sujets sensibles, mais pas sur tous. Le monde change à vive allure et l'Europe doit s'adapter au rythme en tenant compte de complications diplomatiques auxquelles nous ont habitués les apprentis-sorciers de la planète.

 

 

 

A peine élu président, Emmanuel Macron avait été accueilli à Bruxelles, l'été 2017, par ses vingt-sept homologues au son de la Marseillaise. S'ils ont chanté a cappella, c'était pour lui rendre hommage après sa fulgurante victoire, mais aussi pour s'amuser. Il est toujours rafraichissant de constater que les femmes et les hommes politiques ont le sens de l'humour. Mais l'humeur du conseil européen, entretemps, a beaucoup changé. Le sujet que je souhaite traiter ne concerne pas, cependant, les difficultés de l'Europe à se rassembler et à s'opposer aux menaces venues de l'étranger. Il s'agit plutôt de montrer des contradictions invraisemblables dans la conduite de leurs programmes par certains gouvernements.

La Première ministre britannique, Theresa May est arrivée au Conseil avec la ferme intention de demander le soutien de l'Union européenne dans la crise qui oppose la Russie et le Royaume-Uni au sujet de l'empoisonnement de Sergueï Skripal, un ancien agent double russe et de sa fille, sur le sol britannique. La colère anglaise est redoutable, à la mesure d'un crime qui semble bel et bien avoir été commis par les services russes, l'agent innervant utilisé n'existant qu'en Russie, comme l'ont confirmé des savants de ce pays. Mais la démarche de Mme May est totalement incohérente. Elle est l'ingénieure, déterminée et persistante, du Brexit. Elle est l'architecte d'une déconstruction européenne qui représente une régression géopolitique. Elle réclame une solidarité européenne alors qu'elle en est la démolisseuse en chef.

De la même manière, les échanges commerciaux entre les Européens et les Etats-Unis sont gérés par les règles de l'Organisation mondiale pour le commerce (OMC). Le président Trump a décidé de les faire voler en éclats et d'adopter des décisions protectionnistes pour réduire le lourd déficit extérieur de son pays. L'Union  négocie avec Washington, elle est sur le point d'obtenir une exception américaine. M. Trump a néanmoins annoncé qu'il imposait des tarifs douaniers élevés sur des importations chinoises valant quelque 60 milliards de dollars. Pourtant, il sait fort bien que la Chine réagira par des représailles commerciales, par exemple dans le domaine aéronautique ou celui de soja, qu'elle importe massivement. Quel sens son virage protectionnniste peut-il avoir sinon une dégradation du commercial mondial et, partant, une baisse de la croissance dans tous les pays concernés, y compris le sien ?

Une complète absence de logique

On peut donc en conclure que les relations diplomatiques entre Etats sont gouvernées par l'absence complète de logique. Autre exemple : l'armée turque envahit le nord de la Syrie pour en éliminer la présence kurde. A Afrin, on a dénombré au moins mille morts, des milliers de blessés, des dizaines de milliers de personnes déplacées. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, menace de poursuivre son offensive et de repousser  les Kurdes, qui ont si bien lutté, et à quel prix, contre l'Etat islamique, de toute la zone frontalière syro-turque. Personne ne bronche. L'Europe a simplement signalé à Erdogan qu'il allait un peu loin. Les Américains, qui ont des soldats auprès des Kurdes dans la région, n'osent pas réagir. Motif : la Turquie fait partie de l'OTAN et occupe une zone stratégique qui sert de tampon contre la Russie. Il se trouve cependant que M. Erdogan ne peut agir qu'avec l'assentiment de Moscou, qui le laisse faire, et que le seul pays capable d'arrêter son agression, c'est celui de M. Trump.

Bien entendu, il est difficile, pour Washington de décréter tout à la fois que la Turquie ne mérite plus le statut qu'elle a l'OTAN (et dont elle se moque) et qu'il est temps de la menacer militairement. Ce que Trump ne veut ni dire ni faire, il le fera quand les premiers soldats américains tomberont sous les balles turques. La solidarité vient d'un potentat qui ne vous laisse plus le choix entre la vie et la mort.

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26)La logique nucléaire l'emporte L'Inde, l'atome et nous

Richard Liscia 

Emmanuel Macron est rentré d'un séjour en Inde qui aura été fructueux dans l'ensemble, avec un fort rapprochement stratégique entre les deux pays et une visite au Taj Mahal du couple présidentiel. Safran a conclu des contrats d'une valeur de douze milliards.
 
 

Une commande indienne de six réacteurs EPR, le dernier cri en matière d'électricité nucléaire, n'a pas été concrétisée, mais le président de la République à New Delhi l'a évoquée au terme de son voyage. Les industriels français n'ont pas dit leur dernier mot et la négociation entre les deux pays se poursuivra. La France est en train de terminer une centrale EPR en Finlande, avec dix ans de retard, et elle s'est engagée à construire deux EPR à Hickley Point, en Grande-Bretagne, pour un montant de vingt milliards. Une aventure qui inquiète l'opinion, car Areva a déjà essuyé les plâtres de l'EPR finlandais, en passant un accord avec Helsinki qui la contraint à payer des dédommagements de 450 millions d'euros pour le retard. Bonne affaire, car l'EPR finlandais devait être prêt en 2009 et il ne le sera que l'année prochaine.

C'est un syndrome français. Nous sommes des as quand il s'agit d'innovation industrielle, mais nous sommes en même temps affligés d'une imagination excessive qui nous permet de concevoir le Concorde par exemple, sans nous poser la question de sa rentabilité. Il y a toutes les raisons de craindre que le développement de la filière EPR, magnifique progrès dans le domaine de la production d'électricité à partir du nucléaire, risque de nous coûter plus d'argent qu'il ne nous en rapportera. Areva, déjà sauvée de la banqueroute par une puissante injection d'argent puisé chez le contribuable, pourrait être submergée par la multiplication des commandes.

Nous n'en sommes pas là. On se demande néanmoins s'il est sain, au moment précis où l'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Moselle) soulève des passions aussi violentes qu'à Notre-Dame-des-Landes, de poursuivre à l'étranger le développement d'une production d'énergie qui commence à nous convenir de moins en moins. M. Macron et le Premier ministre indien, Narendra Modi, ont beaucoup parlé de l'énergie solaire. Il est étrange que le président français tente de fourguer à l'Inde une technologie déjà très contestée en France et dont le financement risque d'être introuvable. L'EPR représente un progrès, en termes d'environnement, de sécurité et de prix, par rapport aux réacteurs classiques. Son combustible n'en est pas moins de nature atomique.

Le silence de Nicolas Hulot

La discrétion avec laquelle cet épineux sujet a été rayé des commentaires publics n'empêche pas qu'il soit sur la table. On s'y intéressera sans doute si l'Inde manifeste son intérêt. Il est vrai qu'il s'agit d'un pays immense et surpeuplé, dont la croissance est la plus rapide du monde, qui s'est forgé une classe moyenne de quelques centaines de millions de personnes, dont les besoins sont incalculables et, en somme, M. Macron n'a pas eu tort de manifester sa sympathie aux Indiens, à grands renforts de calins accordés à M. Modi. Il n'empêche que nous devons nous poser la question de la poursuite, par d'autres moyens, de notre politique nucléaire civile. Que l'Inde bénéficie de la technologie la plus récente et la plus inventive n'enlève rien au problème des déchets qui se posera plus tard aux Indiens, sinon aux Français, déjà encombrés par les résidus de 50 années de production d'électricité nucléaire.

On aura d'ailleurs remarqué la discrétion de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, à propos de cette affaire. Il s'est contenté de contribuer au silence du gouvernement. Bien entendu, rien n'empêche M. Modi ou ses éventuels successeurs, de renoncer au projet EPR pour l'Inde. Ce qui est remarquable, c'est que l'EPR, à sa naissance, a soulevé le même enthousiasme que celui qui fut accordé au Concorde ou au TGV. Nous découvrons aujourd'hui, avec l'affaire de Bure, qu'il aurait mieux valu imiter Angela Merkel et renoncer à l'électricité nucléaire. Nous avons préféré perfectionner notre système de production. Nous y sommes parvenus, sans, au préalable, nous interroger sur la validité du tout-nucléaire

 

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25)Le modèle italien fait peurUn vertige anti-européen

Richard Liscia

| 08.03.2018
 
Lundi dernier, la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, déclarait que le scrutin italien de la veille indiquait une « phase d'euro-déception » dans la péninsule. Voilà une façon bien diplomatique de décrire la dérive populiste des peuples européens.

 

Mme Loiseau a très justement noté que l'Italie est l'un des pays fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE), devenue plus tard Union européenne (UE), et laissait donc entendre que, à ce titre, elle désavouait son passé. La fragilité actuelle de l'Union tient principalement à l'incapacité de ses gouvernements de s'entendre sur des politiques précises et efficaces. Face à l'immigration, ils se battent en ordre dispersé et alternent des phases de commisération avec des durcissements. Ce problème, à lui seul, explique le désarroi des électeurs et leur volonté de mettre un terme, par des moyens autoritaires, à ce qu'ils perçoivent pratiquement comme un danger mortel.

L'Italie a accueilli les migrants clandestins avec autant d'humanité que possible, mais les Italiens ne veulent pas qu'ils s'incrustent sur leur territoire. Ils ne se sentent pas soutenus par le reste de l'Europe, ils déplorent les méthodes qui consistent à renvoyer en Italie ceux des migrants qui sont arrêtés dans les pays de l'Union. La victoire de toutes les formes de populisme aux élections du dimanche 4 mars traduit principalement l'aversion de l'électorat italien pour « l'invasion » de la péninsule par les immigrés clandestins.

Mais ils partagent cette intolérance avec pratiquement tous les peuples européens. Le Brexit n'est rien d'autre qu'un coup d'arrêt à l'immigration, au détriment de tout ce qui rattachait le Royaume-Uni à l'Union et contribuait à la prospérité des Britanniques. L'atmosphère est la même un peu partout sur notre continent, non seulement dans les pays d'Euope centrale, mais chez les six nations fondatrices de la CEE. L'idée largement partagée est que l'UE est une passoire et qu'elle reste les bras ballants face à un phénomène qui menace ses équilibres démographiques et sociaux. La bonne leçon à tirer de ce jugement est qu'il faut plus d'Europe plutôt que moins. Les peuples croient pourtant que la responsable de l'invasion, c'est l'Union elle-même.

Dénoncer le mensonge

Il faut, à ce mensonge, une riposte claire et ferme. Ce n'est pas toujours le cas. L'opposition travailliste n'a jamais vraiment pris le contrepied du Brexit, n'a jamais milité activement pour défendre la présence du royaume dans l'Union comme une avancée économique et morale, et a même accordé à ses électeurs traditionnels des déclarations eurosceptiques. En Italie, les convictions europhiles du Parti démocrate, au pouvoir jusqu'à dimanche dernier n'avaient pas besoin d'être prouvées, mais elles ont signé sa lourde défaite. En France, la gauche frondeuse a empoisonné le quinquennat de François Hollande sans défendre des positions pro-européennes très ardentes.

Aujourd'hui, le mouvement majoritaire qui soutient Emmanuel Macron se bat contre le populisme du Front national, contre l'euroscepticisme de la France insoumise et, déjà, contre les Républicains dirigés par Laurent Wauquiez. Une triple opposition à l'Europe avec cinquante nuances d'aversion pour l'Union. Il ne faut pas être dépressif pour constater que l'UE est menacée de l'intérieur, par des électeurs qui s'en moquent dans leur majeure partie, notamment parce qu'ils ignorent ce qu'elle leur a apporté sur les plans économique et commercial. Certes, la pédagogie n'est pas la qualité la plus grande de la Commission européenne, mais il faut une sacrée mauvaise foi pour faire de l'UE la cause de tous nos malheurs. L'immigration n'aurait pas été freinée par l'absence d'institutions européennes. En revanche, nous avons un exemple vivant, avec la Grande-Bretagne, des tourments terribles que le Brexit inflige aux Anglais et à leur gouvernement.

