6)La loi immigration, votée définitivement, reste tournée vers la fermeté 

5)Immigration : levée de boucliers

4)Migrants, la France à l’initiative pour gérer les flux à la source

3)Dans les coulisses de la demande d’asile

2)Rapport sur la déradicalisation : « il n’y aura pas de miracle »

1)Le premier centre humanitaire pour migrants va ouvrir à Paris

 

6)La loi immigration, votée définitivement, reste tournée vers la fermeté

Le projet de loi asile et immigration a été voté définitivement ce mercredi 1er août. Si quelques changements sont intervenus par rapport au texte initial, il traduit surtout la volonté du gouvernement d’expulser plus de déboutés du droit d’asile.

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Des migrants et des réfugiés attendent devant la mairie pour faire examiner leur situation et obtenir un hébergement d'urgence à Nantes, dans l'ouest de la France, le 23 juillet 2018, suite à l'évacuation par la police de leur campement sur la place Daviais. / Sebastien Salom Gomis / AFP

Après une adoption en seconde lecture jeudi 26 juillet, grâce aux voix de la majorité LREM-Modem et des députés UDI-Agir, puis une dernière navette avec le Sénat, le projet de loi « Immigration maîtrisée, droit d’asile effectif et intégration réussie » a été adopté définitivement mercredi 1er août au soir à l’Assemblée nationale avec 100 voix pour, 25 contre et onze abstentions. Quelques députés de la majorité se sont abstenus (8 LREM et 3 MoDem), une MoDem a voté contre.

S’il comporte quelques changements par rapport au projet initial du gouvernement, il reste essentiellement tourné vers la fermeté, bien que le ministre de l’intérieur Gérard Collomb continue de parler d’un « texte équilibré ».

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Le texte adopté par le conseil des ministres

 

Le texte comporte certes quelques droits nouveaux, comme l’allongement d’un à quatre ans la durée du titre de séjour pour les étrangers qui n’ont pas le statut de réfugié mais obtiennent la « protection subsidiaire » de la part de l’Ofpra, ainsi que pour les apatrides. La réunification familiale pour les mineurs qui obtiennent le statut de réfugié est aussi ouverte aux frères et sœurs.

En seconde lecture, les députés ont également dû assouplir leur copie pour tenir compte de la décision du Conseil constitutionnel d’interdire plus franchement, au nom du principe de fraternité, le délit de solidarité, sauf en ce qui concerne l’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire.

La durée de rétention portée à 90 jours

Toutefois, la loi vise essentiellement à donner les outils à l’administration pour réduire la durée de la procédure d’asile et réaliser plus d’expulsions de déboutés. Ainsi, la mesure phare du texte, à savoir le doublement de la durée maximale de rétention avant expulsion, passant de 45 à 90 jours, est maintenue.

Les députés ont d’ailleurs renoncé, comme certains le souhaitaient, à interdire la rétention des familles avec enfants. Une proposition de loi LREM devrait cependant permettre de revenir sur le sujet d’ici à la fin de l’année.

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Expulser plus les migrants est-il un objectif raisonnable ?

 

Mais ils ont maintenu toute une série de mesures contestée par les associations : intervention retardée du juge des libertés, utilisation accrue de la vidéo-audience, durcissement de la procédure de régularisation pour raison de santé… Ils ont aussi retenu un amendement du Sénat, qui limite le droit du sol sur le territoire de Mayotte, dans le but de limiter la très forte immigration en provenance des Comores.

Nathalie Birchem

 

5)Immigration : levée de boucliers

Gérard Collomb
(Photo AFP)

Le projet de loi sur l’immigration ne sera pas examiné à l’Assemblée avant le mois d’avril mais, déjà, associations humanitaires et opposition s’allient pour que le texte soit amendé ou repoussé.

