Chacun avance ses pions, avant les rencontres prévues en début de semaine prochaine entre Édouard Philippe et les partenaires sociaux autour de la réforme des retraites. Jeudi 21 novembre au matin, le premier ministre a réaffirmé son intention de restaurer l’équilibre du régime de retraite d’ici à 2025 avant de mettre en œuvre le système universel.

Dans un rapport remis le même jour au chef du gouvernement, le comité d’orientation des retraites (COR) évalue le besoin de financement du régime entre 8 à 17 milliards d’euros en 2025, selon les hypothèses retenues.

À lire aussi

Retraites, un système en manque de ressources

« Aux partenaires sociaux, je vais leur demander :”on fait quoi” ? », a lancé jeudi 21 novembre Édouard Philippe, écartant d’entrée de jeu toute hausse de cotisation ou baisse des pensions versées. « Si on veut équilibrer le système, il faut dire aux Français qu’on va travailler plus longtemps », a répété le chef du gouvernement.

La réponse de la CFDT ne s’est pas fait attendre. À l’issue d’un bureau national de deux jours, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a affirmé le même jour que son organisation s’opposerait « à toute mesure d’âge » visant à équilibrer le système, y compris, s’il le fallait, en appelant à la mobilisation.

« Une construction politique »

« Le retour à l’équilibre en 2025, c’est une pure construction politique », s’est insurgé Laurent Berger. Selon lui, le rapport du COR montre que le déficit du régime n’est pas dû à une hausse des dépenses de retraite mais une baisse des recettes due, notamment, à la baisse du nombre de fonctionnaires. « À l’État d’assumer les conséquences de ses choix politiques, en compensant par exemple ce manque à gagner », a lancé Laurent Berger. La centrale refuse en tout cas des mesures d’âge – allongement de la durée de cotisation ou recul de l’âge légal – qui ne feraient que « creuser encore les inégalités du système actuel ».

Dans une déclaration adoptée à l’unanimité, le bureau national a réitéré son soutien à une réforme systémique des retraites – telle que conçue initialement – qui permettrait de corriger les inégalités du système envers les femmes ou les personnes aux carrières hachées. « Pour une fois, nous demandons à Emmanuel Macron de tenir une promesse de campagne », a ironisé le leader syndical.

Les cheminots CFDT dans la grève

Jouant sur la corde raide, Laurent Berger a soutenu la CFDT Cheminots qui a le même jour annoncé qu’elle allait déposer un préavis de grève reconductible à partir du 5 décembre. Le quatrième syndicat représentatif de la SNCF rejoint ainsi la CGT cheminots, l’Unsa ferroviaire et Sud Rail, qui s’étaient déjà déclarés.

À lire aussi

Retraites, salaires, taxes… Les raisons de la grève du 5 décembre 2019

« Le gouvernement n’a pas mesuré les attentes des cheminots » qui ont « besoin d’être rassurés », a commenté Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots à l’issue d’une rencontre avec le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye et le secrétaire d’État aux transports Jean-Baptiste Djebbari. Seul l’Unsa Ferroviaire y a aussi participé, la CGT Cheminots et Sud Rail ne s’étant pas déplacé. Les deux membres du gouvernement devaient aussi rencontrer les syndicats représentatifs de la RATP mais la réunion a tout simplement été annulée faute de participants.

La « clause du grand-père » en question

La CFDT Cheminots dit vouloir encore croire à une possible avancée. « Si le gouvernement nous disait avant le 5 décembre qu’il accepte d’appliquer la “clause du grand-père”, c’est-à-dire à ne pas toucher au régime des cheminots aujourd’hui sous statut, nous n’appellerons pas à la grève », dit Didier Aubert selon qui la moitié des conducteurs ne débrayeraient alors pas. « On peut avoir des conditions d’entrée dans le nouveau système différentes selon les régimes », a commenté Laurent Berger, qui a soutenu la position des cheminots CFDT.

Du côté de la RATP, on estime aussi, selon un très bon connaisseur de l’entreprise, que cette clause du grand-père pourrait être un élément de sortie de crise. Une crise dont la durée est très incertaine. « Avec un recrutement, ces dernières années, d’une population venue des bassins d’emplois des grandes métropoles et des cités, les agents de la RATP n’ont plus la culture politique ou syndicale de leurs aînés, estime cet observateur. Leur comportement, plus influencé par la culture des réseaux sociaux est imprévisible et ils sont bien moins encadrés par les syndicats. »

retour à l'accueil