La vérité est que le seul moyen de contrôler les flux migratoires, c'est de mettre en place un programme commun et solidaire, avec les moyens de l'UE, pour freiner l'immigration en amont, dans les pays africains qui laissent partir leurs populations dans une indifférence absolue, et en aval par une méthodologie pertinente de traitement des réfugiés. Critiquer la politique d'immigration que le gouvernement veut mettre en place, soit parce que ce n'est pas assez soit parce que c'est trop, c'est, bien entendu, encourager l'intolérance des Français.

 

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24)Trump, Poutine, Erdogan et les autres...Un monde plus obscur

Richard Liscia

| 05.03.2018
 
Depuis le début du millénaire, le sens de l'équité qui gouvernait le monde après les effroyables expériences du XXè siècle, a disparu. Sont apparus des dirigeants qui ont occulté leur mémoire et inversé des principes, ou une feinte obéissance à ces principes, pour satisfaire leurs ambitions. Depuis moins de vingt ans, la planète qui, de toute façon, joue sa survie avec le réchauffement climatique, subit des tensions géopolitqiues extrêmement graves.

 

Les peuples ont perdu non seulement leur innocence, mais leur optimisme. Ils ne se contentent pas de se battre dans des conflits régionaux, ils se querellent au sein de la même communauté nationale avec une violence croissante. Dans les pays démocratiques, le système est censé calmer le jeu en donnant la souveraineté à une majorité dont l'action est limitée dans le temps. Mais aujourd'hui, à cause d'une médiatisation permanente des moindres faits et gestes et des réseaux sociaux, ceux qui estiment n'être pas représentés par la majorité continuent à la rejeter et, d'une certaine manière, à vivre en dehors d'elle.

Les scandales, les « révélations », les attaques incessantes contre toute forme de pouvoir finissent par compliquer la gestion d'un pays au point où se réalise la prédiction des oppositions, à savoir que la nation est ingouvernable. Cette confontation permanente entre l'exercice démocratique du pouvoir et la contestation exprimée en dehors des instances parlementaires consume les meilleures de nos démocraties. 

C'est ainsi que les Britanniques, peuple intelligent et industrieux, en sont arrivés à se porter eux-mêmes un coup fatal en s'engageant dans le Brexit. Ils n'ont pas fini d'en payer la facture. C'est ainsi que l'extrême droite est parvenue à faire vaciller une Allemagne qui fut d'une stabilité exemplaire jusqu'à l'automne dernier. C'est ainsi que les régions sont saisis d'une frénésie indépendantiste, comme la Catalogne, qui veut à n'importe quel prix affirmer sa singularité au mépris de ses propres intérêts. C'est ainsi que se poursuit le rêve d'une Corse indépendante. Que s'affaiblit l'Union européenne, que la Pologne et la Hongrie bafouent des droits pourtant imprescriptibles. Que la chute morale des Etats-Unis devient vertigineuse.

L'arsenal de Poutine

 

Mais il y a bien plus grave. Il y a l'ambition de roitelets que le hasard ou la nécessité ont rendu surpuissants et qui font de leur force agressive le pire des usages. L'exemple le plus frappant de ce contraste entre la nullité d'un homme et l'incroyable désastre qu'il peut accomplir est fourni par le dictateur syrien, Bachar Al-Assad. Il tire son influence de la Russie et de l'Iran. Sans Poutine, Bachar serait déjà mort ou en prison. Le plus étrange, c'est que ce genre d'homme ne nourrit jamais le moindre doute. Vladimir Poutine était heureux, jeudi dernier, de présenter des armes nouvelles qu'il considère, à tort ou à raison, comme les instruments de la domination du monde, puissances nucléaires comprises. Si on prend deux minutes pour analyser cette fanfaronnade, on s'aperçoit que, au fond, Poutine est prêt à faire subir aux Russes l'horreur d'une riposte atomique, pourvu que lui, le chef de la Russie nouvelle, inflige une défaite à l'Europe ou à l'Amérique.

L'absence des repères éthiques, le cynisme, le mensonge, la cruauté officielle, la haine de ce qui n'est pas soi ont conduit des gens comme Nicolas Maduro à détruire le Venezuela et à faire du peuple qu'il gouverne illégalement un groupe de sous-hommes  privés de tout. De la même manière, le président turc, Recep Erdogan, est saisi par une sorte de vertige historique qui l'incite à recréer l'empire ottoman, notamment en éradiquant les Kurdes. Il prétend combattre le djihadisme, mais a fait de la foi religieuse l'instrument ultime de son pouvoir. L'autre jour, dans une sorte de spectacle pour indigents mentaux, il a présenté des gosses (tous en larmes) habillés en combattants et qu'il considère comme les échantillons de l'enfance turque vouée à la défense nationale. Les enfants semblaient terrorisés, surtout lorsqu'il a dit que, si plus tard, ils mouraient au combat, ils passeraient à la postérité.

Un détail, une anecdote ? Le symptôme d'une maladie mondiale qui ravage non seulement une partie croissante de l'humanité, mais son enfance, qui n'a même plus le droit à l'innocence.

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23)Syrie : une honte planétaire

 

 

Sensible à la souffrance
(Photo AFP)

Même si le cessez-le-feu est appliqué dans le quartier damascène de la Ghouta dans les heures qui viennent, les tractations qui l’ont précédé ont mis l’accent sur la mauvaise foi de Vladimir Poutine et la démence impitoyable de son valet, Bachar Al-Assad.

EMMANUEL  Macron et Angela Merkel se sont livrés en fin de semaine dernière à une démarche innovante : la Russie ayant onze fois opposé son veto à une résolution des Nations unies sur la Syrie, le président de la République et la chancelière allemande ont demandé à Vladimir Poutine de soutenir la douzième. Le président russe n’a pas accepté de bonne grâce de se rendre aux arguments humanitaires des deux leaders européens. Il a posé ses conditions qui, toutes, sont destinées à maintenir l’influence de Moscou en Syrie et de protéger le régime sanguinaire de Bachar. En revanche, il ne s’est pas opposé à ce que des convois humanitaires soient envoyés sur place pour évacuer les civils (dont plus de 500 auraient été tués et 1400 blessés par les bombardements de l’aviation syrienne). M. Poutine tient  à ce que la bataille contre les « terroristes » se poursuive. Clause qui joue le rôle du diable dans les détails. Car, nul dans ce chaos absolu de la Ghouta, ne sait plus faire la différence entre un terroriste et un civil, d’autant qu’aux yeux des Européens, les combattants qui tiennent la Ghouta sont des dissidents opposés au régime de Damas, pas des terroristes.

Une conférence téléphonique.

La poursuite des bombardements a contraint Macron, Merkel et Poutine à avoir dimanche une conférence téléphonique. Les interlocuteurs du président russe lui ont fait valoir que, la résolution ayant été adoptée, il fallait qu’elle prît effet. Dans ce genre de conversation diplomatique au plus haut niveau, personne n’est dupe. Macron et Merkel savent que Poutine veut étendre son influence sur le monde, donc accroître la présence russe en Syrie, et Poutine sait qu’ils le savent. Bien entendu, les trois interlocuteurs ne parlent pas du fond du problème : pour décrocher l’absence de veto russe à l’ONU, le président et la chancelière n’ont parlé que de leur préoccupation humanitaire et leur désir de la partager avec Poutine, que rien ne satisfait plus que de se présenter comme un homme non seulement puissant mais raisonnable ; et de dialoguer d’égal à égal avec les grands de ce monde.

Le beau rôle.

Poutine est-il complice de Bachar Al-Assad ? En tout cas, toute sa stratégie diplomatique dans cette affaire a consisté à gagner du temps, à soutenir les bombardements pendant presque quinze jours, avec l’espoir que, dans une Ghouta écrabouillée où il n’y aurait plus que des morts, le problème serait réglé et que ce ne serait pas sa faute si Bachar l’emportait militairement et reprenait ce quartier de Damas. Son souci humanitaire est feint, il lui donne le beau rôle. L’important, c’est qu’il mène à bien son projet de contrôler une partie du Proche-Orient. La guerre de Syrie n’évolue pas exactement dans le sens qu’il souhaitait. Il est concurrencé par la Turquie, par l’Iran, par l’Arabie saoudite. Il n’a pas réussi à imposer « sa » paix et il craint l’échec de sa stratégie. Elle n’a de sens que s’il rend sa légitimité à Bachar Al-Assad, sa marionnette, alors que l’excès de cruauté du dictateur syrien le rend insupportable pour le monde entier. Poutine est habile, mais cette habileté ne conduit nulle part si elle se heurte à des faits obsédants. Le sentiment des observateurs est que la violation des règles élémentaires fait de la Syrie un cloaque, de Bachar un assassin proche de la démence et de Poutine l’auteur d’une action qui ne peut avoir de signification que si elle conduit à sa propre destruction.

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22)Syrie : l’embrasement

 

Netanyahu, hier à Jérusalem
(Photo AFP)

Des forces iraniennes ayant envoyé un drone au-dessus du territoire israélien, la chasse israélienne a riposté et un appareil de l’Etat hébreu a été détruit, ce qui est sans précédent depuis la guerre du Liban. Les deux pilotes, blessés, ont été recueillis par les services de secours.

IL NE S’AGIT pas d’un épisode sans importance dans la guerre civile de Syrie. Il souligne la gravité du conflit auquel Vladimir Poutine croit  avoir mis un terme alors qu’il fait rage plus que jamais. Les Turcs tentent d’écraser les Kurdes dans le nord. Les Iraniens et leurs affidés du Hezbollah libanais menacent la frontière nord d’Israël, tandis que des éléments de Daech continuent à guerroyer, que Bachar Al-Assad assassine sa population au chlore, que des combats incessants opposent les forces loyalistes aux forces islamistes.  Sans compter les Américains, qui ont eu un accrochage sanglant jeudi dernier, avec des forces de Bachar, qu’elles ont repoussées, pour défendre une milice syro-kurde, les FDS. Menacé par à peu près toutes les parties en présence (sauf les Kurdes et les Américains), Israël est bien obligé de protéger sa frontière. Ce que n’a pas manqué d’expliquer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Contradictions turques.

Depuis longtemps, Israël bombarde les positions du Hezbollah et les transports d’armements iraniens à travers la Syrie. Autant on peut se satisfaire de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, autant il faut se souvenir qu’il n’a pris aucun autre engagement que le gel de sa recherche atomique. Le gouvernement israélien a pris fermement position contre l’accord, de même que le gouvernement américain.  On peut le regretter, on ne doit pas jeter un voile sur une détérioration de la crise syrienne qui risque de s’étendre non seulement à Israël,mais au Liban et à la Jordanie, alors que, au Yémen, l’Arabie saoudite est confrontée à un soulèvement houtiste qui se traduit par la famine et par la destruction du pays. Dans l’affaire syrienne, le président Poutine a pris ses responsabilités. Contre les Occidentaux, il a choisi le camp de Bachar, s’alliant avec le dictateur le plus sanguinaire de la région. La Turquie, jamais à court d’une politique de force, a rejoint le camp russe, alors que le président Erdogan voue à Bachar une haine inexpiable.

Un échec de Poutine.

