55)Baroin, le retour

54)La bataille du troisième tour : la droite ne songe qu'aux législatives ...qui va mener les réformes nécessaires?

53)Bataille au finish

 52) ombres et lumières d'une transition

51)La quinzaine de tous les dangers

50)REFORME OU DESORDRE   le coup d'Etat électoral

49)Macron en tête(il y a 3jours...)

48) le casse tête des législatives.....

47)crise de régime.....pourquoi?....

46)Le rappel à la réalité 

44)Gauche : spectacle pathétique

43)Le calvaire de Fillon 

 42)Un gauche cassée

41)Les mauvais plans.... qui se soucie de redresser la france?

40)Agnès Verdier-Molinié : "Ne pas faire du Hollande bis"

39)François Fillon a confirmé devant le comité politique des Républicains sa candidature à l'élection présidentielle.

38)sondage 3/3..Juppé  en tête...Macro 2eme...Le Pen éliminé ...réalité..intox... ?

37)Juppé subliminal Fillon déterminé....Juppé disponible

36)Le Pen aux marches du pouvoir

35)Les grandes manœuvres continuent Le brouillard recouvre la campagne

34)Tiens, voilà la gauche ! 

33)Les sondages le placent au second tourMacron superstar

32)Le parquet national financier est-il compétent dans l’affaire Fillon ? 

31)François Fillon reconnaît ses « erreurs » mais repart au combat

30)L’affaire Fillon est « une affaire d’État » 

  29)Primaire PS : « C’est la fin du parti d’Epinay » 

28)Fillon dans la nasse . Qui tue la démocratie?

27)Valls, Hamon : lutte au couteau L'inévitable chute du PS

 26)Primaire. Benoît Hamon largement en tête en Bretagne

25)Aucun candidat n'est sûr de son sort;Elections : quelques surprises à venir

24)Le mythe du revenu universel 

23)Gauche : Valls en tête

22) primaire ou préparation du congrès socialiste

21)Le phénomène Macron

20)VOUS AVEZ DIT LIBERALISME  ..... NON  J'AI DIT SAUVETAGE

19)Sans Hollande, ce sera la même bataille

 18)la primaire c'est plutot bien......

17)Présidentielles : se « trumper » ou « mariner »

16)François Fillon, la réussite sereine de la primaire de la droite

15)Primaire de la droite : Alain Juppé peut-il inverser la tendance ? 

14)Les sondeurs défendent leurs méthodes et leur sérieux ...informateur ou manipulateur?

 13)Malaise policier, démocratie en danger

12) l'état de non droit

11)Poisson ote le masque 

10)Juppé en tete ..probable...et Macron...  il y a encore du chemin

9) confidence de Hollande ....un fiasco.....

8) le vol de la primaire

7) primaire à gauche   qui s'y colle ....qui gagne....

6) La dictature des minorités

5)Sarkosy Juppé  

4)Primaire de droite les parrainages

3)Primaire la foire

2)Hollande suite et fin

1)Rentrée politique en fanfare

 

 

 

55)Baroin, le retour

 

François Baroin
(Photo AFP)

Depuis quelques jours, on ne voit plus que François Baroin, ancien ministre de Chirac et président de l’Association des maires, sur les plateaux de télévision. Il fait une rentrée électorale et ne s’en cache pas vraiment. Il pourrait apparaître comme une alternative acceptable à Emmanuel Macron.

FRANÇOIS BAROIN est un modéré qui défend ses causes avec acharnement. Doté d’une belle prestance, il est jeune (48 ans), charmant (un autre gendre idéal) et relativement dynamique. Il vient de réintégrer les instances stratégiques des Républicains. De tous les candidats possibles de la droite, y compris Xavier Bertrand  (qui travaille dur pour le bien-être des habitants de sa région, les Hauts-de-France), et Valérie Pécresse (présidente de la région Île-de-France), c’est peut-être celui qui a le plus de charisme. Il a déclaré ce matin qu’il voulait desserrer l’étau entre Macron et Marine Le Pen. Son optimisme est le bienvenu mais se heurte à des difficultés considérables : avant d’aspirer à la magistrature suprême, il aura pour objectif de remonter la pente que LR a si vite descendue, avec les présidentielles et les européennes. Un succès aux municipales pourrait lui donner un bonus.

Paysage politique : un puzzle.

Les tout récents sondages sur les élections de 2022, d’ailleurs prématurés, donnent Emmanuel et Macron au coude-à-coude, entre 27 et 29 % des suffrages, avec, loin derrière, Jean-Luc Mélenchon et le candidat LR, encore inconnu. M. Baroin a le temps de desserrer l’étau. Mais il lui faut œuvrer à la réunification d’un parti très divisé et, au-delà, énoncer un programme qui séduise une majorité. Deux tâches titanesques. On peut cependant faire confiance à un calme qui, jusqu’à présent, lui a interdit d’élever la voix, à une élégance dont il ne se départit jamais, et à ce sang-froid sans lequel on n’est pas un homme d’État. Son plus sérieux problème, c’est la convergence des idées qu’il peut avoir avec celles du macronisme. Jamais le paysage politique n’a autant ressemblé à un puzzle et jamais le pays n’a eu autant besoin d’unité. Ce que disent les sondages, en réalité, c’est que le Rassemblement national fera son meilleur score en 2020. Au second tour, Marine Le Pen obtiendrait 45 % des suffrages. C’est dire qu’elle a toutes les raisons de se présenter, car plus personne n’a honte de voter pour elle.

Le comeback de l’ancien monde.

La chance de M. Baroin, ce sont les municipales, car LR est déjà bien implanté et va à la conquête des mairies avec la foi du charbonnier, alors que la République en marche réinvente la cacophonie et risque de perdre des villes aussi importantes que Paris, Lyon et Marseille. La querelle dérisoire entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani est le signe avant-coureur d’une défaite dans la capitale, alors que les Parisiens ont voté très majoritairement pour Macron en 2017. Même absurdité à Lyon où Gérard Collomb veut être réélu maire sans que Macron ait pu convaincre son concurrent, David Kimelfeld, de lâcher prise. Derrière le « nouveau monde », l’ancien revient au galop. Il ne s’agit plus des qualités personnelles ou de l’intérêt des programmes, il s’agit d’ego. Les cas de confusion au sujet des démarches de la République en marche sont nombreux. Ses élus ou militants ne recherchent pas la meilleure organisation, ne tentent même plus de s’entendre avec des alliés possibles partageant au moins une partie de leurs idées, ils se contentent d’assister à des matches de boxe, tandis que le président, pour sa part, s’abstient de protéger la cohésion du mouvement.

Mais il appartiendra à M. Baroin, s’il veut réussir, d’apparaître, comme ses prédécesseurs, comme le chef naturel des Républicains. Parmi eux, nombreux sont ceux qui le trouveront trop soft, trop mou, trop modéré. Son pire ennemi, c’est la démagogie. Si on en juge par le tempérament que l’on a eu maintes fois l’occasion d’observer, c’est un excellent homme, qui ne tombera jamais dans la vulgarité ou dans le mensonge. Malheureusement, nous sommes dans une phase historique où certaines qualités se transforment en défauts.

RICHARD LISCIA

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54)La chronique de Richard LisciaLa bataille du troisième tour : la droite ne songe qu'aux législatives

Richard Liscia

| 02.05.2017
 
La droite a certainement fait un score plus honorable que le PS au premier tour de la présidentielle ; elle n'en sort pas moins meurtrie d'une expérience éprouvante qui la prive d'une victoire à laquelle elle pouvait croire il y a quelques mois encore. Jugeant sans doute que Marine Le Pen, pourtant si combative, ne peut pas l'emporter contre Emmanuel Macron (analyse la plus répandue), elle espère, non sans audace, gagner les élections législatives et forcer M. Macron à constituer un gouvernement de cohabitation.
 
 

Ce projet, issu d'une frustration fort compréhensible, n'en comporte pas moins quelques vices de forme. Il présuppose en effet que le leader d'En Marche ! qui, pourtant, présentera des candidatures de députés dans les 577 circonscriptions, est incapable d'en faire élire 289, soit la majorité absolue. S'il faut un appoint substantiel à En Marche !, cela signifie que les quatre premiers candidats du premier tour auront chacun un nombre relativement élevé de députés. On devine que, malgré les contraintes du scrutin majoritaire à deux tours, le Front national, qui n'a cessé de progresser depuis cinq ans, à la faveur des élections municipales, européennes et régionales, est en mesure d'envoyer quelques dizaines de députés à l'Assemblée, comme il l'avait fait en 1986, grâce au scrutin proportionnel, imprudemment décidé par François Mitterrand.

Le sursaut de la droite passe donc par une Assemblée sans majorité, divisée et incontrôlable, peu favorable au lancement des réformes de fond dont le pays a tant besoin et dont l'absence accentuera la dérive économique, sociale et politique du pays. Ce n'est pas souhaitable. Il y avait même un peu d'arrogance, chez François Baroin, lorsqu'il s'est déclaré disponible, la semaine dernière, pour le poste de Premier ministre de cohabitation. On ne parle que de lui pour cet emploi, parce qu'il a fait partie de la cabale sarkozyste contre M. Juppé et en faveur de M. Fillon, avec les conséquences que l'on sait, c'est-à-dire l'échec de la droite et du centre dès le premier tour.

Or M. Macron n'a absolument pas la disposition d'esprit que M. Baroin semble lui attribuer.  Piqué par les coups de communication de Marine Le Pen et les reproches sur le trop lent démarrage de sa campagne du second tour, il entend tenir la dragée haute non seulement à ses adversaires mais à tous ceux qui se rallient à lui par opportunisme plutôt que par conviction. On a déjà eu l'occasion de constater que, chez lui, la fermeté en politique n'attend pas le nombre des années. Il n'entend faire confiance qu'à ceux qui ont adhéré au tout début à son projet. De toute évidence, M. Baroin n'est pas de ceux-là.

Macron ne fera pas de cadeau

Il y a une légitimité, chez les Républicains, à vouloir récupérer une partie de leur influence à la faveur des législatives, d'autant que le programme de M. Fillon était, de l'avis du plus grand nombre, le plus complet et le plus abouti. Cependant, ils doivent tenir compte d'une dynamique qui ne joue pas en leur faveur. D'abord parce que M. Fillon n'est plus là et que M. Baroin, qui dirigera la campagne des législatives justement pour apparaître comme un Premier ministrable, ne nous dit pas s'il va appliquer ou amender le programme de M. Fillon. Ensuite, parce que le chantier qui attend le prochain gouvernement est assez énorme pour ne pas supporter les négociations interminables, les louvoiements et les compromis médiocres. M. Macron, pour sa part, a bel et bien l'intention de tirer avantage des institutions de la Vè République et de la dynamique enclenchée par la présidentielle, puis de faire jouer en sa faveur le scrutin majoritaire. Tout dépend évidemment, du résultat du second tour. S'il se contente de battre Mme Le Pen, mais seulement d'un cheveu, son projet risque d'être amendé. Si, en revanche, il renvoie le Front à son destin minoritaire, il bénéficiera de la volonté populaire qui, après l'avoir désigné, souhaitera lui donner carte blanche, au moins au début de son mandat.  

La conjonction du grand désarroi des Français et du besoin national d'une large réforme économique et sociale peut lui donner une autre chance extraordinaire après l'avoir conduit, en si peu de temps, là où il est déjà. Toutefois, un certain nombre de ses propositions, comme l'abolition partielle de la taxe d'habitation ou la hausse de la CSG, risquent fort d'être impopulaires. S'il parvient se lover dans les habits d'un président, peut-être devra-t-il aussi réviser une partie de son programme

 

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53)Bataille au finish

 
 

Présent au second tour, à sa manière
(Photo AFP)

A trois jours du second tour de la présidentielle, la journée sera marquée par le débat télévisé de ce soir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui promet d’être vif et risque de ne pas clarifier les positions de chacun des deux candidats.

 

CE MATIN, sur France Info, un débat entre Florian Philippot et Richard Ferrand, un des très proches de M. Macron, a vite tourné à l’empoignade et on ne peut pas dire qu’il ait éclairé les intentions d’En Marche ! et du Front national. C’est à la fois regrettable et inévitable, tant la tension, depuis les résultats du premier tour, a été portée à son comble par une Le Pen survoltée, qui a réinventé son vocabulaire pour mieux disqualifier son rival. Si le démarrage de la campagne du second tour a été défavorable à M. Macron, la deuxième semaine de confrontation a fait perdre des plumes à la candidate. Il n’est pas sûr que son mariage de raison avec M. Dupont-Aignan compense par plus de suffrages la perte de crédibilité ; pour réduire la contradiction entre cette alliance et sa position, elle est entrée dans des explications qui font qu’on ne comprend plus rien de ce qu’elle entend faire, sur un sujet, l’euro, qui inquiète énormément l’électorat ; prise en flagrant délit de plagiat, elle a renvoyé le Front à sa réputation sulfureuse, faite de petites ou grandes malhonnêtetés ; sa loghorrée, où le mot oligarchie est présenté comme l’alpha et l’oméga de sa vision politique, commence à lasser ceux qui l’écoutent avec le plus de bienveillance.

Une abyssale incompétence.

La vérité est que Mme Le Pen ne résiste guère au choc du réel. L’histoire de l’euro, abandonné puis maintenu, supprimé immédiatement ou dans deux ans, remplacé par la coexistence de deux monnaies, une nationale, une autre pour les échanges, effacé ou non par un référendum, puis la référence à l’écu ou au serpent monétaire, dispositifs qui ont précédé la monnaie unique mais ne sauraient coexister avec elle, révèle en définitive une abyssale incompétence. Donner le pouvoir à des gens qui restent incapables d’expliquer ce qu’ils ont conçu, voilà où réside le danger, sans compter la brutalité d’un programme qui, non seulement mettrait la France à genoux, économiquement et socialement parlant, mais réduirait sensiblement nos libertés.
Ôtez le désengagement de l’Europe et de l’euro et la plate-forme du FN se réduit à quelques mesurettes dont le financement est bien aléatoire. Il est très facile de diminuer de dix pour cent l’impôt sur le revenu, encore faut-il financer une décision qui coûterait plus de six milliards à l’Etat. Et tout est à l’avenant. S’exprimant « au nom du peuple » et non plus d’un parti infiltré par des néo-fascistes et des nazillons, Mme Le Pen nous dit : « Plus social que moi, tu meurs ». L’effort de banalisation ainsi entrepris rappelle l’entrisme du FN dans les syndicats pendant les années 90. L’expérience n’a pas duré longtemps et, aujourd’hui, Mme Le Pen entend mener ses réformes tambour battant, sans trop se préoccuper de ces deux-tiers du pays qui lui sont de toute façon hostiles.

Immense confusion des valeurs.

La gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui sort galvanisé, sinon triomphant, du premier tour, ne renforce guère l’exercice de la démocratie. M. Mélenchon est allé consulter les 450 000 adhérents de la « France insoumise » et environ 250 000 ont répondu à ses questions. Les deux-tiers votent blanc ou s’abstiennent, le troisième tiers vote Macron. Toujours se référer au peuple, quel bel exercice démocratique ! Sauf que le chef du Parti de gauche a chauffé ses troupes à blanc avant de leur demander leur avis et qu’il a obtenu ce qu’il voulait, un très faible soutien à Macron et tant pis si Le Pen est élue.
On s’habitue à tout, y compris à l’affaissement de la droite et du PS et à l’immense confusion des valeurs que nous proposent ces deux démagogues forcenés que sont Le Pen et Mélenchon. Oui, ils représentent à eux seuls au moins 40 % de l’électorat et c’est pourquoi une éventuelle victoire de M. Macron ne sera pas suffisante pour panser les plaies de la société française. Oui, tout a basculé depuis le premier tour car non seulement les partis de gouvernement ont été chassés du pouvoir mais les formations soumises à la tentation totalitaire mènent un bal infernal. Nous avons tous compris et dit qu’il y a une France qui souffre depuis trop longtemps et que la droite et la gauche n’ont pas su lui apporter le réconfort et les solutions économiques et sociales qu’elle méritait. Pour ma part, je milite depuis des décennies pour une lutte anti-chômage et anti-inégalités qui se donne les bons moyens fiscaux pour redresser le pays. La négligence des gouvernements qui se sont succédé, les blocages insensés de la société française, l’indigence des nostalgiques de temps révolus ont contribué à une dérive : le vent se lève contre la démocratie.

 Richard Liscia

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52)  ombres et lumières d'une transition

Richard Liscia

| 27.04.2017
 
Les éléments positifs équilibrent les éléments négatifs du premier tour de la présidentielle. La menace des extrêmes semble écartée, mais le nouveau paysage politique sera une source de durs conflits.
Macron dimanche dernier
Crédit Photo : AFP
Zoom
 

On peut penser ce qu'on veut d'Emmanuel Macron, il nous a quand même rendu service en battant Marine Le Pen et en empêchant Jean-Luc Mélenchon d'être présent au second tour. Le soulagement national, européen et international, la vive hausse des marchés et de l'euro témoignent de l'exploit réalisé par l'ancien ministre de l'Économie. Aujourd'hui, la France a une bonne chance de se réformer, donc de se redresser et d'échapper à ces programmes de gouvernement brandis par Mme Le Pen et M. Mélenchon, qui proposent deux méthodes pour parvenir très vite à la faillite du pays. De ce point de vue, le succès de M. Macron est incontestablement celui de la démocratie française.

Le tableau général dressé par les résultats du scrutin n'est pas pour autant encourageant. Deux candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont fait des scores élevés et représentent à eux seuls 40 % de l'électorat alors que leur intention est de durcir l'autorité gouvernementale, ce qui constitue déjà une menace pour les libertés, et qu'ils s'opposent, chacun à sa manière, à l'Europe, à l'euro, au désendettement, au retour à l'équilibre de nos fondamentaux. Or ils ne sont pas seuls. Les électeurs de Nicolas Dupont-Aignan, qui a presque obtenu 5 % des suffrages, risquent fort de voter FN au second tour. Les autres petits candidats pourraient ajouter leurs maigres scores à ceux de Mme Le Pen ou de M. Mélenchon. Seul Benoît Hamon garde une spécificité en principe insoluble dans un parti extrémiste, et encore rien n'est sûr. 

Le problème principal de cet entre deux-tours, c'est la crise violente qu'il inflige aux Républicains et aux socialistes. LR et le PS doivent s'adapter à une situation inédite au moment où les querelles personnelles deviennent aiguës, où le leadership doit être réattribué, où le pays est impatient d'obtenir une action réformatrice en profondeur. La droite n'a pas caché ses intentions : elle soutiendra Macron pour le second tour mais elle se réserve le droit, et, en somme, c'est bien naturel, de faire une campagne pour les législatives avec l'espoir de créer à l'Assemblée un groupe puissant, peut-être majoritaire. Cela signifie qu'elle n'entend nullement laisser carte blanche à M. Macron, même si François Fillon, tirant la leçon de son échec, a renoncé à diriger la campagne de la droite pour les législatives. Il reste que LR entend forcer le prochain président à nommer un gouvernement de cohabitation dont le Premier ministre et les ministres seraient issus de la droite et du centre.

Prendre garde aux équlibres instables

Ce n'est pas exactement la thérapie dont la France a besoin car les réformes fondées sur des compromis ne sont jamais radicales, et se situent à mi-chemin des mesures drastiques indispensables au changement. Bien avant la fin du mandat du nouveau président, le pays sera plongé dans une nouvelle crise de confiance s'il ne parvient pas rapidement à réduire le chômage. On ne sait pas du tout quelle sorte d'Assemblée sera issue des élections législatives. Des partis qui ont recueilli 20 % ou plus des suffrages peuvent obtenir une forte représentation. L'Assemblée serait alors divisée en quatre groupes de calibre comparable, ce qui rendrait le pays ingouvernable et le président impuissant. Même si Mme Le Pen était battue au second tour par un rapport 60/40, et malgré les effets du scrutin majoritaire à deux tours, elle peut envoyer à l'Assemblée plusieurs dizaines de députés FN. Et M. Mélenchon en ferait tout autant. 

Un président forcé à cohabiter, en butte à de fortes minorités susceptibles de s'allier pour bloquer ses réformes, ne pourrait pas apporter à la société française le souffle réformiste que la crise exige. L'intérêt bien compris du peuple est de lui accorder une majorité. Mais ce n'est pas l'intérêt de chacun des partis en lice. On peut donc dire que, si nous devons à M. Macron une fière chandelle,  le retour à la stabilité politique n'est pas du tout garanti. Il fallait bien, cette année, passer par des convulsions politiques dès lors que l'électorat exprimait une énorme insatisfaction. Le malaise général n'est pas pour autant propice à l'efficacité. 

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51)La quinzaine de tous les dangers

 

Mélenchon : pas de consigne de vote
(Photo AFP)

Le réveil post premier tour produit la gueule de bois des lendemains de nuit agitée. Un mouvement se dessine en effet qui pourrait offrir la victoire à Marine Le Pen au second tour.

 

LE DANGER représenté par l’extrême droite n’est plus perçu avec la même acuité qu’il y a quelques années encore. On n’a pas assisté lundi à l’immense sursaut anti-Le Pen que la qualification de la candidate aurait dû soulever. Rappelez-vous : en 2002, les Français avaient manifesté contre Jean-Marie Le Pen, qualifié pour le second tour. Ils auraient mieux fait de voter, mais au moins ont-ils indiqué l’aversion que le Front national leur inspirait. Cette année, la droite, soucieuse de son unité, a passé un « compromis » qui revient à dire qu’il n’y aura pas de consigne de vote pour Emmanuel Macron ; bien entendu, les suppôts du conservatisme archaïque, comme Christine Boutin, toujours en retard de cinquante ans sur l’évolution de la société, annoncent un vote pour Mme Le Pen ; et le pire, peut-être, c’est que la gauche de Jean-Luc Mélenchon se refuse, en tout cas jusqu’à présent, à soutenir officiellement M. Macron. Cette dérobade montre la vraie nature de la France dite insoumise : ce que M. Mélenchon ne peut pas avoir, il ne veut pas qu’un démocrate l’obtienne et il joue le chaos. C’est le même qui chante le mot France dans ses discours holographiques et nous cite Thucydide pour mieux nous épater. Ses hésitations à choisir le camp démocratique révèlent à la fois ses puissantes affinités avec l’autoritarisme et l’anti-européanisme de l’extrême droite et une vague idée qui lui fait croire qu’en contribuant au délitement national il finira par tirer son épingle du jeu. Il a fourni pendant la campagne diverses raisons de s’écarter de lui, voilà qu’il ajoute la paille qui casse le dos du chameau.

Gauche peau de chagrin.

Avant le scrutin, il était courant de dire que l’influence de la gauche française rétrécissait comme une peau de chagrin. Elle ne pesait pas plus de 35 % du corps électoral. Effectivement, les résultats du premier tour indique qu’en additionnant Mélenchon, Hamon, Poutou, Arthaud, on arrive à 30 % ou à peine un peu plus. M. Macron, néanmoins, peut se targuer d’avoir été élu par de nombreuses voix de gauche, d’autant que, parmi ses soutiens, on compte de multiples figures du PS. Mais il est impossible de savoir avec précision le pourcentage des socialistes qui ont voté Macron. Ce que montre le premier tour, c’est que la structure du corps électoral a été bouleversée. On compte quatre blocs : droite, En Marche !, extrême droite, extrême gauche. La gauche a pratiquement disparu et la droite a perdu un tiers de son électorat, du moins à l’occasion de la présidentielle, ce qui ne se vérifiera pas nécessairement lors des législatives.
La logique constitutionnelle exigeait une alliance tactique entre la droite et En Marche !, avec le soutien de ce qui reste de la gauche classique. Il n’en est rien. Frileuse, inquiète pour son unité, très menacée, soucieuse d’éviter « l’implosion » qui a failli, selon Gérard Larcher, emporter les Républicains, la droite fait un gros caprice, ou plutôt, elle essaie de garder ses chances pour l’avenir. On peut comprendre ses calculs stratégiques, on ne comprend pas qu’elle minimise ainsi l’enjeu du second tour. Il existe une possibilité bien réelle d’une victoire de Marine Le Pen le 7 mai. Elle ne sera écartée que par la mobilisation de tous les républicains et démocrates. Rien n’empêche ensuite la droite et le centre de reprendre leurs billes pour tenter, au troisième tour, c’est-à-dire à l’occasion des élections législatives, d’obtenir la majorité à l’Assemblée. Ce n’est pas souhaitable du point de vue de la cohérence des institutions puisque M. Macron, s’il était élu, serait contraint de cohabiter avec les Républicains et les centristes. Mais on peut espérer une émulation réformiste entre le nouveau président et la nouvelle majorité.

Soeurs ennemies.

Non seulement la bataille contre l’extrême droite n’est pas conduite avec toute l’ardeur requise, mais le danger Mélenchon n’est même plus évoqué, alors qu’il a fait un score presque égal à celui de François Fillon. Il a réussi à rassembler tous les irascibles de France, ceux qui veulent en découdre avec ce qu’ils appellent le « système » et qui risquent bel et bien de voter Le Pen pour en finir avec l’Establishment, lequel leur inspire une haine inexpiable. Que M. Mélenchon se serve de ses suffrages pour stopper la démocratie française en dit long sur la nature même de ses convictions. Je le dis tout net : il est intolérable que des gens qui se réclament de la République ne considèrent par Mme Le Pen comme une catastrophe pour le pays. Fort heureusement, il n’est pas impossible que l’électeur soit plus clairvoyant, plus courageux et plus déterminé que les partis ou les mouvements politiques. Et qu’il comprenne où se situe son devoir. M. Macron, quant à lui, doit faire ces jours-ci une campagne exemplaire et montrer qu’il constitue à lui seul une défense naturelle contre le sinistre climatique que nous préparent ces deux soeurs ennemies que sont l’extrême gauche et l’extrême droite.

RICHARD LISCIA

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 50)REFORME OU DESORDRE

La chronique de Richard LisciaCeux qui veulent changer de République : le coup d'Etat électoral

Richard Liscia
| 18.04.2017
Il est entendu que quatre des onze candidats à la présidentielle sont en mesure d'être élus  car aucun n'a vraiment l'avantage sur les autres. De plus, les sondages ne sont pas fiables et l'ordre qu'ils nous annoncent pourrait être démenti au premier et au second tour. Cette incertitude conduit à au moins une hypothèse : un candidat représentant moins d'un cinquième des Français peut l'emporter.

Le meeting de Mélenchon à Marseille
 

Lequel ? La popularité dont bénéficie Jean-Luc Mélenchon fait de lui un vainqueur possible, celui qu'on n'attendait pas mais que l'atmosphère délétère d'une campagne qui a dressé les Français les uns contre les autres rend plausible. Comme Marine Le Pen, ou les candidats dits « petits » qui prétendent s'inspirer du gaullisme pour mieux démanteler la constitution gaulliste de la Vè République, M. Mélenchon, s'il est élu, entend convoquer une assemblée constituante et passer à la VIè République, quitte à mettre en jeu son propre mandat. On peut être certain que la plupart de ses électeurs le savent à peine et, en tout cas, n'imaginent pas les conséquences de cette démarche.

De son côté, Marine Le Pen maintient un programme axé sur la rupture avec l'Europe et l'euro, ce que, de toute évidence, ses électeurs ne lui reprochent guère. On peut se demander ce qui justifie, dans l'esprit du public, des politiques aussi draconiennes. Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan, Ausselineau, Cheminade, Poutou et Arthaud se sont employés à décrire une crise française d'une telle ampleur qu'elle nécessiterait une révolution. C'est en effet par la révolution, ou par une sorte de coup d'Etat électoral, que divers candidats souhaitent changer la France. Comme ils n'ont pas cessé d'attiser la colère des Français, exaspérés par deux mandats successifs qui n'ont pas réduit le chômage, ils comptent bien en récolter les raisins. 

Comment faire de la France un paria en Europe

Les pays étrangers qui observent la campagne en France constatent qu'au danger représenté par Le Pen s'ajoute celui du programme de Mélenchon, vaste rêverie où une dépense de 275 milliards le dispute à une hausse du Smic jusqu'à 1 700 euros, capable de ruiner à peu près toutes les PME. En outre, si le candidat de la France insoumise ne préconise pas spécifiquement la sortie de l'euro, ses propositions tendent toutes à un clash entre la France et l'Union européenne. Les marchés l'ont compris qui ont additionné la crédibilité nouvelle de Mélenchon à ses idées destructrices, mélange détonant. Ils baissent. Les Allemands sont doublement inquiets face à une surenchère qui fait monter contre l'extrême droite non pas un parti de gouvernement mais l'extrême gauche dans toute sa candeur originelle, marxisme et totalitarisme compris.

Ces politiques d'extrême droite ou d'extrême gauche feraient de la France un paria en Europe. Jusqu'à il y a encore un mois, nos partenaires européens étaient sereins. Ils croyaient que, contre le Front national, surgirait un parti de gouvernement. Le fait que le second tour puisse opposer Mélenchon à Le Pen éloigne donc l'espoir d'une France apaisée, orientée vers la réforme. Car, si les descriptions de la crise par les extrêmes sont exagérées, elles s'appuient bel et bien sur un malaise national, fait de chômage, d'hostilité à l'égard des gouvernants, de lassitude face à la durée du marasme. Le seul moyen de rendre au pays son énergie, ce n'est pas une révolution qui l'achèverait, c'est la réforme. Deux candidats en défendent le principe : François Fillon et Emmanuel Macron. Dans l'inquiétude des Européens et de nombreux citoyens français, il y a l'absence d'une dynamique Fillon jusqu'à présent, c'est-à-dire à quatre jours du premier tour, et l'effritement apparent du leader d'En Marche !