SOUS l’impulsion du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, le projet durcit, de façon incontestable, les dispositions en vigueur jusqu’à présent. En gros, il s’agit d’accélérer toutes les procédures pour que les migrants qui n’ont pas le droit d’asile soient promptement refoulés aux frontières ou renvoyés dans leur pays d’origine. L’idée centrale est de pratiquer la distinction entre immigrés clandestins politiques et immigrés économiques. Pour chaque personne susceptible de bénéficier du droit d’asile, il faut du temps et une enquête. Pour les autres, il y aura une réponse immédiate des autorités. On dira aux gens dès le premier contact qu’ils n’ont aucune chance de rester sur le territoire français.

La réinsertion, tâche énorme.

Sur le terrain, les pouvoirs publics n’ont pas attendu la nouvelle loi pour en appliquer l’esprit. Le nombre de personnes refoulées ou reconduites chez elles est passé de 63 000 à 85 000 en 2017. Plus de trois cents réseaux de passeurs ont été démantelés par la police française. Et ce mouvement ne peut que s’amplifier, ce qui a déclenché la colère des ONG. Rien n’a changé depuis des décennies. La France est écartelée entre des préoccupations humanitaires et le réalisme : elle ne peut accueillir que le nombre de migrants auxquels elle peut accorder une réinsertion décente : une tâche énorme. On pouvait compter sur Emmanuel Macron et son sens du pragmatisme pour appliquer la politique la plus adaptée à nos moyens, qui sont limités. Le gouvernement n’est pas satisfait de la manière dont sont décrites ses intentions par tous ceux qui pensent que l’accueil des tous les migrants, quelle que soit leur motivation, est un impératif catégorique. Il rappelle que le projet de loi fait partie des promesses de campagne de M. Macron, tandis que M. Collomb s’efforce, par un discours plus nuancé, de ne pas apparaître comme l’ogre qui va résoudre le problème par la force. Mais un ministre de l’Intérieur, d’où qu’il vienne, défend toujours la stabilité de la société. L’exécutif doit en outre s’assurer l’approbation de sa majorité où des voix se sont élevées pour remettre en cause le contenu du projet de loi.

La distinction entre migrants politiques et économiques est devenue une sorte de cap philosophique censé déterminer toutes les politiques européennes d’immigration. Elle me semble bien artificielle car ce qui compte, ce n’est pas ce qui a déclenché le désespoir des hommes et des femmes qui préfèrent un voyage infernal au statu quo, mais le désespoir lui-même, aussi fort quand une population est privée de tout que lorsqu’elle est gouvernée par un despote. En réalité, il s’agit d’un instrument pour faire le tri et on doit à la vérité de dire que ce moyen permet aux pays d’accueil d’ignorer cette partie des migrants, sans doute la plus nombreuse, qui ne serait pas politiquement menacée. Les chemins qu’il faut emprunter pour élaborer un programme migratoire sont tous empoisonnés et l’éthique autour de laquelle on prétend organiser un système « juste » est viciée par l’hypocrisie.

Le ralentissement du flux migratoire.

Ce qui n’enlève rien à la réalité d’une migration qui, si elle avait libre cours, représenterait un danger pour les démocraties européennes. On a déjà vu les effets du phénomène sur le comportement de certains pays de l’Union européenne qui ont choisi la manière forte et construit des barrages infranchissables, méprisant les immigrés autant que les pays voisins. On aura remarqué que diverses initiatives prises en accord avec la Turquie, puis la Libye, ont tari le flux migratoire. Le problème général de l’immigration s’est amélioré depuis trois  ans grâce à l’accueil de près d’un million de personnes par l’Allemagne, puis à l’accord passé avec la Turquie, qui empêche les migrants de continuer leur voyage vers l’Europe et enfin à une amélioration du contrôle exercé par la Libye, qui, après la répression pure et simple et le trafic d’êtres humains, a accepté de collaborer avec l’Europe pour créer sur son sol des centres de rétention.