Les Turcs ne sont pas embarrassés non plus par la présence militaire de l’Iran en Syrie. Il est pourtant évident que la Turquie sunnite est en concurrence avec l’Iran chiite pour le leadership du monde musulman. M. Erdogan compte d’abord empêcher les Kurdes de menacer sa frontière sud-est, sans doute avec l’idée de combattre plus tard les Iraniens. Vaste programme, bourré de contradictions et qui implique une complicité opportuniste avec la Russie. On peut être certain que si les Russes et les Turcs parvenaient à leurs fins, ils se querelleraient ensuite sur les décombres de la Syrie.  La situation est d’autant plus compliquée que la Turquie appartient à l’OTAN et que des règles régissent ses relations avec ses alliés, eux-mêmes embarrassés par un régime turc de plus en plus autoritaire, qui a pratiquement bafoué toutes les libertés et en fait à sa guise parce que la Turquie occupe à l’est de l’Europe une position stratégique de la plus haute importance.

Pour le moment, M. Poutine joue sur tous ces tableaux, mais il est bien obligé de dresser de son action politico-militaire un bilan négatif puisqu’il avait promis une paix improbable et, maintenant, impossible. Il apprend de cette manière la difficulté d’acquérir le rôle de superpuissance. Il croyait apaiser la crise syrienne en quelques mois de violence sans précédent contre les insurgés syriens et, accessoirement, contre l’Etat islamique. Il s’aperçoit que, entretemps, d’autres forces ont surgi, qui viennent de Turquie, d’Irak, d’Iran,  d’un peu partout, et dont chacune d’elles a son propre agenda qui ne correspond ni à celui de la Russie ni à celui de Bachar. Poutine a apporté au régime syrien une victoire à la Pyrrhus que les Turcs et les Iraniens viennent de faire voler en éclats en convoquant dans cette effroyable mêlée la puissance militaire israélienne, toujours déployée avec vigueur quand il s’agit de protéger le sol de l’Etat juif.

RICHARD LISCIA

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21)Macron à la recherche d'une alternative à l'Amérique La Chine, notre nouvel allié ?

 .

Richard Liscia

| 11.01.2018
 

 

Emmanuel Macron rentre de Chine après un séjour de trois jours pendant lesquels il n'a pas ménagé ses compliments au gouvernement de Xi Jinping. Il s'est en effet félicité de l'engagement de Pékin dans l'accord climatique mondial au moment où les États-Unis de Donald Trump s'en retirent. 

 

 

Le président français va plus vite que la musique. Dès son arrivée sur le territoire chinois, il a envisagé une alliance entre la France, l'Europe et la Chine pour mettre en œuvre l'accord sur le climat que le désistement américain met en péril. Il a trouvé des accents solennels pour démontrer que l'Europe et la Chine, étant la mémoire du monde, sont aussi son avenir. Il a encouragé les nouvelles routes de la soie proposées par Pékin tout en rappelant qu'elles ne pouvaient se limiter à une entreprise chinoise mais devaient résulter d'une coopération avec l'Europe.  

M. Macron n'a certes pas manqué de souligner les préoccupations en matière des droits de l'homme en Chine, mais, comme il devait conclure d'importants accords commerciaux, ses critiques ne risquaient pas d'avoir une influence durable. M. Xi a verrouillé la société chinoise en renforçant le contrôle du parti communiste et, si la Chine continue de croître à un rythme qui en fera la première puissance économique du monde dans deux ou trois décennies, l'autoritarisme du pouvoir ne risque pas d'en faire un paradis.

Le chef de l'État a fait ce qu'il a pu pour convaincre Donald Trump qu'il commettait une erreur historique en refusant de croire au réchauffement de la planète. Il n'est pas parvenu à persuader le président américain, qui a vu dans la vague de froid sur la côte Est des États-Unis la preuve absolue qu'il ne fait pas de plus en plus chaud sur la terre. Entre un Trump infantile et un Xi conquérant, le choix n'est pas facile et il n'est même pas sûr qu'il faille choisir. La nature du régime chinois n'empêche pas de faire des affaires avec la Chine et c'est tout ce que peut espérer la diplomatie française qui, en Asie, assiste, impuissante, à un conflit entre deux impérialismes, celui de Pékin, de plus en plus triomphant, et celui de Washington, de plus en plus incohérent. Il demeure que le commerce avec la Chine est freiné par l'absence de réciprocité : Pékin est libéral pour ses exportations, protectionniste pour ses importations et il faudra du temps pour amener les Chinois à plus d'impartialité. Pour le moment, nous accusons un déficit annuel de quelque 30 milliards d'euros dans nos échanges avec l'Empire du milieu.

L'absence de l'Allemagne

M. Macron a tenté d'associer l'Europe à sa vision des relations avec la Chine, sans sembler savoir que l'Allemagne traverse une crise politique sévère depuis les élections législatives de septembre dernier qui ont rendu apparemment impossible la formation d'un gouvernement de coalition. La chancelière Angela Merkel s'efforce de trouver une solution dans la reconduite d'un gouvernement associant les conservateurs, arrivés en tête des résultats, et les sociaux-démocrates, lesquels ne sont pas vraiment enthousiastes, dès lors que leur précédente expérience de cohabitation avec la CDU, le parti de Mme Merkel, a entraîné l'affaiblissement de leur parti. 

Au fond, M. Macron bout d'impatience. Il aimerait bien que les Allemands trouvent une issue. Mais leur problème n'est pas un incident de parcours. Il traduit une défiance à l'égard de la CDU depuis que Mme Merkel a accepté d'accueillir massivement des immigrés, ce qui s'est traduit par l'arrivée au Bundestag de quelque 90 députés de la droite extrême et a suffi à compliquer le jeu entre les partis de gouvernement. Même quand elle aura surmonté ses difficultés actuelles, Mme Merkel ne sera pas libre de faire la politique de son choix. En tout cas, elle ne sera pas disposée à participer au projet de M. Macron d'ouvrir les bras à la Chine, d'autant qu'elle ne souffre guère d'un déficit commercial avec ce pays. 

En d'autres termes, le volet chinois de la diplomatie française n'est pour l'instant qu'embryonnaire. Il existe d'autres urgences, plus impératives, comme la remise sur pied de l'Europe après que l'Allemagne aura retrouvé sa stabilité politique. La politique imaginée par M. Macron serait bien plus convaincante s'il avait réussi à réduire davantage les déficits publics et mis la France sur un pied d'égalité avec l'Allemagne.

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20)Le coup de Jérusalem

Trump après sa décision
(Photo AFP)

La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël va accroître les tensions au Proche-Orient et déclencher de nouvelles violences.

JÉRUSALEM fonctionne déjà comme une capitale. La plupart des institutions israéliennes s’y trouvent, notamment la Knesset ou Parlement, le gouvernement, la présidence. Jérusalem est un nom hébraïque. Elle a été pendant des siècles la ville-État vers laquelle se tournait tous les regards des juifs du monde. Conquise par les Romains, puis, beaucoup plus tard par l’empire Ottoman, elle fut reconquise en 1967 par Israël à la suite d’une guerre perdue par les pays arabes. En tant que capitale de l’État hébreu, elle a une légitimité historique, religieuse, juridique. Présentée parfois comme le troisième lieu saint de l’islam, elle n’en est pas moins le premier lieu saint du judaïsme.  Au moment de la création d’Israël par un vote des Nations unies en 1948, les Israéliens occupaient déjà une partie de leur capitale. La guerre de 1967 leur rendit l’accès au Mur des lamentations, symbole sacré de leur foi.

Ce qui est choquant et ne l’est pas.

Dans la décision des États de ne pas installer leurs ambassades à Jérusalem, mais à Tel Aviv, il y avait un souci de légalité internationale : le sort de Jérusalem devant résulter d’une négociation au terme de laquelle serait créé un État palestinien, l’ONU refusait de privilégier les Israéliens au détriment des Palestiniens ; il était question de leur accorder la vieille ville de Jérusalem comme capitale. Rien, sinon les passions religieuses que soulève le problème, n’est choquant au regard du droit : ni qu’il entérine un fait accompli et une routine de cinquante ans, ni qu’il crée une seule capitale pour deux États, idée très compliquée mais novatrice. Dans l’histoire des relations mouvementées entre le groupe qui a instauré la première religion révélée et son environnement hostile, il y a eu des phases où les juifs étaient un peuple fort et des phases plus longues où ils ont vécu les pires souffrances, l’exil et même le génocide. Aujourd’hui, ils ont reconquis une nation à l’endroit même où leur identité s’est affirmée il y a des milliers d’années. Depuis leur exil il y a plus de 2 000 ans, ils prononcent tous à la fin de la Pâque juive la phrase célèbre : l’an prochain à Jérusalem. Il n’existe pas pour eux de notion plus absolue que l’appartenance de Jérusalem au judaïsme.

Terribles conséquences.

Ce qui rend l’initiative de Donald Trump dangereuse et explosive, c’est la crise générale dans laquelle est plongé le monde musulman, les tensions très vives entre Israéliens et Palestiniens causées par l’absence, depuis les accords d’Oslo, de toute initiative diplomatique efficace, la radicalisation accrue des forces hostiles à Israël, de l’Iran à une Palestine frustrée, et, surtout, le refus de passer par une négociation internationale pour mettre un terme à un conflit si ancien qu’il en devient insupportable. M. Trump ne croyant en rien, ni en l’ONU, ni en ses propres alliés, ni aux vertus de la discussion, ni à la paix, ni au respect des communautés humaines, ni même aux moyens puissants dont dispose l’Amérique pour maintenir la paix, les conséquences de ses actes sont tout simplement terribles. Israël, sachant qu’une nouvelle intifada est plus que possible, a déjà mis en place des dispositifs de sécurité, alors que le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem prendra des années. Mais le pire, peut-être, c’est que Trump, sous la pression du Premier ministre israélien et en dépit des avertissements de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte, et convaincu qu’il devait tenir une promesse électorale bien imprudente, a fait un geste pour apaiser le gouvernement israélien et pas du tout parce que la reconnaissance de Jérusalem serait, comme il l’affirme, le point de départ d’une grande politique proche-orientale qui règlerait le conflit.

Un allié de facto.

Ce qui est incompréhensible, c’est que l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Égypte, épouvantées par la montée en puissance de l’Iran, commençaient à considérer Israël comme un allié de facto, revirement extraordinaire que les Israéliens auraient dû encourager et acclamer, et les États-Unis comme le chef d’orchestre qui avait la capacité de négocier une paix durable englobant les pays arabes dits modérés, Israël et le nouvel État palestinien. Pour avoir cette capacité, il était donc essentiel que Washington fût un ami impartial des deux parties en conflit, ne fît aucun geste inamical contre les Palestiniens, conservât avec Riyad, Amman et Le Caire des relations parfaites. Il vient de briser d’un seul coup une politique qu’il a lui-même inventée. Non seulement il accroît l’isolement de son pays, mais, en tant que négociateur en chef, il est fini. Il a perdu sa crédibilité aux yeux du monde arabe, et il déclenche un de ces cycles de violence au Proche-Orient dont nul n’avait besoin, et surtout pas les Israéliens, quoi qu’en pense leur gouvernement.

RICHARD LISCIA

 

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19)La possibilité d’une guerre

Kim Jong-un à l’oeuvre
(Photo AFP)

Le lancement d’un nouveau missile balistique nord-coréen capable d’atteindre n’importe quel point du territoire des États-Unis accroît énormément les tensions internationales. L’hypothèse d’une guerre nucléaire, ou d’un début de guerre nucléaire suffisant pour provoquer des ravages incalculables semble de moins en moins déraisonnable.