Cette présidentielle n'est décidément pas enthousiasmante alors qu'on pouvait espérer la naissance d'un pouvoir à la fois fort et cohérent. Tout électeur doit participer à l'effort national pour éviter une aventure extraordinairement périlleuse. Quel que soit le ressentiment inspiré par la politique et les politiciens, il faut que chacun comprenne que son sort dépend de la réforme, pas du désordre.

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49)Macron en tête(il y a 3jours...)

Devant Le Pen au premier tour ?
(Photo AFP)

Les erreurs prévisionnelles des sondages nous ont enseigné la prudence en la matière. Il ne faut jamais se fonder sur une seule enquête d’opinion. Il est préférable d’en faire la moyenne.

À NEUF JOURS du scrutin, il est possible de dégager quelques fortes tendances. On trouve quatre « grands » candidats qui, à cause de la marge d’erreur, se retrouvent dans un mouchoir de poche et peuvent avoir une chance de l’emporter au second tour. Marine Le Pen semble avoir cédé la première place à Emmanuel Macron, qui se situerait à 24% contre 22 à la présidente du FN. François Fillon a certainement progressé et se situe aujourd’hui entre 18 % (hypothèse basse) et 20% (hypothèse haute). Un sondage Harris Interactive publié ce matin lui accorde 20 % en tout cas, ce qui semble confirmer sa progression. Jean-Luc Mélenchon, dans le même sondage Harris Interactive, atteint 19 %, alors que, selon d’autres enquêtes, il ne dépasse pas 18 %. Enfin, la moyenne des sondages accorde seulement entre 8 et 9 % à Benoît Hamon.

Le Pen privée de second tour ?

On ne se souvient que M. Macron avait subi une baisse de régime la semaine dernière. Nombre de sondages constataient son effritement ainsi que celui de Marine Le Pen mais, en moyenne, confirmaient la présence en tête de la présidente du Front. Ce ne semble plus être le cas aujourd’hui, sans doute parce qu’elle a refusé de retirer ses propos sur la rafle du « Vél d’Hiv ». En évoquant ce sujet, ce que personne ne lui demandait de faire, elle a effrayé ceux de ses électeurs qui ne veulent pas être associés à l’antisémitisme. Cependant, rien n’indique que Mme Le Pen pourrait être éliminée au premier tour. Si on admet que M. Macron fait maintenant la course en tête, il faudrait, pour que la représentante du Front ne franchisse pas le cap, qu’elle soit rattrapée par M. Fillon (avec au moins trois points supplémentaires) ou par M. Mélenchon qui, lui, aurait besoin de quatre points de plus.
La présence ou non de Marine Le Pen au second tour est d’une importance cardinale. Tout se passe comme si l’électorat qui veut tout changer, et avec lequel il faut diablement compter, trouvait ces jours-ci chez M. Mélenchon les « avantages » liés à Mme Le Pen. Le fossé idéologique qui les sépare ne compte même pas. Toutes les enquêtes montrent que les indécis sont capables de passer sans le moindre scrupule de Hamon à Macron, de Mélenchon à Macron et, donc, de Le Pen à Mélenchon. Si les transferts en dehors du Front national seront rares (80 % des électeurs de Mme Le Pen sont sûrs de leurs votes), trois candidats, Fillon, Macron et Mélenchon peuvent, au moment du test décisif, améliorer leur score ou, au contraire, perdre des points par rapport aux sondages.

Le résultat sera forcément surprenant.

Le premier enseignement est qu’il ne faudra pas être surpris d’un résultat qui a de bonnes chances de surprendre tout le monde. Le second est que, du point de vue des démocrates, il existe deux dangers graves : Le Pen et Mélenchon. Il se trouve que Harris Interactive a fait des tests pour le second tour qui opposent :
1) Macron contre Le Pen. Macron l’emporte dans un rapport 67/33.
2) Fillon contre Le Pen. Rapport beaucoup plus serré, mais suffisant : 58/42
3) Macron contre Fillon : 70/30 en faveur de Macron.
4) Mélenchon contre le Pen : 64/36
5) Macron contre Mélenchon : 58/42
On n’en tirera aucune conclusion, mais on voit bien que les candidats qui ont la cote sont ceux qui proposent des changements en profondeur. De ce point de vue, Emmanuel Macron apparaît comme un innovateur capable d’obtenir les votes de gauche pour vaincre le candidat de la droite. Le désir de faire table rase du passé est si fort dans l’électorat que l’affrontement entre Macron et Mélenchon au second tour donne un résultat beaucoup plus serré que l’hypothèse Macron-Le Pen. Enfin l’exploit de M. Fillon, qui consisterait à se qualifier pour le second tour, ne suffirait pas pour une victoire finale si M. Macron restait en lice.

RICHARD LISCIA

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48)Présidentielle 2017: Derrière les turbulences de la campagne présidentielle, le casse-tête des législatives

C'est le scrutin clé de ce printemps 2016. Alors que le public a les yeux rivés sur le feuilleton présidentiel, les partis politiques s'affairent pour le coup d'après. Les élections législatives, qui auront lieu les 11 et 18 juin prochains, passionnent moins les foules. Pourtant ce scrutin s'avérera crucial puisqu'il déterminera la composition de l'Assemblée et donc la capacité du futur chef de l'Etat à appliquer son programme. Chaque formation politique tente donc de mettre le plus de chances de son côté, quitte à temporiser dans ce contexte de turbulences électorales. 20 Minutes fait le point pour le Parti socialiste, En Marche !, le Front national, la France insoumise et Les Républicains.

Parti socialiste

Au PS, la phase d'investiture a été perturbée par les ralliements d'élus socialistes à En Marche ! et les négociations avec les alliés et partenaires potentiels. La victoire de Benoît Hamon à la primaire puis son accord avec le candidat des Verts Yannick Jadot ont rebattu les cartes. Il faut peut-être s'attendre à des accords dans certaines circonscriptions détenues par d'autres formations de gauche ou des écologistes où des socialistes avaient été investis.

Parmi les 395 candidats investis en décembre dernier, une poignée a rallié Emmanuel Macron, comme Christophe Castaner (Alpes de Haute-Provence), Alain Calmette (Cantal) ou Gilles Savary (Gironde). Si leur sort n'est pas encore tranché, le premier secrétaire du PS a menacé d'exclure les fuyards.

Quant aux 150 circonscriptions qui devaient rester « gelées » jusqu'en février, elles le sont encore. Selon certains socialistes interrogés par Marianne, c'est parce que Solférino, « ne veut pas insulter l'avenir » en cas de victoire du candidat d'En Marche à la présidentielle.

A sa gauche, le PS sera en compétition avec les candidats investis par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et ceux du Parti communiste. Les législatives n'ont d'ailleurs pas aidé à une éventuelle alliance Mélenchon-Hamon, ce dernier ayant refusé de retirer des investitures socialistes, notamment celle de Myriam El Khomri.

Front national

Avec quelle majorité parlementaire pourraient gouverner Marine Le Pen et Emmanuel Macron, deux des favoris de la présidentielle, alors que l'Assemblée est alternativement contrôlée par les socialistes et les Républicains ?

Du côté du Front national, les ambitions ont été revues à la hausse par rapport à 2012. Le parti,qui compte actuellement deux députés (il en faut 15 pour former un groupe), en a investi 540 le 22 mars dernier. Il reste donc 37 circonscriptions, une petite marge de manœuvre réservée à d'éventuels ralliements, ou à des ténors du parti qui se décideraient après la présidentielle.

Pour accroître leurs chances de peser dans l'hémicycle, les frontistes essaient aussi de convaincre des élus LR de les rejoindre. Ainsi, le député Gilbert Collard affirme au Figaro qu'il courtise une vingtaine d'élus de droite, dont Thierry Mariani.

En Marche !

En Marche !, parti lancé par Emmanuel Macron il y a un an, participe pour la première fois aux élections législatives. Chez l'ancien locataire de Bercy, on ne s'est pas simplifié la tâche en se fixant pour objectif de présenter des candidats dans chacune des 577 circonscriptions, avec autant de membres de la société civile que d'élus, tout en respectant la parité hommes-femmes.

Après avoir reçu 14.000 candidatures, le parti n'a toujours pas dévoilé de liste d'investitures. Autre contrainte : la volonté de présenter des candidats de gauche, de droite et du centre. Il faut ajouter à ce cahier des charges bien fourni l'accord passé avec le MoDem en échange du soutien de François Bayrou. Les négociations ne sont pas encore terminées.

La commission chargée de trancher sur les investitures a du pain sur la planche et n'a pas fixé de date pour la clôture des candidatures (toujours ouvertes en ligne) ni pour la publication des investitures. L'ex locataire de Bercy veut toutefois se montrer confiant. « Si c'est notre projet qui est choisi [à la présidentielle], il ne fait pas de doute que les Français iront jusqu'au bout de leur choix et nous donneront les moyens de l'appliquer », a-t-il déclaré le 28 mars dernier. Mais lui aussi se réserve la possibilité de temporiser en dévoilant les investis par vagues successives, jusqu'au lendemain du second tour de la présidentielle.

La possibilité qu'En Marche ! n'obtienne pas de majorité aux législatives aurait incité Manuel Valls à entériner son divorce avec Benoît Hamon afin de rassembler autour de lui quelques socialistes dits « réformateurs ». Une groupe qui pourrait se faire courtiser par les macronistes en quête d'une majorité parlementaire, selon un socialiste cité par Libération.

Les Républicains

A droite, la présidentielle a pris des airs de films catastrophe. Pour la suite, on aspire à moins de rebondissements lors des législatives. Sans rêver d'un « happy end » idyllique ni de miracle, les cadres LR espèrent sauver les meubles. « Une majorité, je ne sais pas, mais en tout cas, je ne crois pas à une Berezina », affirme Laurent Wauquiez au Figaro.

Reste que certains députés ont déserté la campagne de François Fillon pour se concentrer sur leur circonscription.Enfin, un accord a été passé avec l'Union des démocrates et indépendants. Après avoir failli tomber à l'eau au fil des scandales de la campagne de François Fillon, l'accord avec les centristes leur garantit finalement 92 circonscriptions et 46 primaires UDI/LR.

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47)Les Cassandre se trompentCrise de régime : un fantasme

Richard Liscia

| 20.03.2017
 
Les deux primaires de la gauche et de la droite ont produit des résultats où nombre d'électeurs n'ont pas trouvé de quoi les satisfaire ; puis, les poursuites judiciaires contre des candidats, et pas des moindres, jettent une énorme incertitude sur l'élection présidentielle ; enfin, au moins un candidat, Jean-Luc Mélenchon, s'engage à fonder la VIè République. Tous ces faits sont analysés comme les signes annonciateurs d'une crise de régime.

 

C'est vite dit. Mise à l'épreuve, la solidité des institutions démontrera la stabilité politique du pays. Les législatives qui suivront l'élection du président, pourraient, dans le cas d'une victoire du Front national, ne pas accorder à Marine Le Pen la majorité qu'elle briguera. Ce ne serait pas un signe de chaos, mais seulement un rééquilibrage des forces politiques en présence : forcée à cohabiter avec la droite ou la gauche, la nouvelle présidente devrait renoncer au programme qu'elle a annoncé. Il ne faudra pas voir dans une crise de ce genre autre chose qu'une faculté du système, ce fameux système si décrié, à recentrer la vie politique.

Une crise de régime impliquerait la défaillance des corps constitués : police, éducation nationale, services de santé, armées, et une indécision dangereuse au moment de la passation des pouvoirs. De ce point de vue, François Hollande et Bernard Cazeneuve ne cessent de multiplier leurs interventions, sans doute pour montrer à leurs concitoyens qu'ils gouverneront jusqu'au dernier jour du mandat. D'aucuns les jugent un peu trop visibles, notamment dans la défense acharnée du bilan de M. Hollande, qui veut échapper à la condamnation par l'Histoire. Mais il est bon qu'ils raffermissent, ne fût-ce que pour une durée très courte, l'exercice de leurs pouvoirs. Les Français aiment savoir qu'ils sont gouvernés, surtout en période de changement.

Des instruments pour garantir la stabilité

M. Mélenchon veut convoquer une Constituante pour passer à la République suivante : encore faut-il que la représentation issue des urnes lui en laisse le loisir. Il va jusqu'à vouloir se sacrifier sur l'autel de la « révolution » puisqu'il ne peut fonder la VIè sans perdre du même coup son job tout nouveau de président. Lui non plus n'est pas assuré de disposer d'une majorité si, par extraordinaire (mais aujourd'hui, tout est possible), il était élu. Quant aux autres candidats, ils ne posent aucun problème. On peut même être certain que le nouvel élu voudra imposer son autorité le plus vite possible. L'idée de la crise de régime naît d'une observation pusillanime de la situation politique actuelle : on croit que tant de désordre apparent conduira à une crise de nerfs collective. Mais tous les instruments existent, dans la Constitution, pour faire face aux dévoiements, populaires ou d'une autre nature. 

Les démêlés judiciaires de M. Fillon, de Mme Le Pen et de M. Macron les affectent différemment. Le candidat de la droite et du centre est le plus vulnérable, électoralement, à l'action de la justice et aux révélations de la presse. Marine Le Pen a choisi la politique de l'autruche, en croyant qu'elle peut circonscrire une justice qui n'accomplit pas de coup d'éclat mais suit son chemin discrètement jusqu'au moment où elle frappe ; Emmanuel Macron ne semble pas visé personnellement par l'affaire dite de Las Vegas et peut rétablir son intégrité fiscale sans trop de dommages pour sa réputation. Dans le pire des cas, un candidat peut être mis en minorité dans les urnes et, contrairement à ce que dit M. Fillon, il ne peut pas compenser par un excédent de suffrages ce qu'il aura perdu à cause d'un scandale. Certes, les électeurs jugent, mais ils jugent aussi en fonction des qualités du candidat.

C'est la tendance des hommes et des femmes assoiffés de pouvoir de présenter un tableau du pays assez sinistre pour qu'ils se présentent comme celui ou celle qui va le sauver. Cependant, s'il est vrai que la France affronte des difficultés assez nombreuses et graves pour qu'elles semblent insupportables, elle dispose de tous les moyens légaux et économiques pour s'en sortir. Il n'y a pas de paradis pour la bonne raison que l'enfer non plus n'existe pas. Il n'est pas interdit de préférer un président qui se sert des institutions pour bien gouverner à un président qui les déclare obsolètes, décrète le changement et lance le pays dans une nouvelle aventure.

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46)Le rappel à la réalité

Marine Le Pen hier à Lille
(Photo AFP)

La Guyane, moins de 250 000 habitants, est passée, en moins de trois jours, du mécontentement à la grève générale, pour ne pas dire l’insurrection. Cette crise, très mal gérée par le pouvoir, replace la campagne électorale dans le contexte de tensions politiques croissantes en France.