Se féliciter de ces progrès, est-ce sain, est-ce immonde ? Les efforts, immenses, pour ralentir le flux ont aussi permis de sauver des vies humaines puisqu’il y a moins de migrants qui prennent des risques insensés en Méditerranée. Personne ne peut se réjouir du sinistre destin de ces voyageurs de la mort. Chaque pays développé doit « prendre sa part de la misère du monde », cette seconde partie de la citation si célèbre de Michel Rocard. Mais l’immigration n’est possible et viable que si elle est contrôlée.

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4)Migrants, la France à l’initiative pour gérer les flux à la source

Paris espère donner l’exemple en Europe en lançant des missions visant à identifier et enregistrer des demandeurs d’asile directement depuis deux pays de transit africains, le Tchad et le Niger. Mais l’Union européenne est loin d’être si unie sur le sujet.

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De gauche à droite, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, et du Tchad, Idriss Deby, aux côtés d’Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel à l’occasion du mini-sommet sur la crise migratoire organisé à l’Élysée le 28 août. / Ludovic Marin/AFP

Le chantier est aussi colossal qu’ambitieux. En réponse à la crise migratoire, Emmanuel Macron a livré mardi 29 août sa vision devant les diplomates français : créer un « axe intégré entre Afrique, Méditerranée et Europe » pour endiguer les départs à la source. Le président de la République a annoncé qu’il se rendra « prochainement » à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, pour défendre le projet.

Le chef de l’exécutif continue sur sa lancée, après le mini-sommet organisé lundi à l’Élysée. En réunissant autour de la même table les dirigeants africains du Tchad, du Niger et de Libye d’un côté, et de l’autre les chefs de l’exécutif allemand, italien, espagnol, sans oublier la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, Emmanuel Macron a pris la main.

Augmenter l’aide au Niger et au Tchad

Dans une déclaration commune, les pays européens promettent de « continuer à soutenir » les pays africains sur plusieurs plans comme le contrôle des frontières ou la lutte contre les réseaux de passeurs. Ils « reconnaissent qu’il est nécessaire » qu’ils « augmentent leur aide au Niger et au Tchad ». Le président tchadien Idriss Deby attend de voir. « On est habitué à des annonces de nos partenaires depuis des années. Nous voulons des choses concrètes », a-t-il répliqué, rappelant que la question de l’immigration « ne serait résolue que par le développement ».

On est encore très loin de la feuille de route détaillée, à laquelle Emmanuel Macron aimerait parvenir. Mais plusieurs aspects vont dans le bon sens, note Yves Pascouau de l’Institut Jacques Delors. « L’idée de coordonner des politiques étrangères, celle de traiter la migration en amont sont des éléments intéressants que l’on n’avait pas vus depuis longtemps », souligne l’expert.

La France propose d’identifier et d’enregistrer les candidats à l’asile dès le Tchad et le Niger. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) compétent pour mettre en œuvre cette annonce se dit prêt à lancer des missions « dans les semaines prochaines » sur le modèle de ce qui a déjà été fait au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Égypte. « Si nos homologues européens veulent se joindre à nous, nous sommes tout à fait prêts à nous coordonner avec eux », invite Pascal Brice, directeur général de l’institution.

La frilosité des autres pays de l’UE

Les membres de l’UE ne se sont pas précipités. La chancelière Angela Merkel, en campagne pour sa propre succession, ne veut pas prêter le flanc à de nouvelles critiques sur l’accueil des migrants. Sa priorité est plutôt de refermer les portes de l’Europe.

« Étant donné la situation actuelle, nous avons besoin de ces contrôles aux frontières », a-t-elle rappelé mardi lors de sa conférence annuelle de rentrée. Le sujet sera au cœur des discussions, mercredi 30 août à Berlin, alors que la dirigeante allemande doit rencontrer le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

L’Italie, débordée, veut pour sa part savoir comment ses partenaires entendent la soulager. Et la préoccupation immédiate de l’Espagne est plutôt le triplement des arrivées sur son sol en seulement quelques semaines.