KIM JONG-UN, le jeune dictateur surexcité qui règne à Pyong Yang, explique ses essais de missiles par la nécessité, pour son pays, de se protéger des États-Unis, pays voué, selon lui, à détruire la Corée du Nord. Il refuse de négocier l’arrêt du développement de ses moyens stratégiques et, à chaque essai, les Américains eux-mêmes reconnaissent qu’il fait des progrès. La réponse de Donald Trump est toujours la même : il promet à la Corée du Nord des représailles qui la feraient disparaître de la carte. Ce qui ne veut rien dire : on veut toujours la mort de son ennemi, on ne veut pas mourir avec lui, sauf dans le cas des kamikazes. Or le seuil d’intolérance à un conflit nucléaire commence très tôt. Un seul missile qui détruirait une seule ville américaine représenterait la mort de millions de personnes, des dévastations indescriptibles, une pollution qui nous renverrait tous à l’âge de pierre.

Une menace très sérieuse.

Les États-Unis ne peuvent pas conduire une action militaire préventive tant qu’un missile nord-coréen n’est pas tiré pour les atteindre. S’ils vitrifiaient la Corée du Nord en ripostant massivement, ils ne déclencheraient pas nécessairement une guerre tous azimuts capable d’éliminer l’humanité, car ils auraient avec eux la légitime défense. Mais s’ils tiraient les premiers, la Chine et la Russie pourraient se joindre à la Corée du Nord et participer à la punition des Américains. Dans cette voie extrêmement étroite, le seul moyen de contre-carrer les plans de Pyong Yang, c’est le recours à un système anti-missiles. Il existe. Il parviendrait sans aucun doute à neutraliser une demi-douzaine de missiles nord-coréens, même si l’on néglige une pollution radioactive qui mettrait en danger des millions de vies. Il ne parviendrait pas à empêcher l’arrivée sur le sol américain d’une partie d’une flotte de missiles.  Comme apparemment, rien, ni la situation économique de la Corée du Nord, qui est défavorable, ni l’insuffisance des connaissances des scientifiques nord-coréens, ni une politique d’agression pure, n’empêche les progrès nucléaires et balistiques de  Pyong Yang, Kim sera capable, dans quelques années, de représenter une menace pour l’Amérique (et peut-être d’autres pays) aussi sérieuse que celles de la Russie ou de la Chine.

Enjeux immenses et petits calculs.

Une explosion nucléaire serait un tel malheur pour l’humanité que le seuil de la dissuasion commence très tôt. M. Trump allie les imprécations aux suppliques adressées à la Chine pour qu’elle mette Kim au pas. Les Russes, pour leur part, ne veulent même pas accroître les sanctions. Ni Pékin ni Moscou ne sont inquiets d’une crise qui affaiblit les États-Unis moralement et militairement. Xi Jinping et Vladimir Poutine souhaitent seulement qu’elle ne se transforme pas en une guerre dont la Chine et la Russie paieraient les conséquences. Si nous en sommes là, ce n’est pas seulement à cause du laissez-faire d’une demi-douzaine de présidents américains qui n’ont pas su négocier à temps avec Pyong Yang :  la Corée du Nord exerce son chantage depuis fort longtemps mais il fallait la rassurer en dépit de la paranoïa des Kim passés et présent. Si l’inquiétude augmente dans le monde, c’est aussi parce que les dirigeants chinois et russe ne semblent pas comprendre clairement que l’enjeu de la paix est infiniment supérieur à leurs petits calculs pour empoisonner la vie des Américains.  Une chose est sûre. L’accord nucléaire avec l’Iran n’a jamais autant démontré son utilité. Donald Trump, qui voudrait sortir son pays de cet accord, se trompe lourdement. Il n’a rien à dire aux Coréens, mais son devoir est d’entamer des discussions très sérieuses avec la Chine et la Russie.

RICHARD LISCIA

 

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18)Syrie : la paix selon Poutine

Vladimir Poutine
(Photo AFP)

Vladimir Poutine reçoit aujourd’hui à Sotchi le président iranien, Hassan Rohani, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Le but de la réunion est de définir les conditions dans lesquelles la Syrie va revenir à la paix, après la défaite du prétendu Etat islamique dans la région.

LES FONDEMENTS de l’accord que les trois présidents s’apprêtent à conclure sont déjà clairs : il s’agit, tout d’abord, de maintenir au pouvoir à Damas, le président syrien Bachar Al-Assad, malgré les nombreux crimes de guerre et contre l’humanité qu’il a commis pendant six années de guerre civile. Il s’agit, par voie de conséquence, d’asseoir l’influence de la Russie au Proche-Orient et de consacrer le retrait des Etats-Unis, largement encouragé par Donald Trump lui-même qui, en dépit de la présence sur le terrain d’une coalition occidentale qui a contribué à la défaite du « califat » et protégé divers partenaires, kurdes notamment, a laissé les Russes intervenir massivement sur le plan militaire et permis notamment à Bachar de reconquérir Alep et Deir Ez-Zohr. Il s’agit enfin de garder avec les deux autres belligérants alliés à la Russie un contrôle sur la Syrie et l’Irak.
Moscou fait peu de cas de la minorité kurde, dont les combattants ont vaincu l’ennemi islamiste à plusieurs reprises, libéré Kobané (à la frontière turque), protégé du massacre les Yazidis et tenté, mais vainement, de constituer une zone syro-irakienne sous leur influence. Le théâtre militaire syrien est inséparable de celui de l’Irak. Les Kurdes disposent déjà du nord de l’Irak, où ils ont créé une zone économiquement prospère et pacifique. Cependant, leur tentative militaire récente de s’affranchir du pouvoir central de Bagdad, dominé par les chiites liés à l’Iran, a été tué dans l’oeuf par les troupes irakiennes. Il serait plus raisonnable, pour eux, de se contenter du système fédéral qui, en Irak, réunit Kurdes, chiites et sunnites. Mais, au-delà des zones d’influence ethnique, se joue une bataille qui commence pour la main-mise sur l’Irak et la Syrie.

Le cauchemar d’Erdogan.

Les Kurdes n’ont pas d’Etat, mais ils forment des minorités importantes en Irak, à l’est de la Turquie, en Syrie et en Iran. Pour Erdogan, patron autoritaire et intraitable de la Turquie, ils représentent un cauchemar. Il continue à guerroyer contre les Kurdes sur son sol et au nord de la Syrie. Pour l’Iran, l’enjeu est énorme. Le « printemps arabe » a permis à Téhéran d’intervenir en Irak, d’y installer un régime à prépondérance chiite et de devenir partie prenante dans une forme de dépeçage de la Syrie, ce qui lui permettrait d’augmenter encore un peu plus son emprise sur le Liban. L’épisode rocambolesque de la démission, annoncée à Riyad, du Premier ministre libanais, Saad Hariri, qui serait encore en Arabie saoudite si Emmanuel Macron ne l’avait tiré d’affaire, s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large : le déséquilibre des forces qui s’affrontent au Proche-Orient et le conflit géopolitique qui oppose l’Arabie saoudite et l’Iran.
Le Liban occupe une place stratégique d’importance essentielle pour la région. Il est dominé par le Hezbollah, force militaire et politique soutenue par l’Iran et la Russie, et capable de tenir Israël en échec. Dans son discours de démission (rejetée par le président libanais, Michel Aoun), M. Hariri avait dénoncé l’influence croissante du Hezbollah en Iran, sans doute sous la pression de Mohamed Ben Salman, homme fort d’Arabie, alors que, en réalité, il tentait de maintenir un équilibre fragile dans son pays.

L’inaction de Donald Trump.

Ce qui est sûr, c’est que la réunion de Sotchi va figer les influences respectives de l’Iran, du régime d’Al-Assad, de la Turquie, au détriment des Kurdes et de la paix libanaise. C’était inévitable dès lors que, malgré sa contribution aux actions militaires de la coalition, Donald Trump a passé le relais à Poutine sans lui demander ce qu’il entend faire dans la région. M. Trump partait du principe que son pays doit se retirer d’une zone où il n’y a que des coups à prendre. Mais entre-temps, les généraux américains, sous Obama, avaient changé de stratégie. L’idée, en Irak et en Syrie (et aussi en Afghanistan, mais c’est une autre histoire), était d’aider des minorités à combattre Daech mais de ne pas intervenir massivement. Cette re-formulation de leur politique proche-orientale a donné de bons résultats sur le front, mais n’a pas été assez ferme avec les Russes pour que les Etats-Unis puissent orienter les conséquences politiques de la débâcle du « califat ».
Sur tous les plans (intérêts occidentaux, contrôle des menées russes, éviction de Bachar, surveillance de l’Iran, protection d’Israël), M. Trump a perdu la partie, non sans abandonner les Kurdes à leur sort alors qu’ils sont les meilleurs alliés qu’il pouvait trouver sur place. Ce bilan extraordinairement négatif, y compris pour Israël, dont Trump est le premier soutien, est la conséquence d’une vision diplomatique proche de la nullité : avant d’être élu, M. Trump voulait se lancer dans un rapprochement spectaculaire avec la Russie. Depuis qu’il est élu, la tension a rarement été aussi forte entre Washington et Moscou. Pour échapper au soupçon qui pèse sur lui, au sujet de l’ingérence russe dans la campagne électorale de l’année dernière aux Etats-Unis, le président américain s’est contenté de baisser les bras en Syrie, offrant au monde l’image d’une Amérique complètement dépassée par les manoeuvres de Moscou.

 

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17)Une crise sans précédent en Allemagne Merkel victime de l'immigration

Richard Liscia

| 23.11.2017
Nous aurions tort de ne pas accorder à la crise politique allemande toute l'attention qu'elle mérite. Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement la paix intérieure du pays, mais le sort de l'Europe. La volonté d'Emmanuel Macron de « refonder » l'Union européenne n'a de chances d'aboutir que si une Allemagne forte l'accompagne dans sa démarche. Comment les Allemands si attachés à la stabilité de leur gouvernement en sont arrivés là, voilà une question qui vaut la peine d'être explorée.
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Il est impossible d'expliquer les problèmes actuels d'Angela Merkel et le risque qu'elle court de disparaître de la vie politique en dépit d'une victoire aux législatives de septembre dernier par un autre phénomène que celui de l'immigration. En laissant, il y a deux ans, un milllion d'immigrés entrer sur le territoire allemand, la chancelière a provoqué l'inquiétude et l'incompréhension de ses concitoyens. Elle a pourtant tenu son pari, notamment en créant les structures qui permettaient d'accueillir des étrangers en si grand nombre. L'absorption d'autant d'étrangers ne va pas sans difficultés considérables, mais elle se passe relativement bien. Lors du rendez-vous électoral d'il y a deux mois, Mme Merkel pouvait penser qu'elle avait franchi un cap,  d'autant qu'elle présentait par ailleurs un bilan clairement positif

La chancelière a sûrement pensé que, grâce à son propre pestige, ses concitoyens lui pardonneraient son geste. Pour faire une comparaison un peu élaborée, ouvrir les bras aux migrants était aussi audacieux qu'abolir la peine de mort en France il y a quelque 35 ans, ce qui n'a pas nui à la réélection de François Mitterrand. Mais d'une part, la mobilisation contre l'immigration est perçue comme une atteinte à la sécurité intérieure bien plus grave que la mansuétude judiciaire ; et d'autre part, le système électoral allemand est bien différent de celui de la France. Le peuple allemand ne s'est pas retourné comme un seul homme contre le parti de Mme Merkel. Il a suffi cependant qu'une frange de l'électorat, celle qui est sensible aux sirènes de l'extrême droite, trahisse la CDU.

Le rôle du Front national

Lors des élections générales en France, en mai-juin dernier, plus de dix millions de Français ont voté pour Marine Le Pen, ce qui n'a guère empêché l'élection d'Emmanuel Macron. En Allemagne, la CDU a perdu une dizaine de points qui sont allés à l'extrême droite et ont plongé Mme Merkel dans la recherche d'une coalition introuvable.  Son affaiblissement a ensuite permis toutes les audaces, celle, en particulier de Christian Lindner, jeune homme de 37 ans aux dents longues, chef des libéraux (FDP) qui a sans doute pensé qu'il pouvait faire monter les enchères et même jouer avec la perspective du chaos parce qu'il se voyait lui-même comme un Macron allemand. Du coup, ce qui était logique, classique, germanique, devenait anormal. L'ombre de l'extrême droite est partout dans cette affaire. Si en France le Front national est puissant mais sans influence sur l'essentiel, en Allemagne, l'AfD (Alternative für Deutschland), qui ne peut même pas songer à briguer le pouvoir, dispose d'un levier qui décuple ses forces.