 

NON SEULEMENT les gouvernements qui se succèdent depuis des décennies n’ont jamais su apporter aux DOM-TOM les mesures qui les auraient arrachés à la pauvreté, à l’insécurité et à l’exclusion, mais François Hollande traite aujourd’hui cette nouvelle crise guyanaise avec une indifférence coupable. Le gouvernement de Bernard Cazeneuve a décidé de n’envoyer à Cayenne qu’une délégation de hauts fonctionnaires, certes compétents, mais privés de pouvoir de décision, alors que les Guyanais les plus modérés réclament la présence d’un ou deux ministres. La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, estime qu’il est trop tôt pour elle pour se rendre en Guyane et elle préfère, en quelque sorte, que des experts aient d’abord démêlé l’écheveau des revendications, comme s’il était possible d’ignorer les facteurs économiques, sociaux et politiques qui expliquent l’agitation populaire dans ce département.

Hollande : mélange des genres.

Mieux, le gouvernement s’indigne de ce que la crise guyanaise soit instrumentalisée par les candidats de l’opposition. M. Cazeneuve a prononcé une déclaration aujourd’hui pour montrer combien l’action du gouvernement pour améliorer le sort des Guyanais a été importante. On est impressionné par les mesures adoptées, mais consterné par l’absence de leurs effets. Le Premier ministre s’est engagé à son tour dans cette mauvaise querelle de l’instrumentalisation au moment où plusieurs ténors des Républicains entendent le poursuivre en justice à la suite des révélations faites dans un livre commun de trois journalistes et dans lequel François Fillon croit avoir trouvé la preuve d’un cabinet noir. Mais, même sans cabinet noir, il semble bien que l’Elysée ait des activités occultes qui ne sont pas conformes à la loi.
M. Hollande, qui est en Asie, son dernier voyage en tant que président, est le premier à mélanger les genres, lui qui voit ses ministres partir chez Emmanuel Macron, Benoît Hamon dévisser par rapport à Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen triompher avant l’heure. Une campagne, surtout celle-ci, qui se présente comme une équation à inconnues multiples, favorise les coups bas, les méchancetés, les déclarations mensongères. Il n’empêche que les propos de M. Hamon font mal aux oreilles, quand il parle, par exemple, de la « trahison » de Manuel Valls qui, se situant à l’autre bout du spectre idéologique, ne saurait être considéré comme traître à la cause du vainqueur de la primaire socialiste : l’ancien Premier ministre, expert des « deux gauches irréconciliables », n’a jamais songé à rejoindre son ancien ministre, même s’il a dit le contraire. M. Hamon, qui réclame que ses rivaux tiennent leurs promesses dans la cadre de la discipline de parti, ressemble à un enfant terrifié par le cruel spectacle des renversements d’alliances. Il se déclare transpercé par de multiples coups de couteau dans le dos. Mais c’est la vie, M. Hamon!
Pendant ce temps, François Fillon, là où il va, est accueilli par des cris de haine, comme « Fillon en prison ! », ce qui continue à plomber sa campagne. Pour le moment, M. Macron caracole en tête des sondages, bénéficie de nombreux ralliements (M. Hamon affirme que M. Valls s’apprête à rejoindre l’ancien ministre qu’il avait tant secoué) et paraît irrésistible. La droite qui prend l’eau, la gauche brisée: Jean-Luc Mélenchon passe devant Benoît Hamon, mais quelle importance ? Il est tellement imbu de lui-même qu’il n’a même pas l’air de voir qu’il conduit l’ensemble de la gauche à la défaite. Il a prévu à juste titre que le candidat du PS serait pris en tenaille entre M. Macron et lui, il n’a jamais dit à quoi aboutirait cette trop subtile stratégie.

Un accès d’ignominie.

On a eu droit pendant le week end à l’un des accès d’ignominie auxquels le Front national nous a accoutumés, ce qui ne nous empêche pas de réagir avec colère. Marine Le Pen a choisi la veille d’une immense manifestation de l’opposition russe à Moscou pour aller rendre visite à Vladimir Poutine. Pour montrer sa carrure internationale, elle a vu Idriss Déby du Tchad, le président libanais et donc le maître du Kremlin qui, bien sûr, n’a pas hésité à arrêter nombre de manifestants et leur chef, Alexeï Navalny. Et pour couronner son forfait, la Marine s’est fait photographier avec un antisémite russe notoire. Voilà donc les Moscovites qui inspirent Mme Le Pen, voilà ce qu’elle nous fera si elle arrive au pouvoir : son premier réflexe consistera à limiter nos libertés, perspective encore plus inquiétante que la faillite nationale à laquelle conduirait l’abandon de l’euro par la France.
Il est désormais convenu de dire qu’il ne faut pas croire les sondages, que n’importe quoi peut arriver, que même M. Fillon a encore une chance parce que l’institut américain qui a prévu la victoire de Trump (Filteris) prévoit aussi celle de l’ancien Premier ministre, que Macron peut s’écrouler sous le poids des indécis, que Marine Le Pen peut gagner si la gauche ne vote pas au second tour, bref : pour un bon pronostic, mieux vaut renoncer.

RICHARD LISCIA

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44)Entre Macron et Hamon, son cœur balance

Gauche : spectacle pathétique

Richard Liscia

| 27.03.2017
 
La droite ne va pas fort avec la candidature compliquée de François Fillon, mais ses déboires ne favorisent guère la gauche, déchirée entre Benoît Hamon, consacré par la primaire, et Emmanuel Macron, qui séduit de nombreux socialistes, parmi lesquels des ministres et des militants importants.
 

Le responsable de cette crise de la gauche, qui finira pas son effacement durable, c'est  François Hollande et ses légendaires hésitations. Il avait beaucoup misé sur M. Macron, ce wonder boy dont il avait fait son ministre de l'Economie, mais qui, un jour de l'an dernier, préféra tenter l'aventure présidentielle avec un cran qui, sur le moment, en fit s'esclaffer plus d'un. La droite n'a cessé de brandir son argument massue, à savoir que M. Macron n'est que le sous-marin de M. Hollande, dont il continuera la politique s'il est élu président. La logique, toutefois, oblige à reconnaître qu'il ne peut pas être la créature de M. Hollande dès lors qu'il l'a quitté et que le chef de l'Etat en a conçu un vif ressentiment.

Le président de la République se laissa convaincre par son Premier ministre, alors Manuel Valls, qu'il devait renoncer à briguer un second mandat. Toute son action personnelle, à partir du 1er décembre 2016, date de son renoncement, consista à laisser une trace dans l'histoire et donc à sauvegarder le bilan, ce fameux bilan, auquel les commentateurs les moins hostiles à M. Hollande sont incapables de donner une note positive, bien que le chômage commence à régresser et que l'activité économique redémarre. Un peu comme si le sacrifice personnel du président avait été le signe de la clémence des dieux. 

Valls, héraut du bilan ? Encore fallait-il que l'ex-Premier ministre enthousiasmât les militants socialistes, ce qui ne fut guère le cas, puisqu'il fut éliminé au second tour de la primaire par Benoît Hamon. Ce fut, peut-être, le moment le plus douloureux des sociaux-démocrates qui n'ont jamais remis en question la politique de M. Hollande, l'instant fatal où le PS a perdu une occasion unique de s'adapter enfin au monde et à ses contraintes nouvelles. M. Hollande, qui avait voulu, en 2012, « réenchanter le rêve français » a trouvé encore plus songeur que lui en la personne de M. Hamon ; lequel est devenu le promoteur d'un programme puéril de dépenses à tout-va, sans financement prévu, donc probablement payé par les contribuables. Et, loin de défendre le bilan de M. Hollande, sauf dans les Antilles, il confirma que frondeur il était et frondeur il restait. A quoi M. Valls oppose aujourd'hui un projet qu'il tentera de réaliser un jour et qui consiste à libérer le PS de ses suffocants tabous. Il refuse donc de soutenir M. Hamon alors qu'il en avait fait le serment et la Haute Autorité du PS lui reproche son manque de loyauté.

Dans le chaudron dogmatique

Cela revient à rester aveugle au schisme qui sépare deux courants diamétralement opposés du PS. Dans le chaudron dogmatique, des ministres ont gardé la tête froide. Ils sont allés dire à leur chef que, franchement, M. Hamon n'est pas leur tasse de thé et qu'ils lui préférent le bouillant Macron. Ainsi, Thierry Braillard, Barbara Pompili, et surtout Yves Le Drian, l'un des meilleurs ministres que la République ait jamais comptés, se sont-ils déclarés en faveur du candidat d'En Marche ! Quel dilemme !

A quoi donc M. Hollande pense-t-il aujourd'hui ? Encore au sort que réservera l'histoire à sa « République exemplaire ». Peu importe que celle-ci ait été successivement bafouée par MM. Cahuzac, Thévenoud et Le Roux, le pouvoir, avec  superbe, a exigé du ministre de l'Intérieur qu'il démissionne pour une autre histoire d'assistantes parlementaires. Le plus grave est que, dans ce marasme d'une classe politique qui semble tout faire pour que le peuple la méprise, M. Hollande n'a pas trouvé mieux, pour prouver son immense supériorité morale, que de sacrifier, au nom de l'honneur républicain, l'un de ses meilleurs amis. Et de demander, par la voix du PS, que François Fillon se désiste à son tour. Comme s'il était encore possible que, en démolissant la droite, il assure un avenir à la gauche.

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43)Le calvaire de Fillon

 

Un moment désagréable
(Photo AFP¨)

Comme on pouvait s’y attendre, François Fillon, invité de l’Emission politique sur France 2, a moins exposé son programme qu’il ne s’est défendu contre des accusations et des jugements portés par des interlocuteurs particulièrement hostiles.

 

LE CANDIDAT de la droite et du centre aurait dû comprendre depuis plusieurs semaines qu’il serait pratiquement empêché de faire campagne et que ses propositions seraient constamment étouffées par des questions incessantes sur ses déboires judiciaires. L’émission de France 2 était importante pour lui parce que, au lieu d’être confronté à des concurrents, il était le seul à s’exprimer et pouvait donc, théoriquement, orienter le débat dans un sens qui lui fût favorable. Sauf que ce n’est pas vrai, car les questionneurs choisis par les organisateurs, de l’écrivaine Christine Angot à l’ancienne ministre socialiste Aurélie Filipetti, étaient remontés contre lui comme des manivelles. Il a donc été contraint tantôt de s’excuser pour les costumes (qu’il a rendus), tantôt de se fâcher, tantôt de nier ce que la justice lui reproche. On serait médusé par la violence verbale des « agresseurs » si on ne savait que M. Fillon s’est lui-même mis dans la nasse.

Une mauvaise défense.

Le problème, pour lui, va s’aggravant, parce qu’à l’inconfort du mis en examen s’ajoute une défense très mal construite et très contradictoire. Quand il continue à dire qu’il est victime d’un scandale d’État, il dramatise la situation de manière tout à fait artificielle. Même si le « cabinet noir » de l’Elysée existe, M. Fillon ne pourra jamais le prouver. Il a donc donné l’occasion à François Hollande de démentir immédiatement. Personne ne sort grandi de ce débat sulfureux, pas plus M. Fillon que ses interlocuteurs et que le chef de l’État, dont on remarque qu’il réagit au quart de tour et ne semble manquer, le soir, aucune émission qui l’intéresse. François Hollande n’aurait pas dû intervenir personnellement et aurait dû laisser ses services répondre à M. Fillon. Le président a encore récidivé ce matin en prononçant une déclaration tout aussi sévère pour M. Fillon à France Info. Cet acharnement contre le candidat de la droite et du centre est suspect : on se demande si M. Hollande ne craint pas que les propos accusateurs de M. Fillon fassent boule de neige. C’est comme si le président brûlait de participer aux débats de la campagne et qu’il regrettait de ne pas être candidat lui-même.

« Le Canard », cet ami.

M. Fillon, pour étayer son dires, se réclame d’un ouvrage qui n’est pas encore paru mais dont il a lu les bonnes feuilles : « Police : les secrets inavouables d’un quinquennat » affirme que M. Hollande lit toutes les renseignements apportés par ses services et toutes les écoutes judiciaires, ce qui, dit M. Fillon, est illégal. L’un des deux auteurs du livre, Didier Hassoux, est journaliste au « Canard », le même « Canard » dont M. Fillon ne cesse de dénoncer les articles qu’il publie sur lui mais dont il fait maintenant son allié objectif. Bien sûr, M. Hassoux a démenti sans réserves la notion de cabinet noir. Et le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, rappelle que M. Fillon a voté contre toutes les mesures favorisant l’indépendance de la justice. Autrement dit, quand on s’enfonce dans un noeud de vipères, on risque d’être piqué et de mourir empoisonné. M. Fillon exige qu’une enquête soit lancée à la suite de la parution de l’ouvrage, mais il ne semble pas comprendre que, même si des juges finissaient par traîner M. Hollande en justice (après son quinquennat), il ne serait pas pour autant lavé des soupçons qui pèsent sur lui et que seule la justice peut lever.
Ainsi se déroule une campagne qui se rapproche de son terme, ne ressemble à aucune autre, ne dessine aucune victoire, apporte peu d’éléments sur les intentions des candidats, et devient chaque jour un peu plus hystérique, non pas seulement parce que les partis politiques cèdent à la panique mais parce que, dans le débat, même les questions sont empoisonnées. Quarante pour cent des électeurs n’ont pas encore décidé pour qui ils vont voter. C’est énorme et cela veut dire que n’importe quoi peut arriver.

RICHARD LISCIA

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42)Un gauche cassée

Sourires de façade
(Photo AFP)

Si la droite a quelques très bonnes raisons de douter de son succès à l’élection présidentielle, la gauche ne va pas mieux qui, déjà très incertaine au sujet de son résultat, voit s’échapper ses derniers espoirs, depuis que Manuel Valls, contrairement à un engagement antérieur, refuse de soutenir Benoît Hamon pendant la campagne de celui-ci.

L’ANCIEN Premier ministre aurait été mieux inspiré s’il n’avait fait une promesse de Gascon. Lorsqu’on lui a demandé, avant la primaire, s’il soutiendrait celui qui l’emporterait, il avait répondu par une pirouette : « Oui, et c’est pourquoi je dois gagner ». On ne pouvait être plus sincère. Il ne se sentait aucune affinité, ni avec M. Hamon, ni avec M. Montebourg et il n’avait pas démissionné de son poste de chef du gouvernement pour jouer le godillot d’un candidat qui appliquerait des idées diamétralement opposées aux siennes. Il s’est donc déjugé, il est critiqué avec hargne par Martine Aubry et il plonge le parti socialiste dans l’embarras.

Ce que Valls tente de faire.