La France, elle, joue avec ses atouts, alors qu’elle dispose d’un programme de « réinstallation » bien rodé. Les diverses missions menées au Moyen-Orient ont permis déjà de faire venir 5 500 personnes en besoin manifeste de protection dans l’Hexagone. Au Tchad et au Niger, le même modèle sera suivi. La France ne triera pas les candidats à l’asile. Les fonctionnaires français travailleront « à partir de listes préétablies par le HCR, ce qui devrait garantir des taux de protection élevés », précise Pascal Brice.

Un tel mécanisme élargi au niveau européen, comme le voudrait Emmanuel Macron, reviendrait à relancer la question de la répartition des migrants sur le sol européen, dont le dispositif est aujourd’hui au point mort. Le président français, dans cette initiative, risque d’être pris dans les vents contraires qu’il a lui-même soulevés.

En effet, ce dernier, au sein de l’UE, bat campagne pour un meilleur contrôle des travailleurs détachés. Or la France connaît la monnaie d’échange si elle veut le soutien de la République tchèque et de la Slovaquie sur les travailleurs détachés : soutenir ces pays dans leur opposition à la mise en place de quotas de migrants.

 

L’Europe et ses « portes d’entrée »

Chiffres d’août 2017

La route orientale. Passant par la mer Égée, elle est empruntée essentiellement par des réfugiés du Moyen-Orient, d’Afghanistan ou de la Corne de l’Afrique. Son flux a été considérablement réduit depuis l’accord UE-Turquie visant à les retenir : 13 500 arrivées en 2017 contre 173 500 en 2016.

La route italienne. Le modèle de l’accord UE-Turquie a été dupliqué en Libye. Résultat, entre le 1er et le 20 août, un peu moins de 9 000 migrants ont échoué sur les côtes italiennes, contre 11 500 en juillet, et 23 500 en juin, selon le HCR.

La route espagnole. Passant par le Maroc ce flux a triplé : 7 642 migrants ont accosté dans la péninsule ibérique de janvier à juillet 2017, contre 2 763 pour la même période l’an dernier.

Jean-Baptiste François
 
 

3)Dans les coulisses de la demande d’asile

REPORTAGE Le gouvernement, qui doit annoncer le 12 juillet un plan migrants, veut réduire le délai d’instruction de cette demande d’asile.

La Croix a assisté à un des entretiens qui permet à l’Ofpra de déterminer si oui ou non un demandeur d’asile a le droit à la protection de la France.

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Salle d'attente dans laquelle patientent les demandeurs d'asiles avant leur entretien individualisé.Février 2016 / Camille Millerand/Divergence

Appelons-la Nurah. Un chignon haut, de grands yeux en amande, un regard direct mais un peu inquiet. Nurah a 26 ans. En 2013, elle a quitté son pays, l’Érythrée, pour échapper définitivement, espère-t-elle, aux menaces. Mais pour cela, la jeune femme, en France depuis février 2016, va devoir convaincre Jérémy, officier de protection de l’Ofpra de lui accorder l’asile.

Moins de 4 chances sur 10

En 2016, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé un statut à 29 % des demandeurs d’asile. Au terme de la procédure d’appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), le taux grimpe à 38,1 %. Moins de 4 chances sur 10 donc.

Ce matin-là, l’avenir de Nurah se joue à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), au siège de l’Ofpra, dans le « box 45 », une toute petite pièce vitrée où elle prend place face à Jérémy et à Hamid, l’interprète en langue tigrinia.

L’échange durera un peu plus d’une heure, avec une première partie centrée sur l’état civil puis une seconde sur les motivations du départ. Sur son ordinateur, Jérémy, qui dispose du récit de vie et des documents numérisé, envoyés par Nurah après l’enregistrement de sa demande d’asile en préfecture, passe en revue chaque pièce, au fur et à mesure du récit.