A droite, Laurent Wauquiez a si bien compris ce qui se passe outre-Rhin qu'il a fait de son combat contre les immigrés et pour l'identité nationale son fer de lance, sans perdre de temps à nous dire comment lui, Wauquiez, redresserait le pays sur les plans économique et social. Ce qui veut dire que l'immigration, clandestine ou pas, va rester dans les années qui viennent le sujet numéro un autour duquel s'organisera le débat politique, à la différence près que, en France, nous avons encore des progrès à faire en matière d'emploi, de réindustrialisation et de déficits. Moralement, il est logique de ne pas encourager l'immigration, mais il est impossible, bien sûr, de rejeter sans autre forme de procès les malheureux qui débarquent chez nous pour échapper à la misère et à la mort. Le problème politique reste entier si, par générosité, nous sommes contraints un jour, à cause de l'immigration, à donner le pouvoir à un parti extrême.

 

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16)Macron défie Trump

Macron avec le secrétaire général de l’ONU, M. Guterres

L’un après l’autre, Donald Trump et Emmanuel Macron ont prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU des discours diamétralement opposés, dans la forme comme dans le fond.

 

L’EXERCICE du pouvoir et la confrontation aux réalités du monde n’ont pas convaincu le président des États-Unis qu’il devait tenir un langage différent, plus conciliant, plus diplomatique, surtout dans une enceinte dont la vocation est le maintien de la paix. M. Trump a exprimé hier sa vraie nature, belliqueuse, sûre de sa force, arrogante. Il a dit qu’il est prêt à tout, y compris à raser la Corée du Nord, à se retirer de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran et à abandonner le projet mondial de lutte contre le réchauffement climatique. Le président Macron, pour sa part, a énoncé des idées inverses, véhiculées par une langue impeccable. Il a soutenu à plusieurs reprises le multilatéralisme, dont les effets sont bien plus pacifiques que les menaces lancées au nom de la supériorité militaire, il a insisté avec humanisme sur la détresse indescriptible des immigrés, apporté son aval à l’accord nucléaire avec l’Iran, dénoncé Bachar Al-Assad tout en admettant qu’il faut négocier avec lui. Bref, Macron dit le contraire de Trump et ce qui se passe sur la scène internationale est tout à fait nouveau.

La défense du multilatéralisme.

Rex Tillerson, le secrétaire d’État américain, sait nuancer les propos de Trump : une renégociation de l’accord climatique nous permettra d’y rester, dit-il en substance ; des garanties nouvelles apportées par l’Iran nous convaincront de rester signataires du pacte que nous avons conclu avec lui. M. Macron répond qu’il n’est pas du tout question de renégocier quoi que ce soit dans chacun des deux dossiers. Cela signifie que, en dépit de la chaleur des rencontres Trump-Clinton, le président français qui a fait entendre un son agréable à la réunion des Nations-Unies, offre une alternative à l’unilatéralisme américain et que, de facto, il est en train de contribuer à l’isolement croissant des États-Unis.
Car il ne faut pas s’y tromper : l’Amérique ne peut raser la Corée du Nord que si, au préalable, Pyong Yang attaque le territoire sud-coréen, japonais ou américain. Si Trump se livrait à une attaque préventive, ce serait une déclaration de guerre à la Chine et sans doute à la Russie. Pour le moment, et en l’absence d’un acte insensé de Kim Jong-Un, le seul moyen de faire baisser la tension entre Washington et Pyong Yang, c’est la négociation par l’entremise de la Chine. Aucun allié traditionnel des États-Unis, même pas la Corée du Sud, même pas le Japon, n’a envie de se lancer dans une aventure suicidaire parce que M. Trump ne croit qu’aux vertus de la force. Le président américain peut déjà dresser un premier bilan de son action à l’étranger : ce sont la Russie et l’Iran qui mènent le bal en Syrie, où les Américains ne défendent plus que des positions éparses. Dans la question iranienne, M. Trump est le seul à vouloir renvoyer l’Iran à son statut de paria. Dans la question climatique, c’est également l’Amérique contre tous.

L’isolement des États-Unis.

Si M. Trump, pour une fois, va au-delà de ses pulsions, il ne manquera pas de constater que son action est en train de rétrécir l’influence américaine, que la Chine et la Russie font ce qu’elles veulent dans le monde sans tenir compte du point de vue de M. Trump, que l’isolationnisme éteint le rayonnement américain et que le protectionnisme finira par coûter très cher aux salariés américains. L’aveuglement du président, entretenu par ses électeurs, mais par bien peu d’élus républicains, le conduit tout simplement à la faillite.
Ce qui ne veut pas dire que nous évoluions vers un monde meilleur. La disparition du sens de la nuance et de la subtilité en diplomatie peut produire le pire des désastres, aussi bien à cause de la Corée qu’à cause des points chauds du globe où le retrait américain donne leur chance aux criminels de tous bords, de Bachar au Hezbollah, des passeurs libyens à Nicolas Maduro. La conduite hégémonique de la Chine dans le Pacifique oriental, la pax poutina qui se dessine en Syrie et en Irak, les premières victoires du chiisme contre le sunnisme au Proche-Orient, la montée en puissance de l’Iran sous le parapluie russe, la crise de nerfs permanente du président turc, Recep Erdogan, la lutte contre le terrorisme qui absorbe beaucoup d’énergie européenne, la défaite américaine en Afghanistan montrent que les successeurs de la superpuissance seront bien moins commodes qu’elle.

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15)Corée du Nord: La menace nucléaire est-elle crédible?

Le renseignement militaire américain en est désormais convaincu : la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l'arme atomique pour l'embarquer à bord d'un missile - y compris intercontinental - capable de menacer les Etats-Unis, a révélé le Washington Post mardi. Le pays a réussi ce tour de force technologique plus rapidement que prévu mais, selon les experts, il lui reste des obstacles à franchir avant de devenir une puissance nucléaire à part entière, capable de frapper partout, à tout moment, à un endroit précis.

 

Cinq essais nucléaires au compteur

La Corée du Nord a mené cinq essais nucléaires dont le dernier en date le 9 septembre 2016. La bombe avait à peu près la puissance de celle lancée sur Nagasaki le 9 août 1945, soit environ 20 à 30 kilotonnes. Pyongyang avait alors annoncé que c'est ce type d'engin qu'il comptait miniaturiser et « standardiser » pour les embarquer sur ses missiles balistiques.

Le pays a procédé à de nombreux tirs de missiles y compris deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont les experts estiment qu'ils ont la capacité d'atteindre la côte ouest et la côte est des Etats-Unis avec une portée d'environ 10.000 kilomètres.

La tête doit survivre à la vitesse et au retour dans l'atmosphère

La miniaturisation de la charge nucléaire et la fabrication d'un missile avec une portée et une précision suffisante ne sont que deux éléments d'une équation complexe. Il faut que la tête survive à un vol à 25.000 km/h pour la propulser dans l'espace et, surtout, elle doit résister à un retour dans l'atmosphère où les frottements la soumettent à des températures et des vibrations extrêmement élevées.

Or, selon Michael Elleman, du centre de réflexion International Institute for Strategic Studies, le véhicule de réentrée s'est délité lors du test d'un missile intercontinental le 28 juillet. Avec un tir réel, la charge aurait sans doute été détruite avant d'atteindre son objectif. Il est néanmoins possible que les ogives actuelles soient assez robustes pour résister à un tir de missile de moins longue portée.

Pyongyang freiné par ses faibles stocks d'uranium et de plutonium

Siegfried Hecker, un expert nucléaire à l'université de Stanford, estime qu'il faudra peut-être encore cinq ans à la Corée du Nord avant d'avoir un véhicule de réentrée assez résistant. « Je ne pense pas qu'ils aient suffisamment d'expérience en matière de missiles ou d'essais nucléaires pour être capables de mettre en œuvre une ogive nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour survivre à un tir par missile balistique intercontinental », explique-t-il.

Siegfried Hecker, qui a visité la Corée du Nord à plusieurs reprises pour évaluer son programme nucléaire, pense que le programme militaire nucléaire de Pyongyang est fortement freiné par ses faibles stocks d'uranium et surtout de plutonium, le matériel de choix pour une arme destinée à un missile intercontinental. Selon lui, la Corée du Nord a de l'uranium et du plutonium pour fabriquer 20 à 25 bombes. C'est beaucoup moins que les 60 armes nucléaires dont disposerait Pyongyang, selon le renseignement militaire américain, cité par le Washington Post mardi.

 

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14)Derrière le nucléaire et ses missiles, que veut vraiment la Corée du Nord ?

La Corée du Nord a effectué vendredi 28 juillet un nouveau test de missile balistique, le second après celui du 4 juillet dernier, capable d’atteindre l’Alaska et bientôt la côte ouest des États-Unis

Derrière cette stratégie de dissuasion nucléaire lancée en 2006 avec son premier essai nucléaire souterrain (cinq jusqu’à présent) et des dizaines de tests de missiles, quel est l’objectif de Pyongyang ?

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Tir de missile intercontinental capable de toucher l’Alaska, le 4 juillet, en Corée du Nord. / HANDOUT/AFP

Imprévisible Corée du Nord. Experts scientifiques et du renseignement américains avaient prédit un nouveau tir de missile pour le 27 juillet, date de la signature de l’armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953. Fidèle à sa longue stratégie inspirée de la guérilla, l’effet de surprise, la Corée du Nord n’est jamais là où et quand on l’attend. Son nouveau tir de missile vendredi 28 juillet, le prouve une nouvelle fois.

Elle avait certes promis au lendemain de son premier tir de missile intercontinental capable de toucher l’Alaska le 4 juillet dernier qu’elle continuerait « d’offrir des petits cadeaux » aux États-Unis mais sans jamais préciser quand. De nombreux observateurs, surtout américains, ont longtemps présenté cette « imprévisibilité » comme de « l’irrationalité » mais il n’y a rien de plus cohérent et sensé que la stratégie appliquée par la Corée du Nord depuis plusieurs décennies.

« Le nucléaire nord-coréen est l’assurance-vie du régime de Pyongyang »

 

« Les programmes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord sont l’assurance-vie du régime de Pyongyang » explique d’emblée Juliette Morillot, historienne et spécialiste des deux Corées. Et de poursuivre en précisant que « le pays poursuit depuis des années une politique alternant détente (accords économiques ou négociations) et provocations (rhétorique virulente, tests nucléaires, lancements de missiles) afin de garantir l’indépendance du pays et la pérennité du régime ». (1) Ainsi tous ses programmes militaires lancés depuis des décennies avec l’aide de l’URSS dans les années 1970 ou de la Chine ces dernières années visent à maîtriser une dissuasion qui la protégera de ce qu’elle perçoit comme une menace : « la présence de 30 000 soldats américains en Corée du Sud et de 50 000 au Japon, prêts à envahir la Corée du Nord ».

 

Ainsi dans cette logique de dissuasion, Pyongyang ne franchira jamais la ligne rouge d’une attaque frontale contre le Sud, le Japon ou même les États-Unis. Elle répète clairement qu’elle ne frappera pas mais répondra à toute attaque étrangère sur son territoire. « Le problème n’est pas l’adversaire irrationnel, mais plutôt l’ennemi parfaitement rationnel qui cherche avec détermination et une grande rationalité à atteindre des objectifs qui nous semblent parfaitement irrationnels » explique Bruno Tertrais de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), dans un rapport sur la dissuasion. Alors que veut vraiment la Corée du Nord ?