Nous ne nous joindrions au choeur des lamentations socialistes que si notre capacité, individuelle et collective, à nous indigner ne commençait pas à nous faire défaut, après que tant d’autres sujets de mécontentement et de colère nous ont été infligés par la classe politique. Non, là encore, il faut déchiffrer le comportement de Manuel Valls. Il faut le comprendre. Il a réellement tenté de refonder le PS en lui imposant sa ligne social-libérale ; il a voulu en faire un vrai parti de gouvernement ; avec l’autorité qu’on lui connaît, il a pris tous les risques, recourant au 49/3, secouant le président de la République que, visiblement, il trouvait trop mou, et faisant le siège de l’Élysée jusqu’à ce que, le 1er décembre 2016, François Hollande finît par annoncer qu’il ne se représenterait pas. Dans la série des événements sans précédent qui jalonnent cette campagne électorale, M. Valls a pris sa large part. Cela dit, il a fait une campagne très médiocre, il a prononcé quelques propos à la fois provocateurs et absurdes, comme son serment d’abolir le 49/3 (l’hôpital qui se moque de la charité) et enfin, il a été battu.

Refonder le PS.

Ce qui lui posait un sérieux problème. M. Valls est assez intelligent pour avoir envisagé son échec. Il avait donc un plan B. Celui-ci consiste à préparer son retour en 2022. Dès lors que M. Hamon a peu de chances d’être élu et que sa défaite produira un éclatement durable du PS, M. Valls dira que ce revers historique nécessite la thérapie qu’il propose : une refondation du parti qui ferait en quelque sorte son aggiornamento, à la manière des socialistes allemands qui renoncèrent une bonne fois pour toutes au marxisme en 1959 à leur congrès de Bad Godesberg et qui, quelques quarante années plus tard, lancèrent, sous la houlette du chancelier Gerhard Schröder, une réforme socio-économique qui aura fait de l’Allemagne le pays le plus puissant d’Europe. Pourtant, au début des années 2000, les poids respectifs de l’économie allemande et de l’économie française étaient comparables, avec peut-être un avantage à la France.
M. Valls a donc une idée très forte qui structure son action politique. Mme Aubry peut toujours lui dire qu’il se trompe de A à Z ou qu’il poursuit des chimères, il a d’excellentes raisons de lui rétorquer que c’est elle et son ami Hamon qui commettent une terrible erreur de jugement historique. En France, on trouve toujours de formidables arguments pour ne jamais imiter les pays européens voisins (il n’y a pas que l’Allemagne) sous le prétexte que nous serions culturellement différents, que chez nous, ce n’est pas pareil, ou encore que nous sommes si malins que nous nous en sortirons par le système D.
M. Valls n’ignore aucune des résistances qui l’empêchent de progresser. Il sait qu’il n’aura une chance réelle de prendre le PS en mains que lorsque la déroute qui attend le parti l’aura plongé dans un si profond désarroi qu’il finira par brûler ses vaisseaux et renier enfin les principes et croyances qui l’auront conduit au désastre. Mais rien n’est simple : ce qui se passe sur le terrain, c’est que, pour le moment, les socialistes séduits par les idées de Valls constatent qu’il a perdu son tour en 2017 et que, tôt ou tard, ils devront rejoindre M. Macron, celui-là même que M. Valls n’a jamais pu sentir, celui qui, en fait, le concurrence. Si Macron est élu, hypothèse de moins en moins improbable, il faudra qu’il échoue dans sa tâche pour que Valls ressuscite politiquement. Ce qu’aucun Français ne peut souhaiter.

RICHARD LISCIA

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41)Les mauvais plans.... qui se soucie de redresser la france?

 

Hamon hier soir à France 2 avec Pujadas
(Photo AFP)

Je tiens à revenir sur quelques commentaires, exprimés par mes chers lecteurs, au sujet de la parité des salaires entre hommes et femmes. Ce sera pour moi l’occasion de rentrer, uen fois de plus, dans le débat de fond sur les programmes des candidats, quelque peu délaissé à cause des « affaires ».

IL ME SEMBLE que personne ne nie la gravité de la situation économique et sociale de la France. Notre production est en panne, comme en témoigne le déficit de notre commerce extérieur, déficitaire de quelque 60 milliards par an, quand l’Allemagne enregistre un excédent de plus de 250 milliards. Nous n’exportons et nous importons beaucoup parce que, tout simplement, il y a une foule de produits, souvent de technologie avancée, que nous ne fabriquons plus. Notre dette s’élève à 2 200 milliards et notre déficit budgétaire est de l’ordre de de 3,7 % du produit intérieur brut (PIB), alors que celui de l’Allemagne est excédentaire de 25 milliards. L’année dernière, nous avons encore emprunté 180 milliards sur les marchés et avons augmenté notre dette, détenue pour une part importante par des prêteurs étrangers. Nous consacrons 57 % du PIB aux dépenses publiques, mais l’hôpital est dans état désastreux, la pauvreté et les inégalités augmentent, le mécontentement populaire est généralisé pendant que les épargnants ploient sous les impôts et prélèvements de tous ordres.

Réduire le prix du travail.

Dans ce contexte, Benoît Hamon propose un revenu universel, qu’il a amendé pour le rendre crédible, et de lourdes augmentations d’impôts. Quant à M. Mélenchon, il est prêt à dépouiller les épargnants. Dans l’idéal, il est souhaitable que tous nos concitoyens aient une vie confortable, prospère et heureuse. Dans la réalité, l’effort qui est fourni en faveur des plus déshérités, mais aussi des classes moyennes, siphonne des capitaux nécessaires aux investissements, lesquels sont indispensables pour construire, fabriquer et produire à meilleur marché dans un marché hautement concurrentiel. Il s’agit donc de réduire les dépenses publiques pour donner de l’oxygène à l’initiative industrielle. Pour protéger nos concitoyens qui ne sont pas à la noce, il faut certes réduire le prix du travail sans toucher au revenu du salarié. C’est pourquoi il faut se contenter de diminuer les charges sociales en les compensant par une hausse de la TVA, taxe à la consommation, et non en augmentant la CSG, qui est un impôt. Le prochain président devra financer chacun des allègements qu’il accordera aux revenus, d’autant qu’il sera contraint de diminuer les impôts payés par les entreprises, principalement les PME qui ont plus que jamais besoin d’oxygène.
Les programmes de M. Hamon, de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen ne retiennent aucune des dispositions mentionnées ci-dessus. Ils ignorent la dette nationale. Ils veulent augmenter nos emprunts. M. Hamon croit qu’il obtiendra de l’Allemagne ce qu’elle ne lui accordera pas. Mme Le Pen annonce que la France sortira de l’euro et de l’Union européenne, ce qui augmentera notre dette de quelque 30 % et diminuera nos avoirs publics et privés du même pourcentage. Les effets de cette mesure seront la fuite des capitaux, l’appauvrissement des nantis, l’accablement des déjà pauvres. Tout le monde le sait et pratiquement tout le monde s’en moque. Sauf deux réformateurs : Emmanuel Macron et François Fillon. Pour ma part, je préfère le programme de M. Fillon parce que la thérapie de choc qu’il propose est plus adaptée à notre situation. Celui de M. Macron est moins enthousiasmant parce qu’il prévoit quand même des hausses d’impôts, quelques largesses pour nos concitoyens, dont l’abolition de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages (malheur aux 20 % restants !), qui est une mesure parfaitement démagogique et très probablement inapplicable.

Un plan très difficile.

Le plan de redressement de la France est ardu. Il ne faut augmenter aucun impôt parce que la coupe fiscale est pleine et parce qu’une trop grande pression fiscale annihile la croissance. Il faut néanmoins réduire les dépenses (tout en évitant un effet récessionniste) pour affecter les capitaux économisés à la relance industrielle. Il faut augmenter les bas salaires, Smic compris, par une réduction des charges sociales. Malgré toutes les condamnations, la hausse de la TVA est préférable à la hausse de la CSG parce que celle-ci réduit le revenu net tandis que celle-là affecte les importations, ne se traduit pas nécessairement par une hausse des prix et n’est payée que par la consommation, ce qui permet au citoyen de choisir entre l’épargne et la dépense. Toutes ces contraintes ne signifient pas qu’il faille salarier injustement les femmes, ou favoriser les entreprises par rapport au public, ou diminuer les retraites (d’ailleurs gelées depuis quatre ans), ou les prestations sociales. Elles signifient qu’il faut diminuer en proportion les dépenses publiques en augmentant la production, donc en améliorant la croissance, en créant des emplois qui se traduisent par la présence sur le marché d’un plus grand nombre de consommateurs. C’est, bien sûr, un tour de force. Malheureusement, les réformes sont plus belles quand elles sont exposées que lorsqu’elles sont appliquées.
Voilà. Cela dit, M. Fillon s’est radicalisé pendant la campagne, il a cédé au populisme, alors que M. Macron reste le candidat qui semble le plus attaché aux valeurs démocratiques, et ça compte. Les autres candidats ont inventé les moyens d’achever l’économie française sous le prétexte de répondre à l’appel exaspéré du peuple. Mme Le Pen est prête à réduire nos libertés et même M. Mélenchon ne les garantira pas nécessairement, surtout s’il s’en prend à une partie de la population, celle qui a encore des moyens. Ce n’est pas de cette manière que l’on gère un pays.

RICHARD LISCIA

 

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40)Agnès Verdier-Molinié : "Ne pas faire du Hollande bis"

Selon la présidente de l'iFrap, pour réduire le chômage, une baisse massive des dépenses publiques et de la fiscalité des entreprises est indispensable.

Propos recueillis par
Modifié le 03/03/2017 à 14:01 - Publié le 03/03/2017 à 10:11 | Le Point.fr

Agnès ­Verdier-Molinié, ­présidente de l’iFRAP, auteur de « Ce que doit faire le (prochain) président » (Albin Michel). © Patrick Kovarik/AFP

 

35)Les grandes manœuvres continuentLe brouillard recouvre la campagne

Richard Liscia
| 27.02.2017
L'alliance entre François Bayrou et Emmanuel Macron et le ralliement de l'écologiste Yannick Jadot à Benoît Hamon semblaient, la semaine dernière, apporter un peu de clarification dans la campagne dans la mesure où ces deux événements contribuent à réduire le nombre de candidats à la présidentielle. Cependant, ni à droite ni à gauche, les jeux ne sont encore faits.

Une affaire qui marche
Crédit Photo : AFP
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Dans cette lente reconfiguration des forces en présence, M. Macron sembler tirer son épingle du jeu. Deux Français sur trois se déclarent favorable à la décision de François Bayrou et l'ancien ministre de l'Économie bénéficie d'une dynamique indéniable, même si, dans les sondages, il fait à peu près jeu égal avec François Fillon. On peut dire, avec prudence, qu'il existe désormais deux alternatives crédibles à l'inexorable marche en avant du Front national : les Républicains et En Marche ! Mais tous les dés n'ont pas été jetés. Dans ce vaudeville où se débattent les leaders de la gauche et de l'extrême gauche, les discussions restent interminables. On croyait que Jean-Luc Mélenchon avait rejeté l'offre de rapprochement que lui avait faite M. Hamon, il n'en est rien. Jeudi dernier, le leader du Parti de gauche affirmait qu'il allait reprendre langue avec M. Hamon.

Le puzzle des recompositions ne doit pas nous inciter à penser que les voix de deux figures de proue s'additionnent automatiquement s'ils se rabibochent. La preuve a été largement fournie depuis quelques mois de la versatilité de l'électorat, plus prompt à brûler ce qu'il a adoré que fidèle à une idéologie. M. Mélenchon, s'il rentrait dans le rang socialiste, serait sans doute désavoué par une bonne partie de ceux qui voient en lui l'homme qui va renverser la table. Il n'empêche qu'un accord avec M. Hamon placerait sans doute celui-ci au dessus de 20 %, ce qui, du coup, en ferait un autre candidat capable de battre Marine Le Pen au second tour.

Cela n'irait pas sans une vive radicalisation du candidat socialiste et sans en faire un épouvantail pour la droite et le centre. La subtilité analytique pourrait même nous autoriser à penser que le renforcement de la gauche galvaniserait  une droite déjà ulcérée de voir peu à peu s'échapper la chance unique qu'elle avait de revenir aux affaires dans le cadre d'une alternance qui, il y a encore quelques semaines, paraissait inéluctable. En tout cas, la perspective d'un rassemblement de la gauche, si faible et si hasardeuse qu'elle soit pour elle, nous empêche de dire vers quel ordre de bataille nous nous dirigeons. Non seulement, ces élections générales ne sont à nulle autre pareilles, mais le suspense électoral risque de durer jusqu'au premier tour.

Une gauche qui se radicalise, une droite qui s'affadit

D'autant que François Fillon peine à sortir des difficultés où l'ont plongé ses difficultés judiciaires. Gentil et affable, M. Macron et ses autres rivaux ne se privent pas de lui rappeler de temps en temps qu'il ne devrait pas être candidat. L'ancien Premier ministre semblait avoir réussi à s'imposer, en dépit des casseroles qu'il traîne, aux Républicains et au centre, mais on note encore des conflits de tendances, notamment avec Alain Juppé. Ils ravivent des tensions sous-jacentes, les partisans de M. Fillon rappelant au maire de Bordeaux que la grande amitié qui le lie à François Bayrou n'a pas empêché le maire de Pau de trahir son camp, une fois encore. Pour la droite pure et dure, M. Bayrou, décidément, ne sert qu'à la priver de ces quelques points cruciaux qui font qu'un candidat parvient à franchir tous les caps. De sorte que M. Fillon doit maintenant surmonter les querelles, passer avec ses alliés juppéistes ou centristes un accord d'airain, et, peut-être, s'efforcer de ne pas affadir son programme.

Tâche contradictoire : M. Hamon, frondeur, risque de de devenir le champion de l'ultra-gauche en faisant des concessions à M. Mélenchon, qui s'y entend pour poser ses conditions sous la forme d'un ultimatum. M. Fillon, inversement, a déjà noyé son programme santé dans l'eau bénite de la compassion pour ses 65 millions de concitoyens et pourrait reculer sur la réduction des dépenses publiques, condition sine qua non du redressement. Il ne faudrait pas que sa plate-forme finisse par ressembler à celle de M. Macron. Ce qui fait l'intérêt de M. Fillon, c'est qu'il a proposé à une France malade le traitement de choc dont elle a besoin.

 

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34)Tiens, voilà la gauche !

Hamon en campagne à Guéret
(Photo AFP)

Contre toute attente, Benoît Hamon a gagné la primaire de la gauche. Contre toute attente, il semble avoir maté l’opposition interne du PS qui rassemble les vallsistes. Contre toute attente, il semble en mesure de réunifier son camp en passant un compromis avec l’extrême gauche de M. Mélenchon.