Nuhra dit elle-même qu’elle n’était « pas forte à l’école », qu’elle a quittée pour faire de la couture. Elle subvenait ainsi aux besoins de ses grands-parents âgés, chez qui elle vivait avec son frère et sa sœur depuis la mort de ses parents. Mais, dans ce pays où le service militaire est obligatoire dès 18 ans pour les filles comme les garçons, et peut durer des années souvent synonymes de mauvais traitements, elle travaille « en cachette ».

Un dangereux périple

En 2012, cependant, elle ne se rend pas à une première convocation, puis une deuxième, après laquelle son grand-père est emprisonné et sa famille privée de coupons d’alimentation. « À ce moment-là, j’ai décidé de partir », explique-t-elle, racontant ensuite son dangereux périple jusqu’à un camp en Éthiopie, puis à travers le Soudan, la Libye, l’Italie puis Calais, d’où elle a été envoyée dans un centre d’accueil et d’orientation près de Troyes. Quand elle évoque sa sœur, réfugiée en Allemagne, et surtout son frère, dont elle est sans nouvelle depuis le Soudan, sa voix se brise.

 

Ce n’est pas ce qui intéresse Jérémy, qui l’interroge en revanche longuement sur l’histoire et la géographie de son pays. Perplexe, Nurah s’exécute, égrenant le nom des différents quartiers de la capitale Asmara, la date des fêtes nationales…

Sur son écran, Jérémy vérifie chaque réponse dans son « cartable documentaire » numérique. L’Ofpra protégeant quasiment 100 % des ressortissants d’Érythrée, la clé de l’entretien consiste à vérifier que Nurah est bien ressortissante de ce pays. Au total, l’Ofpra accorde une protection à 45 % des demandeurs qui se déclarent de cette nationalité. « La décision va vous être envoyée dans un délai d’un à deux mois », conclut Jérémy.

Pour lui, le travail n’est pas fini. Il lui reste en effet à rédiger sa décision. Ce qui nécessitera parfois de prendre conseil auprès de la division information, des différents référents thématiques (tortures, violence faites aux femmes…) ou encore de la division juridique.

 

Il lui faudra aussi en parler avec son chef de section. Et ce n’est qu’au terme de ce processus que la décision d’accorder le statut de réfugié – qui protège ceux qui sont persécutés du fait de leur race, religion, nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social, ou de leurs opinions politiques – pourra être prise, ouvrant droit à une carte de résident d’un an. Une simple protection subsidiaire – accordée pour certaines autres persécutions –, pourrait aussi être décidée, avec délivrance d’un titre de séjour d’un an.

« Alors qu’auparavant, le délai moyen de traitement était de neuf mois, explique Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra, qui a mené une importante réorganisation en 2013, il est actuellement de cinq mois, et on descendra à trois d’ici à la fin de l’année. » Pour satisfaire l’objectif gouvernemental, qui entend ramener de 14 à 6 mois la durée moyenne de toute la procédure, dont deux à l’Ofpra, des effectifs supplémentaires devraient être annoncés.

–––––––––––

Les chiffres de l’asile

Les demandes : le nombre de demandes d’asile a atteint 85 726 l’année dernière, soit une hausse de 7,1 % en 2016, après + 25 % en 2015. Le Soudan est le premier pays de provenance des demandeurs, devant l’Afghanistan, Haïti, l’Albanie, puis la Syrie. En Europe, la France est le troisième pays qui accueille le plus de demandes, derrière l’Allemagne (745 150 demandes en 2016) et l’Italie (122 960).

Les protections accordées : en 2016, la France a battu un record historique en accordant 36 553 protections, soit à l’Ofpra soit en appel à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), ce qui représente un taux de protection totale de 38,1 % (contre environ 20 % en 2012). Les taux d’admission les plus élevés concernent la Syrie (97,3 %), le Burundi (93,9 %), le Yémen (93,8 %), le Koweït (91,7 %), l’Afghanistan (80,9 %) et l’Irak (78 %). Au total, fin 2016, on comptait 228 427 personnes protégées en France, dont 86,1 % ont le statut de réfugié.