Pyongyang veut dialoguer directement avec Washington

«Avide de reconnaissance, la République populaire démocratique de Corée veut un dialogue bilatéral avec Washington, explique encore Juliette Morillot, hors du cadre prévu par l’armistice de 1953, donc sans la Corée du Sud». Clairement, Pyongyang souhaite une reconnaissance diplomatique avec Washington, la signature d’un traité de paix sur la péninsule, une assurance de pouvoir poursuivre son programme nucléaire et enfin la signature d’un pacte de non-agression avec les États-Unis.

Autant de demandes qui semblent aujourd’hui impossibles à satisfaire alors que les tensions n’ont cessé de monter depuis l’arrivée à la Maison-Blanche du nouveau président américain Donald Trump et les progrès technologiques majeurs de la Corée du Nord. Fin juillet, les meilleurs spécialistes américains du renseignement ont révélé que la Corée du Nord serait en mesure de lancer un missile balistique intercontinental à tête nucléaire en… 2018.

Dorian Malovic
 
 

13)Le pape prend le contre-pied de Trump sur l’écologie et les migrants

Dans un message qui doit être lu dimanche 19 février aux États-Unis, le pape François critique, sans le citer, les prises de position du président américain Donald Trump sur l’écologie et les migrants.

Dans un message qui doit être lu dimanche 19 février à la Rencontre des mouvements populaires de Modesto (Californie, États-Unis), le pape François critique deux prises de position emblématiques du président américain Donald Trump, sur le réchauffement climatique et la fermeture des frontières aux ressortissants de plusieurs pays musulmans.

« La crise écologique est réelle », rappelle notamment le pape, selon le texte de son message diffusé vendredi par la Salle de presse du Saint-Siège, prenant directement le contre-pied de Donald Trump pour qui le réchauffement climatique est un « canular ».

« Il est vrai que la science n’est pas la seule forme de savoir et que la science n’est pas toujours “neutre” », reconnaît le pape qui rappelle que « bien des fois, elle cache des vues idéologiques ou des intérêts économiques ».

« Quoi qu’il en soit, nous savons aussi ce qui arrive quand on rejette la science et méconnaît la voie de la nature », ajoute François, qui assure « faire miennes tout ce qui vous inquiète en tant que catholiques ».

« Ne tombons pas dans le déni. Le temps court. Agissons » implore-t-il avant d’appeler tous les participants à défendre la Création, mentionnant notamment les « peuples natifs » alors qu’un projet controversé d’oléoduc soutenu par l’administration Trump menace des terres indiennes dans le Dakota.

Dans ce message en espagnol lu aux États-Unis mêmes, le pape s’en prend ensuite, sans le nommer, au récent décret de Donald Trump interdisant, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’entrée aux États-Unis des ressortissants de plusieurs pays musulmans.

« Je sens qu’il est très important de le redire : aucun peuple n’est criminel et aucune religion n’est terroriste, réaffirme le pape. Le terrorisme chrétien n’existe pas, le terrorisme juif n’existe pas et le terrorisme musulman n’existe pas. Ils n’existent pas. »»

« Aucun peuple n’est trafiquant de drogue », poursuit-il, en référence cette fois au mur que le président américain veut construire à la frontière mexicaine pour contenir le trafic de drogue, avant de répéter qu’« il y a des fondamentalistes et des individus violents dans tous les peuples et religions, et, avec des généralisations intolérantes, ils deviennent plus forts car ils se nourrissent de la haine et de la xénophobie. »

Peu avant, le pape avait réaffirmé sa condamnation du « dieu-argent » et sa critique d’un système économique « aveugle » et tend à diviser le monde entre « prochain » et « non-prochain » qu’on refuse de voir.

« Les blessures sont là, elles sont une réalité, a-t-il rappelé. Le chômage est réel, la violence est réelle, la corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, l’éviscération des démocraties est réelle. La gangrène du système ne peut pas être nettoyée pour toujours car, tôt ou tard la puanteur devient trop forte.

« Je ne parle de personne en particulier »

« Et, quand on ne peut plus le nier, le même pouvoir qui a engendré cet état de choses se met à manipuler la peur, l’insécurité, les querelles et même l’indignation justifiée des gens, afin de transférer la responsabilité de tous ces maux sur un "non-prochain" », a dénoncé le pape tout en précisant ne parler « de personne en particulier ».

« Je ne parle de personne en particulier, je parle d’un processus social et politique qui fleurit dans de nombreuses parties du monde et pose un grave danger pour l’humanité », a-t-il expliqué.

Dans la foulée des trois rencontres mondiales qui se sont déroulées à Rome et Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), une rencontre régionale des mouvements populaires était organisée pour la première fois aux États-Unis.

Plusieurs évêques américains y participent, ainsi que des représentants du Saint-Siège, dont le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le développement humain intégral.

La Croix
 

12)Corée du Nord, Kim Jong-un teste les intentions de Donald Trump

La Croix

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir lundi 13 février en urgence après le tir de missile nord-coréen.

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Kim Jong-un (au centre), entouré de soldats de l’armée nord-coréenne, dimanche 12 février lors du lancement d’un missile balistique. Photo transmise à l’AFP par l’agence de presse officielle KCNA. / AFP PHOTO/KCNA VIA KNS/STR

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir lundi soir 13 février, en urgence après le nouveau tir de missile balistique effectué par la Corée du Nord. L’engin, tiré dimanche d’une base aérienne, a parcouru environ 500 kilomètres vers l’est avant de tomber en mer du Japon.

Plusieurs résolutions de l’ONU interdisent à la Corée du Nord toute activité nucléaire ou balistique, ce qui ne l’a pas empêchée d’effectuer quatre essais nucléaires, – dont deux en 2016 et un dernier en janvier2017 –, et une vingtaine de tirs de missiles balistiques.

Shinzo Abe juge le tir nord-coréen « absolument intolérable »

En août, l’un d’entre eux avait été tiré depuis un sous-marin en mer du Japon. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait affirmé que ce missile mettait le continent américain à portée du feu nucléaire nord-coréen.

En visite officielle aux États-Unis, le premier ministre japonais Shinzo Abe a jugé le tir nord-coréen « absolument intolérable ». À ses côtés, Donald Trump s’est contenté d’une déclaration de 23 mots affirmant le soutien « à 100 % » de Washington à Tokyo, sans mentionner la Corée du Nord, ni la Corée du Sud.

L’administration Trump face à la menace nord-coréenne

En plein sommet américano-japonais, ce nouvel essai se veut un test de la solidité des alliances de sécurité entre les États-Unis et leurs partenaires japonais et sud-coréen. Le choix d’un missile de moyenne portée met au défi la nouvelle administration américaine, sans toutefois franchir la ligne rouge qu’aurait constituée un tir de missile intercontinental (ICBM), promis par Pyongyang en 201

L’administration Trump n’a pas encore défini sa politique face à la menace nord-coréenne mais les options sont limitées. En novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté une sixième série de sanctions contre la Corée du Nord, après son dernier essai nucléaire, en plafonnant les exportations nord-coréennes de charbon vers la Chine.

François d’Alançon 
 

 

11)Les incohérences de M. Trump

Un président versatile
(Photo AFP)

Le président Trump a donné l’impression, jusqu’à ces dernières heures, qu’il appliquerait le programme qu’il avait annoncé pendant sa campagne : confirmation de l’érection du mur à la frontière mexicaine, assortie d’une crise entre le Mexique et les États-Unis, décret présidentiel non constitutionnel qui a refoulé des immigrants pourtant dotés d’un visa, mesures protectionnistes, exaltation enthousiaste du Brexit et complicité avec la Première ministre britannique, ainsi que diverses déclarations ou mesures du même tonneau. Voilà que, en quelque heures, il recule dans d’autres domaines.

M. TRUMP vient de publier un communiqué dans lequel il estime que la construction de 6 000 logements israéliens en Cisjordanie ne contribuent pas à la résolution du conflit israélo-palestinien. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu croyait bénéficier d’un feu vert américain pour poursuivre son expansion sur la rive occidentale du Jourdain, le voilà déçu. En outre, le président américain a différé sine die la mise en oeuvre de sa promesse de transférer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. L’envoi en Israël d’un ambassadeur américain complètement acquis aux thèses de M. Netanyahu et la présence au sein du cabinet Trump, de son gendre, Jared Kushner, lui aussi favorable au gouvernement israélien actuel, ne semblent pas avoir résisté à l’influence des autres conseillers du président, au moment précis où Rex Tillerson est confirmé par le Congrès dans ses fonctions de secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères).

Pas de rapprochement avec Poutine pour le moment.

Le nouveau gouvernement américain n’a pas levé les sanctions internationales décidées contre la Russie après son annexion de la Crimée et son occupation militaire du Donbass ukrainien. On s’attendait à une sorte de nouveau Yalta entre Washington et Moscou, il semble que, pour le moment, M. Trump ne souhaite pas encourager Vladimir Poutine dans ses menées expansionnistes. Dans d’autres domaines, comme les rapports avec l’Iran ou la Corée du Nord, Washington maintient son intransigeance. Ce qui signifie que M. Trump n’a pas de politique structurée et claire. Il a réussi à rassurer son électorat à propos des changements promis, mais personne ne peut garantir qu’il ne changera pas d’avis en cours de route. Son décret sur la suspension des admissions à la frontière pour les ressortissants de sept pays musulmans a été applaudi à tout rompre par ses partisans, mais il est tellement contraire à la Constitution des États-Unis qu’il ne résistera devant aucun tribunal, et on peut compter sur les associations du pays pour porter l’affaire devant les juges, lesquels ne peuvent se référer qu’au droit. C’est l’effet des fameux checks and balances mis en place par les pères fondateurs de la nation américaine et même un président n’est pas autorisé à outrepasser ses droits.

L’Europe sur ses gardes.

Cela ne ne veut pas dire pour autant que Donald Trump ne représente pas à un danger pour l’équilibre des relations internationales. Il semble qu’il ne songe plus à se retirer de l’ONU ni même de l’OTAN, mais la force de ses décisions, parfois effrayantes, a cédé la place à la versatilité. Certaines mesures sont prises selon le conseil le plus récent qu’il reçoit, car M. Trump, étant plus ignorant qu’intransigeant, est éminemment influençable. À Malte, où se tient aujourd’hui un sommet européen, François Hollande a déclaré que les pressions de M. Trump sur l’Europe sont inacceptables ; la chancelière Angela Merkel a exprimé le même avis. Les replis tactiques du nouveau président américain ne suffisent pas à rassurer les Européens, pour qui le contexte géopolitique, déjà grave avec l’hostilité de Poutine, le Brexit et la crise migratoire, devient dangereux depuis que Trump menace de chambouler le système d’alliances qui garantissait sa sécurité à l’Union européenne.

 

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"Muslim Ban": ce qu'il faut savoir du décret anti-immigration de Trump

 

Donald Trump a signé vendredi dernier un décret pour interdire aux réfugiés, mais aussi aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, d'entrer sur le sol américain. Est-ce légal? Comment ce texte est-il appliqué?

9)Donald Trump et Theresa May, accords et désaccords

 

 première fois à la Maison-Blanche. Si le chef du gouvernement britannique vient chercher un accord commercial avec les États-Unis, elle saura être ferme sur les points de divergence avec Washington.

ZOOM

Theresa May devant les Républicains américains à Philadelphie en Pennsylvanie, le 26 janvier. / Dominick Reuter/AFP

Theresa May est le premier chef de gouvernement étranger à rencontrer le président Donald Trump depuis son investiture le 20 janvier. Une rencontre cruciale pour la première ministre britannique qui entend bien jouer de « la relation spéciale » qui lie son pays aux États-Unis, au moment où il rompt les ponts avec l’Union européenne.