CERTES, M. HAMON n’a pas encore gagné la partie. Mais il a bénéficié d’un avantage inespéré, les démêlés judiciaires de François Fillon. De sorte qu’il devient crédible quand il propose à Jean-Luc Mélenchon, qu’il a déjà rencontré et qu’il rencontre de nouveau aujourd’hui, de faire alliance avec lui, ce qui, quand on additionne les intentions de vote de l’un et de l’autre, fait de M. Hamon un homme capable de franchir le cap du premier tour. De son côté, Emmanuel Macron, qui, depuis quelques jours, semblait le seul en mesure de lui barrer la route, a commis une bévue en allant dire complaisamment en Algérie que la colonisation française avait été un « crime contre l’humanité », ce qui a fait bondir l’opinion, comme en témoignent les commentaires publiés sur ce blog et qui lui sont consacrés alors que je n’avais même pas mentionné le faux-pas de M. Macron.

L’erreur de M. Macron.

Car c’est une erreur, pour de multiples raisons : la première est que, si la colonisation est une méthode violente de conquête de territoires, elle contribue aussi à l’émancipation des peuples colonisés. Dans leur lutte pour obtenir une indépendance qu’ils n’avaient pas sous l’empire ottoman, les Algériens ont eux-mêmes commis des crimes. La deuxième est que M. Macron a donné à Marine Le Pen, championne du souverainisme, un argument qui convaincra des électeurs que, décidément, on ne peut pas faire confiance à ces « élites » honnies qui prononcent des énormités pour se rendre intéressantes. La troisième est que, si M. Macron est dans de telles dispositions et qu’il a du temps à perdre dans d’inutiles polémiques, il n’est peut-être pas le présidentiable qu’il prétend incarner. Du coup, M. Hamon qui, lui-même, n’a pas vraiment la stature d’un président, devient presque plus acceptable que M. Macron, lequel a continué à se défendre avec acharnement mais pas forcément de manière convaincante.

Un concours de circonstances.

Le candidat du PS bénéficie donc de paramètres qui n’ont rien à voir avec le contenu de son programme. Beaucoup de lecteurs se plaignent de polémiques qui polluent la campagne et remplacent l’analyse des propositions des candidats. Mais, d’une part, il n’est pas nécessaire d’approfondir la discussion sur des plates-formes qui n’ont aucune chance d’entrer en vigueur. Qui s’intéresse aux idées de M. Poutou ? Et, d’autre part, il serait absurde de relativiser l’énorme partie qui se joue en dehors des contenus programmatiques et dont les ingrédients sont les caprices d’un électorat plus apte à écarter les candidats qu’il n’aime pas qu’à choisir ceux dont il épouse les idées, la chute des totems, le bouleversement de l’échiquier politique, les enjeux posés par une France en crise prête à sombrer dans le désespoir si celui ou celle qui sera élu(e) entend secouer une société qui n’a jamais été aussi fragile depuis la fin de le Seconde Guerre mondiale. Oui, le choix du président sera, pour la majorité silencieuse, au moins aussi important que les idées qu’il véhicule. Oui, si le prochain président n’a pas le sang-froid, la sagesse, la clarté des concepts, la ténacité, le souffle inépuisable des plongeurs de fond, nous manquerons collectivement une occasion historique, celle de redresser le pays en tirant justement notre force des craintes que nous inspire l’avenir.
Ce qui s’est passé depuis quelques semaines en France, les coups de théâtre, les rebondissements incroyables, les changements soudains et inattendus, explique que nous ne soyons pas tous plongés dans l’étude minutieuse des programmes. Car chacun d’entre nous a une idée assez précise de ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire. Pour ceux qui ne sont affiliés à aucun parti, une gauche Hamon-Mélenchon représente un danger, celui de mettre en place une utopie qui achèverait le pays. La gauche, sociale-démocrate ou non, est pourtant largement minoritaire. Si elle reprend du poil de la bête, c’est par un concours de circonstances.

RICHARD LISCIA

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33)Les sondages le placent au second tourMacron superstar

Richard Liscia

| 13.02.2017
La conséquence principale de l'affaiblissement de François Fillon, à la suite des révélations du « Canard enchaîné », c'est que l'inclassable Emmanuel Macron devient, au moins pour le moment, le plus crédible des candidats à la présidence de la République. M. Fillon en effet se trouve à la troisième place au premier tour, parfois à 18 %.

Macron en campagne

François Fillon a passé une mauvaise semaine. Sa conférence de presse du 6 février lui a certes permis de reprendre les Républicains en main et de faire taire les voix dissidentes dans son propre camp, elle ne s'est pas traduite par une remontée de sa cote de popularité. Il a donc fait campagne sous les insultes et les lazzis et le projet d'aller de ville en ville proposer un programme sévère de redressement de l'économie française jure avec les complaisances qu'il a pu avoir par le passé avec l'argent, sinon avec la loi. Il répond qu'il n'a aucune raison de se fier à des sondages qui n'ont pas prédit sa formidable victoire à la primaire de la droite et du centre. Il n'est pas impossible qu'il parvienne à retourner la situation, même si le soupçon du public lui colle désormais à la peau, pendant que la justice, qui continue à enquêter, n'est pas vraiment découragée d'aller au bout de l'affaire, malgré la tentative de ses avocats de disqualifier le paquet national financier.

Mais l'ancien Premier ministre doit être raisonnable : il existe une lourde possibilité qu'il continue à stagner, que ses vicissitudes se multiplient, qu'il chute encore. Et alors, il aura pris la responsabilité d'éliminer la droite et le centre dès le premier tour, perspective d'autant plus angoissante que la victoire de son camp paraissait, il y a deux ou trois semaines, inéluctable. Tout, en effet, concourait à cette victoire : la décomposition de la gauche, à laquelle il faut ajouter l'élection de Benoît Hamon à la primaire, ce qui fait certes de lui un candidat relativement solide mais susceptible de renvoyer vers la droite ceux des électeurs qui rêvent d'un programme social-démocrate. Dans sa globalité, l'opinion a encore du mal à imaginer M. Hamon dans des habits de chef d'Etat. Mais aussi la fin d'un quinquennat dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'a pas donné à la gauche des lettres de créance pour un nouveau mandat.

Une alliance Hamon-Mélenchon ?

Patatras ! Voilà que l'opinion publique, après avoir liquidé indistinctement Mme Duflot, M. Hollande, puis MM. Valls et Montebourg, M. Sarkozy puis M. Juppé et d'autres encore qui s'y voyaient presque, semble vouloir tourner son pouce vers le bas, comme dans les jeux du Colisée, pour signifier sa disparition à M. Fillon. Dans ce jeu de quilles dévastateur, Marine Le Pen tient le haut du pavé, qui est aussi assurée de conduire le bal au premier tour que consciente qu'elle sera battue au second. Sauf si. Et c'est là que le recul de M. Fillon fait peser sur l'ensemble des élections le danger d'une ouragan. Pour battre Mme Le Pen au second tour, il faut quelqu'un. Les sondages ont désigné cet ange rédempteur, c'est Emmanuel Macron. Mais la partie n'est pas finie. Elle ne l'est pas parce que la course dure encore deux mois et demi et parce que nous avons tous compris que n'importe quoi peut se produire dans dix jours, dans un mois et même à la dernière minute, qui changerait tout.

Par exemple, M. Hamon a compris qu'il n'a aucune chance s'il n'étend pas sa juridiction sur des forces appartenant à d'autres candidats qui, eux, ont encore moins de chances que lui. Je parle, bien sûr, de Jean-Luc Mélenchon. Un accord entre les deux hommes gauchirait un peu plus, si c'est possible, le programme du candidat du PS, mais la logique arithmétique le propulserait à la première place au premier tour et lui permettrait de battre Marine Le Pen au second, sans doute avec une marge plus étriquée que celle de Macron ou Fillon. Encore fait-il que les deux hommes s'entendent sur un programme commun et que M. Mélenchon, qui est au septième ciel, descende de ses nuées pour se sacrifier, ce qui n'est pas donné, pas plus que n'est certaine l'addition des voix socialistes et celles de l'extrême gauche. D'autant que, pour la majorité des socialistes, M. Hamon se situe déjà trop à gauche.

La peur existe donc que Mme Le Pen tire son épingle du jeu et gagne au second tour. Ce n'est pas seulement la France qui est menacée, c'est l'Europe tout entière.

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32)Le parquet national financier est-il compétent dans l’affaire Fillon ?

Alors que les avocats de François Fillon mettent en doute la compétence du parquet national financier, ce dernier affirme son droit de s’être saisi de cette affaire

L’indépendance du parquet est aussi mise en cause.

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François Fillon le 6 février lors de sa conférence de presse / MARTIN BUREAU/AFP

Qui devait enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs visant l’épouse de François Fillon et deux de ses enfants ? Dans sa conférence de presse le 6 février, le candidat de droite à la présidentielle a mis en doute la compétence du parquet national financier (PNF), estimant que ce n’étaient « pas les bonnes instances qui avaient été saisies » : « Mes avocats viennent de signaler au parquet national financier qu’il n’était sans doute pas compétent ».

Le PNF a de suite réagi par un communiqué, expliquant : « La poursuite du délit de détournement de fonds publics relevant d’une compétence partagée avec le parquet de Paris, l’ouverture de l’enquête préliminaire a été précédée d’un échange avec ce dernier, comme le prévoit la circulaire du 31 janvier 2014 ».

Un organe créé pour les infractions financièrement complexes

Cette circulaire complète la loi du 6 décembre 2013, qui a créé le PNF. Cette loi avait été votée à la suite de l’affaire Cahuzac. Dirigé par un procureur national financier, Éliane Houlette, qui a l’appui d’une équipe de quinze magistrats spécialisés, le nouveau parquet est compétent sur l’ensemble du territoire français pour un périmètre limité d’infractions, celles considérées financièrement complexes. « Les délits boursiers (à titre exclusif), les atteintes à la probité (trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, pantouflage, achat de votes, corruption…), les fraudes fiscales en bande organisée ou complexes, carrousel de TVA (par exemple : escroqueries à la taxe carbone) », énumérait en 2014 à titre d’exemples Éliane Houlette sur le site du ministère de la justice. Le nouveau parquet a traité, à ce stade, environ 400 dossiers.

 

La question de la compétence

« Dans le cas Fillon, il s’agit bien d’une affaire financièrement complexe, avec suspicion de détournement de fonds publics. Le partage de compétence avec un parquet traditionnel s’est fait de manière concertée, comme prévu par la loi », défend maître Thierry Vallat, avocat du barreau de Paris, rappelant que jusqu’ici, « le PNF n’a jamais fait l’objet d’une requête d’irrecevabilité » dans les dossiers qu’il a eu à traiter. « Soulever cette compétence est bien tenté de la part des avocats de François Fillon au niveau procédural », reconnaît l’avocat parisien, pour qui le volet parlementaire de l’affaire ne prive en rien le PNF d’intervenir : « Attendre que les députés s’en saisissent eux-mêmes est un vœu pieux ».

La séparation des pouvoirs en cause

Pourtant, d’autres avocats estiment que la séparation des pouvoirs législatif et judiciaire interdit précisément au PNF de mener l’enquête à ce stade. « Selon le droit parlementaire, c’est au bureau de l’Assemblée nationale de se saisir de cette affaire et d’enquêter », a plaidé sur France 5 l’avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti. À l’appui de sa démonstration, il a cité l’affaire qui vaut à Marine Le Pen d’être sanctionnée par le Parlement européen. C’est en effet le bureau de l’assemblée de Strasbourg qui en 2015, soupçonnant Marine Le Pen d’employer ses assistants parlementaires au profit de son parti, a demandé à l’organe anti-corruption de la Commission européenne (Olaf) d’enquêter. Le Parlement européen a saisi ensuite le parquet de Paris.

Par ailleurs, la candidate du Front national fait aussi l’objet d’une enquête préliminaire du PNF sur des déclarations inexactes de patrimoine. Le PNF avait ici été saisi par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, instance elle aussi créée en 2013 après l’affaire Cahuzac.

Des soupçons de fuites organisées

Au-delà du conflit soulevé de compétences, qui devra être tranché par le procureur général de Paris, l’indépendance du PNF est elle-même mise en doute. Car en droit, le procureur national financier est nommé par le ministre de la justice. « À l’instar de l’ensemble des magistrats du parquet, ce procureur dépend hiérarchiquement du ministère de la justice et n’est donc pas statutairement indépendant », dénonçait Transparency International dans son bilan du quinquennat Hollande. Maître Vallat estime, lui, que « le PNF a fait preuve d’indépendance réelle, même si l’indépendance du parquet à l’égard du Garde des Sceaux est un éternel débat ».

 

Sur France 5, Éric Dupond-Moretti est allé plus loin, soupçonnant le parquet d’alimenter les médias. Lors de sa conférence de presse, François Fillon a déploré des fuites dans la presse, affirmant qu'elles ne pouvaient provenir que des « enquêteurs de la police » ou des « membres du parquet national financier ».

« L'enquête se déroule dans le strict respect de l'article 11 du code de procédure pénale » – qui régit le secret de l'enquête et la possibilité pour le procureur de rendre publics certains éléments – « avec la célérité et la sérénité appropriées », a répondu le PNF dans un communiqué.

 

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31)François Fillon reconnaît ses « erreurs » mais repart au combat

Douze jours après les premières révélations du Canard Enchaîné, le candidat LR à la présidentielle a présenté des excuses aux Français. Mais François Fillon, qui assure ne rien avoir commis de malhonnête ou d’illégal, est reparti à l’offensive.

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François Fillon devant la presse, le 6 février. / MARTIN BUREAU/AFP

S’excuser, être transparent et… riposter ! Engagé depuis douze jours dans un combat sans merci pour défendre sa candidature, François Fillon a choisi d’abattre de nouvelles cartes. Lors d’une conférence de presse organisée à son QG de campagne de la Porte de Versailles, l’ancien premier ministre a pour la première fois reconnu publiquement « une erreur » et présenté ses excuses aux Français concernant l’emploi de ses proches quand il était parlementaire.

Un homme « en accord avec sa conscience »

« Ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui, a justifié François Fillon. Comme beaucoup d’autres, j’ai agi selon des pratiques légales, mais dont les Français ne veulent plus (…) S’il faut réformer le système, alors réformons-le » a-t-il lancé avant de rappeler qu’il s’était engagé, s’il est élu, à ne pas rétablir le cumul des mandats et qu’il est favorable à la création d’un statut de l’élu. François Fillon « regrette ne pas avoir compris plus tôt l’évolution des Français » mais l’homme qui dit être « en accord avec [s]a conscience » récuse farouchement toute malhonnêteté

Voilà pour le volet contrition. Pour ce qui est des faits, François Fillon est longuement revenu sur les déclarations que lui et son épouse ont faites lors de leurs auditions devant les magistrats du parquet financier.