Nathalie Birchem     La Croix

 

2)Rapport sur la déradicalisation : « il n’y aura pas de miracle »

La prise en charge de la déradicalisation en France est un « échec », selon un bilan d’étape d’une mission d’information sénatoriale rendu public mercredi.

LE MONDE

Le centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté, ouvert en septembre 2016, au lieu-dit de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). GUILLAUME SOUVANT / AFP

La prise en charge de la déradicalisation en France est un « échec » et les pouvoirs publics doivent changer de « concept », selon un rapport des sénatrices Esther Benbassa et Catherine Troendlé. L’élue écologiste et sa collègue Les Républicains ont remis, mercredi 22 février, leur rapport d’étape de leur mission d’information baptisée « Désendoctrinement, désembrigadement et réinsertion des djihadistes en France et en Europe ». Les travaux ont débuté au printemps 2016 et le rapport final devrait être publié en juin.

 
 

Dans ce point d’étape, les deux rapporteures dressent notamment un bilan global peu flatteur de la politique de déradicalisation et en particulier du centre dédié de Pontourny (Indre-et-Loire), où elles se sont rendues. « C’est un fiasco complet, tout est à repenser, tout est à reconstruire », a commenté le président de la commission des Lois du Sénat, Philippe Bas.

Un rapport qui intervient alors que le gouvernement a depuis plusieurs mois amorcé un changement de politique sur ce sujet. Se défendant de réaliser un réquisitoire contre les autorités publiques, Mme Benbassa considère d’ailleurs que dans cette mission de déradicalisation « il n’y aura pas de miracle » et qu’il faudra rester « modeste et patient ».

Un climat d’urgence

Pour comprendre les raisons de cet « échec », il faut remonter quelques années plus tôt, à l’automne 2014, période à laquelle l’exécutif a mis en place ses premières mesures pour endiguer le phénomène de radicalisation latent en France, et qui conduit déjà certains jeunes sur les terres de l’organisation Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Les mois suivants verront se succéder une série d’attentats (en janvier puis en novembre 2015) et de tentatives d’attentats, notamment l’attaque ratée du Thalys par Ayoub El Khazzani et celle de Villejuif par Sid Ahmed Ghlam.

C’est dans ce contexte de menace diffuse que le gouvernement s’attaque au dossier ardu de la « déradicalisation » – terme désormais décrié au profit du « désendoctrinement » ou du « désembrigadement ». Un contexte d’urgence, qui n’incite pas les autorités à prendre les bonnes décisions, selon Mme Benbassa.

« Le gouvernement était en panique à la suite des attentats. Et c’est la panique qui a guidé ses actions. Le temps du politique est court, il fallait rassurer la population », rappelle la sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, qui se défend d’avoir réalisé un « réquisitoire » contre la politique de désendoctrinement mis en place par le gouvernement, mais qui revient point par point sur les différentes méthodes utilisées, soulignant à chaque fois leur limite.

 

« Business »

Mme Benbassa fustige d’abord les associations sollicitées par l’exécutif pour amorcer des programmes de déradicalisation partout en France. « Ces associations ne connaissaient pas la question, elles se sont juste engouffrées dans la brèche, en menant des actions qui n’étaient pas à la hauteur des défis », estime la sénatrice, qui évoque à plusieurs reprises « le business de la déradicalisation »« ceux qui y croient sont ceux qui en vivent ».

A ces associations se sont ajoutés « des pseudos spécialistes », ajoute Mme Benbassa, qui cite notamment les méthodes de Dounia Bouzar. L’anthropologue a eu la confiance du gouvernement de 2014 à 2016, c’est elle qui a été la première à avoir la charge d’équipe mobile d’intervention auprès de familles en détresse et qui a formé les premiers personnels de l’Etat au sujet de la déradicalisation.