Pragmatique, Londres sait qu’il lui faut avant tout trouver de nouveaux partenaires économiques et Washington est le gros morceau à emporter. Mais pas à n’importe quel prix, les deux leaders ont aussi bien des points d’accord et que de désaccord.

Les accords

– Le Brexit : « Quand vous jetez un coup d’œil sur l’UE, vous voyez en réalité l’Allemagne. L’UE est principalement un instrument pour l’Allemagne. C’est pourquoi j’ai pensé que le Royaume-Uni était intelligent d’en sortir », confiait Donald Trump, mi-janvier, dans une interview conjointe aux quotidiens britannique The Times et allemand Bild.

Le Royaume-Uni espère que les discussions sur un futur accord commercial avec Washington démarrent rapidement mais sa marge de manœuvre reste limitée tant que le divorce avec l’Union européenne n’est pas prononcé.

Londres peut « discuter » d’un éventuel accord de libre-échange avec un pays tiers, mais pas « négocier » tant qu’il reste membre de l’UE, lui a fermement rappelé la Commission européenne.

 

Les désaccords

– Les Nations unies : Pour Donald Trump, l’ONU est « un club où les gens se réunissent, parlent et passent du bon temps ». Theresa May reconnaît qu’il est impératif de réformer les Nations unies, mais cette organisation reste « vitale », selon elle. Les grandes organisations internationales en général, la Banque mondiale au Fonds monétaire international sont, dit-elle, imparfaites, mais elles jouent un rôle central.

– L’Otan : « Il y a longtemps, j’ai dit que l’Otan avait des problèmes. Elle est obsolète parce qu’elle a été créée il y a de nombreuses années, a déclaré le président Donald Trump. Les pays (membres) ne payent pas ce qu’ils devraient. Mais nous devons protéger ces pays. Il n’y a que cinq pays (sur 28) qui paient ce qu’ils doivent, cinq ce n’est pas beaucoup. » Or, Londres est un des piliers de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et Theresa May veut une discussion « franche » sur l’importance de l’alliance. L’Otan reste « la pierre angulaire de la défense de l’Occident », a-t-elle réaffirmé.

 »

– La Russie : Donald Trump célèbre à tout bout de champ son ami Vladimir Poutine. Theresa May a invité les États-Unis à la prudence : « Quand on parle de la Russie, il est sage comme souvent de prendre exemple sur le président [Ronald] Reagan qui, dans ses négociations avec son homologue russe d’alors, Mikhaïl Gorbatchev, avait l’habitude de suivre cet adage : ’’Faites confiance, mais vérifiez’’. Avec le président Poutine, mon conseil c’est ’’coopérez, mais prenez garde’’ », a-t-elle déclaré lors d’un discours devant un parterre de Républicains, à Philadelphie, jeudi 26 janvier.– Les femmes : Donald Trump est probablement le président le plus sexiste que les États-Unis aient connu. « Certains de ses commentaires à propos des femmes sont inacceptables. Il s’est excusé pour certains d’entre eux », a fait remarquer Theresa May.

 

 

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7)Anis Amri, suspecté d’être l’auteur de l’attentat de Berlin était Tunisien. Ils seraient plus de 5 000 aujourd’hui à avoir rejoint les rangs de Daech. Une situation que le gouvernement tunisien peine à contrôler.

Des policiers recherchent des assaillants dans la banlieue de Ben Guerdane en mars 2016.

Le Tunisien Anis Amri, principal suspect de l’attentat de Berlin, a été tué vendredi 23 décembre. En juillet, un autre Tunisien défrayait la chronique : Mohamed Lahouaiej Bouhlel, auteur de l’attentat de Nice, qui avait lui aussi foncé dans la foule à bord d’un camion.

 

Plus de 5 000 Tunisiens auraient rejoint les rangs de Daech en Syrie ou en Irak, ce qui en fait le premier pays exportateur de djihadistes. 800 seraient déjà rentrés dans leur pays. En comparaison, ils étaient 1 500 djihadistes à être originaires du Maroc, et 2 000, de l’Arabie saoudite, selon le rapport réalisé par le Soufran Group, un cabinet new-yorkais de sécurité et de renseignement.

Une jeunesse sans perspective

Seul pays laïc du monde arabe, la Tunisie a réussi sa transition démocratique depuis 2011 et le déclenchement de la « Révolution du jasmin ». Une nouvelle Constitution a été promulguée, les libertés individuelles, renforcées, mais la situation économique qui avait poussé Mohamed Bouazizi, jeune vendeur de légumes à s’immoler par le feu, ne s’est pas améliorée. En 2016, le chômage en Tunisie atteint encore 15,5 %. Un manque de perspective pour la jeunesse tunisienne, devenu un terreau favorable pour le recrutement des organisations terroristes.

Longtemps réprimé par le régime de Ben Ali, l’islamisme radical se serait durablement implanté en Tunisie après le printemps arabe. Le mouvement djihadiste Ansar Al-Charia, aurait notamment bénéficié d’un soutien dans les quartiers les plus défavorisés pour ses actions menées auprès de la population : offre d’une sécurité sociale, d’une clinique gratuite etc. Après son interdiction, en 2013, ses responsables sont partis rejoindre Daech en Syrie.

Pas de stratégie pour lutter contre le terrorisme

Frappée par trois attentats en 2015, deux à Tunis, et un dans un hôtel, près de Sousse, la Tunisie ne semble pas réussir à mettre en place une vraie stratégie de lutte contre le terrorisme. En mars 2016, des djihadistes ont lancé des attaques simultanées contre un poste de police et une caserne militaire à Ben Guerdane, à la frontière avec la Libye. Quelques jours plus tard, Habib Essid, chef du gouvernement tunisien, en appelait à la générosité de ses concitoyens pour renflouer les caisses du Fonds national de lutte contre le terrorisme.

Depuis juin 2015, la loi antiterroriste, permet à la police tunisienne de détenir des suspects sans inculpation pendant 15 jours, et sans possibilité de voir un avocat, ce qui augmenterait selon Amnesty International, les risques de torture dans le pays. D’autres mesures ont été prises par le gouvernement : 6 000 agents supplémentaires pour l’armée et le blocage des sites Internet en lien avec le djihadisme.

Des mesures jugées encore trop superficielles par l’expert indépendant Selim Kharrat, cité par le Huffington Post. « Il s’agit de décisions prises pour rassurer une opinion publique apeurée, qui dénotent d’un manque de vision.

 

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6)Les quatre leçons de la fin du siège d’Alep

La Croix

La fin du siège d’Alep a modifié les rapports de force dans la région. Un succès pour Moscou, un échec pour les pays du Golfe et l’Arabie saoudite, c’est une leçon amère pour l’Occident.

 

Des partisans de Bachar al Assad fêtent la victoire, le 22 décembre 2016 à Alep / GEORGE OURFALIAN/AFP

La fin du siège d’Alep-est et le départ des derniers combattants des quartiers de la rébellion, est un tournant dans la guerre en Syrie. L’opération d’évacuation, lancée le 15 décembre en vertu d’un accord entre l’Iran, la Russie et la Turquie alliée de la rébellion, a permis de faire sortir d’Alep plus de 34 000 civils et rebelles, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

1/Un succès pour Moscou et ses alliés

La réunification de la seconde ville du pays, où la révolte avait été tardive juillet 2012, par rapport au reste du pays, est d’abord un succès pour Moscou et ses alliées, l’Iran et le Hezbollah. Sans leur intervention – celle des Russes en 2015 et celle de l’Iran et du Hezbollah massive depuis 2012 –, le régime de Bachar al Assad n’aurait pas résisté à l’avancée des groupes rebelles qui ont tenté de prendre le pouvoir en Syrie, en militarisant une révolution amorcée pacifiquement en Syrie.

Pour le président syrien, c’est une victoire à la Pyrrhus qu’il pourrait payer au prix fort. Après les scènes de liesse montrant des milliers d’Alépins de l’Ouest, zone tenue par le régime, déferlant jeudi soir dans les rues d’Alep, célébrant malgré un froid glacial la reprise par le régime du contrôle total de la métropole et brandissant pour certains le portrait du président syrien, Bachar al Assad devra faire face à la réalité : l’homme pourrait se retrouver bien nu dans son palais de Damas.

Son armée épuisée a enregistré des pertes considérables. Son autorité, y compris dans le camp alaouite dont il est issu, est entamée. Il a perdu de fait le commandement des opérations militaires sur le terrain, dévolu aux Russes et aux Iraniens. Bachar al Assad ne pourrait bien n’être plus qu’une marionnette aux mains de ceux à qui il doit d’être encore sur son trône.

Certes, sur la carte de la Syrie, la reprise de la totalité de la ville par le clan pro régime lui assure le contrôle sur les cinq principales villes de Syrie : Alep, Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Mais la guerre n’est pas terminée. Les rebelles, bien que très affaiblis par la perte d’Alep-Est, regroupés pour la plupart à Idleb, à 60 kilomètres au sud-ouest d’Alep, sont encore mobilisables. Une partie du territoire, à l’est, lui échappe encore. Pour la récupérer, il faudra encore vaincre Daech.

2/ Une victoire personnelle pour Vladimir Poutine

La reprise d’Alep est avant tout la victoire personnelle de Vladimir Poutine. Il a mené tambour battant la crise, sur le plan militaire, comme sur celui de la diplomatie, profitant de l’absence totale de volonté de l’Occident de s’impliquer dans ce conflit et nouant des alliances improbables il y a encore quelques mois, avec des acteurs affaiblis. C’est le cas de son rapprochement avec la Turquie de Recep Tayyep Erdogan. Qui aurait parié qu’après avoir abattu en novembre 2015 un avion de combat Su-24 russe et menacé Moscou, Ankara se retrouve à ses côtés aujourd’hui ?

En matière diplomatique, Vladimir Poutine sonne le grand retour de la Russie au Moyen-Orient et se permet désormais de dicter à l’ONU et à l’Occident, le calendrier des négociations futures en Syrie. Il a annoncé qu’il réunirait en janvier, à Damas une grande partie de l’opposition syrienne, après avoir pris soin de diviser les plus radicaux, ceux rassemblés au sein du HCN de Riad Hijab, homme lige des Saoudiens.

3/ Une leçon amère pour l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et la Turquie

Ils pensaient pouvoir imposer un pouvoir sunnite à Damas. Or, l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et leur allié la Turquie, misant sur des groupes djihadistes – qu’ils ont armés et financés –, ont permis l’extension du califat, et doivent affronter encore et toujours un président alaouite en Syrie, soutenu par leur ennemi juré, l’Iran chiite. L’échec est d’autant plus cuisant que pour Daech, la chute de ces monarchies, qu’il juge illégitimes, est l’un de ses objectifs.

Pour la Turquie et son président Erdogan, la leçon est amère. Celui qui pensait bouter le président Assad hors de la Syrie, se retrouve fragilisé dans son propre pays par le chaos crée par la reprise de la guerre intérieure avec les Kurdes du PKK, et les menaces d’autonomie des Kurdes de Syrie, à sa frontière. Son aide massive aux rebelles et djihadistes en tout genre en Syrie lui revient comme un boomerang, sous la forme de plusieurs attentats revendiqués par Daech. Après avoir essuyé une tentative de coup d’État, la politique étrangère erratique au Moyen-Orient, fragilise le président Erdogan Celui qui encourageait les révoltes arabes pour lesquelles la Turquie devait être la référence en matière de démocratie islamique, se retrouve obligé de s’allier au Maître de Moscou.