Une mise au point sur le salaire de son épouse

Le soir même des premières révélations du Canard Enchaîné, mercredi 25 novembre, François Fillon s’était invité au journal de TF1 pour se justifier. Préparé dans l’urgence, cet exercice de communication n’avait pas convaincu. Pire, certaines de ses explications avaient ensuite été contredites, attisant le soupçon du mensonge. Il avait ainsi assuré que son épouse avait commencé à travailler en 1998, passant sous silence le fait qu’il l’avait employée de 1988 à 1990. Il avait aussi expliqué avoir fait appel aux services de ses deux enfants, avocats. Vérifications faites, ceux-ci étaient alors encore étudiants. Le 1er février, de nouvelles révélations du Canard Enchaîné évaluaient les montants perçus par Pénélope Fillon non plus à 600 000 € mais près de 900 000 - dont 100 000 comme conseillère éditoriale à la Revue des Deux Mondes.

Hier, l’ancien premier ministre a donc tenu à présenter des explications plus précises. « Oui, j’ai employé mon épouse comme collaboratrice », admet François Fillon, qui dénonce en revanche l’artifice médiatique présentant le montant des revenus versés comme une somme de près d’un million d’euros.

Son revenu moyen était de « 3 677 € net » rectifie-t-il. Et ses multiples activités contredisent, assure-t-il, l’accusation d’emploi fictif : répondre au courrier, tenir l’agenda, le représenter aux inaugurations...

Les tâches « simples et essentielles » de Penelope

Autant de « tâches simples et essentielles », a assuré l’ancien élu de la Sarthe. S’agissant du reportage diffusé jeudi dernier dans Envoyé Spécial, où son épouse déclare n’avoir jamais été son « assistante », François Fillon explique : sa femme voulait d’abord dire qu’elle se tenait en retrait. « C’est le député qui fait de politique », a-t-il rappelé avant de se livrer à un exercice casuistique, qualifiant sa femme non pas d’« assistante » mais de « compagne de travail ». « Elle a exercé dans la discrétion, refusant de parler à ma place. »

L’ancien premier ministre a ensuite détaillé son patrimoine qu’il devait, dans la soirée, rendre intégralement public sur Internet.

« Il n’y a pas de plan B »

Ces derniers jours, François Fillon avait choisi la voie de la riposte. «Je resterai inébranlable (...)je tiendrai bon », assurait-il dans un message vidéo publié vendredi soir sur Facebook. Celui qui dit ressentir une « colère froide » est reparti au combat avec « encore plus de force ». La question de l’absence d’alternative à sa candidature reste un motif de persévérance pour François Fillon.

« Il n’y a pas de plan B... Les sondages ne me feront pas changer d’avis », prévient le candidat, pour qui « une nouvelle campagne commence ». Reste maintenant à voir si l’exercice aura convaincu les parlementaires LR que le candidat réunit ce matin à son QG, porte de Versailles, pour une entrevue qui promet d’être décisive. «Aucune instance n’a la légitimité pour remettre en cause le vote de la primaire», a prévenu François Fillon.

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30)L’affaire Fillon est « une affaire d’État »

Le constitutionnaliste Bertrand Mathieu critique l’interférence de la justice dans le processus démocratique et invite à une réflexion sur le statut juridique du candidat.

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François Fillon, candidat à l’élection présidentielle, le 1er février 2017. / Christophe Ena/AP

La Croix : Comment comprenez-vous l’expression « coup d’État institutionnel » employée par François Fillon mercredi 1er février ?

Bertrand Mathieu : C’est une formule comme le politique en a l’usage, même si cette affaire pose effectivement, selon moi, un problème institutionnel : celui du rapport entre la justice et le politique. Nous sommes face à une interférence brutale de la justice dans l’élection démocratique suprême, celle au suffrage universel direct du président de la République. De sa décision et de la rapidité de son action dépend le résultat de l’élection présidentielle.

Est-ce une situation inédite sous la Ve République ?

B. M. : Certainement. On n’a jamais vu une affaire perturber à ce point et aussi tardivement une élection présidentielle. Jamais non plus un scandale n’avait conduit à l’élimination possible d’un candidat. La situation de Dominique Strauss-Kahn est peut-être la plus comparable, mais elle est intervenue plus tôt dans la campagne, puisqu’il n’avait pas encore été désigné officiellement candidat.

Jamais l’élu d’une primaire n’a été empêché de concourir – si tant est que ce soit le cas cette fois. C’est en cela que nous sommes, à mon avis, en présence d’une affaire d’État, dans le sens où elle met en cause le fonctionnement de la démocratie et son rapport avec la justice. Il y a une interférence externe dans le déroulement d’un processus démocratique susceptible d’avoir un impact décisif sur le résultat, le tout fondé sur des allégations dont on ne sait pas d’où elles viennent.

Selon vous, la justice n’aurait pas dû se saisir ?

B. M. : Ce n’est pas à moi d’en juger. J’observe seulement que cette affaire n’est pas nouvelle et que nous sommes donc, manifestement, devant une manœuvre politique de la part de la personne qui a fait ces révélations au Canard enchaîné. La justice se saisit en moins de quarante-huit heures : c’est extrêmement rapide et à tout le moins inhabituel.

 

Dès lors qu’elle a déclenché rapidement son enquête, il est souhaitable, cela dit, qu’elle avance vite, ce qui est le cas. Mais une campagne électorale ne peut se vivre au rythme d’une enquête judiciaire. Ce n’est pas compatible. Une manière de concilier les deux aurait été que la justice se montre plus discrète, qu’elle se contraigne à un silence médiatique.

Le parquet a peu communiqué, sinon pour dire qu’il ouvrait une enquête…

B. M. : Les médias alors pourraient être plus raisonnables, vis-à-vis notamment de la présomption d’innocence. Nous sommes aujourd’hui dans une présomption de culpabilité permanente. Leur manière de distiller l’information au compte-gouttes est par ailleurs terrible. Cela nous plonge dans quelque chose de très malsain.

Le fait qu’un juge d’instruction n’ait pas été saisi vous choque-t-il ?

B. M. : Le fait que le parquet garde l’enquête repose symboliquement la question de son indépendance. Je note cela dit qu’il ne peut plus recevoir d’instruction personnelle, ce qui est une bonne règle… même s’il est impossible de vérifier qu’elle s’applique.

 

On peut toujours imaginer un parquet indépendant, mais alors on s’interrogerait sur l’orientation politique des procureurs. Il faudrait pouvoir veiller à ce que les membres du parquet, comme les autres magistrats, soient non seulement indépendants mais aussi impartiaux. C’est très complexe.

Je crois en revanche qu’il faudrait réfléchir à la question institutionnelle du statut du candidat à l’élection présidentielle, comme on a réfléchi à la responsabilité pénale du président de la République ou à l’immunité parlementaire. Pour faire quoi ? Il est difficile de trancher en l’état. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne pourra pas en rester là.

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29)Primaire PS : « C’est la fin du parti d’Epinay »

Après la nette victoire de Benoît Hamon face à Manuel Valls, dimanche 29 janvier, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite au Centre d’études européennes de Sciences-Po et spécialiste de la gauche, analyse les principaux enseignements du scrutin.

ZOOM

Benoît Hamon a remporté, dimanche 29 janvier, la primaire organisée par le PS avec près de 60 % des voix.

La Croix : La victoire de Benoît Hamon est-elle celle d’une ligne minoritaire ?

Gérard Grunberg : C’est en tout cas la victoire de ceux qui étaient minoritaires avant cette primaire, car Benoît Hamon représente les frondeurs. La bataille a été menée sur un plan idéologique ancien, entre l’offre et la demande, avec des enjeux nouveaux comme le réchauffement climatique et une utopie, le revenu universel, qui a attiré les jeunes du côté de Benoît Hamon. Le résultat est inédit : c’est la première fois que le candidat de l’aile gauche représentera le parti à l’élection présidentielle.

 

Mais de mon point de vue, Manuel Valls n’a pas fait un trop mauvais score, au vu du manque de reports de voix prévu au second tour. Il pouvait mourir lors de cette primaire et il n’est pas mort. Les suffrages en sa faveur signifient qu’il existe encore un centre droit et que le parti est réellement coupé en deux. Cela peut peut-être limiter un peu les ralliements à Emmanuel Macron.

Ce résultat ne risque-t-il pas tout de même d’entraîner le départ de nombreux élus vers le candidat d’En Marche ?

G. G. : Sans doute, d’autant que l’on sait pour l’instant que Benoît Hamon est crédité un peu plus de 10 % seulement d’intentions de vote pour l’élection présidentielle. Sachant que le score du parti socialiste risque d’être aussi faible, nombre d’élus peuvent avoir envie de tenter une investiture En Marche pour les législatives. Le pronostic actuel qui donne une chance de victoire à Emmanuel Macron va forcément créer un phénomène d’aspiration. Reste à savoir si celui-ci ne sera qu’individuel ou s’il y aura à un moment une négociation entre le parti socialiste et Emmanuel Macron.

Jusqu’à la présidentielle, c’est bien entendu inenvisageable. Mais si Benoît Hamon réalise une vraie contre-performance – en dessous de 10 % – et se place en quatrième ou cinquième position, le parti socialiste sera bien obligé de négocier. Ce ne sera pas le candidat défait qui mènera alors les discussions mais plutôt Jean-Christophe Cambadélis ou pourquoi pas Manuel Valls. Avec le mode de scrutin aux législatives, Emmanuel Macron peut y avoir un intérêt lui aussi, d’autant plus s’il est éliminé au second tour. Si toutefois il était élu, il pourrait en revanche reproduire la stratégie du général De Gaulle en 1958 et présenter ses propres candidats.

Pendant ce quinquennat, le rassemblement autour de la gauche de gouvernement a échoué. Est-il envisageable qu’il se crée autour de celle de Benoît Hamon ?

Il ne me semble pas. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ne représentent pour le moment qu’environ 20 % des intentions de vote, ce qui condamne le parti à rester dans l’opposition longtemps. D’ailleurs, leurs propositions à tous deux ne forment pas un programme de gouvernement. Dans ce contexte, Manuel Valls a tout intérêt à afficher son soutien au vainqueur, afin de ne pas attiser les envies de départ chez les élus centristes en remettant en avant le caractère irréconciliable des deux gauches.

 

Il doit montrer qu’il défend le parti socialiste, qu’il « garde la maison » en quelque sorte, et laisser Benoît Hamon faire campagne. Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, en cas de défaite claire du candidat, il sera temps pour lui d’imposer à nouveau sa ligne au sein du parti, lors du congrès de rentrée par exemple. Quant à créer son propre parti, il n’a plus l’espace pour le faire depuis l’envol d’Emmanuel Macron.

Cette primaire aura-t-elle provoqué la fin du parti socialiste ?

Elle a en tout cas acté la liquidation du parti issu d’Épinay, où le centre s’allie à l’aile gauche lorsqu’il se trouve dans l’opposition et à l’aile droite quand il est au gouvernement. Après la SFIO, le parti d’Épinay, cette primaire ouvre une troisième phase : le centre est devenu trop faible pour demeurer le leader du rassemblement et c’est l’aile gauche qui s’impose. La victoire de Benoît Hamon sanctionne l’échec du parti socialiste comme parti de gouvernement.

Cela ne signifie donc pas la mort de celui-ci mais son rétrécissement. Le parti socialiste est désormais un petit parti qui ne peut plus prétendre au pouvoir et s’interroge sur les alliances qu’il pourrait imaginer. Jean-Luc Mélenchon refuse cette possibilité. Peut-être peuvent-ils trouver une base d’entente avec les communistes situés entre lui et Hamon, mais cela ne créera qu’une alliance très réduite, insuffisante pour constituer une alternative. Reste Emmanuel Macron…

 

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Confidences de Hollande: Elles sont «injustifiées» pour 78% des Français

Un président ne devrait pas dire tout ça, jugent les Français. Près de huit sondés sur dix (78 %) ne trouvent pas « justifiées » les fréquentes rencontres entre des journalistes et François Hollande, dont une nouvelle candidature en 2017 est rejetée par une écrasante majorité, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche.

Seuls 22 % des personnes interrogées trouvent « justifié que François Hollande s'exprime beaucoup à travers ces livres afin d'expliquer son action », contre 78 % qui estiment qu'il n'est « pas justifié » qu'il « s'exprime autant face à des journalistes ».

Mélenchon « incarnerait le mieux les idées et valeurs de la gauche »

Ces rencontres, qui ont donné lieu à plusieurs livres ces derniers mois et livré des confidences explosives du président sur plusieurs sujets, sont rejetées presque autant par les sympathisants de gauche (64 %) que des Républicains (87 %) et du FN (86 %).

 

Les sondés souhaitent à 14 % (-1 par rapport à septembre) qu'il soit de nouveau candidat à l'élection présidentielle de 2017. Cette nouvelle candidature n'est souhaitée que par 20 % des sympathisants de gauche (40 % de ceux du PS). 73 % (-1) des sondés pensent qu'il sera quand même candidat.

Parmi les personnalités qui « incarneraient le mieux les idées et valeurs de la gauche » en 2017, Jean-Luc Mélenchon arrive en tête avec 34 %, devant François Hollande, Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg (19 % chacun), puis l'écologiste Cécile Duflot (9 %). Si François Hollande ne se représentait pas, Manuel Valls arriverait derrière Jean-Luc Mélenchon avec 21 %.

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8) le vol de la primaire

Juppé et Sarkozy à couteaux tirés
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy reproche à Alain Juppé de vouloir se faire élire avec le concours des voix de gauche. Un sondage récent (Ipsos-Sopra-« le Monde ») estime à 6 ou 7 % la proportion d’électeurs de gauche qui sont décidés à voter Juppé à la primaire pour faire barrage à l’ancien président.

M. JUPPÉ n’a jamais caché qu’il voulait la primaire la plus ouverte possible car il sait que, si elle se limite aux militants, Nicolas Sarkozy le devancerait. C’est ce qui lui vaut les remarques désagréables de M. Sarkozy, selon lequel si on accepte les voix de gauche, c’est qu’on s’apprête à appliquer un programme de gauche. Cette OPA, d’ailleurs très limitée, à laquelle l’ancien Premier ministre se livrerait sur la majorité actuelle n’est du goût de personne. Quelques voix se sont élevées à gauche pour dénoncer le candidat Juppé, considéré comme réactionnaire, ce qu’il n’est pas. Le débat n’est nullement idéologique, il est stratégique. La question porte uniquement sur les candidats que l’on trouvera au premier tour de la présidentielle. La gauche peut souhaiter que M. Sarkozy représente son camp parce qu’elle pense qu’il est plus facile à battre que M. Juppé. C’est en tout cas ce que suppose M. Hollande. Il se trompe néanmoins sur un point : beaucoup d’électeurs de gauche ne croient pas que le président obtiendra un second mandat. Ils sont convaincus que le second tour opposera Marine Le Pen au candidat de la droite et, dans ces conditions, ils préfèrent Juppé à Sarkozy.

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7)Primaire à gauche: Manuel Valls en tête si François Hollande ne se présente pas

C'est un sondage qui a de quoi réjouir le Premier ministre.  Manuel Valls remporterait le second tour de l'élection primaire initiée par le PS devant Arnaud Montebourg et Benoît Hamon si le président François Hollande n'était pas candidat à cette élection, selon un sondage BVA-Salesforce-Orange et la presse régionale* publié ce lundi.