Aujourd’hui toutefois, Mme Bouzar fait l’objet de nombreuses critiques. Cette dernière a longtemps défendu l’idée que la radicalisation était une forme d’emprise sectaire, approche aujourd’hui remise en cause. La question des méthodes de désembrigadement fait toutefois l’objet de débats plus larges et de tâtonnements dans l’application des politiques publiques, au-delà même de Mme Bouzar.

 

Le volontariat controversé

Le rapport d’étape des deux sénatrices jette aussi l’opprobre sur le centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté, ouvert en septembre 2016, au lieu-dit de Pontourny, à Beaumont-en-Véron, un village de 2 700 habitants d’Indre-et-Loire. Ce premier centre de « déradicalisation » en France est désormais vide. Il a vu partir son dernier pensionnaire en milieu de semaine après que ce dernier a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Concernant ce centre, qui devait accueillir jusqu’à vingt-cinq personnes, et qui en a totalisé neuf au plus fort du dispositif, Mme Benbassa déplore le manque de coopération des préfectures, censé faire remonter les cas de jeunes candidats potentiels : 40 % d’entre elles n’ont pas répondu à la circulaire ministérielle.

 

Le rapport remet également en cause « la politique du volontariat » qui explique en partie la difficulté pour les préfectures à faire remonter des candidats, ajouté à l’impératif d’un casier judiciaire vide. « Comment croire que des gens déracinés, qui viennent dans ce lieu sur la base du volontariat, puissent changer ? », questionne la sénatrice, qui rappelle que le dispositif avait un coût annuel de 2,5 millions d’euros.

C’est aussi le regroupement des individus radicalisés qui pose question, aussi bien à Pontourny, que dans les prisons, où des détenus radicalisés avaient été réunis dans des unités dédiées, au sein de cinq établissements pénitentiaires situés en Ile-de-France et dans le Nord. L’agression d’un surveillant, le 4 septembre 2016, avait marqué un coup d’arrêt à ce dispositif. Là encore, les rapporteures évoquent un personnel qui n’était pas assez formé.

Des avancées

L’analyse apportée par le rapport des deux sénatrices arrive toutefois plusieurs mois après un revirement des politiques dites de déradicalisation en France. En octobre 2016, le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, a par exemple annoncé un changement de cap dans la prise en charge des détenus radicalisés, en mettant fin au concept des unités dédiées. Ils seront désormais évalués dans six établissements durant quatre mois, avant d’être affectés dans vingt-sept prisons qui présenteront, des conditions de sécurité élevée et bénéficieront de renforts de personnels spécifiquement formés.

L’exécutif a donc tiré des enseignements de ces échecs passés. Mme Benbassa estime qu’il faudrait plus d’« accompagnement individualisé », de « travail sur la réinsertion » ou « développer la prévention ». Mouvement déjà amorcé par les pouvoirs publics.


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Géré par Emmaüs solidarité, ce centre de « pré-accueil » est destiné à orienter et abriter provisoirement les migrants qui arrivent dans la capitale.

Composé de structures modulaires aisément démontables, à même d’offrir un accueil « digne », le centre est « techniquement prêt ». / A. Jocard/AFP

Depuis de nombreux mois, des milliers de réfugiés transitant par Paris campent sous le métro aérien entre Stalingrad et Jaurès, dont ils sont régulièrement évacués. Ces « camps sauvages » se sont étendus ces derniers temps le long de l’avenue de Flandres, où plus de 2 500 migrants s’entassent dans des conditions humanitaires et sanitaires indignes.

 

Pour les sortir de la rue, la maire de Paris Anne Hidalgo avait promis au printemps dernier d’aménager deux sites d’hébergement d’urgence dans Paris : l’un destiné à accueillir des familles avec enfants et des femmes, en cours d’aménagement dans l’ancienne usine des eaux d’Ivry-sur-Seine, sera prêt d’ici à la fin de l’année.