4/ La marginalisation de toute l’Europe

La Syrie aura été le tombeau de la politique arabe de la France, pays où pourtant elle avait ses entrées privilégiées à Damas. Délaissant la diplomatie et sans aucune vision sur le long terme, Paris qui n’avait pas vu venir les révoltes arabes en Tunisie et en Égypte, a fait le choix d’une politique des droits de l’homme et humanitaire en Syrie. Elle se retrouve aujourd’hui marginalisée comme toute l’Europe. Après des expériences malheureuses en Irak et en Afghanistan, les États-Unis de Barack Obama, n’avaient aucune prétention en Syrie et s’en sont tenus à l’écart, laissant ainsi un boulevard à la Russie, faute d’implication européenne. Washington participe cependant activement, mais indirectement à la lutte contre Daech.

Pourtant, le monde n’en a pas fini avec le drame en Syrie, qui a fait déjà plus de 300 000 victimes en cinq ans et provoqué le déplacement de plus de la moitié des Syriens.

 

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Alep, Poutine et nous

Poutine a remporté une bataille, pas la guerre
(Photo AFP)

La chute d’Alep était inéluctable parce que les forces loyalistes soutenues par la Russie et l’Iran ont utilisé des moyens relevant de la force brute qui n’ont pas épargné les civils. CE QU’IL RESTE de la rebellion contre Bachar Al-Assad peut toujours appeler à l’aide, l’Occident est sourd et l’ONU se contente d’un langage alarmant qui dénonce la crise humanitaire sans disposer d’aucun instrument, militaire et diplomatique, pour protéger les civils. Toute lamentation est indécente. Américains et Européens ont obtenu le résultat inévitable de leur passivité que Vladimir Poutine, au mépris de toutes les règles et de tous les appels lancés par les chancelleries, a exploitée jusqu’au bout, avec le cynisme d’un homme qui ne croit qu’à la force mais reproche hypocritement à l’Ouest de maltraiter la Russie. Déplorer le sort infligé aux civils est inutile et contre-productif. M. Poutine ne se préoccupe pas des dommages collatéraux........

Il ne craint ni les critiques d’une opposition russe muselée, ni les condamnations des pays étrangers car il a forgé une solide alliance avec l’Iran et les forces chiites, dont le Hezbollah libanais, qui soutiennent les troupes loyalistes syriennes......

La prise d’Alep est une victoire pour Bachar, mais son pays est dépecé, alors que se met lentement en place, et au grand dam des Turcs, un début d’État kurde à cheval entre la Syrie et l’Irak. La géographie politique de la région change complètement et la Russie n’est pas assurée d’y conserver ses atouts parce qu’elle a misé sur un dictateur qui, après avoir, grâce à elle, remporté quelques succès, risque de perdre la guerre civile.

Richard Liscia quotidien du médecin

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Achat d’hélicoptères : « La Pologne fait passer l’UE au second rang en matière de sécurité »

L’annulation de la commande d’appareils à Airbus et l’achat, dans la foulée, de matériels américains reflètent la défiance de Varsovie à l’égard du couple franco-allemand, selon Cyrille Bret, maître de conférences à Sciences Po.

LE MONDE | 13.10.2016 à 16h28 

 

 

 

Une décision « inacceptable ». En annulant l’accord portant sur une commande à Airbus de cinquante hélicoptères Caracal, le 4 octobre, Varsovie a déclenché l’ire de la France et de son ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian. Loin de s’en formaliser, le gouvernement polonais a annoncé, dans la foulée, l’achat d’au moins vingt et un hélicoptères américains.

 

 : Cette décision reflète d’abord la défiance de la Pologne, gouvernée depuis octobre 2015 par le Parti Droit et Justice (PiS), nationaliste et conservateur, à l’égard du couple franco-allemand. Ce n’est pas le premier point de divergence : la construction du gazoduc Nord Stream II ; l’accueil des réfugiés et leur répartition entre Etats-membres ; ou encore les garanties apportées aux contre-pouvoirs en Pologne sont autant de sujets de tension.

 

3)À Alep, des hôpitaux bombardés, le droit humanitaire bafoué

QUOTIDIEN DU MEDECIN

 
 
 

 

Le plus grand hôpital des quartiers rebelles d'Alep a été bombardé ce samedi 1er octobre, pour la deuxième fois cette semaine. Selon la Syrian American Medical Society (SAMS) qui la gère, deux barils d'explosifs ont frappé cette structure, la plus grande du secteur où vivent 250 000 personnes, dont 100 000 enfants. « Il y a des informations sur l'utilisation d'une bombe à fragmentation », indique Adham Sahloul, un responsable de cette ONG.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) fait état d'un mort. Et de 220 depuis le début de l'offensive militaire du régime syrien et de son allié russe sur Alep Est, le 22 septembre. Il ne resterait plus que 6 structures hospitalières dans les quartiers rebelles, selon la SAMS, 4 selon Médecins du monde (MDM), tandis que les réserves d'eau et de nourriture sont extrêmement basses. Le 20 septembre, quatre membres de l'équipe médicale de l'Union des organisations de secours et de soins médicaux (UOSSM) ont été tués dans l'attaque du centre médical de Khan Touman. Un cinquième membre, un infirmier, est décédé des suites de ses blessures quelques jours plus tard. 

L'ONU reconnaît que les habitants des quartiers devenus lignes de front subissent « la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie » ; « un niveau de sauvagerie qu'aucun humain ne devrait avoir à supporter », selon les mots de Stephen O'Brien, coordonnateur des secours d'urgence (OCHA) de l'ONU. Le conflit syrien a déjà fait 300 000 morts depuis 2011. Le président du Parlement européen Marin Schulz a condamné une « attaque abjecte contre l'hôpital d'Alep », la qualifiant de « crime de guerre ». Médecins sans frontières (MSF) a appelé Damas et Mouscou à mettre fin au « bain de sang ».

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2)DES AVIONS RUSSES EN BRETAGNE - QUE VIENT FAIRE POUTINE?

L'incident s'est produit le 22 septembre dernier. Deux avions russes ont été pris en chasse depuis le nord de la Norvège jusqu'au large de Bilbao par dix avions de quatre pays.

Un incident qui nous rappelle les pires heures de la guerre froide. Le 22 septembre dernier, deux bombardiers russes ont été interceptés à une centaine de kilomètres des côtes bretonnes par des avions de chasse de l'armée française. L'information, repérée ce mardi par Le Télégramme, a d'abord été rendue publique par le site du ministère de la Défense. L'incident, qui a duré plusieurs heures, a rassemblé la flotte de quatre pays européens pour prendre en chasse les avions russes.

● Que s'est-il passé?

Tout commence à 9h13 lorsque la Norvège détecte les deux bombardiers russes au nord du pays. Deux chasseurs F-16 les prennent alors en chasse pour les accompagner sur une route les menant vers le nord de l'Écosse. À ce moment-là, deux Typhoon britanniques prennent le relais, contournant l'Irlande par l'ouest, et incitant les intrus à se diriger vers la Bretagne. À 13h57, selon le ministère de la Défense, deux Rafale de la permanence opérationnelle (PO) de Tours décollent à leur tour pour les intercepter à moins de cent kilomètres des côtes françaises. Les deux avions russes volent désormais vers le sud, et deux Rafale de la PO de Mont-de-Marsan prennent le relais à 14h33.

Ensuite, les deux Blackjack russes décident de longer la côte ibérique. Ils sont alors escortés par deux F-18 espagnols. Arrivés au large de Bilbao, ils décident finalement de faire marche arrière, et mettent le cap vers l'ouest de l'Irlande. Au total, dix avions ont été mobilisés pour intercepter les bombardiers russes.

● Quels sont les avions russes?

Les deux appareils russes sont des Tupolev Tu-160 Blackjack. Il s'agit de bombardiers lourds supersoniques soviétiques construits à la fin des années 1970. Il peut atteindre une vitesse maximale de 2200 km/h. Concrètement, il est le plus gros avion supersonique au monde, et était destiné à mener des frappes longue distance et à transporter une arme nucléaire. Comme le souligne Le Télégramme, il peut accueillir entre 12 et 24 missiles de croisière.

Cet avion, construit au cœur de la guerre froide, n'a pourtant connu son baptême du feu qu'en novembre 2015 lors de l'intervention militaire de la Russie en Syrie. Moscou a d'ailleurs décidé récemment de relancer sa production.

● Une agression russe?

Si cette intrusion n'est pas agressive, il s'agit néanmoins de la deuxième depuis le début de l'année 2016. Le 17 février dernier, deux avions de chasse français ont en effet intercepté deux Blackjack russes près des côtes françaises. Là encore, les avions russes ont contourné la Norvège, les îles anglaises, et ont été interceptés au large du Touquet, survolant la Manche. Comme en septembre, la Royal Air Force britannique avait donné l'alerte et des unités françaises avaient décollé en urgence.

Selon le chef d'état-major de l'armée de l'Air française, le général André Lanata, interrogé en mars dernier par l'AFP, ce genre de posture russe, le long des pays de l'Otan, reste assez rare même s'il vise à affirmer la présence russe face à l'Alliance Atlantique. «Cela ne s'intensifie pas, cela fait partie de la gesticulation russe (..) ce n'est pas fréquent», a-t-il dit. En janvier 2015, deux Mirage 2000 et un Rafale français avaient déjà été mobilisés pour intercepter deux bombardiers russes Tu-95 Bear signalés au-dessus de la Manche.

Comment la France réagit face à la menace?

La gestion de tels incidents aériens, en France, s'organise dans le cadre de la posture permanente de sûreté aérienne. Il s'agit d'une des missions prioritaires et permanentes de l'armée de l'Air confiée au commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA).

Concrètement, quatre bases aériennes - sur la vingtaine que compte l'armée de l'Air - assurent chaque semaine la permanence opérationnelle sur tout le territoire. Ces bases sont capables de projeter en quelques minutes, et à toute heure, jusqu'à huit avions et cinq hélicoptères pour protéger l'espace aérien national. Chaque jour, 11.000 aéronefs, dont 1400 simultanément au plus fort du trafic, transitent par l'espace aérien français. Chacun d'entre eux doit être identifié grâce aux 90 radars civils disposés sur le sol français.

En cas d'alerte, comme ce fut le cas le 22 septembre dernier, les avions intercepteurs se mettent au niveau de l'appareil repéré et tentent de communiquer avec lui. Ils ont alors pour but de lui indiquer la route à prendre. Si l'avion n'obtempère pas, et si le niveau de menace est jugé alarmant, seul le premier ministre peut donner l'ordre d'un tir de semonce ou de destruction.

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1)Ce que Poutine apporte au monde.

Tous ceux qui, de Trump à Marine Le Pen, voient en Vladimir Poutine un chef pourvu de compétence et d’autorité, semblent ignorer que, en réalité, il entretient avec constance des foyers de crise dans le monde, en Ukraine, en Syrie, en Géorgie (dont il amputé le territoire) et ailleurs. Il a annexé la Crimée par la force pure, donc de manière illégale. Son aviation défie les forces de l’OTAN qu’elle harcèle en volant en rase-mottes au-dessus de ses navires, au risque de déclencher un conflit. Partout, et sous le prétexte que la Russie serait cernée par des forces hostiles, il provoque, défie et se moque des lois internationales. Sa politique syrienne n’est que violence, bombardements, massacres. Elle alimente le chaos et l’anarchie. Elle fait des victimes quotidiennes. Elle finira par transformer la Syrie une nouvelle Somalie, c’est-à-dire un territoire incontrôlable. L’idée que M. Poutine apporte une alternative à je ne sais quelle suprématie américaine est absurde. Il apporte l’arbitraire, le non-droit, le cynisme, la destruction, la mort. Sans Assad, la Syrie aurait beaucoup de mal à se reconstituer. Avec lui, elle continuera à agoniser.

RICHARD LISCIA

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