D'après cette étude et dans ce cas de figure, le chef du gouvernement obtient au premier tour 44 % des intentions de vote devant Arnaud Montebourg (31 %) et Benoît Hamon (14 %). Au second tour, Manuel Valls recueille 51 % des intentions de vote contre 49 % pour l'ancien ministre de l'Economie.

1,8 million de personnes prêtes à voter au premier tour

D'après le sondage, 32 % des personnes interrogées se sont déclarées intéressées par la primaire initiée par le PS, soit trois points de moins que pour la primaire de la droite (35 %). Le potentiel de participation au premier tour de la primaire de la gauche n'atteint que 4 %, ce qui correspond à 1,8 million de votants.

 

Dans l'hypothèse où le chef de l'Etat sortirait vainqueur du premier tour avec 44 % des intentions de vote devant Arnaud Montebourg (31 %) et Benoît Hamon (14 %). Mais le président de la République serait battu au second tour avec 48 % par Arnaud Montebourg (52 %).

Sondage réalisé en ligne du 13 au 20 septembre 2016 auprès de 10 000 Français, dont ont été issues 9 255 personnes inscrites sur les listes électorales.

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6)De Notre-Dame-des-Landes à la loi Travail La dictature des minorités

Je ne me prononcerai pas sur l'utilité et la nécessité du nouvel aéroport. Je constate qu'une minorité impose, par la violence, sa volonté à tous, ce qui est contraire à l'exercice de la démocratie. De la même manière, deux syndicats sont prêts à paralyser la France (sans compter les dégâts causés par les casseurs à chaque manifestation) pour obtenir gain de cause au sujet d'une loi dont on s'accorde à dire qu'elle ne changera pas grand-chose en matière d'emplois dès lors que son contenu a été réduit par les récriminations des uns et des autres. Qui est-ce qui commande en France ? Ce n'est pas le pouvoir, ce n'est pas l'opposition, ce sont des illuminés et des syndicalistes qui ne sont jamais traversés par le doute et sont prêts à nous dicter leur choix.

Richard Liscia

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5)Sarkosy  Juppé

Attention les bonnes idées ne suffisent pas

M. Sarkozy, de son côté, ne songe qu’à sa revanche sur M. Hollande. Comme il se situe dans la surenchère dans à peu près tous les domaines, immigration, sécurité (détention de tous les fichés « S »), climatique, social, le calme et la sagesse d’Alain Juppé n’exercent pas sur l’électorat la fascination d’une campagne rythmée, scandée, ébouriffante. C’est la même injustice dans deux sociétés pourtant bien différentes, l’américaine, où Mme Clinton perd du terrain face à M. Trump, et la française, où M. Juppé et ses paroles courtoises et sincères ne résistent guère au torrent verbal de M. Sarkozy, à son ubiquité, à son énergie. Il ne suffit pas d’avoir raison, il faut le dire avec force. Il faut galvaniser.
Pour les électeurs et quel que soit leur choix définitif, il semblerait bizarre que se produise ce dont ils ne veulent pas, cet affrontement entre M. Hollande et M. Sarkozy. Si l’hypothèse d’une élection présidentielle qui remettrait en présence la bande des trois (Hollande, Sarkozy, Marine Le Pen) est crédible, c’est parce que les autres candidats de la droite et de la gauche ne sont pas plus enthousiasmants que ceux dont ils souhaitent prendre la succession.

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4)Primaire de droite les parrainages

Un quart des parrainages de Juppé issus de l’UDI

Si la quasi-totalité des parrains parlementaires de Jean-François Copé (24 députés, sénateurs ou parlementaires européens), Nicolas Sarkozy (103), François Fillon (84) et Bruno Le Maire (34) sont membres des Républicains, les parrainages extérieurs sont significatifs chez les autres candidats.

Sur 72 présentations, Alain Juppé compte ainsi 51 LR, un divers droite, 18 UDI et trois MoDem. Ces soutiens venus du centre droit correspondent au positionnement de droite modérée de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Des parrains de gauche pour NKM et Mariton

Moins attendu, quatre parlementaires divers gauche ont apporté leur aide aux deux candidats qui ont rencontré le plus de difficultés à se qualifier, Nathalie Kosciusko-Morizet et Hervé Mariton. Ces élus de gauche ont donc dû déclarer sur l’honneur partager « les valeurs républicaines de la droite et du centre » et s’engager « pour l’alternance ».

Nathalie Kosciusko-Morizet (vingt-trois parrainages de parlementaires) a été présentée par deux sénateurs proches de Jean-Noël Guérini (ex-PS des Bouches-du-Rhône), Mireille Jouve et Michel Amiel. Ses autres parrains sont issus de son parti (quatorze), de l’UDI (six) et du MoDem (le sénateur bayrouiste des Pyrénées-Atlantiques Jean-Jacques Lasserre).

Hervé Mariton, qui a déposé tout juste vingt signatures de parlementaires, a également été présenté par de nombreux élus extérieurs à son parti, dont le député divers droite Jean-Christophe Fromantin – maire de Neuilly-sur-Seine – et les deux députés divers gauche Bruno Nestor Azerot et Jérôme Lambert. Tous en ont commun d’avoir voté contre la loi Taubira ouvrant le mariage civil aux couples de personnes de même sexe.

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Juppé samedi à Chatou
(Photo AFP)

3)Primaire la foire

La campagne des primaires à droite a déjà démontré que les électeurs qui se réclament de l’opposition actuelle peuvent faire un choix clair entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, car les deux candidats se sont bien différenciés l’un de l’autre. Au cours du week-end, François Fillon a jugé utile d’attaquer l’ancien président sur ses démêlés avec la justice. À droite comme à gauche, la bataille va être de plus en plus intense.

 

« IMAGINE-T-ON un seul instant le général de Gaulle mis en examen? », a demandé M. Fillon lors de son discours de rentrée. La phrase est venimeuse, mais Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas répondre. Car le sujet est très embarrassant et il préfère ne pas en parler. M. Fillon est peut-être celui des candidats qui a le plus travaillé son programme, mais il est distancé à la fois par MM. Sarkozy et Juppé. On devine que, s’il a décidé de mentionner le contentieux de M. Sarkozy avec la justice, c’est parce qu’il tente (un peu désespérément) de ravir la deuxième place à son ancien patron. Mais il aura bien du mal, ce faisant, à expliquer non seulement pourquoi il n’a pas fait, quand il était Premier ministre, ce qu’il propose de faire aujourd’hui, mais comment il peut dénoncer le comportement d’un homme avec lequel il a travaillé pendant cinq ans.

Juppé joue le rassemblement.

Le maire de Bordeaux, qui était en meeting samedi à Chatou, dans les Yvelines, entend bien rester à l’écart des trahisons et des coups de Jarnac. Il a réfuté tous les arguments de Nicolas Sarkozy sur l’identité, la sécurité, l’immigration. Il a bel et bien l’intention de conduire une campagne axée sur le rassemblement, par opposition à un Sarkozy qui, lui, clive et divise. Les sondages, par ailleurs, n’accordent pas à l’ancien président la moindre réduction de l’écart avec Alain Juppé. Celui-ci a donc tout intérêt à suivre sa ligne et à rester dans sa réserve car le déficit d’autorité que M. Sarkozy lui attribue ne semble pas déranger les électeurs. Omniprésent dans les médias, Nicolas Sarkozy a confirmé ce matin que, s’il était battu à la primaire, il coopèrerait avec le vainqueur, quel qu’il soit. C’est un engagement assez important pour que l’on surveille attentivement ce qui va se produire au mois de novembre, mois de la primaire de la droite : il faudra que M. Sarkozy tienne parole, même si une nouvelle défaite met un terme à toutes ses ambitions.

À gauche, des rumeurs.

À gauche, c’est le délire. La multiplication des candidatures avérées ou chuchotées a conduit le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, à mettre en garde les personnalités tentées par l’aventure. On dit en effet que, si Manuel Valls remplaçait le président Hollande après un renoncement de celui-ci, Marisol Touraine et Najet Vallaud-Belkacem seraient candidates. Ce sont les mêmes qui, dans l’affaire du burkini, se sont dressées contre le Premier ministre. Le conseil d’État a donné raison aux deux dames contre le chef du gouvernement et l’affaire va être enterrée parce qu’il n’est pas question de voter une nouvelle loi pour interdire le port de certains vêtements. Mais la rumeur relative aux intentions des deux ministres donne la mesure des divisions internes du gouvernement : la ligne de M. Valls n’est pratiquement partagée par personne et quand Emmanuel Macron tente d’apporter de l’eau au moulin idéologique du Premier ministre, celui-ci se cabre parce qu’il voit dans le ministre de l’Économie un rival potentiel à une élection présidentielle d’où, par hypothèse, François Hollande serait absent.
Sinon, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi fait sa rentrée en déambulant sur un podium tandis qu’il parlait pour mieux dénoncer la droite, le gouvernement et la gauche social-démocrate. Il y a un élément d’appréciation que certains candidats, sous l’emprise de l’ambition, ont fini par oublier. C’est que la gauche, cette année, est fortement minoritaire, que toutes ses forces rassemblées représentent aujourd’hui entre 35 et 40 % de l’électorat et que, dans ces conditions, elle ne peut être représentée au second tour que si se produit un événement qui bouleverserait le cours des choses. Avec les candidatures écologistes, avec celles de l’extrême gauche, tout est est organisé pour éliminer la gauche dès le premier tour. Il y en a qui croient que l’affaiblissement de M. Hollande est une occasion unique pour prendre le leadership de la gauche. Ils ne voient pas à quel point leur logique est suicidaire.

RICHARD LISCIA ACCUEIL

2)HOLLANDE SUITE ET FIN?

Tous ceux qui refusent de céder à la passion anti-Hollande, de tomber dans une aversion irraisonnée, de s’emballer en réclamant sa mise à mort politique, savent que cet homme n’est ni trop autoritaire, ni irrespectueux des règles et des lois, ni aussi machiavélique que tant de personnages qui le contestent et caracolent sur la crête de son impopularité. Mais il a commis des erreurs stratégiques immenses. Il a augmenté les impôts quand il fallait commencer à les diminuer ; il a fait des promesses électorales intenables ; et son bilan est catastrophique, il n’y a pas d’autre mot pour le qualifier parce que le pays a littéralement perdu quatre années précieuses pendant lesquelles il fallait coûte que coûte redresser l’économie, relancer l’investissement, encourager la consommation et en finir avec les vieilles lunes qui font que les gouvernements Hollande ont encouragé l’exil des riches, taxé le contribuable en oubliant que c’est aussi un consommateur, et que la barre a été redressée trop tard pour que le pays ait vraiment envie d’en reprendre pour cinq ans avec François Hollande.

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1)Rentrée politique en fanfare
 

 

Montebourg, avec Aurélie Filipetti, hier à Frangy-en Bresse
((Photo AFP)

La rentrée, déjà ? Les échéances électorales galvanisent les acteurs de la politique. Cécile Duflot, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg sont candidats à la présidence. Ils le seraient par nécessité, parce que leur devoir consisterait à faire barrage à François Hollande. L’atmosphère politique est déjà empoisonnée.

 

LA CANDIDATURE de M. Montebourg est la plus crédible, et sa formulation assassine. L’ancien ministre socialiste estime que le bilan de François Hollande est « indéfendable », ce qui le contraint à se présenter. Il ne dit pas s’il participera à la primaire ou s’il ira directement à la confrontation ultime, mais, de toute évidence, il n’entend pas reculer devant l’obstacle, même s’il échoue à la primaire. Ce qui, d’ailleurs, n’est pas sûr : c’est l’homme qui a réuni 17 % des suffrages lors de la primaire socialiste de 2012. Quoi qu’il en soit, l’arithmétique n’est pas du côté du président. On ne voit pas quelle chance il aurait d’arriver en tête de la gauche au premier tour s’il a contre lui non seulement Jean-Luc Mélenchon qui, lui, ne veut pas participer à la primaire de la gauche, et réunirait 15 % des suffrages, non seulement Arnaud Montebourg, mais une multitude de candidats dont la présence à la primaire n’aurait pour effet que de diminuer les espoirs du président sortant.

Le chemin de la radicalisation.

Les amis de M. Hollande ne l’entendent pas de cette oreille. Le secrétaire d’État aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, a brocardé ce matin « l’outrance » et la « caricature » des propos de M. Montebourg. « Il prend toujours, a ajouté M. Le Guen, le chemin de la radicalisation ». Pourtant, l’ancien ministre ne s’attaque au président que parce qu’il est convaincu qu’un autre programme socio-économique est applicable au pays. On n’est pas obligé de le croire, mais son comportement, naguère capricieux, semble devenir plus logique : M. Montebourg fait une offre politique différente, qui n’est pas celle de M. Mélenchon pas plus que celle de Mme Duflot. François Hollande n’est pas encore sûr qu’il va briguer un second mandat. M. Montebourg lui dit, en quelque sorte, de ne pas faire perdre de temps à la gauche et de laisser le champ libre aux compétiteurs de son camp. La vérité est que plus la gauche se divise, plus le nombre des candidatures augmente, ce qui n’est sûrement pas le moyen d’espérer la présence d’un candidat de la gauche au second tour. Nul doute que M. Montebourg a l’intention de rallier tous les socialistes, les déçus et les hollandais, autour de son nom. Mais rien ne lui garantit un tel triomphe dans un climat exceptionnellement délétère.

Sarkozy : un petit coup de théâtre

Alors, sera-ce le retour de la droite ? Les sondages les plus récents continuent d’accorder à Alain Juppé une avance sensible par rapport à M. Sarkozy, tandis que François Fillon et Bruno Le Maire sont largement distancés. L’optimisme de l’ancien président est pourtant remarquable. M. Sarkozy a annoncé sa candidature dans un livre intitulé « Tout pour la France » et qui paraît chez Plon mercredi. Il entamera sa campagne pour les primaires dès jeudi et a bien l’intention de lui imprimer un mouvement irrésistible. M. Juppé n’ignore nullement que M. Sarkozy est redoutable, qu’il s’y entend pour conquérir le pouvoir. Le maire de Bordeaux dispose cependant d’un atout considérable. Étant entendu qu’une forte majorité de Français ne souhaite pas que se renouvelle le match de 2012, François Bayrou, hostile lui aussi à Hollande et à Sarkozy, se présenterait contre M. Sarkozy, ce qui priverait celui-ci de suffrages indispensables pour sa présence au second tour. La perspective est terrifiante puisque la candidature du maire de Pau risquerait d’aboutir à la victoire de Marine Le Pen au second tour. On ne voit pas pourquoi M. Bayrou ferait courir un tel risque au pays. Mais, au fond, il y aura tant de candidats que tous ne se sacrifieront pas à la cause qu’ils sont censés défendre.

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