L’autre, près de la Porte de la Chapelle, destiné aux hommes, devait être opérationnel dès la mi-octobre. Mais ce calendrier a été différé en raison de l’afflux important des migrants dans les rues de la capitale. Il devrait néanmoins ouvrir dès le lendemain de l’évacuation des campements éphémères, prévue de façon imminente.

 

Situation qui n’est plus vivable

« Nous attendons que l’État effectue cette opération de mise à l’abri de grande ampleur, précise Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris, chargée des affaires sociales. L’état cherche activement des places un peu partout en France car la situation n’est plus humainement supportable et se dégrade chaque jour. La vocation du centre parisien sera ensuite d’accueillir au jour le jour les nouveaux arrivants. »

 

Le centre est « techniquement prêt ». Implanté sur un grand terrain vague de la SNCF du 18e arrondissement et géré par Emmaüs solidarité, il a été aménagé en trois mois grâce à l’architecte Julien Beller, qui a imaginé des structures modulaires à la fois facilement démontables, et susceptibles d’offrir un accueil « digne ». Il a également fait appel à des artistes pour humaniser le lieu.

Un pôle d’accueil et d’orientation

Ce centre de pré-accueil se compose de trois parties. À l’entrée du camp, un vaste chapiteau gonflable abrite un « pôle d’accueil et d’orientation » destiné à faire une première évaluation de la situation de chaque personne et à l’accompagner ensuite vers une autre structure adaptée à son cas : centre d’hébergement d’urgence, centre d’accueil et d’orientation (CAO), centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) ou Aide sociale à l’enfance (Ase) pour des mineurs isolés.

À côté de l’accueil, un bâtiment abrite un « pôle santé », géré en partenariat avec le Samu social et Médecins du monde. Là, une équipe de médecins, infirmiers et traducteurs proposera aux migrants des soins de première nécessité et un diagnostic sur leur état de santé.

Au milieu du terrain, un ancien entrepôt de la SNCF a été transformé en centre d’hébergement. Dans des cubes de bois, une centaine de chambres de 4 lits s’alignent sur deux étages, auxquelles il faut ajouter des espaces cantine et des salles de repos.

Une rotation permanente

« Ces lieux sont destinés à héberger des hommes majeurs et seuls, qui relèvent de la demande d’asile, pour une mise à l’abri provisoire de 5 à 10 jours, avant qu’ils ne soient redirigés ailleurs », précise Patrick Vieillescazes, chef de cabinet du préfet de la région. « Le défi est de faire de ce site un sas, ajoute-t-il, et qu’il y ait une rotation permanente pour éviter la reconstitution de campements sauvages. »

 

Il ne s’agit donc pas d’un centre d’hébergement où les occupants seraient amenés à séjourner. « L’idée est de les mettre à l’abri, le temps d’amorcer une réflexion sur leur devenir et [qu’ils soient] orientés vers des solutions d’accueil à plus long terme », souligne Emmanuelle Cosse, ministre du logement.

Reste à convaincre les migrants de s’y rendre

« Il s’agit bien d’un centre humanitaire de premier accueil », insiste Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice générale adjointe d’Emmaüs Solidarité. « Un lieu qui permettra enfin d’accueillir de façon décente les migrants qui arrivent sur Paris, et de les conseiller pour mener à bien leur projet migratoire » précise-t-elle, ajoutant que l’information des migrants sur leurs droits et les démarches qu’ils peuvent effectuer est « au cœur de ce projet ».

C’est la « première fois qu’un tel centre humanitaire est créé dans une grande ville française », rappelle Paul Duprez, président d’Emmaüs solidarité. Il restera à convaincre les migrants de s’y rendre. Des maraudes seront organisées par les associations pour informer ceux qui continuent à affluer, de plus en plus nombreux, dans les rues de la capitale.

 

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